dimanche 16 septembre 2018

Les constituantes d'une vraie nationalité

Mgr Louis-François Laflèche (1818-1898).
Nous vous proposons un extrait du livre de Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille, du jeune abbé Laflèche. Un livre qui ornera votre bibliothèque !


Pour procéder avec ordre, et suivre un enchaînement logique, commençons par la définition et l’explication du mot nationalité. C’est bien l’un des plus sonores et dont on ait fait le plus étrange abus, en proclamant le fameux principe des nationalités. Sous ce principe vrai et juste lorsqu’on donne aux mots leur véritable sens, on s’est efforcé d’abriter et de justifier le principe révolutionnaire du renversement de l’autorité légitime, en le présentant aux yeux des populations séduites, couronné de l’auréole du plus pur patriotisme. Par suite d’une déplorable confusion dans les idées, sous le spécieux prétexte de reconstituer et sauvegarder des nationalités qui n’ont jamais existé et qui sont purement imaginaires, on voit de nos jours l’oppression, le renversement, l’anéantissement de nationalités véritables.

On pourrait dire que la nationalité est l’ensemble des qualités ou conditions qui constituent la nation. Mais que faut-il entendre par nation, et quelles sont les qualités et conditions qui la constituent ? Le mot nation, dans son sens étymologique et ordinaire, signifie postérité, descendance d’une famille. C’est la propagation et l’extension de celle-ci par le sang d’abord, par l’adoption ensuite. Ainsi le sens rigoureux et véritable du mot nation est l’ensemble des descendants d’une même famille. Dans l’histoire des temps les plus reculés, dans le plus auguste des livres, dans la sainte Écriture, les expressions famille et nation sont quelquefois prises l’une pour l’autre comme signifiant en quelque sorte la même chose. Et en remontant à l’origine des nations, l’histoire sacrée et la profane nous montrent également que la plupart d’entre elles tiraient leur nom du chef de la famille dont elles descendaient. La nation, c’est la famille en grand, dans son parfait développement ; la famille, c’est la nation en petit, comme en germe. 

CE QUI CONSTITUE LA NATIONALITÉ

LA LANGUE 



Maintenant, si l’on veut connaître les qualités qui constituent la nation, étudions-la dans le développement de son germe, dans l’enfant, véritable épanouissement de la famille : voyons ce que l’enfant reçoit dans la famille, ce qu’il en emporte au jour où il en sort pour aller à son tour se mettre à la tête d’une nouvelle famille et concourir au développement régulier de la nation. Voyez le petit enfant assis sur les genoux de sa bonne et tendre mère : il n’a pas seulement à en attendre la nourriture matérielle et les soins nécessaires à la conservation et au développement de sa vie physique et corporelle ; elle doit surtout lui donner le pain de l’intelligence et du cœur, en s’appliquant à cultiver ses facultés intellectuelles et morales. Par quelles voies mystérieuses pourra-t-elle arriver à cette jeune âme encore ensevelie dans les sens, et qui ignore même qu’elle existe ? C’est en ranimant, ou excitant par la parole, ce souffle divin que Dieu communiqua à nos premiers parents. « Oui, s’écrie un célèbre orateur, oui, cette âme, en entendant la parole, verra bientôt la vérité dont elle est le véhicule ; et sortant peu à peu du profond sommeil où elle était plongée, elle commencera à vivre de la vie de l’intelligence. »

Cette belle et noble faculté qui distingue l’homme de tous les autres êtres ici-bas, et l’élève à un si haut degré au-dessus d’eux, sera développée dans la famille, et dans la famille le don précieux de la parole lui sera communiqué par le ministère de la mère, auteur aimé de la langue maternelle. L’enfant parlera la langue de sa mère, et la transmettra à son tour à ses descendants. L'unité du langage est donc une qualité distinctive, une condition nécessaire, un des éléments qui constituent la nation. Aussi voyons-nous dans l’Écriture sainte que quand Dieu jugea utile pour le genre humain de le disperser dans les différentes régions de la terre, pour le punir de son orgueil et le préserver d’une plus grande corruption, il n’eut qu’à rompre l’unité de langage et briser ce lien qui tenait unies en corps de nation, de manière à ne former qu’un seul peuple, toutes les familles alors existantes. Or l’Éternel dit : « Voilà un seul peuple et ils n’ont tous qu’un même langage... Venez donc, descendons et confondons-y leur langue de manière qu’ils ne s’entendent pas les uns les autres. Et ainsi l’Éternel les dispersa de ce lieu dans toutes les régions ». C’est de cette époque mémorable que date la diversité des nations sur la terre. Donc la Révélation, d'accord avec la nature, nous dit que le premier élément constitutif d'un peuple, qu'un des liens les plus puissants pour le retenir en corps de nation, c’est l’unité de langage. 


