samedi 4 novembre 2017

Le Bon père Frédéric sur le libéralisme

Paroles tirés de la retraite qu'il a prêché dans la jadis église Notre-Dame-de-Jacques-Cartier (quartier Saint-Roch, ville de Québec) pour le tiers-ordre franciscain.



Lors de cette retraite, le Bon père Frédéric remis l'habit du tiers-ordre à plus de 3000 personnes. Mis au courant, par le curé Provancher de Cap-Rouge, du conflit créé par le libéralisme au sein du clergé canadien, le père Frédéric monta en chaire de Vérité pour dénoncer cette doctrine luciférienne. Par la suite, le cardinal Taschereau - chef des libéraux -, pria le père de quitter son diocèse. Le Bon père Frédéric trouva hospitalité dans le diocèse des Trois-Rivières, chez l'antilibéral Mgr Laflèche.

mardi 24 octobre 2017

Ce qui manque aux nationalistes pour vaincre

Certes, beaucoup de points défendus par les nationalistes les plus catholiques sont authentiquement
Le cœur Chouan.
contenus et exprimés dans l’enseignement traditionnel de l’Église. Nous pourrons même concéder que quelques nationalistes ne visent que la restauration de l’ordre social chrétien … Mais, je le répète, ce qui compte, c’est le formel et non le matériel. On peut à l’extrême se faire les champions de la lettre du catholicisme, avoir pour objet la matière de l’enseignement catholique. Cependant on n’en est pas pour autant formellement catholiques, si on ne possède pour cela l’esprit du catholicisme. (…)
Il manque aux nationalistes comme à la majeure partie des catholiques modernes cette lumière spécifique, ce lumen sub quo des scolastiques. Cette cécité n’est pas nouvelle, elle est le péché de tous les naturalistes, ou mieux, le châtiment de leur orgueil naturaliste.

Charles Maurras, le grand Charles Maurras, était frappé de cette cécité intellectuelle. Il admirait profondément l’Église catholique. Il chantait en elle la civilisatrice par antonomase, il lutta pour elle contre ses ennemis. Mais il ne voyait pas que cet ordre, qui le séduisait tant, était l’effet d’une action surnaturelle.

L’Église est un corps harmonieux, mais c’est la mutiler que d’y supprimer son âme vivifiante : l’Esprit‑Saint de Jésus, son époux. L’erreur des nationalistes est une erreur sur l’Incarnation du Verbe. (…) Ils voudraient, ils veulent même, l’ordre admirable causé par l’Église catholique romaine. Ils le veulent pour plusieurs motifs : par tradition catholique ; par amour de l’ordre et de la raison ; par opposition à des adversaires qui combattent cette même Église romaine.

Mais ils ne savent pas ‑ ou s’ils le savent, c’est sans influence formelle sur leur action, c’est‑à‑dire que leur action n’est pas informée par cette vue, cette connaissance que cet ordre naturel est impossible sans le surnaturel, qu’il est le fruit de la grâce du Christ rédempteur, (…) et, par suite, qu’il ne peut se défendre ou se conquérir que par les moyens naturels surnaturalisés.

Le grand péché des nationalistes est ce naturalisme pratique, je dirai cette praxis athée (pour employer le langage marxiste) avec lesquels ils s’efforcent de vaincre leurs adversaires et d’instaurer l’ordre social chrétien. Effort tragiquement stérile.

Voilà la raison profonde des échecs répétés de la Contre‑Révolution. Elle s’oppose matériellement à la Révolution ; à savoir : son but, son objet matériel est contradictoire, objectivement contradictoire du but, de l’objet matériel de la Révolution, mais formellement, elle voit cet objet sous une lumière analogue à la lumière marxiste, naturaliste, et par suite elle agit en naturaliste travaillant sans s’en rendre compte dans le sens de la Révolution. 

Elle est une phase de la Révolution, une phase dialectique, qui, opposée diamétralement (mais sur le même plan) à d’autres phases extrêmes de la Révolution, reste contraire, formellement contraire et non contradictoire à l’action révolutionnaire. (…).

Pour bien comprendre ceci, je vais donner quelques exemples.

Le Parti. 

Cette conception moderne du parti est une idée révolutionnaire. Elle échappe rarement à l’orgueil de caste et à la tyrannie de la partie sur le tout. Elle s’origine d’une pensée, plus ou moins confuse ou précise, subjectiviste, individualiste.

Le parti, c’est l’individu collectif. Par principe, il est antinaturel, donc source de désordre. Il a une conception de l’homme qui n’est pas organique, divine, il forme des forces au service d’une idéologie abstraite.
La bataille de Lépante (1571)

L’homme de parti est de type standard interchangeable. Vous vous rappellerez ce que dit notre ami, l’autre jour, en parlant des ouvriers : « Ce sont les nôtres ». Le sens de la propriété est très nuisible à l’harmonie chrétienne. On pourrait croire que notre ami est jaloux de voir que d’autres s’occupent d’un problème qu’il se croit seul capable de résoudre.

Voilà un bien grand danger. Le Parti veut être celui qui fait tout. Il s’achève, quand il triomphe, en un étatisme dictatorial insupportable et sa tyrannie se maintient par la persécution, jusqu’à ce qu’un autre naturalisme, un autre parti le détruise.

Le parti, par essence, se sépare du peuple parce que le peuple se rend très vite compte (et les autres tyrans de demain se chargent de le mettre en évidence) que le parti ne le sert pas, mais qu’au contraire il est, lui [le peuple], l’esclave (selon divers degrés de confort) du parti (quelle que soit la chose désignée par ce mot de parti : soit une classe, soit un individu, soit un consortium, etc.).

Comme ceci est contraire à l’esprit de Jésus‑Christ qui, lui, est venu non pour être servi, mais pour servir ! 

Comment vaincre la Révolution qui a engendré l’esprit de parti, avec un autre parti
? Erreur, profonde et grave erreur, même si la cause proposée à l’activité du parti est le règne de Jésus‑Christ.

Ne croyez pas que ceci soit dit à la légère. Que s’examinent sincèrement nos nationalistes (une bonne retraite de cinq jours !) et ils découvriront qu’ils ne souffrent pas avec patience que d’autres qu’eux‑mêmes travaillent à la même cause et puissent récolter la gloire du succès. Avec cet esprit partisan, (…) comment comprendre la complémentarité catholique des œuvres ?

Les partis de droite crèvent chroniquement parce qu’ils veulent tout faire comme l’État totalitaire. Et ceci vient de leur fausse vision du réel, essentiellement parce qu’ils oublient que la Contre‑Révolution, l’ordre social chrétien est avant tout l’oeuvre de Dieu.

Ils feraient bien de méditer la doctrine du Corps Mystique (…) exposée dans saint Paul (I Co 12). Divers membres, mais un seul Esprit, diverses fonctions, mais un seul Esprit. Leur naturalisme inconscient leur fait croire qu’ils sont la source unique de l’ordre.
Un livre à lire, un auteur à connaître.

De là au rationalisme positiviste, il n’y a qu’un pas ; au marxisme, deux pas, ce dernier mettant la source de toute réalité dans la pure action humaine… je ne parle pas des confusions que cet esprit de parti (qui a pour origine l’orgueil au service du bien tandis que le marxisme est l’orgueil au service du mal) engendre entre l’ordre spéculatif et l’ordre pratique. Vous savez, vous, combien on a vite fait d’ériger en dogme ce qui n’est que norme d’action et ne relève que de la prudence. (…) « Ma, ou notre position est la seule. » On dogmatise ‑ on exclut ‑ on a vite fait de douter de la bonne foi des autres… Ces autres, bientôt, on les haïra… (…)

Prenons un autre exemple caractéristique. En fait, c’est dire la même chose sous un autre aspect.

