vendredi 30 janvier 2015

Faire reculer la forêt



Faire reculer la forêt à coup de hache, telle est souvent la première tâche du colon. Les apôtres de la colonisation ne se lassent pas de répéter que - lorsque la forêt recule, la civilisation avance!

Nos racines, numéro 110, page 2184, les éditions T.L.M. 1981

jeudi 29 janvier 2015

Le colon bûcheron



Le colon ne peut souvent pas tirer assez de revenus de sa terre pour vivre décemment. Il devient donc bûcheron, joignant alors les rangs de ceux qui le sont de métier. On entend chanter un peu partout :

« Voici l’hiver arrivé

Les rivières sont gelées

C’est le temps d’aller dans les bois

Manger du lard et des pois. »


Nos Racines, numéro 110, page 2186, les éditions T.L.M. 1981

samedi 24 janvier 2015

La croix de Maisonneuve

Tout tient de légende héroïque dans les débuts de Ville-Marie. A contempler ce fond d'histoire on dirait une fresque de primitif où tous les jours viendrait se fixer le geste d'un orante, un acte de martyrologe.

C'était la veille de Noël, la première année de la fondation. Les colons finissaient à peine les durs travaux des premiers établissements. Tout en se préparant à la lute contre le premier hiver, ils voyaient venir avec contentement ces longs mois de repos relatif. La guitare du colonel, celle-là même qui avait égayé les bûcherons, les soirs de travail, fredonnait depuis quelques jours les refrains du minuit.

Soudain un cri de terreur vient jeter l'alarme dans la petite bourgade: « Le déluge! le déluge! » La rivière Saint-Pierre, inquiétante depuis plusieurs heures, a tout à coup franchi ses rives et voici qu'elle se jette dans les prairies. Bientôt elle va déferler dans les fossés du fort; elle avance vers la palissade et vers les murs. Chargée de glaces et de débris de forêt, elle court avec une violence à tout briser. L'angoisse est au dernier point parmi les colons. Les huttes se vident; c'est un sauve-qui-peut général. La nuit, une nuit pleine d'incertitude et de menaces, vient ajouter à cette scène d'effroi ses terreurs mystérieuses. Personne ne ferme les yeux dans Ville-Marie, en cette nuit du 24 décembre 1642. Chacun guette, dans l'obscurité, la marche envahissante des eaux, et l'on se dit: « Si le fort est emporté, qu'adviendra-t-il de nous, sans logis, sans poudre, sans défense?  » Et la rivière monte, monte toujours, implacable.

Paul de Maisonneuve se souvint qu'il était le père de la petite bourgade française. Très simplement il fit le geste qu'on attendait de lui. Homme de foi avant tout, il conçoit l'idée de barrer le passage de l'inondation avec une croix. Les Pères approuvent le pieux projet. Mais puisque la vaillance et la foi sont vertus de la communauté à Ville-Marie, tous les colons s'unissent d'intention au fondateur. La croix de Maisonneuve se dresse bientôt, comme un rempart souverain, au bord de la rivière en révolte. Le chef de la petite colonie veut faire violence au ciel; à genoux au pied de sa croix, il fait voeu, si la colonie est sauvée, d'aller porter l'étendard au sommet du Mont-Royal.

La foi fit son œuvre. La rivière Saint-Pierre continua son ascension menaçante; elle alla lécher les palissades, mais s'arrêta au seuil du fort. Après quelques heures, domptée, pacifiée, la rivière rentrait dans son lit.

Le jour de l'Epiphanie, Maisonneuve se mit en voie d'exécuter son vœu. Le fondateur de Ville-Marie avait dans l'âme plus que la trempe du chevalier, il avait celle du croisé. Il faut reconnaître qu'il fut un merveilleux éducateur de peuple. Sa préoccupation la plus constante paraît être d'augmenter le capital de foi de ce petit peuple au berceau. Chaque jour et surtout aux circonstances graves, conscient de son rôle de chef, Maisonneuve veut agir au plus parfait, agrandir ses actes jusqu'aux dernières dimensions surnaturelles. Voici qu'il médite d'ajouter à l'exécution de son vœu un acte de la signification la plus haute. Le 6 janvier 1643, se déroula dans la chapelle de Ville-Marie, une cérémonie d'un caractère auguste et antique, une fête des temps de la chevalerie, alors que l'Eglise bénissait la vaillance et les épées. Maisonneuve se battait contre de nouveaux barbares, ennemis du Christ et de la civilisation chrétienne; comme les paladins de jadis, il demanda pour sa vaillance et pour son épée l'investiture de l'Eglise. Au moment où la procession allait se mettre en marche vers le sommet de la montagne, Maisonneuve vint s'agenouiller près de sa croix et demanda à être sacré chevalier. Un ministre de Dieu, devant l'assemblée émue, récita sur le paladin moderne la prière ancienne prononcée sur la tête des vieux croisés de France: « Seigneur, nous prions votre clémence infinie de protéger toujours et partout et de délivrer de tous les périls votre serviteur qui, selon votre parole, désire porter sa croix à votre suite et combattre contre vos adversaires pour le salut de votre peuple choisi. »

