mardi 20 décembre 2016

Sous la menace directe de la Révolution

Tous les pays sont menacés par la Révolution. Certains, cependant, lui opposent officiellement une résistance telle que les progrès de la Subversion ne paraissent pas évidents. Chez d'autres l'avance que marque la Révolution dans les institutions est partiellement compensée par un réveil de forces contrerévolutionnaires jusque-là non manifestées. Par contre en quelques pays on peut aisément constater le succès d'une violente poussée révolutionnaire.

Le colonel Château-Jobert
Un indice de la gravité de la situation se découvre dans la propagation des théories révolutionnaires et dans l'aide apportée à la Révolution par ceux-là mêmes qui devraient la combattre avec le plus d'acharnement.
« On ne doit pas douter un instant de l'existence d'une grande et formidable secte qui a juré depuis longtemps le renversement de tous les trônes ; et c'est des princes mêmes dont elle se sert avec une habileté infernale, pour les renverser... Le talent de cette secte pour "enchanter" les gouvernements est un des plus terribles et des plus extraordinaires phénomènes qu'on ait vus dans le monde » -Joseph de Maistre, Oeuvres complètes. Tome XII, p. 42

Il est bien imprudent de prétendre à évaluer les délais qui restent à un pays avant une rupture de son équilibre social. Si l'on pouvait la tracer, la courbe qui indiquerait les progrès de la Révolution serait sinueuse, voire en dents de scie, car il suffit souvent de l'influence d'un homme pour que s'opèrent de grands changements en bien ou en mal, et la rapidité même de l'avance révolutionnaire peut être la cause de réactions heureuses.

L'absence de réactions constitue précisément un avertissement très net de la menace : quand un pouvoir révolutionnaire a si habilement mené son jeu que les hommes ont perdu non seulement la liberté de réagir, mais encore la volonté de réagir pour sauver leurs droits, alors la Révolution est bien près de triompher.

C'est le cas en certains pays non encore officiellement révolutionnaires, et l'on peut dès à présent y envisager le pire : une époque de persécution peut-être suivie ou précédée d'une ère de particulières violences. À l'approche de ce temps les indices ne peuvent échapper, pour peu que l'on y prête attention. À cet effet il convient de se représenter quelle est l'ambiance d'un pays vivant sous la menace d'une emprise totale de la Révolution :

L'ennemi est beaucoup trop avisé pour dévoiler ouvertement son jeu, au moins au début. Mais la persécution sournoise a des effets aussi destructeurs qu'un régime d'exactions avouées. Au moins, dans ce dernier cas, on évite les imprudences, car elles sont immédiatement sanctionnées.

Sous un régime apparemment neutre, tout ce qui présente une tendance contrerévolutionnaire est d'abord traqué sous des prétextes d'ordre purement civique. La Révolution s'attaque insidieusement aux notions de l'ordre naturel [NDLR: famille, patrie, corps intermédiaires, la vie et la mort, l'idée même du bien et du mal, etc.] ; et toutes les manifestations d'une opposition sont représentées par le gouvernement comme des complots contre le régime. La liberté d'expression de la vérité disparaît en fait. Les procès d'opinion succèdent aux procès d'intention. La Révolution s'en prend aux grands corps de l'Etat dont l'échine ne serait pas assez souple (magistrature, cadres supérieurs de l'administration, armée, etc.).

Elle a l'habileté de n'apparaître elle-même nulle part, laissant ou faisant agir dans son sens des hommes que l'on ne pourrait prendre pour des révolutionnaires. Elle pousse même la ruse à opérer par le truchement de catholiques.

Une justice qui devrait s'opposer aux attaques d'où qu'elles viennent, contre les biens supérieurs de la nation, devient un instrument de police au profit d'un gouvernement. La loi est oubliée quand elle pourrait se dresse contre l'abandon des « buts fondamentaux et permanents de la politique nationale », mais elle est réclamée pour châtier les adversaires de la politique gouvernementale.

Pour comble d'illusion, le pays se croit encore libre. Il ne vient pas à l'esprit du peuple que les moyens d'information sont devenus des instruments asservis au pouvoir établi. Les pressions sont telles sur les esprits que ceux-ci ne peuvent plus réfléchir librement et juger en connaissance de cause. Et ils sont d'autant mieux trompés que sont plus soigneusement entretenues la fiction de la « libre discussion » et celle de la « réclamation toujours possible par les voies légales ».