LA FOI RELIGIEUSE 



Mais le petit enfant grandit. Déjà sa langue a commencé à se délier ; son intelligence, s’illuminant peu à peu, commence à s’élever au-dessus des choses de l’ordre physique et sensible ; dans son cœur les sentiments, les affections, les passions commencent à s’agiter ; c’est un monde tout nouveau qui se révèle à lui, un monde supérieur à celui que ses sens lui ont montré jusqu’à présent. 

Mais il lui faut, pour entrer dans ce monde nouveau, un point d’appui dans l’ordre moral qui soit pour le moins aussi ferme que celui qui supporte ses pieds dans le monde matériel. La parole dont il use largement n’est pas par elle-même la sagesse ; ses pensées, ses affections vont l’entraîner de côté et d’autre ; son intelligence, abandonnée à elle-même, va-t-elle donc devenir le jouet de ses passions ou bien être livrée aux caprices de son imagination ? Non, certes. Cette noble faculté, qui le rend jusqu’à une certaine mesure semblable à Dieu, ne sera pas abandonnée à elle-même. Dans les principes immuables de la loi naturelle gravée dans son cœur, et surtout dans les dogmes lumineux de la révélation divine qu’il trouve dans la société chrétienne, son intelligence trouvera ce point d’appui solide, ce fondement inébranlable, ces règles sages qui la soutiendront et la dirigeront dans les temps de lutte et de ténèbres qu’elle aura à traverser. « Ce qui soutient et porte l’intelligence, dit l’éloquent P. Félix, ce sont les principes. Pour soutenir la vie haute et ferme, elle doit elle-même s’appuyer sur son inébranlable fond ; et son fond, ce sont les principes. » 

Mais qui jettera dans l’âme de l’enfant ces principes qui font l’honnête homme, le bon citoyen, le vrai chrétien ? C’est le père surtout, à qui Dieu a imposé ce devoir, cette haute et importante mission d’établir dans l’âme de l’enfant la certitude absolue qui exclut le doute, par l’affirmation absolue des principes religieux et naturels. « Au besoin qu’éprouve l’enfant de croire, dit encore le célèbre orateur cité plus haut, le père répond par la puissance d’affirmer. » Et la foi se produit dans l’âme de l’enfant. C’est la seconde qualité ou condition qui constitue la nationalité : l'unité de foi, la foi de ses ancêtres.

L’enfant est de la religion de son père pour la même raison qu’il parle la langue de sa mère. Si, par malheur, son père ne possède pas la vérité, sans doute il ne pourra lui transmettre la véritable foi. Et on sait par expérience quelles difficultés épouvantables rencontre, pour parvenir à la connaissance pleine et entière de la vérité, l’enfant infortuné dont l’intelligence a été assise sur le doute, ou sur le terrain mouvant de l'erreur. Semblable au vaisseau qui n’a ni ancre ni boussole, il est sans cesse entraîné au gré des vents et des courants sur la mer sans horizon du doute. Il n’a pas même l’idée de la certitude inébranlable que produit la possession de la vérité. Mais nonobstant ses doutes et ses erreurs, il tiendra aux principes et à la religion de ses pères. Ce sera encore pour lui et ses descendants le plus puissant élément d’unité nationale. C’est une vérité d’expérience. Le schisme, l’hérésie, l’infidélité elle-même, d’accord là-dessus avec l’enseignement catholique, proclament également que l’unité religieuse est le support le plus puissant de l’unité nationale. 

Dites-moi, quel est le lien mystérieux qui retient en corps de nation le peuple juif ? Cette nation déicide, dispersée aux quatre vents du ciel, traverse les siècles, parle toutes les langues, a adopté les coutumes et les usages civils de tous les peuples, et cependant elle est toujours vivante et distincte comme nation. Elle n’a plus ni chefs, ni gouvernements, ni organisation sociale qui lui soient propres : le seul principe de vie qui lui reste, le seul lien qui l’unit de tous les points du globe, c’est la foi qu’elle tient de ses ancêtres, c’est son unité religieuse. Sans doute que dans cette ténacité indestructible à la foi de ses pères, il faut voir le doigt de Dieu. C’est sa mission. Dépositaire de la vérité pendant des siècles, il faut que cette nation en soit le témoin irrécusable jusqu’à la fin des temps. Elle n’en demeure pas moins une preuve vivante et comme une démonstration en permanence de la puissance de vitalité inhérente à l’élément religieux dans une nation. 