La procession s'ébranla. Ce fut une rude montée de Calvaire. Les colons de Ville-Marie s'en allaient à travers bois et neiges, par les sentiers mal battus. En tête marchait une troupe de pionniers, avec mission d'ouvrir et battre le chemin. Puis venait Maisonneuve chargé de la croix. A sa suite marchaient les colon, les uns armés du mousquet, les autres chargés des pièces d'un autel et des outils nécessaires à l'érection du calvaire. Le pèlerinage gravissait la rude pente, long ruban noir sur la neige blanche, pendant que, sous la voûte des arbres séculaires, frissonnaient les strophes mystiques de l'« O crux, ave spes unica! »

Enfin le sommet apparut. L'autel fut dressé. Le Père du Perron commença l’introït: « Ecce advenit
Dominator Dominus » Il y eut communion générale, puis le Père bénit la croix. « Elle dominait l'île entière comme un trophée, » disent les vieilles chroniques, « annonçant les futurs victoires du Christ. »
Peu de temps après l'érection, les Iroquois abattirent la croix de Maisonneuve. Quelques années plus tard, Marguerite Bourgeoys entreprit de la relever. Pendant longtemps l'emplacement de la croix primitive resta un terme de pèlerinage.

Sur quel point de la montagne fut-elle dressée? Etait-ce vraiment à l'endroit où elle brille encore aujourd'hui, dans le parc du séminaire, entre les hauts peupliers? Que nous importent les disputes des chercheurs? Il est des gestes qui ne s'effacent plus de l'horizon. La croix de Maisonneuve, aérienne et mystique, brille comme un « labarum »¹ sous le ciel du vieux Ville-Marie.



-Abbé Lionel Groulx


¹Le terme labarum renvoie à l'étendard qu'a arboré les troupes du futur empereur Constantin lors de la célèbre bataille du pont de Milvius. Il se composait des lettres grecques X (chi) et P (rho) superposées, ces dernières étant les premières lettre du mot Christ. La veille de la bataille, Constantin vu Jésus-Christ en songe, lequel lui dit que " par ce signe tu vaincras " (In hoc signo vinces). Il utilisa ce symbole comme son insigne et il le fit peindre sur les boucliers de ses soldats. Au lendemain, jour de la bataille, les troupes chrétiennes de Constantin furent victorieuses des légions de Maxence, lesquelles étaient doublement nombreuses.

vendredi 23 janvier 2015

Comment faire oraison

 
«  L'oraison n'est pas une prière vocale telle que l'Office divin, le chapelet. L'oraison n'est pas non plus la contemplation intellectuelle du théologien; l'oraison est une prière du cœur dans laquelle les actes d'amour tiennent lieu de mots.

L'oraison est une prière purement mentale dans laquelle, après quelques réflexions nommées "méditations", les actes de la volonté nommés "affections" doivent occuper la plus grande partie du temps.

Il est très utile de savoir faire oraison et de faire oraison, car l'oraison est le dialogue de l'âme avec Dieu le plus profond. Dieu est en elle et c'est en elle-même que l'âme le rencontre et qu'elle lui parle par le plus intime d'elle-même, son cœur. Elle y atteint un degré très élevé d'union à Dieu et une grande intensité d'amour. L'âme y progresse rapidement dans la perfection commencée par le baptême et qu'accompagne la vie sacramentelle et le combat spirituel contre nos défauts. Dieu, en effet, répond à l'amour de l'âme par un accroissement de vertus et des formes diverses de secours spirituels.

