samedi 14 mars 2020

Duplessis contre la laïcisation du système scolaire et son étatisation

L'ambiance est bien préparée pour l'inauguration d'un pont sur la rivière Bersimis, cérémonie laïque où le premier ministre doit prononcer un discours important. Fanfares, estrades, haut-parleurs, ciseaux et ruban : rien ne manque. Tous les journaux sont représentés à l'exception du Devoir, qui n'a pas été invité et se contentera des communiqués de la Presse canadienne.

Duplessis a décidé d'aborder deux thèmes : l'autonomie et l'enseignement.

L'Association des Diplômés de l'Université de Montréal et la Chambre de commerce des Jeunes de Montréal ont relancé le débat sur les subventions aux universités. L'Association des Diplômés suggère la formation d'une fédération des associations de diplômés, sorte de pendant de l'Association des Universités canadiennes, qui distribuerait les subventions fédérales. La Chambre de commerce des Jeunes suggère la formation d'une commission provinciale des universités et des collèges, qui répartirait les subventions fédérales et provinciales. La réforme de l'enseignement est aussi à l'ordre du jour. On en discute dans les associations d'instituteurs. De jeunes ministres comme Yves Prévost et Jean-Jacques Bertrand pensent qu'il serait temps de faire évoluer l'enseignement dans la province - ou d'accélérer son évolution. Si l'on entend par là, une orientation vers le commerce et vers les sciences, Duplessis en est, sans hésiter. Mais les anticléricaux ont depuis toujours pris la réforme de l'enseignement comme cheval de bataille. Une série d'incidents laisse prévoir, de leur part, une nouvelle offensive. Aux États-Unis se mène une campagne pour substituer l'hymne national à la prière, au commencement des classes. Le Toronto Star a publié, en deux éditoriaux, une longue entrevue avec un rabbin, qui souhaite l'abolition de l'enseignement religieux dans les écoles. À Montréal, Jean-Louis Gagnon exprime ou paraît exprimer le même souhait. Et le principal de l'Université McGill, rentrant d'un voyage en Russie, vante l'enseignement - athée - dispensé dans ce pays. Serait-ce un concert orchestré ? Les instituteurs et à plus forte raison les jeunes ministres qui souhaitent une évolution de l'enseignement n'ont pas d'arrière-pensées. Mais Duplessis croit déceler l'action des mangeurs de curés derrière les réformateurs de bonne foi. Le discours de Bersimis est une· défense de l'autonomie - ou une attaque contre les centralisateurs - et une défense de la confessionnalité scolaire - ou une attaque contre les réformateurs « aux idées plus que nuancées ».

Les subventions offertes aux universités et aux collèges préparent un assaut fédéral à tout le domaine de l'enseignement, primaire compris. « La province de Québec doit conserver ses droits en matière d'éducation. Le gouvernement fédéral - celui d'aujourd'hui comme celui d'hier - a tendance à pénétrer dans le domaine éducationnel. Ses octrois sont puisés à même l'argent qui nous a été enlevé ... Nos écoles dans la province de Québec sont basés sur le système confessionnel. Il n'y a pas d'éducation possible si elle n'est pas basée sur la religion ... Nous avons dans là province de Québec un système scolaire qui rend justice à toutes les minorités, et nous ne mettrons pas cette tradition de côté... Dans la province de Québec, tant que celui qui vous parle sera premier ministre, l'enseignement sera confessionnel... »

Duplessis a le visage fatigué. Au début, l’œil est moins clair, les mouvements sont moins nets ; mais l'orateur s'anime, une fois son discours entamé. La voix est alors bien timbrée, le débit bien assuré. Duplessis parle sans notes. Il exprime la profonde conviction que son père lui a transmise et que presque tous ses compatriotes ont reçu, comme lui, dans leur héritage. Il fait appel à tous :

C'est un coup de clairon que je sonne aujourd'hui, non pas comme chef de l'Union nationale, mais comme premier ministre de la province de Québec, ayant une expérience assez considérable et pouvant déclarer en toute franchise, sans arrière-pensée, que si bien du monde aime leur province autant que je l'aime, personne n'aime la province de Québec plus que celui qui vous parle ; et c'est pour cela que je vous dis, citoyens de Hauterive, du comté du Saguenay, qu'il faut de toute nécessité s'unir ; s'unir dans la revendication de nos droits ; s'unir contre les tentatives de neutralité scolaire ; s'unir contre les accaparements ... L'union de toutes les bonnes volontés est nécessaire pour que nos écoles continuent à se multiplier, pour que l'enseignement continue à s'inspirer de la lumière éternelle, qui ne s'éteint jamais et qui ne s'éteindra jamais, et pour que la province de Québec poursuive sa marche vers un progrès constant, de plus en plus considérable, dans le respect des droits de tout le monde, mais dans la ferme décision de sauvegarder les siens et de résister à tous les assauts, peu importe la couleur de ceux qui les font.

C'est à Bersimis, le 1er juin 1959. Le biographe pourra plus tard trouver à ce discours, aux aspects de profession de foi, une résonance pathétique de testament. Pour l'heure, journalistes et hommes politiques pensent que Duplessis a lancé, dans son « coup de clairon », le double thème de la prochaine campagne électorale. Jean Lesage vient à Baie-Comeau la semaine suivante, Il reproche au premier ministre de s'élever contre une menace inexistante à l'enseignement confessionnel : « M. Duplessis et sa clique ont décidé qu'il fallait frapper un grand coup pour faire croire au peuple de Québec qu'il existait un complot visant à l'abolition de l'enseignement de la religion dans les écoles de la province de Québec ... » Jean Drapeau tient une assemblée à Saint-Georges de Beauce. Il s'en prend au « régime Duplessis », chargé de toutes les tares et de tous les péchés : « Mensonge, hypocrisie, concussion ... » Il préconise la nationalisation « de tout ce qui prend un aspect d'important service public » et l'intervention de l'État « dans plusieurs secteurs de l'économie ».



-Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps, tome II. Editions Fides. Montréal. 1973. p.693-695



[NDLR] : Pour compléter cet article, voici un extrait de son discours à Sainte-Anne-de-la-Pocatière en 1959. Visiblement, Maurice Duplessis avait assez de raisons pour croire que certains conspiraient pour abattre le système d'éducation confessionnel, qu'il en a fait allusion dans au moins 2 de ses derniers discours. 60 ans plus tard, les faits lui donnent raison.


lundi 18 novembre 2019

Qu'est-ce que le libéralisme?

Dans l'étude quelconque d'un objet, après la question de son existence, an sit ? les anciens scolastiques posaient celle de sa nature, quid sit ? C'est cette dernière qui va nous occuper dans le présent chapitre.

Qu'est-ce que le libéralisme ? 

Dans l'ordre des idées, c'est un ensemble d'idées fausses, et, dans l'ordre des faits, c'est un ensemble de faits criminels, conséquences pratiques de ces idées.

Dans l'ordre des idées, le libéralisme est l'ensemble de ce que l'on appelle principes libéraux, avec les conséquences qui en découlent logiquement. Les principes libéraux sont : la souveraineté absolue de l'individu, dans une entière indépendance de Dieu et de Son autorité ; la souveraineté absolue de la société, dans une entière indépendance de ce qui ne procède pas d'elle-même ; la souveraineté nationale, c'est-à-dire le droit reconnu au peuple de faire des lois et de se gouverner, dans l'indépendance absolue de tout autre critérium que celui de sa propre volonté exprimée d'abord par le suffrage et ensuite par la majorité parlementaire ; la liberté de penser sans aucun frein, ni en politique, ni en morale, ni en religion ; la liberté de la presse, absolue ou insuffisamment limitée, et la liberté d'association tout aussi étendue.

Tels sont les principes libéraux dans leur radicalisme le plus cru.
Leur fond commun est le rationalisme individuel, le rationalisme politique et le rationalisme social, d'où découlent et dérivent : la liberté des cultes, plus ou moins restreinte ; la suprématie de l'Etat dans ses rapports avec l'Église ; l'enseignement laïque ou indépendant, n'ayant aucun lien avec la religion ; le mariage légitimé et sanctionné par l'intervention unique de l'Etat. Son dernier mot, celui qui en est le résumé et la synthèse, c'est la sécularisation, c'est-à-dire la non- intervention de la religion dans les actes de la vie publique, quels qu'ils soient, véritable athéisme social qui est la dernière conséquence du libéralisme.

Dans l'ordre des faits le libéralisme est la réunion d'œuvres inspirées et réglées par ces principes ; telles que les lois de désamortisation, l'expulsion des ordres religieux, les attentats de toute nature officiels et extra-officiels contre la liberté de l'Eglise ; la corruption et l'erreur publiquement autorisées, soit à la tribune, soit dans la presse, soit dans les divertissements et dans les mœurs ; la guerre systématique au catholicisme et à tout ce qui est taxé de cléricalisme, de théocratie, d'ultramontanisme, etc.

Il est impossible d'énumérer et de classer les faits qui constituent l'action pratique libérale, car il faudrait y comprendre depuis les actes du ministre et du diplomate qui intriguent et légifèrent, jusqu'à ceux du démagogue, qui pérore dans un club ou assassine dans la rue ; depuis le traité international ou la guerre inique qui dépouille le pape de sa royauté temporelle, jusqu'à la main cupide qui vole la dot de la religieuse ou s'empare de la lampe du sanctuaire ; depuis le livre soi-disant très profond et très érudit du prétendu savant imposé à l'enseignement par l'Université, jusqu'à la vile caricature qui réjouit les polissons dans une taverne. Le libéralisme pratique est un monde complet : il a ses maximes, ses modes, ses arts, sa littérature, sa diplomatie, ses lois, ses machinations et ses guets-apens. C'est le monde de Lucifer, déguisé de nos jours sous le nom de Libéralisme, en opposition radicale et en guerre ouverte avec la société des enfants de Dieu qui est l'Église de Jésus-Christ.

Tel est le libéralisme au point de vue de la doctrine et de la pratique.


-Don Félix Sarda y Salvany, Le libéralisme est un péché. Editions de la nouvelle aurore. Paris. 1975. P. 5-7.

jeudi 2 mai 2019

Rousseau et son Contrat social

Le problème posé est celui-ci : puisque l'état social, tout en étant au fond antinaturel, est devenu inévitable, comment rationaliser en quelque sorte la société ? (comparer avec l'Emile: substituer une bonne éducation à la mauvaise).

Le texte du Contrat provient de laborieux remaniements et d'une présentation de type rationaliste et déductif, quasi-spinoziste par endroit. La clarté n'en est pas pour cela parfaite ( cf. Rousseau : « Ceux qui se vantent d'entendre le Contrat tout entier sont plus habiles que moi » ( 1). Il est dominé par le thème ou l'idée, de la Volonté générale, qui provient en partie de vues empruntées à Diderot (sans parler de sources plus anciennes, d'Althusius à Jurieu, voir leçons précédentes sur les juristes et sur Bossuet). Elle est toujours droite, et ne se trompe jamais quoiqu'on puisse la tromper (échappatoire commode pour éluder les faits gênants). Elle s'oppose aux « volontés particulières », et par là Rousseau ne veut pas tellement désigner les désirs des individus que l'intervention des « corps naturels » ou « intermédiaires » de l'Ancien Régime (provinces, corporations, Eglises, etc.). Les citoyens donnent le pouvoir à la collectivité. Celle-ci, en bloc, se choisit un gouvernement. Le livre I critique Hobbes et Grotius, essentiellement à propos de l'esclavage, et là, on peut dire que Rousseau frappe souvent juste. Mais c'est aux livres II et suivants que sa philosophie politique propre s'étale vraiment, dirons-nous, en tout ce qu'elle a de mystifiant...

Le souverain et les sujets sont le même corps de citoyens, considéré sous deux aspects : comme législateur (en tant qu'ensemble) et comme sujet (chacun isolément). Pas de parlementarisme, régime corrompu et corrupteur (on pourrait tirer de Rousseau un florilège de textes antiparlementaires...) mais consultation populaire directe (référendum), d'où hostilité aux trop grands Etats, où Rousseau croit la chose irréalisable.