Pourquoi la Russie schismatique tient-elle tant à s’assimiler, sous le rapport religieux, l’héroïque mais infortunée Pologne ? Pourquoi la protestante Angleterre a-t-elle fait tant d’efforts, et commis tant d’injustices et d’atrocités, pour arracher à la pauvre mais fidèle Irlande sa foi catholique ? Ah ! c’est que le schisme et l’hérésie, malgré la puissance énorme dont ils disposent, ne se croient pas en sûreté dans leur domination despotique sur ces deux peuples infortunés, tant qu’ils n’auront pas brisé le lien d’unité nationale et détruit le principe de vie que ces deux nations ont reçu dans l’unité de la foi que leur ont léguée leurs religieux ancêtres. Ces faits prouvent à l’évidence que le plus puissant lien qui réunisse les hommes en corps de nation, c'est l'unité religieuse, l'unité de foi. Inutile de rappeler les convulsions épouvantables dans lesquelles sont tombées les nations où l’on a eu l’imprudence de permettre qu’une main sacrilège portât atteinte à ce principe de vie. 


UNIFORMITÉ DES MŒURS, LOIS ET COUTUMES 



Enfin, l’enfant sortant de la famille n’emporte pas seulement avec lui le langage maternel, les principes et la foi de son père. Il a grandi sous le toit paternel en compagnie de ses frères et de ses sœurs ; il s’est établi entre eux des relations qui ne se briseront pas au jour où ils iront chacun se mettre à la tête d’une nouvelle famille. Non, ces relations, ces habitudes contractées sous le regard et la direction de leurs parents, vont constituer en se développant ce que l’on appelle les mœurs, les usages et les coutumes nationales qui se refléteront dans les institutions et dans les lois destinées plus tard à les régler et à les sauvegarder. C’est la troisième qualité ou condition qui constitue la nation : l'uniformité dans les mœurs, les coutumes, les usages ; l'uniformité dans les institutions et les lois destinées à les régler et à les sauvegarder. 

Ce troisième élément d’unité nationale est aussi de la plus haute importance. L’histoire nous apprend avec quel soin et quel religieux respect les peuples les plus intelligents ont conservé, tout en les perfectionnant, les institutions qu’avaient fondées leurs ancêtres, et les lois sous lesquelles ils avaient grandi et prospéré. Elles nous apprend également que c’est cet esprit conservateur, cet attachement et ce respect pour les traditions et coutumes nationales qui leur a procuré les bienfaits de la paix et sans doute la plus grande somme de bonheur et de prospérité ; tandis qu’un malaise général, des troubles sérieux, voire même des révolutions sanglantes, ont toujours accompagné et suivi toute tentative faite dans le but de les altérer notablement. La France et l’Angleterre sont peut-être les deux pays qui nous en offrent les plus frappants exemples. Aussi Dieu, qui tenait à conserver intacte la nationalité de son peuple, avait-il défendu rigoureusement les alliances avec les peuples étrangers, et surtout l’adoption de leurs coutumes et de leurs pratiques était-elle défendue sous les peines les plus graves... Ce n’est pas non plus le territoire, ni le gouvernement national qui constituent la nationalité. La Pologne démembrée et partagée entre la Russie, l’Autriche et la Prusse, n’a pas cessé d’être une nation aussi distincte et aussi réelle que toutes les autres nations de l’Europe qui ont l’immense avantage d’avoir à elles en propre un territoire et un gouvernement. Et nous, Canadiens français, pour être passés sous la domination anglaise, nous n’en avons pas moins conservé notre nationalité, ainsi que je me propose de le faire voir plus tard. 

Voilà en peu de mots ce qu’il faut entendre par le mot nationalité. C'est un peuple qui parle la même langue, qui a la même foi, et dont les mœurs, les coutumes, les usages et les lois sont uniformes. Si l’on affaiblit ou si l’on détruit l’un de ces liens, on n’anéantit pas la nationalité, mais on l’affaiblit d’autant. Lorsque ces trois liens ont été brisés, la nationalité a disparu, elle a cessé d’exister. 