Tout est fait pour maintenir ces apparences, et les hommes sont reconnaissants à un « Système » qui leur ôte toute raison de s'interroger, en leur rabâchant que tout va pour le mieux.

Souvent l'absence de soucis économiques graves suffira à estomper l'affaiblissement du niveau moral, marque certaine de la décadence d'une nation. Quand les notions de loi morale et de patrie seront attaquées et déconsidérées par les voix officielles elles-mêmes, il sera urgent de se préparer au pire, quelles que soient les apparences de prospérité matérielle qui puissent voiler l'imminence de la menace.



-Colonel Château-Jobert, La confrontation Révolution-Contrerévolution. Editions de Chiré. Chiré-en-Montreuil, 2015. Pp. 76-79

lundi 19 décembre 2016

Joseph de Maistre sur le protestantisme

Dans Sur le protestantisme, Joseph de Maistre critique très violemment l’esprit de la Réforme, responsable selon lui de l’affaissement de la monarchie et, par conséquent, de l’avènement de la Révolution française. Pour l’auteur contre-révolutionnaire, la religion protestante, animée par un esprit de révolte, est un danger terrible pour l’autorité ainsi que pour la foi.
Le comte Joseph de Maistre (1753-1821)

Dans une lettre du 16 janvier 1815 adressée au comte de Bray, Joseph de Maistre qualifie le protestantisme C’est un principe destructeur qui – de la Réforme jusqu’à la Révolution française – va mettre à bas les piliers de la monarchie, à savoir la foi et l’autorité. En effet, le protestantisme apparaît comme un pur produit de la modernité puisqu’il privilégie, à travers la pratique du libre examen, la raison individuelle contre la raison générale. L’enseignement de la foi ne passe donc plus par l’autorité religieuse – le prêtre, seul légitime pour transmettre le message du Christ – mais par un accès direct aux textes. Dès lors, chacun a le droit d’interpréter la Bible comme il l’entend. Or, pour le Savoyard, ce qui fait la force du catholicisme c’est « l’infaillibilité de l’enseignement d’où résulte le respect aveugle pour l’autorité, l’abnégation de tout raisonnement individuel, et par conséquent l’universalité de croyance », de « rienisme ». À ses yeux, cette nouvelle religion n’en est pas une.

Pour Maistre, la vraie foi implique l’obéissance. Le protestantisme – et c’est le sens même du mot – proteste contre toutes les formes d’autorités mais aussi, selon le mot de Pierre Bayle, « contre toutes les vérités ». Pour l’auteur des Considérations sur la France, le protestantisme sabote les conditions de possibilité de la foi en faisant dépendre celle-ci de la seule libre conscience. Le protestant, parce qu’il se permet d’ « examiner » par lui-même les textes sacrés devient l'ennemi essentiel de toute croyance. La pratique du libre examen met également les protestants dans une disposition psychologique problématique. « Elle déchaîne l’orgueil contre l’autorité, et met la discussion à la place de l’obéissance », écrit Maistre.

Mais le protestantisme ne pose pas seulement problème du point de vue de la religion. Les principes qui le fondent excèdent très largement le domaine de la foi et ont des conséquences sur la vie politique. Car, « il est né rebelle, et l’insurrection est son état habituel », souligne Maistre. Le protestantisme est donc « une hérésie civile autant qu’une hérésie religieuse ». Pour le Savoyard, on ne peut séparer le catholicisme de la souveraineté. L’autorité du roi procède de l’autorité divine. Le roi est le représentant de Dieu sur terre. C’est de là qu’il tient la légitimité de son gouvernement. Interroger la foi, c’est donc inévitablement interroger la souveraineté du monarque. Pour Maistre, la Réforme contient en elle-même les causes de la Révolution française. C’est donc la preuve évidente que des bouleversements religieux peuvent entraîner des bouleversements politiques. L’esprit du protestantisme est un esprit de révolte. Il « naquit les armes à la main », écrit Maistre.

Le protestantisme, ennemi de la souveraineté

Nombreux sont les protestants à avoir défendu l’idée d’une souveraineté populaire. Une notion oxymorique pour l'auteur des Soirées Saint-Pétersbourg qui estime que la seule souveraineté possible est celle du monarque, que seul le Souverain peut être, à proprement parler, souverain. « Le protestantisme n’est pas seulement coupable des maux que son établissement causa. Il est anti-souverain par nature, il est rebelle par essence, il est ennemi mortel de toute raison nationale : partout il lui substitue la raison individuelle, c’est-à-dire qu’il détruit tout », estime Maistre.