A méconnaître (par défaut de voir les choses dans la lumière de la foi et des dons de science et d’intelligence) le surnaturel, ou, du moins, à le méconnaître pratiquement, dans leur action politique et sociale, les nationalistes se dépensent inutilement à répondre aux ennemis sur leur propre terrain. 

Folie dont les conséquences sont fatales ! Que d’efforts, que de sacrifices pour la bonne cause ! Et, pour récolte, une série renouvelée d’échecs de plus en plus graves ! On s’arme de sa plume, on polémique, on se bat, on fait le coup de feu même et puis, que voit‑on ? Les ennemis plus forts que la veille et les champions de la bonne cause découragés et divisés…

Il faut le dire, on a perdu le sens du combat contre‑révolutionnaire parce qu’on n’a plus le sens surnaturel, l’esprit surnaturel. On ne sait plus que ‑ s’il faut combattre, certes, c’est cependant « Dieu qui donne la victoire ». On néglige de prier sans discontinuer, selon la recommandation du Christ lui‑même. On oublie pratiquement que sans Dieu nous ne pouvons rien faire. Sans doute, la raison peut connaître quelques vérités, mais pas toutes sans la grâce qui la fortifie et l’élève.

Sans doute, la volonté peut faire des actes des vertus naturelles, mais pas pratiquer sans la grâce toutes les vertus et s’y maintenir. (…) Alors, pas d’ordre social stable et durable sans Notre‑Seigneur Jésus‑Christ, c’est‑à‑dire concrètement, sans la doctrine de Jésus‑Christ éclairée dans la lumière de Jésus‑Christ, sans la grâce et la charité de Jésus‑Christ distribuées et produites par les moyens surnaturels, en particulier les sacrements. Et comme le péché (originel et actuel) est le grand obstacle à l’ordre divino‑humain, pas d’ordre social sans la croix de Jésus‑Christ, c’est‑à‑dire sans l’abnégation, la pauvreté, la contradiction.

Voilà des années que Dieu nous donne la leçon des faits et nous ne voulons pas comprendre. Notre naturalisme pratique échoue. Que faut‑il de plus pour y renoncer une bonne fois ? « Allons‑nous recommencer les mêmes erreurs suivies des mêmes châtiments ? »

Allons‑nous enfin comprendre, selon le mot du cardinal Pie, que Jésus‑Christ n’est pas facultatif ?Saurons‑nous apprécier à sa juste valeur la cause que nous voulons servir ? Saurons‑nous voir l’ordre enchanteur du christianisme avec les yeux de la foi, dans la haute et nécessaire lumière du catholicisme formel ? (…).
Maisonneuve : un catholique d'action.

Les vrais hommes d’action sont des contemplatifs. Ils voient tout dans le Verbe de Dieu comme le Père voit toutes choses dans son Verbe, sa propre splendeur. Alors, ainsi élevés et fortifiés de cette lumière qui est vie (Jn 1, 1), ils découvrent mieux que les autres quels sont les moyens les plus efficaces et les plus sûrs (cf. « Principe et fondement » des Exercices de saint Ignace*) pour arriver au but.

Les vrais (il y en a de faux qui ne sont que des rêveurs séparés du réel, des idéalistes fumeux) contemplatifs sont les plus prudents.

(*) ‑ Exercices spirituels, Principe et fondement, n° 23 : « Désirant et choisissant uniquement ce qui nous conduit plus sûrement à la fin pour laquelle nous sommes créés. » (NDLR.)
-R.P. Grasset (C.P.C.R.) – Le vrai catholique et la politique (1959) – Extrait de la revue « Le Sel de la Terre » n° 41, été 2001. Tiré de l'excellent site Bibliothèque de combat

lundi 23 octobre 2017

Conférence de monsieur l'abbé Olivier Rioult


Première partie d'une série de conférences portant sur la Contrerévolution : "Le salut est dans la contre révolution" par monsieur l'abbé Olivier Rioult.


mercredi 4 octobre 2017

Laïcisme maçonnique

Le laïcisme, c’est la négation de Dieu, c’est la cause première de l’anarchie intellectuelle, morale et sociale dans laquelle sombrent la grandeur et la vie même d’un pays.

C’est la lutte entre le Contrat social [Rousseau] et l’Évangile, entre l’Eglise et la Révolution.

De l’aveu même des ennemis de l’Église, le laïcisme instaure, substitue à l’ancien, un culte nouveau : le culte de la raison et de l’humanité. Les mots Raison et Humanité y sont compris dans un sens religieux, ni rationnel ni humain, dans une acception mystérieuse qui compose un dogme :
  • un dogme très arrêté, un dogme caché, professé, pratiqué, imposé par un clergé caché – la franc-maçonnerie ;
  • un dogme qui, par un attrait malsain et vicieux, attire, à la suite des Lamennais, des Loyson, des Loisy, des Renan, des Combes et de tant d’autres, tous les faillis de la foi catholique, jusqu’aux protagonistes du modernisme condamné par les papes ;
  • un dogme qui est la synthèse des rancunes vouées à l’Eglise par la secte ;
  • un dogme en désaccord avec toutes les données de la philosophie et du bon sens, en contradiction éclatante avec toutes les coutumes, toutes les traditions, tous les intérêts religieux, moraux, sociaux et matériels de la nation.

L’enseignement des Écoles de l’Etat, mis au service de ce culte, professe donc une doctrine dirigée contre les intérêts supérieurs de l’esprit humain, contre les intérêts proches et lointains de la France catholique [du Canada français, où le catholicisme est indissociable de la vie de la nation]


-Abbé Augustin Aubry – Contre le Modernisme (1927) source


L'encyclique Quas Primas de Pie XI, instituant la fête du Christ-Roi, contre l'athéisme et la laïcité.

18 - C'est ici Notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d'apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine. Nous le faisons en prescrivant à l'univers catholique le culte du Christ-Roi. La peste de notre époque, c'est le laïcisme, ainsi qu'on l'appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles.

19 - Une fête célébrée chaque année chez tous les peuples en l'honneur du Christ-Roi sera souverainement efficace pour incriminer et réparer en quelque manière cette apostasie publique, si désastreuse pour la société, qu'a engendrée le laïcisme.

20. Au terme de cette Lettre, Nous voudrions encore, Vénérables Frères, vous exposer brièvement les fruits que Nous Nous promettons et que Nous espérons fermement, tant pour l'Eglise et la société civile que pour chacun des fidèles, de ce culte public rendu au Christ-Roi. L'obligation d'offrir les hommages que Nous venons de dire à l'autorité souveraine de Notre Maître ne peut manquer de rappeler aux hommes les droits de l'Eglise. Instituée par le Christ sous la forme organique d'une société parfaite, en vertu de ce droit originel, elle ne peut abdiquer la pleine liberté et l'indépendance complète à l'égard du pouvoir civil. Elle ne peut dépendre d'une volonté étrangère dans l'accomplissement de sa mission divine d'enseigner, de gouverner et de conduire au bonheur éternel tous les membres du royaume du Christ.

21. Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l'obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d'obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l'ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l'ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles; car sa dignité royale exige que l'État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l'établissement des lois, dans l'administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs.



jeudi 21 septembre 2017

Biographie de Jules-Paul Tardivel

Jules-Paul Tardivel, le fondateur en 1881 de La Vérité de Québec, qu'il dirigea et rédigea jusqu'à la fin de sa vie, est né à Covington, dans le Kentucky, d'un père français, Claude Tardivel, natif de l'Auvergne, et d'une mère anglaise convertie au catholicisme, Isabelle Brent, le 2 septembre 1851. Il est mort, à Québec, où s'était écoulée presque toute sa carrière de journaliste, le 24 avril 1905, à 54 ans. Ce fut un champion de la cause catholique et française au Canada, un lutteur intrépide, plutôt intransigeant que souple, un écrivain à la plume sûre d'elle-même, toujours correcte et élégante, un homme d'ordre et de vie très droite, croyant et patriote comme on n'en voit pas souvent.