-Abbé Louis-François Laflèche, Quelques considérations sur les rapports de la société civile avec la religion et la famille. Eusèbe Sénécal, Imprimeur-éditeur. Montréal, 1866. Pp. 18-24.

samedi 8 septembre 2018

Le journal Le Devoir à la source des mythes anti-Duplessis

Extrait de L'infiltration gauchiste au Canada français de Robert Rumilly. 
Procurez-vous la réédition de 2018, dès octobre 2018, aux éditions de la Vérité !


La question de l’Ungava, dont on a voulu faire un grand cheval de bataille électorale, est aussi typique. L’ayant étudiée en détail, à la radio et dans une brochure, j’y reviens plus sommairement.

Il s’agissait de répandre l’impression d’une générosité excessive, inouïe, criminelle, de la part du gouvernement, à l’égard de compagnies étrangères. Gérard Filion dénonce, par exemple, le 21 janvier 1953, « l’acharnement que M. Duplessis a mis à donner l’Ungava aux intérêts Hanna ». Pour enfoncer cette idée dans les esprits, Le Devoir n’hésite pas à fausser les faits. Il affirme à mainte reprise que la compagnie concessionnaire paiera $100.000 par année, en tout et pour tout, et qu’à cette fin elle est soustraite à l’application de la loi générale – de la Loi des Mines. Gérard Filion écrit en éditorial, le 17 juillet 1954 : « L’extraction du minerai de fer pourra se chiffrer à un ou vingt millions de tonnes par année, la redevance annuelle restera à la somme ridicule de $100.000. » Il répète le 16 novembre 1955 : « Le gouvernement de Québec ne reçoit que $100.000 pour une extraction de dix millions de tonnes de minerai. »

La loi accordant la concession forme le chapitre 42 des Statuts de 1946. Ouvrez les Statuts de la province, pour l’année 1946, au chapitre 42. C’est à la page 139. Je transcris l’article 14 :
La Compagnie devra payer à la Couronne, sur les profits annuels provenant de l’exploitation du ou des terrains miniers compris dans ce bail, les droits prévus par la section III de la Loi des Mines de Québec et des modifications qui pourront y être apportées.
Tout le monde peut vérifier ce texte, dans la première bibliothèque venue. Non seulement la compagnie n’est pas soustraite à l’application de la Loi des Mines, mais elle y est particulièrement, formellement assujettie par l’article 14 de la loi qui lui accorde sa concession. Cet article 14 garantit de tous côtés les intérêts de l’État, en spécifiant que la compagnie paiera les droits prévus par la Loi des Mines et par les modifications qui pourront y être apportées. S’il plaît à la législature d’augmenter les droits ou d’en créer de nouveaux, la compagnie devra se soumettre : elle est liée.
André Laurendeau, principal rédacteur du Devoir, qui affirme que la compagnie est soustraite à l’application de la Loi des Mines, écrit sciemment le contraire de la vérité, puisqu’il était député lors de la discussion et du vote de la loi, puisqu’il a participé à cette discussion et à ce vote.

En réalité, la compagnie paiera les mêmes redevances que toutes les compagnies similaires, plus un loyer de cent mille dollars par an. André Laurendeau et ses collègues témoignent d’une éclatante mauvaise foi en ne tenant compte que du loyer de cent mille dollars, pour soutenir que la compagnie, une fois en exploitation, ne paiera qu’un sou par tonne de minerai. La compagnie paiera la taxe sur le capital et la taxe sur les bénéfices prévus par la Loi des Mines pour toutes les compagnies, plus un sou par tonne de minerai. Elle paiera encore, bien entendu, des taxes scolaires et des taxes municipales. Elle paiera la taxe sur l’essence. Elle acquittera la taxe de vente provinciale sur ses achats, qui se chiffreront par dizaines de millions.

La fameuse redevance de $100.000 est donc une imposition supplémentaire, une surcharge que le gouvernement a imposé à la compagnie, en plus de toutes les taxes qu’elle paiera comme toutes les autres compagnies minières, conformément à la loi. Le Devoir vous dit : La Compagnie Iron Ore paiera $100.000 en tout et pour tout, quelle que soit sa production. La vérité est que la compagnie paiera des taxes variables selon le volume de ses affaires, et de toute façon considérables, selon les lois de la province dont certaines remontent au régime libéral ; et qu’elle paiera en plus ces cent mille dollars, tribut supplémentaire que le gouvernement Duplessis lui a imposé.