Oraison et méthodes d'oraison

 Il existe des méthodes d'oraison et des plans-guides de l'oraison. Si ces méthodes ne datent pas du XVIe siècle, elles y ont connu un regain d'intérêt. En effet, le De triplici via de saint Bonaventure est une méthode de méditation, d'oraison et il y est traité de la contemplation. Dans la sainte Eglise, les choses sont rarement absolument nouvelles et si l'on veut les juger telles, il faut, sous peine d'erreur, se garder de les rejeter pour la seule raison de leur nouveauté.

Tout directeur spirituel saura expliquer à ses dirigés les deux sages principes suivants:

a) Dans l'oraison, l'âme a toujours droit à sa liberté; la méthode est un instrument.
b) Une méthode est un guide temporaire, elle ne remplace pas le Saint-Esprit qui est le maître principal des âmes.

Les deux conditions préalables de l'oraison

L'efficacité de l'oraison et les délices qu'elle donne à l'âme exigent:

1) une fervente vie sacramentelle et
2) un combat spirituel soutenu.

L'oraison dirigée

Elle comprend trois parties:

I - Une préparation,
II - Le corps de l'oraison au cours duquel se font:
  1. la considération qui est l'exercice de la mémoire,
  2. la réflexion qui est l'exercice de l'intelligence,
  3. les affections qui sont l'exercice de la volonté-cœur
III - Une conclusion.

Plan de l'oraison - et des actes à faire pendant le temps de chaque partie de l'oraison.


- I -

Au cours de la préparation immédiate, il faut faire des actes:

  1. de foi en la présence de Dieu, présent surtout en nous;
  2. d'adoration de la très sainte Trinité et de Jésus-Christ
  3. d'humilité, de reconnaissance de notre petitesse et de dépendance, d'aveu de nos multiples péchés;
  4. de confiance dans l'aide du Saint-Esprit au cours de notre oraison;
  5. de demande d'accomplir la sainte volonté de Dieu pendant notre oraison;
  6. de résignation à la permission divine si notre oraison est aride.
 - II -

Voici les actes à faire au cours de l'oraison proprement dite, ou corps de l'oraison:

A - L'exercice de la mémoire ou considération consiste:
  1. à se souvenir du mystère de Jésus sur lequel on va faire oraison;
  2. à considérer les lieux, gestes, circonstances, les actes de Jésus;
  3. à se souvenir des paroles qu'il a prononcées, etc...
B - L'exercice de l'intelligence ou de la réflexion consiste, en procédant par questions mentales, à extraire des paroles, gestes, attitudes de Jésus toute la richesse, la beauté, la bonté divines et humaines de Jésus:
  1. Qu'est-ce-que Jésus a dit, a fait?
  2. A qui l'a-t-il dit, fait?
  3. Comment?
  4. Quand?
  5. Pour qui? Pourquoi?
 Remarque: le but de cette réflexion est de provoquer l'admiration qui content déjà de l'amour et conduit à l'amour.

C - L'exercice de la volonté et des affections consiste à aimer sans parole, par les différents actes d'amour:
  1. acte d'admiration pour Jésus, Dieu-Trinité;
  2. acte d'adoration de Jésus, de Dieu-Trinité;
  3. acte de réjouissance de tout ce qu'ils sont;
  4. acte de louange;
  5. acte de désir de l'action de Dieu en nous, de dégustation de la suavité de Dieu;
  6. acte de regret de tout ce en quoi nous nous sommes soustraits à Dieu;
  7. acte intérieur de dévouement envers Jésus et Dieu.
 - III -

La conclusion de l'oraison 

Elle comprend les actes suivants: 
  1. Jeter un regard rétrospectif sur la façon dont nous avons fait notre oraison et, selon les cas, s'excuser surtout ou remercier de sa grâce.
  2. Prendre les résolutions pour la journée. Remarque: la sainteté exige les vertus. Elles en sont de notre part d'élément capital, car l'amour pour Jésus s'exprime par l'imitation des vertus de Jésus.
  3. Puis il faut passer à la demande.
Notre-Seigneur veut que nous collaborions au salut des âmes; nous y collaborons par nos demandes en leur faveur, et il veut les exaucer:

a) il faut demander la grâce pour nous;
b) demander à Jésus de bénir nos intentions: présentons les grandes intentions générales et collectives en faveur de l'Eglise... du monde... de notre patrie... etc...
c) nos intentions particulières et privées...