Une des missions du monarque consiste donc à combattre le protestantisme. L’écrivain voit d’un très bon œil la révocation de l’édit de Nantes en 1685. « L’aversion de Louis XIV pour le calvinisme était encore un instinct royal », affirme-t-il. Puisque le protestantisme conjure sans cesse contre la France, il est naturel de le réprimer. Lutter contre l’expansion du protestantisme est le meilleur moyen de préserver la souveraineté nationale et l’autorité du roi. Pour Maistre, les protestants sont nécessairement des agents du philosophisme et de la Révolution. « Je crains réellement que les États réformés n’aient sur ce point plus de reproches à se faire qu’ils ne l’imaginent : presque tous les ouvrages impies et la très grande partie de ceux où l’immoralité prête des armes si puissantes à l’irréligion moderne, ayant été composés et imprimés chez les protestants », note-t-il.

Dès lors que le monarque transige avec le protestantisme, il met sa propre existence en péril. « Louis XIV foula au pied le protestantisme et il mourut dans son lit, brillant de gloire et chargé d’années. Louis XVI le caressa et il est mort sur l’échafaud », écrit Maistre. Et le Savoyard de souligner les affinités entre le protestantisme et le jacobinisme. Il constate notamment la tendresse filiale que montrent les partisans de la Révolution envers les protestants. Mais la soif de révolte du protestantisme ne peut être comblée. Une fois qu’un régime est à terre, il s’empresse d’attaquer le nouveau. Les républicains qui croyaient voir dans le protestantisme un ami fidèle se fourvoient. Pour Maistre, ces alliés d’aujourd’hui sont les ennemis de demain puisque « ce n’est pas cette autorité qui leur déplaît ; c’est l’autorité ». Le protestantisme « est républicain dans les monarchies et anarchiste dans les républiques ».

Le cardinal de Richelieu au siège de La Rochelle
Maistre s’appuie finalement sur une réflexion du révolutionnaire et ami de la Réforme Condorcet pour montrer que le droit d’examen qui est au fondement de la philosophie protestante est une porte ouverte au nihilisme, au « rienisme » pour reprendre le mot du Savoyard. « Le protestantisme appelant de la raison nationale à la raison individuelle, et de l’autorité à l’examen, soumet toutes les vérités au droit d’examiner […] il s’ensuit que l’homme ou le corps qui examine et rejette une opinion religieuse ne peut, sans une contradiction grossière, condamner l’homme ou le corps qui en examinerait ou en rejetterait d’autres. Donc, tous les dogmes seront examinés et, par une conséquence infaillible, rejetés, plus tôt ou plus tard », écrit Maistre.

L’esprit du protestantisme est donc un esprit de remise en question perpétuelle. Parce qu’il questionne tout, il ne se fonde sur rien. Son anti-dogmatisme le fait sombrer dans un relativisme dangereux qui possède comme unique support la raison individuelle. En cela, le protestantisme est une philosophie moderne qui n’appartient pas au domaine de la foi. « Qu’est-ce qu’un protestant ? Il semble d’abord qu’il est aisé de répondre ; mais si l’on réfléchit, on hésite. Est-ce un anglican, un luthérien, un calviniste, un zwinglien, un anabaptiste, un quaker, un méthodiste, un morave, etc. (je suis las). C’est tout cela, et ce n’est rien. Le protestant est un homme qui n’est pas catholique, en sorte que le protestantisme n’est qu’une négation. »

mercredi 14 décembre 2016

Les catholiques et le jeûne eucharistique

Pourquoi les catholiques jeûnent-ils avant de recevoir la communion ?

Les catholiques ne mangent ni ne boivent rien après minuit avant de recevoir la communion par respect pour le Seigneur. « Il a semblé bon au Saint-Esprit, dit saint Augustin, qu'en honneur d'un si grand sacrement, le corps du Seigneur passât sur les lèvres chrétiennes avant toute autre nourriture: pour cette raison cette coutume s'observe dans tout le monde. » Tertullien mentionne le jeûne eucharistique vers l'an 200. Le troisième concile de Carthage décréta en 397 le jeûne eucharistique et ne permit qu'une exception pour le jeudi-saint, alors qu'en honneur de l'institution de l'eucharistie la messe était célébrée le soir. Le second concile de Braga en 572 ordonna la déposition des prêtres qui célébreraient la messe sans être à jeun.