À 17 ans, ne sachant pas un mot de français, le jeune Tardivel venait, en 1868, de son lointain Kentucky, commencer ses études classiques à Saint-Hyacinthe. Après Chicoyne, dont il est question la notice précédente, il fut du groupe des fidèles de l'abbé François Tétrault, et il en garda l'empreinte sa vie entière. Tout en conservant bien sa langue maternelle, l'anglais, il apprit notre langue française à la perfection. Il se distingua dans ses classes et se fit remarquer par son esprit de discipline, son application et son amour du travail.

En avril 1873, Tardivel débutait dans le journalisme au Courrier de Saint-Hyacinthe. En septembre de la même année, il passait à La Minerve de Montréal. En 1874, il allait se fixer à Québec et entrait au journal Le Canadien, que dirigeait alors Tarte, plus tard ministre dans le gouvernement Laurier. Il fut six ou sept ans rédacteur à ce journal, écrivant souvent l'article de fond, s'essayant dans la critique littéraire, donnant à droite et à gauche de bons coups de plume qui marquaient déjà sa manière, pu amie du servilisme et nettement indépendante des partis et des coteries.

En juillet 1881, Tardivel fondait La Vérité, un hebdomadaire, qui fit son chemin, se suscita des contradicteurs, mais s'assura aussi toute une phalange d'admirateurs fervents, aux yeux de qui, pendant un quart de siècle, Tardivel fut le Louis Veuillot du Canada. Penseur puissant, très nourri de fortes lectures dans les pages des maîtres, polémiste ardent et redoutable, mais qui ne s'attaquait jamais aux personnes, le directeur de La Vérité, dans son rendez-vous de chaque semaine auprès de ses lecteurs, se montrait l'apôtre laïque de la doctrine de l'Eglise. Sa sincérité, comme sa loyauté, était évidente.

De ses principaux articles, il fit des volumes de Mélanges, au moins trois, dont le premier parut en 1887. En 1890, il publia des Notes de voyage, au retour d'un séjour en Europe. En 1895, ce fut Pour la patrie, roman du XXème siècle, ainsi que l'indiquait le sous-titre. Il donna encore diverses études sur La situation religieuse aux Etats-Unis, sur Le pape Pie IX, sur l'anglicisme, sur la langue française. En fait, il travaillait beaucoup et sa production littéraire fut abondante.

Tardivel était au physique un bel homme, de grandeur moyenne et de noble prestance, avec une tête au front chauve, une figure régulière au teint chaud, un nez droit, des yeux pénétrants, portant toute sa barbe, soigneusement taillée. Au moral, c'était la dignité en personne. Il avait épousé, jeune, Henriette Brunelle, dont il eut un fils, Paul, qui lui succéda à La Vérité, comme journaliste, et quatre filles, Mme C.-J. Magnan, Mme Omer Héroux, Mme Joseph Bégin et Mme H. Bazin.

Quand le roman Pour la patrie parut, chez Cadieux et Derome, à Montréal, en 1895, la Semaine religieuse, que dirigeait alors M. le chanoine Bruchési, l'appréciait ainsi : "Après avoir suivi d'un œil attentif les péripéties de la lutte héroïque imaginée et racontée par M. Tardivel, plusieurs réserveront leur jugement et se contenteront de penser que les vues de la Providence sur le peuple canadien restent encore insondables. D'autres partageront, non sans enthousiasme, les glorieuses aspirations de l'ardent journaliste. Quelques-uns, par conviction, ou même par crainte d'exciter les préjugés de races, ne manqueront peut-être pas de crier au rêve, à l'utopie, à la provocation, Quoiqu'il en soit, l'important, pour l'heure actuelle au moins, c'est de nous entendre afin d'éviter, comme nation, tout ce qui serait de nature à nous rendre indignes des desseins de Dieu, c'est de travailler à découvrir les véritables ennemis de notre race et de notre religion et de leur opposer une résistance loyale mais vigoureuse [NDLR : « les catholiques libéraux sont les pires ennemis de l’Église » disait justement le pape Pie IX]. En cela, le livre de M. Tardivel sera utile... Même si elle ne devait pas avoir cette influence heureuse, la lecture de cet ouvrage, fortement pensé et nettement écrit, ferait encore du bien. L'auteur, en effet, y a jeté nombre d'idées nobles et généreuses, d'aperçus nouveaux et chrétiens, et quelques-uns des caractères qui s'y développent sont de ceux qui font ressortir l'élévation des vertus sociales qu'inspire le christianisme..."

Dix ans plus tard, à la mort de Tardivel, le même chanoine Bruchési, devenu l'archevêque de Montréal, écrivait à son fils Paul, au sujet de La Vérité : "C'est une oeuvre et non pas une affaire d'argent. Avant tout, elle veut servir l'Eglise et défendre ses intérêts... Elle ne recherche pas la sensation... Elle est pleine d'idées... Qu'elle ait eu quelquefois ses erreurs et ses torts, cela n'est pas étonnant... Mais ces erreurs n'ont jamais porté sur des points de doctrine et que sont-elles après tout comparées au bien accompli ?" Et l'éminent archevêque ajoutait : "Le fondateur de La Vérité, du reste, tous ceux qui l'ont connu intimement le savent, avait les convictions religieuses les plus profondes, un amour ardent de son pays, une loyauté et un désintéressement à toute épreuve. S'il s'est trompé, il s'est trompé de bonne foi. Je ne connais pas de journaliste qui, dans notre pays, ait reçu autant de témoignages d'estime et d'admiration. Ses adversaires comme ses amis se sont plu à reconnaître sa valeur et son mérite."

On comprend, après un pareil témoignage, venu de haut, que M. Magnan, le mari de sa fille aînée, ait pu écrire, dans l'Enseignement Primaire, comme conclusion au substantiel article qu'il donna sur Tardivel au lendemain de sa mort, ceci qui est très juste et émouvant : "Un philosophe ancien a dit que toutes les grandeurs du monde et tout le bruit qui se fait autour d'un homme pendant sa vie aboutissent fatalement à ces mort : Hic Jacet - Ci-gît ! Cette inscription tumulaire ne saurait convenir au vaillant soldat chrétien que nous pleurons. J'ai cru, je vois, voilà plutôt, comme pour Louis Veuillot, ce qu'il faudrait graver sur la croix du modeste tombeau de Jules-Paul Tardivel."



-Abbé Elie-J. Auclair, Figures canadiennes, deuxième série. Editions Albert Lévesque. Montréal, 1933. Pp. 195-200.

jeudi 14 septembre 2017

Le Sacré-Coeur en Canada

Conformément à la demande de Notre-Seigneur à
sainte Marguerite-Marie Alacoque, le Sacré-Cœur
 trône majestueusement au milieu de notre drapeau national.
Dans son Encyclique sur la consécration du genre humain au Sacré Cœur, publiée le 25 mai 1899, Léon XIII écrit ces remarquables paroles: « A l'époque où l'Église, toute proche de ses origines, était accablée sous le joug des Césars, un jeune empereur aperçut dans le ciel une croix qui annonçait et qui prépara une magnifique et prochaine victoire. Aujourd'hui, voici qu'un autre emblème béni et divin s'offre à nos yeux. C'est le Cœur très sacré de Jésus, sur lequel se dresse la croix, et qui brille d'un magnifique éclat au milieu des flammes. En lui nous devons placer toutes nos espérances; nous devons lui demander et attendre de lui le salut des hommes. »

Ce Labarum, il flottait, par un privilège tout spécial, sur le ciel du Canada, dès les premières années de notre colonie. De toutes les dévotions qu'on retrouve au berceau de la Nouvelle-France, celle qui a pour objet le Coeur de Jésus, compte parmi les plus solides et les plus populaires.