Vous pouvez terminer par une prière à Marie notre avocate et un signe de croix. »



-Père Eugène de Villeurbanne, O.F.M. CAP.

jeudi 22 janvier 2015

De la sainteté de monseigneur Bourget


Monseigneur Ignace Bourget (1799-1885), second évêque du diocèse de Montréal. Après sa démission, en 1876, de la fonction d'évêque de Montréal, il reçu le titre d'archevêque de Martianopolis.
Dès son plus jeune âge, il manifesta toujours une grande compassion pour les plus démunis, ainsi qu'un constant zèle pour le salut des âmes. Ordonné prêtre pour l'éternité le 30 novembre 1822, il resta vraiment toute sa vie prêtre catholique, au sens le plus noble du terme. Il fut l'un des pères conciliaires au premier Concile du Vatican, lequel déclara le dogme de l’Infaillibilité.

Voici quelques lignes sur les miracles qui sont survenus par son intercession. Nous reviendrons plus tard sur sa vie et son œuvre.


Déjà au cours de sa vie, on attribue à Mgr Bourget une réputation de thaumaturge. Une sœur de la Miséricorde rapporte qu'un jour, une pauvre femme, venue de la campagne avec son enfant aveugle, demande à voir l'évêque. Celui-ci prie sur l'enfant, le bénit, puis demande aux religieuses de donner de la nourriture à lui et à sa maman. La religieuse ajoute: « Monseigneur était si coutumier de faveurs extraordinaires que l'on ne fut pas surpris de constater la guérison du petit, au moment où il se rendait au réfectoire. »
Chez les sœurs du Bon-Pasteur, on rapporte qu'une soeur souffrait depuis trois ans d'une extinction de voix, causée par une maladie du larynx. Son mal augmentait toujours. Le 10 février 1875, Mgr Bourget passe a monastère. Cette sœur se fait bénir avec les autres et demande sa guérison. « Monseigneur n'était pas rendu au parloir que notre chère sœur parlait parfaitement bien. Elle se rendit aux vêpres où elle psalmodia et chante le Magnificat avec une haute et claire voix, comme avant sa maladie. »

Une jeune sœur de la Providence ne se déplaçait qu'avec des béquilles et ne pouvait plus faire aucun travail. Un prêtre dit à Mgr Bourget: « Dites-lui de mettre de côté ses béquilles, et elle pourra travailler. » Sur la parole de l'évêque, la religieuse laisse ses béquilles, descend un long escalier pour accompagner Mgr Bourget jusqu'à sa voiture, puis s'en va travailler !

Une pauvre mère de famille était devenue aveugle. Son époux va trouver Monseigneur avec elle. Celui-ci leur dit de prier, comme il le ferait aussi de son côté. Le couple se rend à l'église, prie et reprend le chemin de la ferme. Les deux n'avaient parcouru qu'un bout de route quand la femme s'exclame: « Je vois ! » Faisant aussitôt demi-tour, ces gens, reviennent se jeter aux pieds de leur évêque pour exprimer leur émotion et leur reconnaissance.

Une femme devait être opérée pour un cancer du sein. En réponse à sa demande à l'aide, Monseigneur lui dit: « Demandez au docteur de remettre l'opération pour quelques jours, et nous ferons une neuvaine ensemble. » À la fin de la neuvaine, il n'y avait plus de cancer.
On rapporte aussi d'autres guérisons, comme un cas d'hydropisie, un autre d'eczéma. Ils manifestent la confiance que les gens avaient en Mgr Bourget, ce grand intercesseur auprès de Dieu pour les besoins de ses semblables. Même le médecin qui prenait soin de son évêque sur ses vieux jours atteste: « Dans un moment où j'étais découragé par la maladie incurable de mon épouse, Mgr Bourget a prié pour ma femme, et elle fut guérie. »

Au moment de ses obsèques, en présence d'une foule considérable, des personnes viennent toucher les restes mortels de l'évêque défunt. D'autres conservent précieusement le chapelet ou le médaillon qu'ils ont utilisé à cette fin. Une religieuse du Bon-Pasteur, qui a prélevé des fragments du cercueil, les fait tremper dans l'eau et demande à son frère, dont la vue était affectée, de se laver avec cette eau. Et il fut guéri.

La cathédrale Marie-Reine-du-Monde (autrefois nommé saint Jacques) est une des nombreuses constructions de monseigneur Bourget. On y voit ici clairement l'attachement de monseigneur de Montréal au siège de Pierre.