La loi actuelle exige que les catholiques soient à jeun depuis minuit, excepté s'ils sont en danger de mort, ou doivent recevoir la communion pour empêcher une irrévérence envers le saint sacrement, comme cela pourrait arriver dans une église en feu ou dans un danger de profanation. Le 7 décembre 1906, saint Pie X exempta de cette obligation les malades au lit depuis un mois sans espoir de rétablissement. Ils peuvent recevoir la communion une ou deux fois par semaine sur l'avis de leur confesseur.

Le droit canon

Le code de droit canonique de 1917 nous dit:

1250 - La loi de l'abstinence défend de manger de la viande et du jus de viande, mais non pas des oeufs, des laitages et de tous les condiments tirés de la graisse des animaux

1251 - p.1 La loi du jeûne prescrit qu'il ne soit fait qu'un repas par jour; mais elle ne défend pas de prendre un peu de nourriture matin et soir, en observant toutefois la coutume approuvée des lieux, relativement à la quantité et à la qualité des aliments.

1252 - p.1 Il y a des jours où seule l'abstinence est prescrite: ce sont les vendredis de chaque semaine.
p.2 Il y a des jours où sont prescrits à la fois le jeûne et l'abstinence: ce sont le mercredi des Cendres, les vendredis et samedis de carême, les jours des Quatre-Temps ;Les vigiles de la Pentecôte, de l'Assomption, de la Toussaint et de Noël.
p.3 Il y a enfin des jours où seul le jeûne est prescrit; ce sont tous les jours du Carême.
p.4 La loi de l'abstinence, ou de l'abstinence et du jeûne, ou du jeûne seul, cesse les dimanches et les fêtes de précepte, exceptées les fêtes qui tombent en Carême et on n'anticipe pas les vigiles; cette loi cesse aussi le Samedi Saint à partir de midi.

La constitution Christus Dominus (1953) de Pie XII

9. Il est permis aux fidèles eux-mêmes qui, non alités ne peuvent observer le jeûne eucharistique sans grand inconvénient, de s'approcher de la Sainte Table après avoir pris quelque chose sous forme de liquide, jusqu'à une heure avant la Sainte Communion, sauf toujours les boissons alcoolisées.

10. Les cas où le grave inconvénient requis est reconnu (toute amplification étant exclue) sont spécifiés en trois catégories :

a) le travail débilitant qui précède la Sainte Communion.
Tel est le cas des ouvriers employés dans les ateliers, aux transports, aux travaux des ports ou d'autres services publics, se relayant au travail de jour et de nuit ; ceux qui par devoir de fonction ou de charité passent la nuit à veiller (infirmiers, personnel des hôpitaux, gardiens de nuit, etc.), les femmes enceintes et les mères de famille qui, avant de pouvoir se rendre à l'église, doivent Vaquer pendant longtemps aux travaux du ménage, etc.

b) l'heure tardive à laquelle on communie. C'est le cas des fidèles près desquels le prêtre célébrant le sacrifice eucharistique
ne peut arriver qu'à une heure tardive ; des enfants pour lesquels il est trop pénible de se rendre à l'église pour communier, puis rentrer à la maison pour déjeuner avant d'aller en classe, etc.

c) la longueur de la route à parcourir pour se rendre à l'église.

Il doit s'agir d'au moins deux kilomètres de route à parcourir à pied ou proportionnellement plus longue, si on emploie quelque moyen de locomotion, en tenant compte des difficultés de la route et des conditions de santé de la personne 5.

11. Les raisons d'inconvénient grave doivent être prudemment appréciées par un confesseur soit au for interne de la confession sacramentelle, soit en dehors de la confession ; les fidèles ne peuvent, sans son conseil, faire la sainte Communion sans être à jeun. Ce conseil peut n'être donné qu'une fois pour toutes, tant que dure la cause de l'inconvénient grave

Le Motu proprio Sacram communionem (1957) de Pie XII

« Nous atténuions, en effet, la rigueur de la loi du jeûne eucharistique et autorisions les ordinaires des lieux à permettre la célébration de la messe et la distribution de la sainte communion, l'après-midi, à condition d'observer certaines conditions.
Nous réduisons le temps de jeûne à observer avant la messe ou la sainte communion, respectivement célébrée ou reçue l'après-midi, à trois heures pour les aliments solides et à une heure pour les liquides non alcoolisés. »

Etant donné les changements considérables qui se sont produits dans l'organisation du travail et des services publics et dans toute la vie sociale, Nous avons jugé bon d'accueillir les demandes pressantes des évêques et, en conséquence, Nous avons décrété :

1. Les ordinaires des lieux, à l'exclusion des vicaires généraux non munis d'un mandat spécial, peuvent permettre, chaque jour, la célébration de la sainte messe durant les heures de l'après-midi, à condition que ce soit réclamé par le bien spirituel d'une partie notable des fidèles.