Rousseau déteste la monarchie, et, en le lisant, on a l'impression d'une gageure, car il utilise contre elle des arguments qui sont comme le négatif de ceux qu' emploient, pour la justifier, les auteurs monarchistes. La monarchie est un régime instable et manquant de continuité, au contraire des régimes républicains (? !). Que pour Rousseau, la « multitude », comme disent les auteurs classiques, soit source de la souveraineté, c'est bien certain. Mais est-elle aussi le critère de la distinction du bien et du mal ? Certains auteurs - en général favorables à Rousseau - disent que non, qu'il met au-dessus du consentement populaire des valeurs immuables et absolues. D'autres, tel Maritain, dans Trois réformateurs (Plon, éditeur, ouvrage que nous ne saurions assez recommander), pensent le contraire.

Comme nous l'avons dit précédemment (leçon XII), Rousseau rejette la séparation des pouvoirs. La souveraineté est unitaire.

En matière de religion, il faudra enlever à l'individu tout ce qui pourrait le dresser contre l'Etat (comparer avec Platon, leçon II). Rousseau est fortement hostile au catholicisme, non seulement pour des raisons philosophiques mais pour ce motif politique : le catholique n'est jamais un citoyen « à cent pour cent ». Il n'est pas non plus protestant, malgré ses sympathies pour les implications révolutionnaires de la Réforme (voir leçon sur celle-ci). Il tolère un vague christianisme « moraliste », rhétorique, humanitaire, sans dogmes précis, mais, pour son compte, il est déiste : il faut croire en Dieu, en son action sur le monde, à la vie future, à la sainteté de la loi civile. Mais Rousseau tient tellement à ce Credo minimum (et ici, comme sur beaucoup d'autres points essentiels, Robespierre sera son très fidèle interprète), que l'athée sera, s'il persévère, emprisonné, voire totalement éliminé (Contrat, 1. IV, ch. VIII).

DISCUSSION :

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778).
La pensée de Rousseau, nous paraît, disons-le, sophistique et extrêmement nocive.

1 ° Si l'on met l'accent sur le consentement libre de l'individu, on dira que chacun doit pouvoir, en Discours, avec tous les inconvénients que comportent l'individualisme libéral et l'anarchisme pur (voir leçon sur Maurras et article « Rousseau » de celui-ci dans son Dictionnaire politique et critique). C'est une conception essentiellement négative, et destructrice des valeurs sociales. bonne logique, rompre le pacte social à tout instant. On arrive alors à une interprétation anarchiste, qui rejoint la doctrine des

2° Si l'on met l'accent sur la volonté générale prise en bloc, sorte d'abstraction réalisée, on arrive à des conclusions étonnantes, et, selon nous, inacceptables encore :

A. La volonté générale devrait, en principe, être celle de l'unanimité du corps social. Mais ceci est irréalisable en fait, et Rousseau le sait fort bien. Dès lors, c'est la majorité numérique qui sera censée représenter la volonté générale. On rencontre alors deux difficultés :

a) qu'est-ce qui nous garantit (à part une « foi » démocratique qui soulève les montagnes...) qu'elle incarne plus réellement le bon sens et le jugement droit que la minorité, surtout quand on ne professe pas un radical optimisme sur la lucidité et la bonté de l'homme.

b) que devra faire la minorité ? Rousseau n'hésite pas : non seulement elle devra s'incliner devant le verdict de la majorité, au for externe, mais elle devra, au for interne, se ranger à cet avis, l'accepter comme fictivement et absolument bon. Elle devra, pourrions-nous dire, faire son autocritique et, si l'on vote à nouveau, voter comme la majorité l'a indiqué. Et si quelqu'un regimbe? Alors, c'est Rousseau qui nous le dit, le récalcitrant sera « forcé d'être libre »...

RÉSULTAT : ON AURA UN TOTALITARISME POLITIQUE.

Rousseau engendre logiquement Saint-Just et Robespierre, lorsque celui-ci déclare : « le gouvernement de la République, c'est le despotisme de la liberté (sic) contre celui de la tyrannie ». On peut donc dire que Rousseau est une des sources indiscutables des pouvoirs totalitaires modernes, de Napoléon aux dictateurs de nos jours. Et, en particulier, par l'intermédiaire de Fichte son idée du« peuple» et de ... celui qui l'incarne a contribué à la naissance et au développement du pangermanisme (constatation fort utile à faire, mais qui gênera sans doute certains admirateurs inconditionnels des « grands ancêtres » et des « immortels principes» ...).

B. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Les théoriciens et les hommes politiques de la démocratie craignent vivement que même la majorité des suffrages ne leur soit pas toujours acquise. Et, de fait, ils ont bien raison (que l'on songe à la proportion - arithmétique- ment ridicule - de Français qui étaient réellement partisans de la Convention et qui votèrent en ce sens ! ...) Aussi les sectateurs de Rousseau, sur le plan juridique, en arrivent-ils à des aveux dépouillés d'artifice.

« On conçoit, après cela, l'attrait de la doctrine léniniste : 
aux chefs socialistes il ouvre la perspective d'un pouvoir indéfini, 
sans limites et sans contrôle, tandis qu'il fait briller aux yeux 
des classes ouvrières le mirage de la terre promise. »
Un des grands républicains du siècle dernier, Arthur Ranc, tourné vers la droite de l'assemblée s'écriait assez ingénument : « Si vous êtes une infime minorité, nous vous mépriserons (2) ; si vous êtes une forte minorité, nous vous invaliderons ; si vous êtes la majorité, nous prendrons le fusil et nous descendrons dans la rue (3) ». Plus doctoral, un éminent juriste de la célèbre « Ligue des Droits de l'Homme » écrit : « La volonté de la majorité n'est pas une catégorie absolue ... dans un grand nombre de cas, les" délibérations du peuple" n'ont pas de valeur pour la conscience juridique de la démocratie... Le fait majoritaire n'est pas un facteur décisif pour l'éthique démocratique. A l'inverse, le défaut de majorité arithmétique n'enlève pas son caractère démocratique à la France de la Convention ... La Convention nationale représente-t-elle la majorité des électeurs français en 1792? Non, bien sûr ... les Citoyens "pensants et agissants" n'étaient qu'une infime minorité. Lorsqu'un pays vote librement (le mot est souligné par l'auteur de l'article) contre la liberté, ce choix, sur le plan moral et institutionnel, est illégal (Mirkine-Guetzévitch, Revue philosophique, juillet-septembre 1952, pp. 448-449). Tout commentaire nous parait superflu ...