Bien des gens ont exprimé le désir de voir cet homme de Dieu reconnu saint par l'Église. Des démarches ont même été entreprises en vue de sa canonisation. Pour le moment, elles n'ont pas eu de suite, car une telle démarche suppose une étude approfondie de ce qui a été écrit par la personne. Or, nous savons que Mgr Bourget au cours de sa longue vie a beaucoup écrit...

Cela ne doit pas nous empêcher de l'associer à nos projets et à nos prières, comme beaucoup de ceux qui l'ont connu et d'autres par la suite, on su le faire. Terminons par les paroles de l'un de ses successeurs et grand admirateur, Mgr Gauthier, lors de l'inauguration du tombeau de Mgr Bourget en 1933:

« C'est par le développement harmonieux, sous l'action divine, de toutes ses ressources de nature et de grâce, qu'il s'apparente à l'âme des Saints. Il est de même ordre et de même climat. Il possède surtout ce par quoi les Saints se reconnaissent à vue d’œil: une faim, un appétit de prière, une union à Dieu, une intensité de charité surnaturelle qui font d'eux la parure et la Providence de l'humanité. Restons sur cette pensée; seule elle explique les œuvres et la vertu de Mgr Bourget; elle justifie amplement les hommages et la confiance dont nous entourons ses restes. »

mercredi 21 janvier 2015

L'attitude de Notre Seigneur, d'après l'Évangile

On trouve dans l'Évangile de nombreux faits qui prouvent l’intransigeance de Notre Seigneur lorsqu'il s'agit de la doctrine, c'est-à-dire de la Vérité. En présence de la misère humaine, Jésus a toujours été d'une bonté infinie. Il suffit de citer les noms de Zachée, de Marie Madeleine, de la femme adultère, du bon larron, etc...
Par contre, quelle rigueur, quelle intransigeance envers les Pharisiens! Comment expliquer son comportement si sévère, si dur même avec ces derniers? Avec les premiers, il ne s'agissait que de misères morales, ne mettant pas en cause la doctrine.

Après le miracle de la multiplication des pains

« Les Juifs murmuraient alors à son sujet, parce qu'il avait dit : « Je suis le pain vivant... Je suis descendu du ciel... » « Comment celui-ci peut-il donner sa chair à manger? » Et les Juifs s'écriaient : «Cette parole (c'est-à-dire : cet enseignement, cette doctrine) est dure et qui peut l'écouter? « Et beaucoup se retirèrent et n'allaient plus vers lui. » Non seulement Notre Seigneur ne les a pas retenus et n'a rien fait pour garder cette clientèle, mais s'adressant à ses apôtres, « Et vous aussi, vous voulez vous en aller? » Vous le voyez comme moi : Quand il s'agit de la doctrine, aucune concession ne peut être faite.

Le soir du Jeudi-Saint
Avec les seconds, le Christ Jésus se heurtait à une résistance doctrinale. Devant ce pêché de l'esprit, Jésus est intraitable et il va jusqu'à la malédiction : « Malheur à vous, Pharisiens hypocrites!... » Jésus, de toute façon, n'a toléré l'erreur chez personne, même chez les gens de bonne foi et de bonne volonté. Voici trois exemples, qu'il suffit simplement d'évoquer :

Prenons le deuxième exemple dans la scène du lavement des pieds aux Apôtres, le jour du Jeudi-Saint. L'Apôtre Simon-Pierre ne veut pas que Jésus lui lave les pieds... Et Notre Seigneur de répliquer à Simon-Pierre : « Si tu n'acceptes pas que je te lave les pieds, tu n'auras pas de part avec moi», c'est-à-dire : « tu seras jeté dans les ténèbres extérieures, là où sont les pleurs et les grincements de dents. » Donc « tu n'iras pas au ciel avec moi. »

À la montée du Calvaire, le Vendredi-Saint

Enfin, dans le troisième exemple, il s'agit de se souvenir de l'attitude de Jésus en présence des femmes d'Israël qui pleurent en suivant Jésus sur la route du Calvaire. Au lieu de les remercier de leur courage et de la pitié qu'elles manifestent à Jésus par un tel attachement à la personne de Notre Seigneur, Jésus attire leur attention sur un autre point essentiel : «Ne pleurez pas sur moi! Pleurez surtout sur vous-mêmes et sur vos enfants.»