2. Les prêtres et les fidèles sont tenus à s'abstenir, pendant trois heures, d'aliments solides et de boissons alcoolisées, pendant une heure de boissons non alcoolisées, respectivement avant la messe ou la sainte communion : l'eau ne rompt pas le jeûne.

3. Dorénavant, le jeûne devra aussi être observé, pour la durée indiquée au n° 2, par ceux qui célèbrent ou qui reçoivent la sainte communion à minuit ou les premières heures du jour.

4. Les malades, même s'ils ne sont pas alités, peuvent prendre des boissons non alcoolisées et de véritables remèdes, aussi bien solides que liquides, respectivement avant la messe ou la sainte communion, sans limites de temps.

Mais Nous exhortons vivement les prêtres et les fidèles, qui sont en mesure de le faire, d'observer, avant la messe ou la sainte communion, l'antique et vénérable forme du jeûne eucharistique.

Et que tous ceux qui bénéficieront de ces facultés veuillent compenser l'avantage reçu, par l'exemple rayonnant de leur vie chrétienne et principalement par des œuvres de pénitence et de charité.


lundi 12 décembre 2016

Dieu, auteur du Décalogue

Chapitre 28 — Des Commandements de Dieu en général

Motifs d’observer les commandements

Mais dans ces sortes d’explications, le Pasteur doit rechercher, tant pour lui-même que pour les autres, les motifs les plus propres à obtenir l’obéissance à cette Loi.

§ II. — Dieu, auteur du Décalogue

Or, parmi ces motifs, le plus puissant pour déterminer le cœur humain à observer les prescriptions dont nous parlons, c’est la pensée que Dieu Lui-même en est l’Auteur. Bien qu’il soit dit « que la Loi a été donnée par le ministère des Anges », nul ne peut douter qu’elle n’ait Dieu Lui-même pour auteur. Nous en avons une preuve plus que suffisante, non seulement dans les paroles du législateur que nous allons expliquer, mais encore dans une multitude de passages des saintes Ecritures, qui sont assez connus des Pasteurs.

Il n’est personne en effet qui ne sente au fond du cœur une Loi que Dieu Lui-même y a gravée, et qui lui fait discerner le bien du mal, le juste de l’injuste, l’honnête de ce qui ne l’est pas. Or la nature et la portée de cette Loi ne diffèrent en rien de la Loi écrite, par conséquent il est nécessaire que Dieu, Auteur de la seconde, soit en même temps l’Auteur de la première.

Il faut donc enseigner que cette Loi intérieure, au moment où Dieu donna à Moise la Loi écrite, était obscurcie et presque éteinte dans tous les esprits par la corruption des mœurs et par une dépravation invétérée; on conçoit dès lors que Dieu ait voulu renouveler et faire revivre une Loi déjà existante plutôt que de porter une Loi nouvelle. Les Fidèles ne doivent donc pas s’imaginer qu’ils ne sont pas tenus d’accomplir le Décalogue, parce qu’ils ont entendu dire que la Loi de Moïse était abrogée. Car il est bien certain qu’on doit se soumettre à ces divins préceptes, non pas parce que Moïse les a promulgués, mais parce qu’ils sont gravés dans tous les cœurs, et qu’ils ont été expliqués et confirmés par Notre-Seigneur Jésus-Christ Lui-même.

Toutefois, (et cette pensée aura une grande force de persuasion), il sera très utile d’engager les Fidèles à se rappeler que Dieu Lui-même est l’Auteur de la Loi; Dieu dont nous ne pouvons révoquer en doute la Sagesse et l’équité, Dieu enfin dont la Force et la Puissance sont telles qu’il nous est impossible d’y échapper. Aussi, quand Il ordonne par ses Prophètes l’observation de sa Loi, nous l’entendons dire : « Je suis le Seigneur Dieu. » Et au commencement du Décalogue: « Je suis le Seigneur votre Dieu » et ailleurs: « Si Je suis le Seigneur, où est la crainte que vous avez de moi » ?