Concluons donc: c'est pour s'être politiquement inspirée de Rousseau que la France oscille depuis la Révolution, entre l'anarchie et le despotisme césarien.

Sur le plan religieux, l'idéologie de Rousseau et son héritier le jacobinisme, sont aussi profondément opposés au christianisme que le matérialisme marxiste (4). Contre la cécité de certains chrétiens qui ne se contentent pas de défendre la démocratie (ce qui sur le plan institutionnel est leur droit) mais qui nous ressassent malgré toutes les encycliques, « l'origine évangélique de la Révolution française », il faudrait faire un tableau synoptique détaillant la signification chrétienne des mots « liberté, égalité, fraternité» et le sens qu'ils ont pour la pensée révolutionnaire des XVIIIe et XIXe siècles, on s'apercevrait très vite du contraste. La chose est d'ailleurs soulignée avec une parfaite lucidité par des incroyants comme Albert Camus (on lira surtout le texte intitulé « Les Régicides » dans L'homme révolté, pp. 143-168) et comme André Malraux, qui a plus d'une fois soutenu que, si la révolution ne peut effectivement se concevoir sans le christianisme, c'est en tant qu'elle en est précisément le contre-pied, et comme le négatif métaphysique.



-Louis Jugnet, Doctrines philosophiques et système politique. Editions de Chiré. 2013. Chiré-en-Montreuil. P. 79-84.


(1) Rousseau a, de temps en temps du moins, de ces aveux d'une charmante naïveté. Comme un hobereau lui présente son fils « élevé selon les principes de l'Emile », Jean-Jacques s'écrie : « tant pis pour vous, Monsieur, et tant pis pour votre fils ! » ...

(2) On notera ce mépris de la personne et des idées de l'adversaire, dès qu'il ne représente pas une masse au sens mécanique...

(3) Effectivement, aucune de nos républiques n'est sortie d'un pacte pacifique, mais toujours de l'émeute et de l'insurrection armée...

( 4) Il serait intéressant (nous l'avons fait ailleurs) de comparer en détail jacobinisme et marxisme : la grande différence entre les deux, c'est que le jacobinisme issu de Rousseau est un rationalisme abstrait, statique, formel, à la différence de la dialectique évolutive et matérialisme du marxisme. Mais - outre l'utilisation méthodique de la violence pour éliminer toute opposition- les ressemblances sont profondes, qu'il s'agisse de l'opposition farouche, irréductible, au catholicisme, dans un cas comme dans l'autre (rejet du sacré, de la transcendance, etc, ...) et même du collectivisme. Car enfin, Rousseau estime que c'est l'Etat qui est juge de ce que nous pouvons posséder, et la Révolution française connut une forte poussée collectiviste (voir Gaxotte, La Révolution française, ch. XII).

mercredi 27 mars 2019

Les idéologues aux commandes

L'évolutionnisme teilhardien s'infiltre avec la plus grande facilité dans la mentalité de tout homme qui appartient, quel que soit son niveau social, à la société de masses. Un tel homme est incapable de contrôler les affirmations catégoriques, orchestrées par une publicité adéquate, de l'évolutionnisme « mystique » et mystificateur. Il est établi dans une sorte de monde imaginaire, fait de lectures hâtivement amalgamées d'ouvrages de seconde ou de troisième main, de « digests », de journaux, d'auditions de radio ou de visions de télé, où n'entre jamais la moindre dose d'expérience personnelle. Un tel homme est d'une invraisemblable crédulité : sa faculté de croire est proprement sans limites. Plus une allégation est sujette à caution, plus elle a de chances d'être reçue par lui avec faveur, pourvu qu'elle s'enveloppe d'un langage « scientifique » : l'autorité de « la science » en garantit alors la « réalité». L'univers de fictions dans lequel cet homme se complaît se trouve ainsi renforcé. Il s'y enferme dans une citadelle qu'aucune argumentation ne peut emporter.

L'homme moderne se nourrit de mots dont il est incapable de vérifier la correspondance aux réalités qu'ils signifient. « Évolution » en est un, et des plus efficaces. Son influence est en raison directe de son caractère verbal, de sa vacuité substantielle. Il correspond aux besoins de changement, à l'état d'insatisfaction continue du Moi à l'endroit de lui-même. Le propre de l'idole est en effet d'être décevante. Le Moi séduit, mais leurre sans cesse le Moi. Le Moi se laisse ainsi emporter dans un mouvement sans arrêt, dans une aspiration infinie vers son image toujours changeante. L'évolution en est la justification euphorisante qui soustrait le Moi à son malaise foncier, à l'angoisse qu'il éprouve devant son vide intérieur. Elle bourre d'optimisme son inquiétude. L'évolution est le « tranquillisant » spirituel par excellence qui attise les revendications du Moi sans que jamais la note à payer ne lui soit présentée. Elle les « absolutise » en les insérant dans la ligne de son progrès « inéluctable ». Toutes les requêtes du Moi doivent être exaucées. C'est une loi universelle. Et quiconque s'y oppose est un « sale réactionnaire » qui sera balayé par l’Histoire.