Quelques apôtres, envoyés par la Providence sur nos rives, s'étaient appliqués à la faire fleurir. Au premier rang, la Thérèse du Nouveau-Monde, Marie de l'Incarnation. Favorisée, bien avant l'humble Visitandine de Paray, des faveurs du Sacré Cœur, elle s'emploie ardemment à propager son culte. Puis, c'est le premier évêque de Québec, l'ami du vénérable Jean Eudes, Mgr de Montmorency-Laval; c'est la pieuse Hospitalière, Catherine de Saint-Augustin; ce sont les missionnaires et les martyrs de l'époque: Lejeune, Ragueneau, Brébeuf, Lalemant. Une note trouvée parmi les papiers de ce dernier, après sa mort, nous révèle les motifs qui l'avaient poussé à demander les missions canadiennes. Avant tout, c'est le « contentement », qu'il veut donner au « Cœur sacré de Jésus-Christ », de « faire adorer son nom et étendre son royaume ».

Sous l'impulsion de ces apôtres, la dévotion au Sacré Cœur s'introduit dans les familles. Plutôt privée, confinée au foyer durant le XVIIe siècle, elle s'étend et devient culte public dès le début du XVIIIe .

En 1716, une pieuse confrérie est fondée sous le nom d'Association du Sacré Cœur. Elle a son centre dans la petite chapelle du monastère des Ursulines. Le registre où s'inscrivent les noms des associés contient ceux de l'évêque, Mgr de Saint-Vallier, des membres du clergé séculier et régulier, des familles les plus distinguées du pays. Et chacun tient à prouver, par des actes, que son adhésion n'est pas un vain geste.

C'est ainsi que « chaque fête, écrit l'abbé Lindsay, avait un nombre choisi d'adorateurs. Dès le jour de l'an, arrivait au pied de l'autel Pierre de la Vérandrye, avec sa femme Anne-Louise Daudonneur du Sablé. A Pâques, venait à son tour le chevalier de Repentigny; à la Fête-Dieu, M. Thomas-Jacques Taschereau; le jour des Morts, M. de Rigaud, marquis de Vaudreuil; le jour de l'Immaculée Conception, M .Daniel Liénard de Beaujeu; le jour de Noël, M. Joseph-Henri de la Gorgendière. Quant à Mme Denys de la Ronde, ayant sans doute plus de loisir que son mari, elle s'engageait pour honorer le Sacré Cœur, à faire une heure d'adoration tous les premiers vendredis du mois. Souvent encore les mères venaient en compagnie de leurs filles: Mme Charlotte de Ramesay, avec ses filles Marguerite, Charlotte et Louise; Mme de Longueuil et ses trois filles, la baronne de Bécancour et ses enfants. Les jeunes filles formaient aussi des groupes choisis; Thérèse Hertel de Rouville, Thérèse Duchesnay, Thérèse de Beaujeu et Thérèse Hertel de la Fresnière consacraient à honorer le Sacré Cœur le jour de leur patronne sainte Thérèse. »

Accroissement de la dévotion

Le père Victor Lelièvre, ardent prédicateur du Sacré-Cœur.
Implantée dans le sol canadien par les constructeurs mêmes de la colonie, la dévotion au Sacré Cœur y est toujours demeurée enracinée. Un peu ébranlée durant les premières années qui suivirent la conquête, elle reprit peu à peu, sous l'action de différents événements, sa vigueur primitive.

En 1873, ce sont les évêques, qui, assemblés en concile, invitent les populations à se consacrer au
Cœur du divin Maître. Leur mandement collectif détermine un magnifique mouvement.

En 1886, c'est un pieux religieux jésuite, le P. Jean-Baptiste Nolin, qui entreprend par tout le Canada une véritable croisade. Sa parole originale et ardente enrôle, en moins de trois ans, 166 348 fidèles dans l'Apostolat de la Prière. Fort de ce premier succès, il lance, en 1889, le projet de la consécration des familles au Sacré Cœur: 41 000 lui répondent. Les signatures de leurs chefs respectifs, inscrites dans un livre d'or, sont envoyées à Toulouse et de là à Paray-le-Monial.

Dès lors le culte cher à nos pères ne fait que se développer et s'organiser. Il a bientôt ses confréries, ses ligues, ses organes, il a ses apôtres et ses chefs de groupe, il a ses manifestations et ses victoires.

Depuis quinze à vingt ans principalement — tout observateur attentif de notre vie religieuse a pu le constater — il pénètre dans les différents domaines où se meut notre existence, il les assainit et les vivifie.

Aucun ne lui échappe. C'est d'abord le foyer. Le Cœur de Jésus en devient le Protecteur officiel, le Maître, le Roi unanimement reconnu. Son image est mise à une place d'honneur ordinairement à l'entrée de la maison, au-dessus de la porte. Souvent aussi une statue orne l'une des pièces intérieures. C'est à ses pieds que la famille se réunit pour la prière du soir.

En même temps qu'au foyer, le Sacré Cœur règne à l'école. Quelle maison d'éducation, quelle classe même ne lui rend pas un culte spécial ? Le matin, les élèves lui consacrent ensemble leur journée, puis, d'heure en heure, ils lui offrent leurs différentes actions: messe, communion, chapelet, travaux, actes de charité, lecture de piété, mortifications, visites au saint Sacrement, oeuvres de zèle, souffrances, récréations, victoires sur leurs défauts; ils les marquent assidûment sur une feuille qu'ils déposent, à la fin du mois, dans une corbeille: c'est la pratique salutaire du Trésor du Cœur de Jésus. Elle tient l'âme unie intimement à Notre-Seigneur, fidèle à ses devoirs de chaque instant.

Culte social et national

De la famille et de l'école, la dévotion au Sacré Cœur a pénétré dans l'usine, l'atelier, le magasin. Elle a débordé naturellement de la vie privée dans la vie professionnelle. Ce furent d'abord quelques cas isolés. Nous connaissons un industriel, ancien ministre fédéral et ancien maire de Montréal qui, en 1901, consacrait solennellement sa manufacture au Sacré Cœur et y installait sa statue. Le mouvement, cependant, ne commença à se généraliser qu'en 1905. Un apôtre au cœur de feu, le P. Lelièvre, oblat de Marie-Immaculée, en fut l'initiateur. Il visita, cette année-là, comme prélude de son action, vingt-huit manufactures, et gagna à sa cause huit cents ouvriers, premières recrues du magnifique bataillon chrétien que tout le Canada connaît maintenant sous le nom d'ouvriers du Sacré Cœur. Enrôlés sous la bannière du divin Maître, ils ne voulurent plus travailler que sous son regard protecteur. Et c'est ainsi que sa statue fut mise à une place d'honneur dans un grand nombre d'usines et d'ateliers.

D'autres paroisses suivirent l'exemple de Saint-Sauveur. Le geste plût à des hommes qui n'y étaient pas d'abord disposés, quand ils connurent son heureuse influence sur les travailleurs. Des protestants mêmes le favorisèrent dans leurs usines. Ils ne se comptent plus actuellement, à Québec, à Montréal, aux Trois-Rivières, à Chicoutimi, à Lévis, dans tous les centres industriels de la province, les établissements où le Sacré Cœur est publiquement honoré.

Comme son culte avait passé naturellement de la vie de famille à la vie professionnelle, ainsi passa-t-il de celle-ci à notre vie sociale et nationale. Que d'actes, depuis quelques années, témoignent de cette pénétration profonde et sûre. C'est le mouvement en faveur du drapeau Carillon Sacré-Cœur; c'est la consécration à ce Cœur divin de plusieurs associations, parmi les plus représentatives de la race et d'un grand nombre de villages et de villes, fiers de se donner à lui par la voix de leurs chefs civils, et d'élever en son honneur, sur une de leurs places principales, un superbe monument.

On dirait vraiment que le culte du Sacré Cœur a presque atteint chez nous son apogée. Il est bon, cependant, quand une occasion nous y invite, de revenir sur telle ou telle étape d'un chemin victorieusement parcouru, afin d'élargir et de fortifier les bases que nous y avons établies. Ainsi l'exige la stratégie spirituelle aussi bien que la stratégie militaire.