Voyez comme la vérité est différente, et même contraire, de la légende que Le Devoir s’efforce de répandre !

Et voici plus grave encore.

Le Devoir passe sous silence une clause essentielle de la loi. C’est le paragraphe d de l’article 11 :
Tous les dix ans, à compter du 1er juillet 1958, la rente annuelle pourra être révisée par le lieutenant-gouverneur en conseil, sur la recommandation du ministre des Mines.
Douze ans, c’est une bonne tranche dans la vie d’un homme, mais c’est peu de chose dans la vie d’une province, et même dans la vie d’une grande exploitation industrielle. Dans douze ans, la compagnie sera probablement remise des frais qu’elle assume. Mais à ce moment-là, en vertu de la loi actuelle, le gouvernement de la province, quel qu’il soit, pourra imposer la redevance qu’il voudra. Un million, dix millions, cent millions, il n’y a pas de limite. Il pourra la rendre prohibitive s’il le veut. La redevance, faible dans la période de rodage, pourra devenir énorme dans la période de pur rendement.

Passer cette clause essentielle sous silence, ce n’est pas discuter honnêtement.

D'après l’éditorial d’André Laurendeau dans Le Devoir du 2 décembre 1954, la concession de l’Ungava comporte pour la compagnie « d’évidentes facilités de renouvellement indéfini ». La vérité est toute contraire, exactement contraire. La vérité est que l’article 11 et l’article 14 du chapitre 42 des Statuts de 1946 mettent la compagnie à la merci du gouvernement.

André Laurendeau, qui était député en 1946, connaît ces textes. Il a voté le paragraphe d de l’article 11, adopté à l’unanimité. Il a induit les lecteurs du Devoir en erreur, pendant dix ans, en passant ce texte sous silence. Car les lecteurs du Devoir ont pu ignorer la clause de l’article 11 qui change la face du problème, jusqu’à la campagne électorale de 1956, où j’ai fait, à la radio et dans un petit livre, la démonstration ci-dessus, en plus complet, de sorte que personne ne doit plus l’ignorer.



Disponible dès le 13 octobre 2018 !
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lundi 3 septembre 2018

L'infiltration gauchiste au Canada français

Voici la préface pour notre prochaine réédition de L'infiltration gauchiste au Canada français, de Robert Rumilly.

Une cinquantaine d’années ont passé depuis ce tournant significatif de notre histoire nationale que les nouvelles générations d’historiens ont baptisé la Révolution Tranquille. Changements importants, certes, mais trop souvent mal mesurés, mal compris et mal étudiés. Les grandes lignes résonnent pourtant comme un lieu commun chez le canadien-français moyen :
« Le peuple s’est émancipé des ténèbres du moyen âge, les femmes au foyer ont été libérées, nous avons chassé les curés de nos institutions et nous nous sommes finalement débarrassés des vieux dogmes encombrants d’une religion réductrice. »
Les plus instruits de nos compatriotes connaissent les personnages impliqués, peut-être quelques-unes de leurs grandes manœuvres, mais le mythe de la Révolution Tranquille émancipatrice - d’un mouvement populaire instantané - prend toute la place, jusqu’à éclipser la réalité. Les liens entres chacun des « pères de la Révolution tranquille», leurs curriculums vitae, leurs parcours militants et leurs orientations philosophiques passent dans l’oubli au profit de la légende. Effectivement, nous avons eu affaire à un curieux mélange; héritiers des patriotes voltairiens de 1837 et du franc-maçon Papineau, obsédés du socialisme soviétique ou chinois, prêtres marxistes et/ou défroqués résidus de l’infiltration achevée du clergé français, journalistes anticléricaux, etc… Un bel éventail, mais bien calibré sous forme d’un impressionnant réseau d’infiltration extrêmement efficace.