On voit de quelle force prodigieuse de mystification est douée l'évolution. Elle pourvoit les faibles, les médiocres, les incapables, d'une volonté de puissance indéfinie. On ne remarquera jamais assez que, dès qu'on croit à l'évolution, on se situe immédiatement à la tête de son cours. Il est impossible alors d'être dépassé, d'être laissé en arrière, d'être entraîné. On précède, on guide, on mène. L'évolution transforme ainsi les ratés et les mécontents d'eux-mêmes en meneurs. L'humanité est entre leurs mains telle que leur imagination se la représente: une masse fluide où ils impriment leur propre image toujours transformée. Car pour garder sa place au sommet de l'évolution, il importe de changer sans cesse ou, ce qui revient au même, d'être insaisissable, évanescent, sybillin, de parler pour ne rien dire, le propre de la parole qui ne signifie rien et qu'on se dispose à trahir aussitôt étant de voler, de couler, de fluer comme l'évolution elle-même. Le bavardage, la verbosité, le verbiage sont toujours les caractères dominant des fanatiques de l'évolution. Lorsqu'un homme s'abuse sur ses dispositions et en vient à occuper dans la hiérarchie de l'être la place que ses aptitudes, ses dons, son être même ne lui destinent pas, on peut être sûr qu'il deviendra tôt ou tard un adepte de l'évolution généralisée. Pour sortir de son intolérable erreur, il lui faut être guide, chef, apôtre. À cet égard, la plupart des prêtres qui ont manqué leur vocation et qui substituent le dieu de leur imagination au Dieu de l'Évangile sont guettés par le teilhardisme : ils y succombent presque tous. L'évolution leur communique une bonne conscience du pouvoir dont ils disposent sur les âmes. Ils s'appliquent à les pétrir, à les façonner, à les adapter à l'évolution qui est aussi leur volonté de puissance, leur prurit de domination, l'expression totalitaire de leur Moi, l'épanchement triomphal de leur subjectivité. Tous sont atteints d' « apostolite » aiguë. Ils sacrifient tous allègrement la vérité à l'efficacité, c'est-à-dire à eux-mêmes.

L'évolutionnisme est la religion de Narcisse en extase devant son image reflétée dans le devenir universel. Il sonne le glas de l'intelligence. Et si le teilhardisme ne semble plus guère occuper une place majeure dans l'Église de la fin du XXe siècle, c'est qu'il l'a totalement envahie et fait corps avec elle.



-Marcel de Corte, L'intelligence en péril de mort. Editions de l'Homme Nouveau. 2017. Paris. P. 145-147.

vendredi 22 mars 2019

La morale communiste dans le monde moderne

Les cinq étapes de l’histoire. L’homme est un fruit de l’évolution qui a parcouru, selon le
communisme, cinq étapes principales :
La première, très longue et très lente, a vu émerger l’humanité à partir d’un troupeau de singes, où l’instinct a évolué vers l’usage d’instruments distincts de nos membres. C’était l’âge d’une société sans classe, et donc, communiste, mais rudimentaire.

Les trois étapes suivantes se caractérisent par la lutte des classes qui ont dû se constituer pour accélérer le mouvement vers la perfection. Dans l’antiquité, c’est l’âge de l’esclavage, où les riches possèdent tout, même leurs serviteurs. — Au Moyen Âge, c’est le temps de la féodalité où les riches possèdent le sol auquel restent attachés les serfs. — Depuis la Révolution, c’est l’âge du capitalisme où les riches possèdent les moyens de production et vivent aux dépens de l’ouvrier. Le progrès de l’histoire amènera enfin la cinquième étape, celle du communisme où l’on retrouve la société primitive, sans classe, mais arrivée désormais à sa perfection pour le plus grand bonheur de l’humanité.

La véritable valeur de l’homme en cette dernière étape est d’être un travailleur, un « producteur » digne de faire partie de la classe ouvrière désormais régnante. Au terme de l’évolution, l’individu, pour le communisme, sera pleinement absorbé par sa classe ; éduqué par elle dès sa plus tendre enfance, il trouvera son bonheur à la servir sans plus aucun désir ni de solitude, ni d’activité personnelle. À ce point de vue, la femme sera l’égale de l’homme : l’organisation sociale cherchera à la décharger le plus possible du fardeau de la maternité, pour qu’elle puisse réaliser son rôle essentiel d’ouvrière.

Tout dans cette culture nouvelle entraîne la destruction de la famille. L’institution du mariage monogame et indissoluble est considérée comme le fruit du système économique capitaliste : elle est née, dit Engels, « de la concentration de grandes richesses dans les mêmes mains, celles d’un homme, et du désir de transmettre des richesses par héritage aux enfants de cet homme à l’exclusion de tout autre… Les moyens de production une fois passés à la propriété commune, la famille individuelle cesse d’être l’unité économique de la société. La garde et l’éducation des enfants devient une affaire publique : la société prend un soin égal de tous les enfants, qu’ils soient légitimes ou naturels ». Le communisme ne voit dans l’union de l’homme et de la femme que la poussée inférieure de l’« instinct sexuel », comme chez les animaux ; il est moral, dit-il, de satisfaire à ce besoin, aussi bien qu’à celui de boire et de manger. Le mariage devient un simple contrat individuel que l’on peut légitimement briser « dès que surgit l’antipathie ou l’indifférence » ou qu’un attrait plus puissant s’impose : c’est l’union libre. L’inconvénient du système est d’occasionner la dénatalité ; car les enfants nombreux restent la grande richesse sociale, en renouvelant l’armée des travailleurs. La société résoudra le problème en organisant des maternités, des crèches où mères et nouveau-nés jouiront des soins réservés actuellement aux riches ; puis, des jardins d’enfants où seront recueillis les futurs citoyens pour apprendre leur vie sociale ; ils passeront de là dans les usines ou les fermes socialisées où le travail fera leur bonheur, à moins que leurs dispositions ne les dirigent vers les hautes études où ils serviront leur classe par le labeur de l’esprit.

Cet idéal est sans doute radicalement opposé aux plus profondes aspirations du cœur humain ; mais au point de vue des communistes pour qui « il n’y a rien de définitif, d’absolu, de sacré », mais un déploiement ininterrompu de phénomènes, la situation présente doit nécessairement évoluer vers un état social qui rendra naturelle et spontanée cette vie grégaire où l’individu sera tout entier pour la société.

La vie morale : Égoïsme de classe. « Toute l’éducation, dit Lénine, tout l’enseignement et toute la formation de la jeunesse contemporaine se résument dans l’apprentissage de la morale communiste » et celle-ci « est entièrement subordonnée à l’intérêt du prolétariat et aux exigences de la lutte des classes ». On peut considérer cette morale, au terme de l’évolution ou dans l’état présent.