Cette occasion, des événements extérieurs nous la fournissent actuellement. Notre devoir est d'en profiter.

Reprenons donc la mentalité et les traditions de nos aïeux, des constructeurs de notre nationalité. Considérons-nous d'autant plus tenus à servir Dieu que notre position est élevée et notre influence étendue. Quelques familles le comprendront d'instinct. Puisse leur empressement à se consacrer au Sacré Cœur entraîner les autres, et assurer ainsi le règne social de Notre-Seigneur Jésus-Christ en terre canadienne!



-R.P. Joseph-Papin Archambault, S.J. Les Familles au Sacré Cœur. Oeuvre des Tracts : l'Action paroissiale, n.12. 1924. Pp. 1–16.

dimanche 10 septembre 2017

Formation doctrinale - Les voies de la réduction ou la manœuvre révolutionnaire


Conférence de monsieur l'abbé Nicolas Pinaud sur l'article "Les voies de la réduction" (1981), extrait du Bulletin de l'Occident chrétien, exposant la manœuvre révolutionnaire. Conférence enregistrée dans le cadre des Journées de formation de Tradition Québec (9 septembre 2017).



Pour plus de détails, lisez le livre "Groupes réducteurs et noyaux dirigeants" d'Adrien Loubier.


mercredi 6 septembre 2017

L'évolution du parti Libéral au Canada Français

L'origine lointaine de nos partis politiques remonte aux années qui ont précédé la Révolution de 1837.

Louis-Joseph Papineau
Louis-Joseph Papineau

Dans les grandes assemblées qui entretenaient l'agitation, Papineau et ses amis prononçaient des discours républicains et antibritanniques. Dans les "associations de la Réforme", les doctrinaires du mouvement reconnaissant le peuple comme source unique d'autorité, et sapaient l'influence du clergé. Les Fils de la Liberté publièrent un manifeste révolutionnaire, souhaitant émanciper le Canada "de toute autorité humaine, si ce n'est celle de la démocratie".

Le clergé et les esprits modérés contre-carraient ces tendances. La Minerve de Montréal et le Libéral de Québec, organes du mouvement réformiste, décrétèrent les modérés de trahison et déchiquetèrent les mandements des évêques.

Les partisans de Papineau organisèrent les prises d'armes de 1837 et de 1838. Ils ne réussirent qu'à provoquer une répression assez dure. Les chefs de l'insurrection se réfugièrent aux États-Unis [NDLR: au comble, Papineau s'exila sous les traits d'une femme], et vécurent en exil jusqu'à l'amnistie.

Au Canada, l'orage passé, les esprits s'apaisèrent. L'amnistie est proclamée. La plupart des exilés rentrent mûris par l'épreuve. Ces exilés - entre autres, Ludger Duvernay et Georges-Etienne Cartier - se repprochent de leurs anciens adversaires modérés, et renoncent à l'anticléricalisme. Les épouses des révolutionnaires se 1837 se disputent, en 1845, l'honneur de faire la quête à la grand'messe du 24 juin. La Minerve recommande le progrès dans l'ordre, le respect de l'autorité. Le peuple canadien-français, presque à l'unanimité, suit ces conseils.

Mais Papineau n'est pas rentré en même temps que les autres exilés. Papineau séjourne à Paris pendant huit ans. Dans l'histoire européenne, dans l'histoire de France en  particulier, ce séjour de Papineau se situe en pleine effervescence entre la Révolution de 1830 et celle de 1848. Papineau fréquente tous les libéraux en vue. Il se lie avec le chansonnier Béranger, et visite Lamennais, emprisonné pour la publication d'un pamphlet révolutionnaire. Il a des entrevues avec les socialistes Louis Blanc et Pierre Leroux. Il rencontre des réformistes d'Angleterre, d'Allemagne, d'Italie, de Pologne.

Dans ce milieu, Papineau accentue ses idées avancées. Quand il revient au Canada, en 1845, il a, sur plusieurs points, adopté les idées radicales de ces amis français. Ses anciens lieutenants - Denis-Benjamin Viger, Louis-Hippolyte Lafontaine, Augustin-Norbert Morin, Ludger Duvernay, Georges-Etienne Cartier - ont au contraire évolué vers la conciliation.

Papineau, après huit ans d'éloignement, n'est plus à l'unisson du peuple. Il devient, toutefois, l'idole d'un groupe de jeunes libéraux à tendances radicales. Ces jeunes gens fondent un journal, qu'ils appellent L'Avenir, en souvenir de l'éphémère journal de Lamennais. Le groupe de L'Avenir comprend Antoine-Aimé Dorion et ses frères, Joseph Doutre, Rodolphe Laflamme, Louis-Antoine Dessaulles, Jean-Baptiste Daoust, tous plus ou moins marqués d'anticléricalisme. Ces disciples de Papineau reprennent les théories des anciennes "associations de la Réforme". Ils préconisent l'indépendance du Canada, voire l'annexion aux États-Unis. Ils fondent l'Institut Canadien, qui entre bientôt en conflit avec Mgr Bourget. Ce groupe de l'Institut Canadien est le noyau du parti libéral.



-Robert Rumilly, Pages d'histoire politique. Ligue de l'autonomie des provinces. P. 23.

lundi 4 septembre 2017

Messe catholique à Drummondville


Tradition Québec vous invite à une messe catholique dimanche le 17 septembre 2017.

Horaire :

9h - Confessions (notez qu'il y aura aussi possibilité de se confesser durant la messe)

10h - Messe chantée du 15ème dimanche après la Pentecôte

12h - Repas tiré du sac, avec la présence des abbés Pinaud et Roy.

Lieu :

Érablière La pente douce
1549 route 122
Notre-Dame-du-bon-Conseil
J0C 1A0

Au plaisir de vous y voir nombreux !

Faites pénitence!

Dom Léonce Crenier (1888-1963)
Abbé du monastère bénédictin de
Saint-Benoit-du-Lac.
Tel était le cri de saint Jean-Baptiste au désert;
Telle fut la première prédication de Notre-Seigneur;
Tel a toujours été l'avertissement que les Saints ont jeté au monde;
Tel est enfin l'appel que la Très Sainte Vierge, dans ses diverses apparitions depuis cent ans, nous adresse...

Or, on ne fait point pénitence.

On n'en voit pas la nécessité.
Tout le monde semble croire qu'il suffit, pour purifier son cœur et se rendre tout-à-fait agréable à Dieu, de se confesser et d'accomplir la pénitence reçue à cette occasion.
Et non seulement on ne fait point pénitence, mais encore on recherche immodérément les plaisirs sensibles; on ne semble vivre que pour cela.

Il arrive même que l'on veuille ériger cette conduite en doctrine, et que l'on appelle « Rigorisme » ce qui n'est en réalité que le minimum de la pénitence chrétienne.
C'est là un grand mal. Si, en effet, le rigorisme est condamnable – et il l'est – la vraie pénitence est louable et nécessaire.

Il y a dans la spiritualité de nombreux catholiques d'aujourd'hui quelques grandes lacunes, et l'oubli de la pénitence en est une. La Sainte Vierge nous l'a redit en vain. Nous voudrions, dans ces quelques pages, rappeler l'enseignement de la tradition catholique sur la nécessité de la pénitence et les normes d'après lesquelles doit se régler la pratique de cette vertu, qui étant d'ordre moral, consiste en un milieu, placé entre un excès et un défaut.

Trop de mortification, c'est le rigorisme.
Trop peu de mortification, c'est le laxisme.
Au milieu, entre cet excès et ce défaut, se place la vertu chrétienne de pénitence. Là est tracée la voie étroite qui est le seul chemin pour aller au ciel.

La mortification est la répression des tendances déréglées de notre volonté et de notre sensibilité, en vue de soumettre parfaitement à Dieu ces deux facultés.
Comme nous le verrons, pour obtenir cette soumission parfaite, il est souvent nécessaire de réfréner en nous des tendances qui ne sont point déréglées.