Il y a ensuite l’aspect religieux qui entre en ligne de compte. Le mythe du « ras-le-bol » anticlérical généralisé, repris 100 fois par les laïcards de tout acabit, s’estompe de manière instantanée à la « lumière » du deuxième Concile de Vatican. Comment expliquer que de nombreux prêtres et religieux prirent part à la révolution, certains jusqu’à se hisser au sommet du panthéon de l’histoire nationale dans ce domaine ? Le père Georges-Henri Lévesque n’a-t-il pas formé les troupes d’élite de la Révolution avec un grand R dans sa Faculté des Sciences Sociales ? N’est-ce pas Monseigneur Parent qui a dirigé la commission chargée de saboter le système d’éducation ? Le frère mariste « Untel » Desbiens ne s’est-il pas chargé de canarder l’éducation nationale de ses pamphlets avant de participer à cette commission ? Les Laurendeau, Lévesque, Trudeau, Hébert et compagnie n’allaient-ils pas à la messe tous les dimanches ?

Non, l’écroulement du catholicisme n’est pas un simple exploit national de la Révolution Tranquille… Inutile de s’enorgueillir, messieurs les humanistes québécois, la crise de l’Église s’est déclarée de manière claire et universelle dans les années du Concile. La Révolution Tranquille est clairement une des conséquences de la crise de l’Église, même si la « légende québécoise » nous enseigne l’inverse.

Derrière le voile des années 60 populaires ; de la libéralisation des mœurs et de la révolution se cache l’histoire d’une infiltration savamment planifiée qui aboutit dans un chef d’œuvre diabolique de propagande et d’ingénierie sociale.

Une fois l’histoire truquée par des années de Révolution permanente, il est bien difficile, même quand on s’intéresse de près au sujet, de rassembler les pièces du casse-tête de la Révolution Tranquille. L’ouvrage que nous présentons ne sera jamais assez connu; L’infiltration gauchiste au Canada français, premier pamphlet d’une précieuse trilogie, pourrait bien être l’une des clefs les plus importantes à notre disposition pour comprendre ce qui s’est réellement passé.

Robert Rumilly sortit pour une des rares fois (voir aussi Quel monde!?!) de son cadre d’historien pour se dresser en fantastique militant contrerévolutionnaire. Sans savoir comment allait finalement se dérouler l’histoire de la province, il lance, déjà en 1956, un premier cri d’alerte et nous jette en plein cœur de la conspiration qui allait nous conduire au désastre politique, social et religieux. Il démystifie, en vrai franc tireur patriote et catholique, les réseaux de communication et de diffusion de propagande qui sont en train de se mettre en place quelques années avant que le compteur n’atteigne le fatidique 1960. Il dresse le profil des conspirateurs qui tirent les ficelles, des « chefs d’orchestre » infiltrés aux postes clefs qui commencent déjà à répandre leurs idées dans les milieux influents; Radio-Canada, Le Devoir, les réseaux universitaires, le clergé pré-conciliaire… Rumilly découvre les filons et démasque les traîtres.

C’est ce qui donne toute sa valeur à L’infiltration gauchiste; l’historien ne s’affaire pas à fouiller le passé, à comprendre, à interpréter… Il est là, sur place et à la bonne époque pour nous décrire les faits de manière détaillée et sans erreur. Et la légende tombe, le mythe s’écroule. La Révolution Tranquille n’est plus un grand mouvement populaire, elle ne reflète plus le désir d’un peuple à s’émanciper, ce n’est plus la floraison grandiose d’une société distincte… C’est un complot, la conspiration d’une élite intellectuelle gauchiste fâchée d’avoir manqué le bateau en 1769, appuyé par un clergé tout aussi infiltré et sur le point de défroquer massivement. Le peuple a suivi comme d’habitude, mais il n’y est pour presque rien.

Les deux publications qui complètent la trilogie sont toutes aussi intéressantes. On y voit l’impact de L’infiltration gauchiste sur les réseaux de conspirateurs socialistes et le traitement médiatique que subit Robert Rumilly qui vient à peine de sonner le tocsin, lequel finit par renchérir avec une exploration encore plus profonde des mécanismes révolutionnaires de la province d’avant 1960. Nous espérons qu’ils seront également réédités.

D’année en année, le brouillard qui entoure le mythe de la Révolution Tranquille ne se dissipe pas, il s’obscurcit et alourdit notre ignorance face à cette époque charnière. Les mots magiques, « choix de société », tombent du ciel pour nous faire croire au grand succès des « valeurs démocratiques » qui gouvernent aujourd’hui notre peuple en déroute. Espérons que cette réédition de L’infiltration gauchiste au Canada-Français guidera nos intellectuels de droite sur la bonne piste en ce qui concerne la Révolution et qu’elle contribuera à les placer sur les rails de la Contrerévolution.