Mais cette pensée n’excitera pas seulement les Fidèles à garder les Commandements de Dieu, elle les portera encore à Le remercier d’avoir fait connaître ses volontés qui nous donnent les moyens d’opérer notre salut. L’Ecriture, dans beaucoup d’endroits, rappelle aux hommes ce grand bienfait, et les exhorte à sentir tout

ensemble leur propre dignité et la bonté de Dieu comme dans ce passage du Deutéronome: « Telle sera votre Sagesse et votre Intelligence devant tous les peuples, que tous ceux qui auront connaissance de ces commandements diront: voilà un peuple sage et intelligent, voilà une grande nation. » Et dans celui-ci du Psalmiste : « Il n’a pas agi de la sorte avec toutes les nations ; Il ne leur a pas ainsi manifesté ses jugements. »

Commentaires

Le fait que nous devions obéir aux Commandements parce que Dieu lui-même en est l’auteur nous amène à la considération de nos fins dernières : nous avons été créés par Dieu, et notre salut dépend de notre soumission au plan d’amour qu’Il a pour nous. Personne n’est physiquement forcé à se soumettre à Dieu, mais de cette soumission dépend notre destinée éternelle.

Cela nous conduit également à considérer que les Commandements de Dieu sont immuables, ils ne peuvent pas être changés, que ce soit par un prêtre, par un évêque, par un cardinal ou par un pape. Ils demeureront pour toujours et pas un seul iota ne passera de la Loi avant le retour de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Tout le monde a entendu parler des dubias (ce qui signifie « doutes ») envoyés par quatre cardinaux au pape François concernant l’enseignement erroné contenu dans son document Amoris Laetitia. En dépit du fait que ces quatre cardinaux semblent incapables de voir la cause de cette apostasie qui a ses racines dans le Concile Vatican II et l’enseignement relativiste des papes conciliaires, il faut continuer de prier pour qu’ils continuent de défendre les Commandements de Jésus pour le bien de nombreuses âmes et pour que ces cardinaux ouvrent les yeux et voient plus clairement tout le problème. Les germes d’Amoris Laetitia se trouvent dans les textes ambigus de Vatican II, spécialement dans cette fausse liberté de conscience enseignée à cette occasion.

Nous avons de nombreuses raisons d’être fiers d’avoir la vraie Foi. Mais il faut nous rappeler que nous serons jugés plus sévèrement que bien d’autres. Faisons tout pour nous soumettre parfaitement à la Loi de Dieu.

En pratique

La lecture du psaume 118 peut nous aider beaucoup à comprendre que Dieu est l’auteur des commandements et combien de vénération le psalmiste (le roi David) avait pour la Loi de Dieu.

samedi 10 décembre 2016

Que Votre volonté soit faite !

La perfection chrétienne consiste particulièrement dans la recherche à faire la volonté de Dieu, à renoncer
entièrement à nos désirs.

Serions-nous dans l’état le plus élevé, le plus saint, si nous tenons à nos idées, à nos caprices, enfin à notre volonté, nous sommes exposés à tomber et les grâces que Dieu nous aurait faites ne seraient pas une raison pour nous rassurer : un seul exemple suffira pour nous en convaincre.

Quelles prédications plus éloquentes, plus persuasives, plus puissantes, que celles de Jésus ! Judas les a entendues en public, en particulier, aux champs, à la ville, dans le temple, dans les synagogues, dans les maisons, au milieu des rues ; il fut témoin des miracles de Jésus, il fut sous sa conduite, il faisait ses entretiens avec Jésus, avec Marie et les apôtres. Quel exemples de vertus plus rares, plus admirables, plus héroïques que celles de Jésus, de Marie et des disciples ! Il a été l’économe du sacré collège, il s’est prosterné aux pieds de son Maître ; il les a lavés, essuyés, il l’a appelé son ami ; enfin, au milieu de tant de grâces, pourquoi Judas s’est-il perdu ? C’est qu’il a voulu faire sa volonté ; il n’écoute point les remords de sa conscience, ni les invitations tendres et paternelles de Jésus, il n’imita point les exemples des apôtres ; s’il avait renoncé à sa volonté pour celle de son Sauveur, il serait dans le ciel, tandis qu’il est dans les enfers.