Au terme de l’évolution, la société deviendra « une collectivité sans autre hiérarchie que celle des systèmes économiques », ayant pour unique mission la production dés biens par le travail collectif et pour unique fin la jouissance de ces biens terrestres dans une vie où « chacun donnera selon ses forces et recevra selon ses besoins » ; elle formera comme une pyramide de soviets : les diverses professions, à la base, auront leurs soviets ou conseils particuliers chargés de pourvoir à leur intérêt propre ; ceux-ci enverront des délégués aux soviets supérieurs, régionaux ou nationaux jusqu’au Conseil suprême, chargé d’établir le plan général de production le plus favorable au bien commun. L’État deviendra ainsi une vaste coopérative de production et les formes actuelles de gouvernement seront abandonnées comme inutiles.

Alors, la classe ouvrière ayant absorbé toute l’humanité, disparaîtront toutes les causes d’antagonisme et de guerre fournies par les différences de patries ou de conditions sociales : ce sera la paix définitive, où chacun trouvera sa joie à se dévouer pour tous ses frères ouvriers, donnant volontiers ce qu’il peut, l’ingénieur son travail d’esprit et de direction, le manœuvre sa force musculaire, sûr de voir ses besoins satisfaits, dans la vieillesse et la maladie comme dans la santé et le travail. Les chefs assureront l’exercice de la pleine justice égalitaire et les sujets en jouiront dans l’exercice de l’entraide et de la charité universelle. Ainsi reparaît l’idéal de l’« altruisme mondial » régnant sur les ruines de tous les égoïsmes, vraie vision apocalyptique du « paradis sur terre ».
Mais le temps actuel est encore loin de cet idéal. La moralité d’inspiration religieuse et le code des lois en vigueur dans les États capitalistes sont évidemment caduques, comme l’institution de la famille ; la loi du progrès en amènera fatalement la ruine. Mais les communistes estiment qu’ils ont un rôle à jouer dans cette évolution : « Insistant, dit Pie XI, sur l’aspect dialectique de leur matérialisme, ils prétendent que le conflit qui porte le monde vers la synthèse finale peut être précipité grâce aux efforts humains. C’est pourquoi, ils s’efforcent de rendre plus aigus les antagonismes qui surgissent entre les diverses classes de la société. La lutte des classes avec ses haines et ses destructions prend l’allure d’une croisade pour le progrès de l’humanité ». À leur point de vue, c’est un acte de dévouement à la classe ouvrière que de fomenter des grèves, des révolutions, des guerres ; s’ils s’allient à d’autres groupements pour obtenir des réformes, ce n’est point pour stabiliser la situation, mais pour « commencer » le bouleversement total. Tant que la transformation des paysans et des petits bourgeois ne sera pas obtenue, la lutte devra continuer. Staline a dressé dans ce but un plan de guerre avec une tactique savante et méthodique. Le but immédiat à obtenir est le renversement de l’État capitaliste pour instaurer la « dictature du prolétariat », comme en Russie soviétique. Dans cette situation de transition, le rôle principal est joué par le Parti, minorité de communistes convaincus qui poursuivent l’éducation des masses en extirpant progressivement les restes d’esprit bourgeois et capitaliste.

La vie religieuse : Athéisme militant. Un des obstacles les plus essentiels à extirper, aux yeux du communisme, est la religion et la croyance en Dieu. « La religion est l’opium du peuple » : cette sentence de Marx, dit Lénine « constitue la pierre angulaire de toute conception marxiste en matière de religion ». Celle-ci « est un aspect de l’oppression spirituelle qui pèse toujours et partout sur les masses populaires accablées par le travail perpétuel au profit d’autrui, par la misère et la solitude. La foi en une vie meilleure dans l’au-delà naît tout aussi inévitablement de l’impuissance des classes exploitées en lutte contre les exploiteurs que la croyance aux divinités, aux miracles, aux diables… naît de l’impuissance du sauvage en lutte contre la nature ». Tandis qu’elle berce « de l’espoir d’une récompense céleste celui qui peine » dans la pauvreté, elle permet au riche de jouir en paix de ses rapines à condition de faire quelques actes de charité facile.

Cette conception religieuse comporte, comme la morale, le double aspect de l’achèvement et de la préparation. Dans la société pleinement évoluée, l’idée de Dieu sera absente, et le « confort » obtenu comme fin dernière éteindra toute velléité de culte ou de religion. Mais dans l’état de transition, l’un des plus rigoureux devoir du communiste « pur », membre du Parti, est d’être athée militant : les efforts de tout genre, soit pour détruire les restes de croyance en Dieu dans les masses prolétaires, soit pour empêcher leur éclosion dans l’éducation de la jeunesse sont un des meilleurs services à rendre à la classe ouvrière.



-P. François-Joseph Thonnard, A.A. Précis d'histoire de la philosophie. Desclée de Brouwer. 1966. Pp. 773-992.

lundi 11 mars 2019

L'intelligence en péril de mort

Si l'on appelle idéalisme un système de pensée qui proclame la primauté de l'intelligence sur la réalité, le monde où nous sommes aujourd'hui est un monde idéaliste, bâti par les intellectuels à grands renforts d'abstractions, et qui se superpose au monde de l'expérience continuellement remis en question.

Notre monde du XXe siècle est si peu matérialiste qu'il est, d'un bout à l'autre, jusqu'en ses turpitudes et son érotisme, une construction de l'esprit. Le marxisme lui-même, en dépit de ses prétentions et de ses fanfaronnades, n'a rien de matérialiste. Il est une idée projetée dans la société pour la détruire, en malaxer la poussière, la fondre en une pâte molle et obéissante, et lui imposer une forme longtemps mûrie dans un esprit séquestré en lui-même, loin de la réalité. Il est mensonge jusque dans les noms dont il s'affuble : « matérialisme dialectique » ou « matérialisme scientifique ». Son idéalisme éclate dans sa haine de toute réalité divine et humaine, dans son prurit d'asservir la nature à sa volonté de puissance, dans le gaspillage inouï des ressources matérielles auquel il se livre pour maintenir son orthodoxie idéologique dans les pays où il s'installe. Le monde où nous sommes, dans les démocraties nommées libres, n'est pas davantage matérialiste : il a subi jusqu'au tréfonds les transformations qu'y a introduites l'esprit de l'homme moderne. La matière n'y apparaît plus jamais en sa réalité propre. Elle y est toujours métamorphosée par l'artifice humain.