Et pourquoi cette répression?

1- Parce que nos tendances, désordonnées depuis le péché originel, nous poussent à milles choses défendues et mauvaises.
Or, pour redresser un jeune arbre, il ne suffit pas de le ramener à la verticale : il faut le courber dans le sens opposé à celui où il penche.
De même, il nous faut parfois retrancher ce qui est permis pour pouvoir extirper ce qui est déréglé.
Comme le dit saint Thomas (De Malo, Q. 4, a. 2.) : « Le grand lien spirituel qui contenait merveilleusement toute notre nature étant rompu, sans être proprement disposés à rien, nous sommes exposés à tout, comme un vin généreux qui s'écoule en tout sens, ou comme une fougueuse monture qui n'est plus gouvernable. »
Et c'est d'abord ce déréglement qu'il faut combattre; on oublie de le faire; on semble ignorer qu'il faut le faire.

2- Parce que nos péchés personnels nous obligent à la pénitence, et pas seulement à la pénitence sacramentelle, dont on ne saurait se contenter. Aussi, le Concile de Trente (Session XIVe, chapitre VIIIe) nous conseille-t-il trois sortes d'oeuvres satisfactoires :

a) Les peines par nous spontanéement recherchées pour réparer le péché;
b) Les peines imposées par le prêtre en proportion de la faute;
c) Enfin (et ceci est la plus grande preuvre d'amour) les épreuves temporelles infligées par Dieu et patiemment supportées par nous.

3- Parce que ces péchés personnels ont encore accentué les mauvais plis laissés en nous par le péché originel. Cette conséquence vient s'ajouter à la culpabilité que nous avons encourie en commettant ces fautes, et vient rendre plus ardu, plus laborieux, le redressement auquel nous devons travailler.

4- Le quatrième motif qui nous oblige à la mortification, dit M. Olier, c'est la sainteté, qui nous doit tenir unis à Dieu et détachés de toute créature.

Le bonheur divin qui nous est destiné, dès ici-bas, exige un renoncement aux jouissances inférieures, dans lesquelles notre sensibilité pourrait s'arrêter.
Nous devons considérer la hauteur du but à atteindre. Un chrétien doit, dit Notre-Seigneur, s'efforcer d'être parfait comme le Père céleste est parfait.
Il ne s'agit donc pas simplement de mener une vie qui soit raisonnable à nos propres yeux; il faut tâcher de mener une vie divine, d'être, comme nous y exhorte saint Paul, les imitateurs de Dieu.

Il faut donc toujours tendre à ce que nous conseille saint Paul : « Si vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d'en-haut, et non celles de la terre. »
La hauteur de l'idéal surnaturel qui nous est proposé demande si nous voulons y tendre que soit exclus de notre vie ce qui, sans être mauvais, détournerait de Dieu notre regard et notre activité.

5- Par esprit de religion et de sacrifice, dit M. Olier, nous devons mortifier tous nos appétits propres.

6- Par amour du prochain, c'est-à-dire pour les délivrance des âmes du purgatoire et le salut des pécheurs.

Membres du Christ, nous devons collaborer à son œuvre de rédemption, à l'exemple de saint Paul, qui disait : « Je suis plein de joie dans mes souffrances pour vous, et ce qui manque aux souffrances du Christ en ma propre chair, je l'achève pour son corps, qui est l'Eglise. »
Quand nous réparons pour nos propres péchés, c'est la vertu de pénitence. La réparation pour les autres est charité envers le prochain.

7- Par amour pour le Christ. N'est-ce pas à ce motif que pensait saint Paul lorsqu'il écrivait que « ceux qui sont au Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises »? et lorsqu'il disait aux Philippiens : « Pour son amour, j'ai voulu tout perdre, regardant toutes choses comme de la balayure, afin de gagner le Christ et d'être trouvé en lui... afin de le connaître, lui et la vertu de sa résurrection, d'être admis à la communion de ses souffrances, en lui devenant conformes dans sa mort, pour parvenir, si je le puis, à la résurrection des morts. »

8- L'ascèse, et en particulier le jeûne, sont utiles à la santé du corps, et bien que ce motif soit naturel, nous pouvons le sanctifier par l'intention.

9 – La lutte contre le démon. Il y a, nous dit Notre-Seigneur, des démons qui ne sont chassés que par le jeûne et par la prière.
Notre lutte principale est contre les démons qui sont autour de nous, comme l'Eglise nous le rappelle tous les jours à Complies, et comme nous le dit si fortement l'Epître du 21e dimanche après la Pentecôte.

Or, les démons se combattent par le jeûne, la prière et la mortification en général.

Le tabernacle de Satan.
10- Le fait de vivre dans un temps où revit le paganisme, et à côté d'une grande nation aux trois-quarts païenne nous invite à pratiquer une ascèse encore plus assidue.

L'existence de ce néo-paganisme a été constatée en termes très attristés par Pie XI et son successeur Pie XII. Le Pape s'exprimait ainsi le 8 février 1932, dans un discours : «  … On marche donc par les voies d'un paganisme nouveau et qui matérialise la vie tout entière. Beaucoup pensent que le gain est tout, que le gain doit être rapide, afin qu'on puisse jouir de la vie, s'amuser, dominer, prévaloir. Le paganisme rentre dans la vie publique, dans la vie privée, dans la vie familiale, par suite d'un abandon de plus en plus commun des principes de modération, de retenue, d'abnégation, de respect de soi-même, de respect des autres et de toute chose respectable. »

Et l'on se rappelle les fortes paroles de Son Eminence le Cardinal Villeneuve, aux Trois-Rivières, en août dernier :

« … Je voudrais oublier le règne de la chair, les crimes secrets des époux, les libertés criminelles de la jeunesse, les audaces, les recherches, les passions, les faiblesses, les suggestions, les regards, les pensées, les sollicitations, les scandales qui jettent la génération nouvelle dans la luxure la plus effrénée, et dans des mœurs que Sodome, Babylone, Rome et Athènes, et tous les siècles païens n'ont peut-être pas dépassés... »

N'est-il pas évident que ce mal appelle une réaction d'austérité chrétienne?

Le début du 17e siècle voyait fleurir un paganisme pareil à celui d'aujourd'hui. C'est alors que se produisit la réaction des Saints, magnifiquement décrite pas Brémond comme une « invasion mystique ».

C'est le temps de Bérulle et de son Ecole, où brilla bientôt M. Olier, qui devait fonder la Compagnie de Saint-Sulpice, admirable dans tous les temps par son austérité chrétienne, qui en a fait le modèle de la perfection sacerdotale.

C'était alors aussi que surgissait cette magnifique pléiade de saints personnages qui devaient fonder le Canada et lui donner cette impulsion de vie chrétienne qui dure encore et continue de faire l'admiration des étrangers.

La réaction de sainteté du début du 17e siècle s'impose aujourd'hui pour les mêmes raisons.

On consultera, pour plus de détails :

Les œuvres de Cassien, toujours actuelles.
Les œuvres de saint Jean de la Croix, surtout la Montée du Carmel et la Nuit obscure, précieux ouvrages propres à dissiper toutes les illusions.
Les œuvres de M. Olier, et en particulier son Introduction à la vie et aux Vertus chrétiennes.
L'introduction à la Vie dévote, de saint François de Sales.
Les œuvres de Rodriguez (Perfection chrétienne).
Celles de saint Jure (L'homme spitituel).
Celles de saint Alphonse de Liguori (Dignité et devoirs du Prêtre, etc.).

Le précis de théologie ascétique et mystique, de Tanquerey



-Dom Léonce Crenier, O.S.B., Le juste milieu de la pénitence. Saint-Benoit-du-Lac. 1944.

lundi 28 août 2017

La vocation providentielle du peuple canadien-français

Mgr Racine, premier évêque de Sherbrooke.
1822-1893.
Quelle a été la vocation du peuple canadien-français ?