Bien-fondé de l’intransigeance


Pourquoi cette intransigeance et si peu de souplesse? Tout simplement parce qu'il s'agit de la doctrine. Pour Jésus, la tolérance de l'erreur, c'est déjà la trahison. Et pour nous, ce ne serait pas trahir, que de tolérer l'erreur dans les cérémonies liturgiques sous le prétexte qu'il ne faut pas se singulariser, quand, dans le tréfonds de soi-même, on désapprouve ces cérémonies? Et on fera souvent les mêmes gestes que les autres, ou bien les mêmes prières et on sera obéissant dans l'accomplissement des nouveaux rites, entièrement désacralisés et fabriqués pour le culte de l'homme! car il faut prouver à tous qu'on met en pratique la nouvelle religion exprimée par ces paroles : « et nous aussi, nous avons, plus que quiconque, le culte de l'homme ».

lundi 19 janvier 2015

L'Eglise du Christ face à ses ennemis

Elle nous effraie, nous remplit de crainte et de sombres pensées, cette vague noire de la haine qui submerge aujourd'hui l'Eglise catholique...

Les premiers ennemis de l'Eglise furent les juifs incrédules. Ils crucifièrent le Christ et pensèrent pouvoir détruire facilement son œuvre dans son germe. Et ainsi se jetèrent-ils avec un acharnement dont eux seuls sont capables sur les premiers chrétiens : calomnies, emprisonnements, bannissements, lapidations... Ainsi mourut saint Etienne. Mais l'Eglise ne périt pas pour autant.

Ensuite les païens s'efforcèrent d'arracher le jeune sarment du Christ. Que ne s'est-il pas passé à Rome pendant les trois premiers siècles, avec quelle cruauté ceux qui confessaient le nom du Christ ne furent-ils pas traités par les empereurs romains Néron, Domitien, Trajan, Marc-Aurèle, Dioclétien et Julien l'Apostat ! Cela peut à peine s'exprimer par des mots. Ce peuple, qui croyait que les chrétiens étaient la cause de toute les catastrophes, les avait à sa merci. Ainsi criait-on : « Les chrétiens aux lions! » Les prêtres païens soulevaient le peuple, les philosophes attisaient cette haine, le sang coulait à flots, mais de ce sang sortir non pas la destruction de l'Eglise, comme le pensaient vainement les païens, mais un développement toujours plus puissant, et une prospérité toujours plus florissante : « Le sang des martyrs est une semence de chrétiens », affirmait Tertullien, contemporain de cette époque.

Les persécutions étaient à peine finies que se produisit une nouvelle catastrophe, bien plus dangereuse encore : l'arianisme. Cette hérésie submergea si violemment le monde fraîchement rené au christianisme, que tous les peuples l'adoptèrent, même les empereurs byzantins. Ceux-ci non seulement l'embrassèrent, mais encore utilisèrent tout leur puissance pour l'étendre, ils chassèrent les évêques catholiques et établirent des évêques ariens dans les évêchés devenus vacants. Un écrivain contemporain dit que le monde entier, un beau matin, se réveilla non plus catholique mais arien. Aujourd'hui, il n'y a plus de traces de cette secte, tandis que l'Eglise existe toujours. D'autres sectes apparurent : macédoniens, monophysites, nestoriens, monothélites, mais de ces sectes il reste à peine quelques traces.

Plus dangereux fut l'effort des empereurs byzantins pour exercer sur l'Eglise la plus grande influence possible. Que de persécutions et de peines vinrent de ce « césaro-papisme », comme l'histoire le nomme. Plus tard, les empereurs allemands reprirent à leur compte cette même pensée : les Othons, Henri IV, Frédéric Barberousse, Henri VI, et surtout Frédéric II; eux tous voulurent absolument exercer leur domination sur l'Eglise. Et pourtant ils tombèrent tôt ou tard, rencontrés par l'indestructible pouvoir de l'Eglise. Un sort semblable échut plus tard à leur imitateurs : Joseph II, Napoléon, etc. L'Eglise était supérieure même à ce dernier !

Mais les coups les plus douloureux sont ceux que l'Eglise reçut des scandales et divisions internes, qui l'opprimèrent déjà au IXe et Xe siècles. Les évêques étaient souvent des courtisans et des guerriers plutôt que des serviteurs de Dieu; même quelques papes se rendirent indignes de leur fonction de vicaire du Christ. Puis vinrent ces années douloureuses, où il y avait deux voire trois papes, qui se combattaient mutuellement, bien qu'évidemment, il n'y ait eu qu'un seul vrai pape. Ce furent des temps terribles pour l'Eglise ! Toute autre institution eût croulé sous la cendre et les décombres. Mais l'Eglise réchappa de tout cela et ne s'effondra pas. Le monde entier avait juré sa destruction, mais la promesse du Christ ne fut pas démentie.