-Kenny Piché
Tradition Québec

Titre : L'infiltration gauchiste au Canada français
Auteur : Robert Rumilly
Langue : français
Taille : 10.79x17.46cm
Pages : 178
Couverture : souple
Date de publication : 13 octobre 2018
Prix : 12 $



Lancement le 13 octobre 2018 !

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lundi 27 août 2018

Kebeka Liberata - Notre-Dame protège la Nouvelle-France des Anglais

L'intérieur de l'église. Description plus bas.
La guerre venait d'être déclarée entre la France et l'Angleterre. C'était une bonne occasion pour les colonies anglaises de l'Amérique d'envahir le Canada dont ils avaient l'intention de s'emparer.

"C'était là, dit Bancroft, leur passion dominante." Les sauvages des Cinq-Nations avaient contracté une alliance avec les ennemis des Français. M. de Frontenac qui venait de succéder à M. de Denonville, eut donc à lutter à la fois contre les colonies anglaises et contre la confédération iroquoise. Son courage et sa valeur sauvèrent la colonie d'une ruine, qui suivant toute prévision humaine, semblait inévitable. Cette courte période de notre histoire fut fertile en événements militaires importants, et les actes d'héroïsme militaire ne manquent pas à cette époque. Les annales canadiennes ont conservé le souvenir de plusieurs défenses héroïques. Une des plus célèbres est celle de madame de Verchères. Les exploits de M. D'Aillebout de Mantet et Lemoine de Ste-Hélène qui s'emparèrent de Corlar, dans la nuit du 8 février 1690, le courage de Hertel qui à la tête de 50 hommes, mit 2000 ennemis en complète déroute, sont autant de faits militaires qui prouvent jusqu'à quoi point M. de Frontenac, en prenant les rênes du gouvernement, avait su inspirer le courage a toute la population, et la terreur aux ennemis.

Les Anglais avaient résolu de prendre le Canada par terre et par mer. Le chevalier Guillaume Phipps reçut le commandement de la flotta destinée à s'emparer de l'Acadie et de Québec. Celle-ci parut en vue de la ville le 16 octobre au matin. L'amiral détacha immédiatement un officier pour sommer la place de se rendre. Le gouverneur, piqué du manque de convenance dans les termes de la sommation, lui dit : "Allez, je vais répondre à votre maître par la bouche de mes canons ; qu'il apprenne que ce n'est pas de la sorte qu'on fait sommer un homme comme moi." 

Le 18 octobre, l'ennemi tenta une descente entre Québec et Beauport. Mais il fut repoussé avec perte. Le même soir, les canons de la flotte de Phipps commencèrent le bombardement de la ville, qui fut continué le lendemain. "Cependant à mesure que le danger augmentait, les prières publiques redoublaient dans toute la ville. Les citoyens avaient pris pour patronne et pour protectrice la très Sainte Vierge. Une de ses bannières avait été apportée de Montréal, par M Joseph Serré de la Colombière, aumônier des milices, qui, lors de sa descente, l'avait placée comme un signe de salut à l'avant du canot qu'il montait. Cette bannière était portée chaque fois en procession dans toutes les églises... Les dames s'étaient engagées par un vœu solennel à se rendre en pèlerinage à l'église de la basse ville, si la sainte Vierge obtenait leur délivrance."

Un tableau de la Sainte Famille, appartenant aux Ursulines, fut exposé au haut du clocher de la cathédrale. "Cependant la confiance était telle, à Québec, écrit Ferland, que les dévotions publiques se continuaient comme dans les temps ordinaires. De la rade l'on voyait les hommes, les femmes et les enfants, se rendant aux offices de l'église sans paraître s'occuper de l'artillerie des Anglais."

Les ennemis ayant tenté de prendre Québec par la vallée de la rivière St-Charles, furent repoussés victorieusement par les Canadiens. Découragé à la suite de ses défaites successives, l'amiral Phipps abandonna son projet et rebroussa chemin complètement découragé. Les habitants de Québec sortirent comme d'un rêve,lorsque dans la journée du 21 octobre, ils virent la flotte disparaître derrière la falaise de Lévis. 
L'intérieur de l'église.