Dieu, dont l'empire est souverain et universel, disposait en maître des nations lorsqu'il disait à son fils:
« Tu es mon fils, je t'ai engendré aujourd'hui ; demande-moi et je te donnerai les nations pour ton héritage. » 
Par cette parole, la plus puissante et la plus efficace, le fils de Dieu a obtenu l'empire sur tous les peuples, il a étendu sa puissance jusqu'aux extrémités de la terre. Il a partagé le monde en peuples divers et il leur a laissé la liberté de choisir la route qu'ils devaient parcourir. Mais à chaque nation, comme a chaque individu, il a imposé une mission.

« Cette mission, c'était d'accepter sa loi proposée à leur libre arbitre, de l'aimer, de la conserver, de la défendre, de la propager, d'en faire le fond de leur mœurs et de leurs institutions, d'user même de leurs armes, non pour l'imposer, mais pour la préserver et la tirer de l'oppression, en assurant à tous les hommes le droit de la connaître et de s'y conformer librement... La vocation des races chrétiennes, c'est de répandre la vérité, d'éclairer les nations moins avancées vers Dieu, de leur porter, au prix du travail et au hasard de la mort, les biens éternels, la foi, la justice, la civilisation. »

Celui qui, du haut des cieux, a tous les cœurs dans sa main, préparait de grandes choses, lorsqu'à la fin du quinzième siècle il inspirait à Christophe Colomb l'idée d'aller à la découverte du continent américain. Un monde nouveau, plus grand que l'ancien, s'ouvre à l'Evangile et à la civilisation. L'élan est donné. Les explorateurs européens paraissent sur toutes les côtes de l'Atlantique et du Pacifique. Le célèbre navigateur de Saint-Malo, Jacques Cartier, plus hardi que ses prédécesseurs, remonte le Saint-Laurent jusqu'aux lieux qui alors avaient noms Stadaconé et Hochelaga. Quel a été le principal motif des rois de France en jetant les bases d'une colonie en Canada ? Se glorifiant du titre de rois très-chrétiens et de fils aînés de l'Eglise, ils ont eu pour but premier de christianiser et de civiliser les peuples qui vivaient plongés dans la nuit de l'infidélité. Aussi, le premier acte de Cartier, en posant le pied sur la terre canadienne, est-il d'en prendre possession au nom de la religion. Il plante une croix. Sur cette croix il grave ces mots: « Vive le roi de France! » Par cet acte solennel, Jacques Cartier proclame notre alliance avec Dieu: c'est l'heure de la prédestination du peuple canadien.

Réplique de la croix de Jacques Cartier plantée à Tadoussac.
A la naissance de ce peuple nouveau, les enfants des bois, dans leur étonnement, durent se dire les uns aux autres, comme autrefois les habitants de la Judée à la naissance de Jean-Baptiste entourée de tant de prodiges : Quel sera l'avenir de ce peuple? Quis put as puer iste eritf. D'où viennent ces hommes nouveaux? Que nous présage ce signe mystérieux élevé au milieu de nos forêts silencieuses? Ah! s'ils avaient pu lire dans l'avenir, ils auraient vu ce peuple marcher, comme Jean-Baptiste, devant la face du Seigneur, pour lui préparer les voies, pour éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort, ils auraient vu la croix briller, non seulement au-dessus des bourgades de Stadaconé et d'Hochelaga, mais encore sur les points les plus reculés des deux Amériques et sur les rivages des deux océans. Mais comment ce peuple nouveau réalisera-t-il, sous une forme sociale, l'alliance avec Dieu. Le Seigneur, qui donne à qui il veut son esprit de prévoyance et de sagesse, choisit un homme dont le cœur est ouvert aux grandes découvertes et aux entreprises hardies. La Saintonge est la patrie de ce sage, de ce héros, de ce chrétien digne de ce nom glorieux. Âme ardente et pleine de foi, noble cœur prompt à l'exécution des entreprises les plus difficiles, à quelle œuvre, dans le domaine de l’histoire de la découverte de l'Amérique, son nom ne se trouve-t-il pas mêlé.

Pour s'exercer aux grandes choses qui doivent immortaliser son nom, il visite les îles Canaries, la Guadeloupe, Saint-Domingue et Cuba, il pénètre jusqu'à la capitale du Mexique et Portobello, alors le grand entrepôt de l'Amérique du sud et de l'Amérique centrale, et c'est à Portobello que l'illustre navigateur conçoit l'idée de relier par un canal l'océan Atlantique à l'Océan Pacifique. Son projet de faire de la côte de l'Atlantique la base de la puissance française dans le Nouveau-Monde, et, dès le seizième siècle, de percer l'isthme de Panama vous disent assez l'intelligence de ses observations, la largeur de ses vues, l'audace de ses entreprises. Jetant sur l'avenir un regard de prophétique sagesse et confiant dans le secours d'en haut, M. de Monts décide « de s'aller loger dans le fleuve Saint-Laurent à cent trente lieues de son embouchure. » C'est là, au cœur du pays, qu'il veut créer une France nouvelle. Heureux celui qui, au début d'un si grand ouvrage, suit la droiture de son cœur ! Heureux celui qui, « mettant le salut d'une âme au-dessus de la conquête d'un empire », proclame hautement « que les rois ne doivent désirer étendre leur domination sur les peuples idolâtres que pour les soumettre à Jésus-Christ. » Quel est donc le nom de cet homme qui parle ainsi au berceau de la colonie française et dont l'œuvre forte et durable resplendit de la gloire la plus pure? Son nom s'échappe de toutes vos lèvres, il est gravé dans vos cœurs reconnaissants. Nommer Samuel de Champlain, c'est nommer la foi, le courage, le zèle, la sagesse, c'est nommer le père de notre pays, le fondateur de Québec, le plus grand homme d'Etat de notre patrie. Suivez, par la pensée, le noble Champlain explorant et étudiant le vaste pays dont il veut enrichir le royaume de France. Voyez avec quel coup d'œil sûr il fixe le chef-lieu de sa colonie naissante sur la pointe de Québec, « sur ce superbe promontoire, au bord d'un fleuve majestueux et pro-fond, au milieu des principales tribus de la grande famille algonquine. »

Le martyre des pères Brébeuf et Lalemant
Contre l'ennemi commun, le féroce Iroquois, il fait alliance avec les principales nations qui habitent
les environs de Québec, les terres de l'Acadie, les bassins du Saguenay et du Saint-Maurice, les rives de l'Ottawa et du lac Huron. Il explore les pays de l'Ouest, et, trente ans avant l'arrivée de M. de Maisonneuve, il désigne le site de la future ville de Montréal. Homme de guerre, Champlain commande l'armée de ses alliés, livre bataille aux Iroquois, non pour leur imposer la loi de l'Evangile, mais pour assurer aux nations amies le droit et la liberté de recevoir le baptême. Sur le champ de bataille des bords du lac Champlain, il scelle de nouveau, en présence des tribus alliées, l'alliance de la religion et de la patrie. Chrétien comme Charlemagne et saint Louis, Champlain veut que la religion occupe ici la première place, parce que seule, par son influence salutaire, elle peut donner à un peuple naissant des assises durables. Dès 1615, il amène avec lui les premiers missionnaires. Quittez votre belle patrie, premiers apôtres du Canada. Venez prêcher l'Evangile et éclairer les peuples qui marchent dans les ténèbres de la nuit. Venez, par le saint sacrifice, faire couler sur ce sol, encore infidèle, le sang de la sainte victime. En tête s'avancent les humbles disciples de saint François d'Assise et à leur suite les généreux enfants de Loyola. « Qu'ils sont beaux sur les montagnes les pieds de ceux qui annoncent la paix! Ô Sion! On entendra la voix de tes sentinelles. Elles chanteront toutes ensemble, elles éclateront en cantiques de louanges, parce qu'elles verront de leurs yeux le moment où le Seigneur convertira Sion. Ô déserts! retentissez d'allégresse. Tous ensemble éclatez en cantiques de louanges. Le Seigneur a racheté son peuple par la force de son bras. » Vous le voyez, les premières pages de notre histoire proclament hautement que la mission du peuple canadien-français est l'extension du règne de Dieu par la conversion des nations sauvages qui dormaient dans la nuit de l'infidélité. Ce grand fait est lumineux comme le soleil qui embrase et illumine de ses rayons la ville de Québec. Dès le berceau de notre patrie, l'action de Dieu apparaît éclatante et admirable et les efforts de l'enfer pour détruire l'œuvre de Dieu en feront mieux comprendre la merveilleuse grandeur. La religion préside à l'œuvre, la bénit, la dirige par la foi de Jacques Cartier et de Samuel de Champlain, par le zèle de ses missionnaires, par la pureté de ses vierges, par le dévouement héroïque de ses enfants. La voie est préparée à celui qui vient au nom du Seigneur pour consacrer et consolider l'œuvre commencée. Benedictus qui venit in nomine Domini (Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur) !