Que de chrétiens, opiniâtres dans leur sentiment, seront punis comme Judas ! Quand ils auraient la perfection de tous les saints et les anges, ils sont sur les bords de l’abîme, dès qu’ils ne veulent pas faire la volonté de Dieu ; et dans ce cas se trouvent tant de scrupuleux qui aiment mieux suivre leurs idées orgueilleuses que celles du confesseur qui tient la place de Dieu, ils ne reconnaissent d’autre volonté que leur imagination perdue, en qui ils font consister toute leur religion ; tant d’incrédules qui préfèrent leur sentiment à celui de l’Eglise qui ne peut pas tomber dans l’erreur ; tant d’impies qui se soulèvent sans cesse contre les pratiques saintes de la religion.

Quoi, malheureux ! vous osez dire dans votre Pater : Fiat voluntas tua, que votre volonté soit faite, ô mon Dieu ! Dites plutôt: Que la nôtre soit faite, que tout ce qui contrarie nos passions, nos penchants, ne soit pas; que Dieu nous laisse vivre à notre liberté, qu’il ne nous oblige point à faire pénitence, à nous confesser. Voilà notre volonté, et non celle de Dieu; c’est la seule cause pour laquelle nous voyons tant d’impies et d’incrédules.


-Un prêtre du diocèse de Valence. Traité sur le Pater. Chapitre VI – Troisième demande du Pater Fiat, voluntas tua sicut in coelo et in terra. Lyon: Guyot père et fils, imprimeurs-libraires, 1845. Pages 114-116.

mardi 6 décembre 2016

Nécessité d’étudier et d’expliquer le Décalogue

L'Eglise catholique, par la voix de ses illustres pontifes, souhaite ardemment que tous les fidèles travaillent sans relâche à l'établissement du Règne social de Jésus-Christ sur les nations. Afin de rétablir le Règne de Notre-Seigneur, il important d'amener les peuples à la connaissance, puis à l'amour du vrai Dieu. Pour aimer Dieu, il faut d'abord le connaître. C'est pourquoi le Mouvement Tradition Québec souhaite publier régulièrement un catéchisme, ainsi qu'un commentaire. Les prochains articles de catéchisme auront pour référence l'immortel Catéchisme du Concile de Trente.

S'instruire pour vaincre!


Chapitre 28 — Des Commandements de Dieu en général

Saint Augustin fait remarquer que le Décalogue est le sommaire et l’abrégé de toutes les Lois (1) : « Bien que Dieu eût fait pour son peuple un grand nombre de prescriptions, néanmoins Il ne donne à Moïse que les deux tables de pierre, appelées les tables du témoignage, pour être déposées dans l’Arche. Et en effet, si on les examine de près et si on les entend comme il convient, il est facile de constater que tous les autres Commandements de Dieu dépendent des dix qui furent gravés sur les tables de pierre. Et ces dix Commandements dépendent eux-mêmes des deux préceptes de l’amour de Dieu et de l’amour du prochain, dans lesquels sont renfermés la Loi et les Prophètes. » (2)




§ I. — Nécessité d’étudier et d’expliquer le Décalogue.


Le Décalogue étant l’abrégé de tous les devoirs, les Pasteurs devraient le méditer jour et nuit, non seulement pour y conformer leur propre vie, mais encore pour instruire dans la Loi du Seigneur le peuple qui leur est confié. Car « les lèvres du Prêtre sont dépositaires de la science, et les peuples recevront de sa bouche l’explication de la Loi, parce qu’il est l’ange du Seigneur des armées.(3) » Ces paroles s’appliquent admirablement aux Prêtres de la Loi nouvelle, parce qu’étant plus rapprochés de Dieu que ceux de la Loi ancienne, ils doivent « se transformer de clarté en clarté, comme par l’Esprit du Seigneur. (4) » D’ailleurs, puisque Jésus-Christ Lui-même leur a donné le nom de « lumière » (5), leur devoir et leur rôle, c’est d’être « la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres, les docteurs des ignorants, les maîtres des enfants » (6); et « si quelqu’un tombe par surprise dans quelque péché, c’est à ceux qui sont spirituels à le relever. » (7)