Le XVIe siècle fut témoin de l'apparition sur scène de Luther, Calvin, Zwingli, Henri VIII, et de bien d'autres encore. Les hérésies mirent en morceaux le corps de l'Eglise. Des pays et des nations entières succombèrent. Jusqu'à aujourd'hui encore, il y a différents pays où l'on ne rencontre presque plus aucun membre de l'Eglise. L'Eglise elle-même, cependant, ne tomba pas, elle continua à rester debout; bien plus, même après de telles pertes, elle connut une nouvelle prospérité, et fut encore plus puissante qu'auparavant. Elle se tourna vers les païens pour les convertir, et reçut en son sein des millions d'hommes.

Le protestantisme introduisit un relâchement moral. L'effort de la secte appelée jansénisme était directement contre nature. Eux aussi, voulaient décider de tout : le rire, la joie, la gaieté, d'après eux, tout cela était une trahison de l'esprit du Christ... Mais eux aussi passèrent !

Le XVIIIe siècle porta à l'Eglise les coups les plus durs : le rationalisme, qui y prospéra, combattait maintenant non plus simplement contre tel ou tel dogme de la religion, mais contre la religion en tant que telle. L'incrédulité ! L'homme créé uniquement pour un bonheur terrestre ! Non pas créé, mais... apparu on ne sait comment, pas hasard. Pour le libérer de toute responsabilité, il est bien entendu... qu'il descend du singe. Un singe n'a pas besoin de religion, un singe ne sera pas jugé. Principes agréables, certes, mais aussi combien dégradants !

Aujourd'hui, les rationalistes continuent à faire du bruit. Mais à présent ils remplacent la religion par le spiritisme, l'hypnose etc., et combattent l'Eglise ! Mais celle-ci, indestructible, immuable, reste toujours debout. Autour d'elle, tout passe : non seulement les institutions les plus géniales, mais aussi les pays et les peuples; quant à elle, elle demeure. C'est stupéfiant !

Et ainsi elle surmonte également les attaques actuelles. Ses membres pris particulièrement peuvent faillir, s'ils n'ont garde de rester en une intime union avec l'Eglise; mais l'Eglise elle-même ne tombera jamais. Plus encore, des pays entiers peuvent se séparer de cet unique bercail du Christ conduisant au salut..., mais le bercail lui-même, l'Eglise, ne sera jamais détruit.



Père Maximilien Kolbe, O.F.M.

samedi 17 janvier 2015

Le fort de Sainte-Marie-des-Hurons




En 1639, les pères jésuites décident d’établir un poste central pour leur mission en Huronie. Ils construisent alors le fort de Sainte-Marie-des-Hurons. En 1649, le fort comprenait « une chapelle, la résidence des pères, celle du personnel laïque, des ateliers de menuiserie et de forge, un hôpital, une maison de retraite pour les néophytes, une hôtellerie pour les non-chrétiens de passage, un cimetière, une ferme avec basse-cour et animaux domestiques ».

La place-forte était flanquée de quatre bastions de pierre et il fallait traverser un pont-levis pour y pénétrer. Un aqueduc rudimentaire en bois assurait l’approvisionnement en eau potable. Le nombre de Hurons baptisés augmentait de plus en plus, lorsque la pression iroquoise força les pères et les convertis à détruire l’établissement en 1649.



Nos Racines, numéro 8, page 152, les éditions T.L.M. 1979

jeudi 1 janvier 2015

La bénédiction du jour de l'an



La bénédiction du jour de l’An. « Le fils qui, lui aussi, a fondé une famille, commente l’historien Olivier Maurault, vient d’arriver chez son père. Dehors, il fait froid : tous sont donc chaudement vêtus. Ils n’ont pas eu le temps de dépouiller ce lourd attirail. À peine franchi le seuil de la maison paternelle, le jeune homme accompagné de sa femme et de ses enfants se jette au pied du chef pour implorer sa bénédiction. On sent dans cette hâte l’accomplissement d’un devoir auquel il ne faudrait manquer pour rien au monde. Le grand-père élève ses mains et, avec un sourire qui dissimule mal son émotion, il demande à Dieu de bénir sa prospérité. »




Nos Racines, numéro 98, page 1943, les éditions T.L.M. 1981