-Abbé Charles-Joseph Roy, Principaux discours de Mgr Antoine Racine. 1928. Pp. 273-279.

dimanche 20 août 2017

L'Après-midi israélien

Après le Minuit, chrétiens, le Minuit israélien de décembre 2015, voici l'Après-midi israélien.

Aujourd'hui le 20 août 2017, notre site subissait sa troisième attaque par déni de service. La première vague de cette nouvelle attaque fut lancée à 14h et la seconde vague à 15h. Un ou des serveurs israéliens ont été utilisés pour lancer instantanément 2364 requêtes, puis 2127 requêtes l'heure suivante, à l'adresse directe de notre page sur internet.

Ce genre d'attaques menées simultanément et sans interruption par plusieurs serveurs, contre un serveur non protégé, peut se terminer en une véritable prise en otage de site internet.

Espérons que ces gens d’Israël ont trouvé ce qu'ils voulaient sur notre site ! Jésus-Christ est le Messie que vous attendez.


samedi 19 août 2017

Hérode et Ponce Pilate, deux libéraux très complémentaires

herod« Quid est veritas ? » Depuis 20 siècles, la formule n’a pas changé.
« Quid est veritas ? » Ce qui signifie : encore un qui y croit ! Encore un illuminé, un pauvre fou !
Un pauvre fou. Tout à l’heure, en effet, c’est la robe blanche des fous qu’Hérode fera jeter sur Jésus. Hérode et Pilate se réconcilieront là-dessus… Ils se rencontrèrent en cet endroit… Tous deux sont libéraux.
Hérode, c’est le libéralisme crapulard de la débauche. Pilate, c’est le libéralisme des gens corrects et qui aiment « se laver les mains » : respecter les formes.
Pilate, c’est le libéralisme des gens réputés honnêtes. Pilate, c’est le chrétien libéral qui, au fond, cherche à sauver Jésus, mais qui commence par le faire flageller avant de l’envoyer à la mort, devant le tumulte croissant que sa démagogie autant que son manque de caractère n’auront pas su arrêter.
En fait et jusqu’à la fin des temps, Jésus continue à être torturé, ridiculisé, mis à mort, de Pilate à Hérode et d’Hérode en Pilate.
« Quid est veritas ? » Encore un illuminé ! Encore un de ces maniaques du rappel de la « thèse », de la doctrine, aux moments les plus inopportuns !
 « Et ce disant, Pilate sortit de nouveau vers les Juifs. Iterum exivit ad Judaeos. » On le conçoit, Pilate est un homme « engagé » ! En plein dans l’action ! Et qui a tout autre chose à faire que d’écouter un doctrinaire !
« Iterum exivit... » Iterum : de nouveau. Car, il y était déjà, bien sûr ! Il s’est lancé depuis longtemps ! Avant d’agir, il n’a pas perdu son temps à réfléchir aux responsabilités, pourtant redoutables, de sa fonction. Voyons ! On ne refuse pas semblable situation !
« Iterum exivit ad Judaeos. »  Autant dire : Pilate se retourne de nouveau, « iterum », vers le problème concret du moment, « ad Judaeos ». Vers ces Juifs qui sont là, sous le balcon, et qui crient… Voilà ce qui est autrement important que les propos de ce Jésus. Voilà ce qui prime tout.
« Exivit ad Judaeos » Pilate s’en revint vers les Juifs. Mais, et c’est là son péché, sans avoir pris la peine d’attendre et d’entendre la réponse et les directives du Seigneur.
Autrement dit, Pilate replonge dans « l’hypothèse ». Seule chose qui l’intéresse. Mais cela sans avoir attendu la réponse de la doctrine, les lumières de la « thèse » et de la vérité.
Cette vérité, cependant, Dieu fera en sorte qu’elle soit dite jusqu’au dernier terme.
Un peu plus tard, lorsque, dans son délire, la foule réclamera la mort de Jésus, le dernier argument, qui est aussi l’explication suprême, sera lancée à Pilate : « quia Filium Dei se fecit… parce qu’il s’est fait Fils de Dieu… ».
Fils de Dieu ! Voilà la clef de toutes ces énigmes sur lesquelles Pilate bute depuis un long moment.
Fils de Dieu ! Voilà qui explique tout et ce que, dans Sa miséricorde, notre Seigneur a voulu que Pilate entende au moins une fois.
Pilate_JesusOn conçoit l’affolement du Romain. Depuis qu’il a ce « roi des Juifs » devant lui, il va d’étonnement en étonnement. Toutes ses conceptions de pragmatique retors sont bousculées, renversées…
Jésus frappe désespérément à la porte de cette âme par tous les moyens qui peuvent être mis en œuvre… jusqu’aux rêves de sa femme… Ce libéral comprendra-t-il enfin ?
Non ! Il est seulement effrayé, pris de panique.
« Lorsque Pilate entendit cette parole, il eut encore plus peur. »
Cette fois, il veut savoir : « D’où es-tu ? » Autrement dit : « Qui es-tu ? » Mais d’où viens-tu, homme extraordinaire ? Dis-moi quel est ton mystère afin que je comprenne, enfin.
Jésus garde le silence. Après tout ce qu’Il a dit, après cette flagellation que Pilate vient d’ordonner, la Vérité n’a pas à répondre à de telles injonctions.
Devant le silence de ce prisonnier inouï, la crainte de Pilate décuple. Il a peur, comme tous les faibles. Et, comme tous les faibles qui ont peur, il va non, certes, faire sentir sa puissance à cette foule hurlante en donnant l’ordre aux soldats de la disperser. Non ! Il va « crâner » devant cet homme enchaîné et apparemment impuissant. Il va menacer le Juste au nom de ce qu’il croit être son « autorité ».
« Tu ne me parles pas ? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te crucifier et de pouvoir te relâcher ? »
Et Jésus de répondre : « Tu n’aurais sur moi aucun pouvoir s’il ne t’avait été donné d’en haut. »
« Tu n’aurais… » Toi, Pilate… c’est-à-dire : toi, homme politique quelconque investi d’une parcelle d’autorité… qui que tu sois : simple fonctionnaire, juge, député, ministre, gouverneur, prince ou roi… tu n’aurais aucun pouvoir si tu ne l’avais reçu d’en haut, c’est-à-dire : de Dieu, c’est-à-dire de Moi.
Et puisque ton pouvoir est un pouvoir politique, juridique, social, le seul fait que je vienne affirmer que ce pouvoir vient de Moi prouve sans contestation possible, que la royauté que je revendique, bien que n’étant pas de ce monde, s’exerce quand même sur lui, sur les individus comme sur les nations. Et cela parce que Je me dis « Fils de Dieu ».

Jean Ousset – Pour qu’il règne (1959) source