Au tribunal de la Pénitence ils sont de véritables juges, et la sentence qu’ils portent est en raison de l’espèce et de la grandeur des fautes. Si donc ils ne veulent ni s’abuser eux-mêmes, ni abuser les autres par leur ignorance, il est nécessaire qu’ils étudient la Loi de Dieu avec le plus grand soin, et qu’ils sachent l’interpréter avec sagesse, afin de pouvoir rendre sur toute faute, action ou omission, un jugement conforme à cette règle divine, et encore, comme dit l’Apôtre, afin de pouvoir donner
« la saine Doctrine (8) », c’est-à-dire, une doctrine exempte de toute erreur, et capable de guérir les maladies de l’âme, qui sont les péchés, et de faire des Fidèles « un peuple agréable à Dieu par la pratique des bonnes œuvres. (9) »

Commentaires

Dieu aurait pu nous donner une liste longue et détaillée des préceptes que nous devons suivre fidèlement afin d’obtenir le salut. Mais il nous a plutôt donné dix commandements qui sont très faciles à retenir. Il voulait ainsi que les hommes décident librement s’ils veulent rentrer dans le Royaume des Cieux ou se trouver parmi les réprouvés.

Les prêtres ont le devoir grave de rappeler aux fidèles la nécessité de suivre la loi du Christ. Quelle honte que la plupart des prêtres depuis Vatican II ne parlent plus des Commandements de Dieu, de la punition donnée à ceux qui ne les suivent pas, etc.

Le Catéchisme du Concile de Trente commence son enseignement sur les commandements de Dieu en rappelant aux prêtres que c’est pour eux un devoir grave de bien connaître la Loi de Dieu afin 1- d’être capables de la suivre dans leur propre vie pour donner au troupeau des fidèles un exemple à suivre ; 2- d’être capable de l’enseigner convenablement aux fidèles qui ont sans cesse besoin qu’on leur rappelle les vérités du salut ; 3- d’être capable de se prononcer sur toute action ou omission dans le Sacrement de la Pénitence afin que le peuple puisse être agréable à Dieu.

En pratique

Tous les chrétiens doivent connaître par cœur les commandements de Dieu (et de l’Église). Pour cela, il est très profitable de les réciter chaque jour durant la prière du soir, examinant par la même occasion notre conscience.

jeudi 1 décembre 2016

L'Eglise catholique et la tolérance

On confond d’ordinaire deux choses essentiellement distinctes : l’intolérance en fait de doctrine et l’intolérance en fait de personnes ; et, après avoir tout mêlé, on fait l’indigné, on crie à la dureté, à la barbarie !
La guillotine, icône de la tolérance révolutionnaire

Si l’Église enseignait ce qu’on prétend qu’elle enseigne, oui, elle serait dure et cruelle, et l’on aurait grand peine à la croire. Mais il n’en est rien. L’Église n’est intolérante que dans la mesure juste, vraie, nécessaire.
Pleine de miséricorde pour les personnes, elle n’est intolérante que pour les doctrines. Elle fait comme DIEU, qui, en nous, déteste le péché et aime le pécheur
.

L’intolérance doctrinale est le caractère essentiel de la vraie religion. La VÉRITÉ, en effet, qu’elle est chargée d’enseigner, est absolue, est immuable. Tout le monde doit s’y adapter ; elle ne doit fléchir devant personne. Quiconque ne la possède point, se trompe. Il n’y a point de transactions possibles avec elle ; c’est tout ou rien. Hors d’elle, il n’y a que l’erreur.

L’Église catholique seule a toujours eu cette inflexibilité dans son enseignement. C’est la preuve la plus frappante peut-être de sa vérité, de la divine mission de ses Pasteurs. Indulgente pour les faiblesses, elle ne l’a jamais été, elle ne le sera jamais pour les erreurs.

« Si quelqu’un ne croit point ce que j’enseigne, dit-elle dans les règles de foi formulées par ses conciles, qu’il soit anathème ! ». C’est-à-dire, retranché de la société chrétienne. La vérité seule parle avec cette puissance.

Les gens qui accusent l’Église de cruauté à propos de l’intolérance qu’ils lui prêtent, ont-ils lu dans le Contrat social de Rousseau, le grand apôtre de la tolérance, cette touchante maxime : « Le souverain peut bannir de l’État quiconque ne croit pas les articles de foi de la religion du pays … Si quelqu’un, après avoie reconnu publiquement ces mêmes dogmes, se conduit comme ne les croyant pas, QU’IL SOIT PUNI DE MORT !» (Livre IV, chap. VIII.) Quelle tolérance ! ! ! Il faut avouer que l’Église s’y entend mieux que ceux qui veulent lui en remontrer.


Mgr de Ségur – Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion. 1850