« L'illustre prélat », dont Maurras raconte la conversation avec l'un de ses disciples, le dit bien:
- « Jeune homme, vous croyez que le matérialisme est la grande erreur du moment. Erreur! C'est l'idéalisme.
- Pourquoi?
- C'est lui qui ment le plus. On a raison de regarder de haut les matérialistes. Car ce sont des pourceaux. Mais on les voit tels. On ne voit pas toujours ce que sont les idéalistes sociaux ou politiques : des gaillards qui montrent leur cœur, qu'ils ont vaste, et qui se donnent de grands coups de poing sur la poitrine, qu'ils ont sonore, afin de mettre le monde à feu, en vue de le rendre meilleur. »

Avec ses faux airs sublimes, son pharisaïsme, sa béate élévation de pensée et de cœur, sa tartuferie dont la profondeur est telle qu'elle s'ignore elle-même, l'idéalisme dont meurt l'intelligence moderne est sans doute le plus grand péché de l'esprit.

Sa gravité est d'autant plus nocive qu'elle est contagieuse. On n'a pas assez remarqué que l'idéalisme - et ses suites - s'apprend, tandis que le réalisme - et sa réceptivité active à toutes les voix du réel- ne s'apprend pas. L'idéalisme s'apprend parce qu'il est un mécanisme d'idées fabriquées par l'esprit et qu'il est toujours possible d'enseigner un tel art manufacturier, un recueil de procédés et de recettes. L'idéalisme est une technique qui vise à emprisonner la réalité dans des formes préconçues, et le propre de toute technique est d'être communicable. Les idées, les représentations, les connaissances se transmettent aisément d'esprit en esprit dès que leur texture et leur plan sont mis à nu. Mais l'acte même de connaître, la synthèse de l'intelligence et du réel ne passe pas d'un individu à un autre parce qu'il est un acte vécu : chacun doit l'accomplir pour son propre compte, chacun doit éprouver personnellement la présence de la réalité et de son contenu intelligible, chacun doit concevoir par soi-même.

L'intelligence n'a pas licence de s'abriter derrière le mythe de la Raison universelle que suggère, provoque et intronise la facilité avec laquelle les idées se déversent d'une raison dans une autre, et que l'idéalisme a introduit dans toutes les sphères de l'enseignement. C'est la convergence des actes personnels de connaître et des conceptions vécues vers la même réalité connue,qui soutient la communication entre les hommes. Les uns vont plus profondément et plus loin que les autres, mais tous s'avancent dans la même direction. C'est le réel qui rassemble la diversité des intelligences et non pas un système commun de connaissances techniquement élaborées. En d'autres termes, c'est la finalité des intelligences tendues vers la même réalité à connaître, qui est source d'entente, et non pas l'identité des mécanismes intellectuels ou des méthodes, ni les débordements du « dialogue ». Tous les chemins mènent à Rome. Il n'y a pas de chemin unique, il n'y a pas de pensée ou de conscience collectives, il y a des intelligences - au pluriel ! - qu'entraîne, par leurs voies propres, l'intelligence la plus vigoureuse vers leur but commun.

C'est pourquoi - il faut le répéter sans lassitude - il n'y a pas de tradition spirituelle, intellectuelle et morale de l'humanité sans les saints, les génies, les héros, sans leur exemple, sans leur magnétisme qui suscitent de génération en génération un élan similaire vers le Vrai, le Beau, le Bien, vers la réalité à connaître, à faire briller dans une oeuvre, à aimer. Leur intelligence a obéi, avec une parfaite rectitude, à la loi qui la régit et qui l'astreint à se soumettre à l'ordre - dans le double sens du mot - de la réalité et du Principe de la réalité. Elle a respecté, sans jamais le trahir, le pacte originel qui l'unit à l'univers et à sa Cause. Aussi trace-t-elle à sa suite un long sillage de lumière qui oriente les tâtonnants efforts de tous ceux qui, à leur tour, à leur niveau, selon les capacités qui leur sont départies, obtempèrent à la loi ordonnant à l'intelligence de se conformer au réel.

Si la connaissance résulte de la fécondation de l'intelligence par le réel, c'est parce que l'être même de l'homme, dont l'intelligence est la marque spécifique, est en relation constitutive et, pour ainsi dire, en connivence préalable avec l'être de toute réalité. L'intelligence ne pourrait jamais s'ouvrir à la présence des êtres et des choses si l'être humain qui en est le siège était séparé de la totalité de l'être. Notre être est fondamentalement en relation avec l'être universel et la connaissance n'est en quelque sorte que la découverte de ce rapport. L'intelligence peut devenir toutes choses, selon le mot prodigieux d'Aristote, parce que l'être de l'homme, dès qu'il apparaît à l'existence, est articulé à l'être total, y compris son Principe. Dans toutes ses opérations, l'intelligence atteint l'être, son objet adéquat, parce que l'univers tout entier et sa source transcendante sont co-présents à l'être humain. Il est essentiel à l'être de l'homme, comme à tout être, sauf à Celui qui se suffit à Lui-même, d'être avec tous les autres. L'intelligence s'exerce sur l'arrière-fond ou, plus précisément, sur l'axe de la co-présence de la réalité universelle. Sans cela, elle ne saisirait l'être que du dehors et jamais en lui-même, elle n'en atteindrait quel' apparence ou le phénomène et non l'essence, que c e qui apparaît et non ce qui est.


Mais ce rapport fondamental et antérieur à la connaissance est en quelque sorte scellé en nous : il est, mais il n'est pas connu pour la cause. La fonction capitale de l'intelligence est de le dévoiler, de s'y conformer, de le connaître et, par là-même, de situer adéquatement l'homme dans l'univers.C'est pourquoi la conception du cosmos, ou l'acte par lequel l'intelligence se soumet à l'ordre universel et le comprend, est d'une importance inestimable. Sans elle, la vie n'est plus « qu'une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur ». Un monde où ne règne pas une conception du monde adéquate à sa réalité est livré à tous les détraquements.