Les dames de Québec s'empressèrent d'accomplir leur vœu et firent leur pèlerinage solennel à l'église de la basse-ville. Cette victoire fit sensation en France. Louis XIV accorda des titres de noblesse à ceux qui s'y étaient le plus distingués, et nommément, aux sieurs Hertel et Juchereau, et il voulut qu'une médaille en perpétuât le souvenir. D'un côté on voit la tête de ce roi ; de l'autre, la France victorieuse est assise sur des trophées, au pied de doux arbres du pays, sur des rochers d'où s'échappe un torrent. Un castor va se réfugier sous un bouclier et le dieu sauvage du fleuve, qui épanche son urne aux pieds de la déesse, la contemple avec admiration. Pour devise on y a inscrit ces mots : Kebeka liberata M.DC. XC; et en exergue: Francia in novo orbe victrix (La France victorieuse dans le Nouveau monde).

« Kebeka Liberata Québec Délivré  
La ville de Québec symbolisée par une femme couronnée, est assise sur son  rocher au pied duquel le St-Laurent verse son urne.
Un castor prend ses ébats auprès d'elle. Elle foule aux pieds des boucliers, des cuirasses et des étendards aux armes d'Angleterre.  Le sujet et l'exergue sont empruntés à une médaille commémorative frappée au temps de Louis XIV. À droite de la T. S. Vierge 
 
Deus Providebat  
L'Ange Protecteur de la Nouvelle-France frappe la flotte de l'Amiral Walker qui, au milieu de la nuit et, par la brume, se jette sur le roc de l’île aux Œufs et s'y brise. »


C'est à partir de cette année du triomphe des armes français contre les Anglais et les Sauvages coalisés, que l'on a célébré chaque année dans la colonie, le quatrième dimanche d'octobre, la fête de Notre Dame de la Victoire dans le modeste sanctuaire de la basse ville. On cessa dès ce moment à le reconnaître sous le vocable de l'église de l'Enfant-Jésus à qui il avait été originairement dédié. Vingt et un ans plus tard on devait amplifier ce titre, à la suite d'une nouvelle intervention de la Providence qui sauva la ville d'un nouveau siège.

L'église Notre-Dame des Victoires.
En 1711, une flotte anglaise commandée par l'amiral Walker, se dirigeait sur Québec avec l'intention d'en faire le siège. Une brume épaisse qui couvrait le St-Laurent mit en défaut l'habileté du pilote, et huit des vaisseaux furent jetés sur l’île aux Œufs et y sombrèrent.

Ces événements se passaient vers le milieu d'août. Mais la nouvelle du désastre ne parvint à Québec qu'au commencement d'octobre. Elle fut accueillie avec une immense joie. La population de Québec se porta en foule à l'église de la basse-ville "pour remercier Notre Dame de la Victoire d'avoir délivré une seconde fois la colonie de la ruine. La verve des-écrivains se donna libre cours. "Le Parnasse devint accessible à tout le monde ; les dames même prirent la liberté d'y monter."

"Le pays était donc enfin délivré par la puissante protection de Marie ! Les Canadiens ne furent pas moins reconnaissants en 1711 qu'en 1690 ; on célébra une fête solennelle où M. de la Colombière prêcha avec un nouveau zèle et un grand succès, sur la fidélité à laquelle obligeait ce bienfait signalé de la très sainte Vierge ; la verve des poètes s'épuisa à rimer des poésies et des chansons sur le désastre de cette flotte ennemie,quatre fois plus nombreuse que tout ce que la colonie avait à lui opposer ; mais la piété voulut quelque chose de plus durable, pour témoigner à la postérité de sa reconnaissance envers sa céleste Libératrice. "

"Il fut conclu dans une assemblée générale, que l'on ferait une quête dans Québec et les environs, pour bâtir le portail de l'église de la basse-ville. Les communautés religieuses aussi bien que les citoyens donnèrent selon leurs ressources et môme au delà ; on recueillit plus de 6,000 livres. Il fut aussi question de fonder des messes en l'honneur de la sainte Vierge, où fut chanté le cantique de Moïse après la défaite de Pharaon : Cantemus Domino, ce qui, au dire de l'Annaliste de l'Hôtel Dieu, plaisait davantage à tout le monde.

"Enfin, la chapelle votive de 1690 changea son titre de N. D. de la Victoire en celui de N. D. des Victoires, et elle rappelle encore aujourd'hui sous ce nom la double faveur de la Mère de Dieu, de cette Etoile de la Mer, qui devint un signe de tempête et de dispersion pour les ennemis de son peuple.



-Narcisse-Eutrope Dionne, Historique de l'église de Notre-Dame des Victoires, basse-ville de Québec. Québec. 1888. Pp. 13-23.