C'est notre situation actuelle. Nous errons dans un « monde cassé » ou, plus exactement, nous sommes éjectés du monde réel, nous voguons au hasard dans un monde d'apparences qui se fait et se défait sans cesse, parce que l'homme moderne a refusé la place qui lui est dévolue dans l'ensemble de la nature et que son intelligence n'a pas accepté de fonctionner selon sa nature propre d'intelligence : au lieu de se soumettre aux choses, elle a prétendu se soumettre l'univers. L'homme n'est plus alors un être-dans-le-monde, il est un être-hors-du-monde qui a perdu sa substance et ses caractères d'animal intelligent et qui cherche désespérément ce qu'il est, parce qu'il a choisi de n'être plus un être-avec-le-monde-et-avec-son-Principe. La conséquence suit, inéluctable: l'homme moderne est tout ce qu'on veut, sauf intelligent. Il est livré, sans rémission, à une intelligence formelle qui travaille de moins en moins sur le réel et de plus en plus sur des signes. Son intelligence se byzantinise à l'extrême et, pour dissimuler son désastre, se dissimule sous les prétendus impératifs d'une « raison » ou d'une « conscience universelle », rendez-vous de toutes les subjectivités affolées. L'homme n'est plus nulle part. Il est en pleine utopie. C'est pourquoi il n'est plus lui-même. Il n'est plus homme. Il se veut « homme nouveau » et il veut un « monde nouveau ».



-Marcel de Corte, L'intelligence en péril de mort. Editions de l'Homme Nouveau. 2017. Paris. P. 28-32.

mardi 11 décembre 2018

La centralisation fédérale soutenue par les réseaux gauchistes

Voici un extrait du cahier no. 3 de Robert Rumilly, Les socialistes dominent le réseau gauchiste (1959). Si Dieu veut, cet ouvrage sera réédité en 2019 aux Éditions de la Vérité.

-Tradition Québec


La Cour Suprême du Canada.
La démission sinon la trahison nationale des gauchistes se produit à un moment crucial. Car
l'offensive centralisatrice continue, régulière, méthodique, acharnée. C'est à la vie même du Canada français qu'on en veut.

La Cour Suprême joue un rôle important dans cette vaste manœuvre.

La Cour Suprême est une création fédérale, qui date de 1875. C'est le gouvernement libéral d'Alexander Mackenzie - le premier gouvernement libéral occupant le pouvoir à Ottawa depuis la Confédération - qui a réalisé cette première grande mesure centralisatrice. Il porta ainsi la première atteinte à l'autonomie des provinces.

La Cour Suprême est un tribunal fédéral, siégeant à Ottawa, à deux pas des ministères fédéraux, dans une atmosphère éminemment centralisatrice.

J'ai vécu à Ottawa pendant treize ans. Il y a peu, il y a très peu de fonctionnaires qui échappent à cette ambiance centralisatrice. Les hauts fonctionnaires sont les plus facilement emportés par le courant, pour cette raison que la centralisation fédérale augmente leur influence, leur pouvoir, le véritable contrôle qu'ils exercent sur toute la vie du pays. Le simple esprit de corps conduit les fonctionnaires fédéraux, consciemment ou inconsciemment, à désirer la puissance de leur administration, et partant la centralisation fédérale. La Cour Suprême, tribunal fédéral, siège à Ottawa, dans la serre chaude de la centralisation.

Est-il surprenant que la Cour Suprême semble - appliquer à démolir notre législation provinciale, à ébranler le prestige et la force de l'État québécois en abrogeant ses décisions ?

Les exemples abondent depuis quelques années. Ils se multiplient sur un rythme inquiétant. La Cour Suprême a cassé le règlement municipal exigeant l'observance des fêtes d'obligation par les magasins. La Cour Suprême, à la demande de l'avocat socialiste Jacques Perrault, président du Devoir, a brisé la Loi du Cadenas, gênante pour les seuls communistes. La Cour Suprême donne gain de cause au « Témoin de Jéhovah » Roncarelli contre le premier ministre et procureur général de la province. (Et l'abbé Gérard Dion l'approuve et s'en réjouit !) La Cour Suprême casse la décision de la Cour Supérieure qui déclarait la formule Rand - retenue obligatoire des cotisations syndicale - illégale dans notre province parce que contraire a l'esprit de notre Code civil.

La plupart de ces décisions de la Cour Suprême sont prises malgré la dissidence de ses membres canadiens-français. Tout se passe, répétons-le, comme si la Cour Suprême, puissant instrument d'assimilation, s'appliquait à démanteler l'État canadien-français de Québec.

Et nos gauchistes applaudissent. Ils poussent même la Cour Suprême à intervenir, ils la sollicitent d'intervenir. Nos gauchistes s'acharnent contre l'État provincial. comme s'ils voulaient briser les cadres dans lesquels et grâce auxquels les Canadiens français ont conservé leur originalité de peuple. Répétons, car c'est important, que Marcel Rioux, dans Cité Libre, reproche à « l'idéologie clérico-nationaliste » sa thèse favorite, qui est « de renforcer le gouvernement provincial du Québec ». Hier Jacques Perrault faisait abroger la loi du Cadenas. Aujourd'hui - fin avril 1959 - Antoine Geoffrion, l'avocat libéral de gauche qui a remis la Presse entre les mains de Jean-Louis Gagnon, demande l'abrogation de la loi québécoise donnant existence à la Cour des magistrats. L'oubli d'une formalité juridique oblige Antoine Geoffrion à renoncer, au dernier moment. Mais comment n'a-t-il pas honte de son geste !

Mgr Jean-François Hubert, évêque de Québec.
La manœuvre centralisatrice est presque aussi directe et tout aussi dangereuse, voire davantage, sur le terrain de l'éducation.

Le gouvernement libéral. ayant accaparé des sources de revenus qui devraient revenir aux provinces, a distribué des subventions aux universités et créé le Conseil canadien des Arts, pour s'occuper de matières réservées aux provinces par la constitution. Le gouvernement conservateur n'a supprimé aucun de ces empiétements. Il a même augmenté les subventions aux universités.

Le Conseil canadien des Arts, dans l'esprit des centralisateurs. n'est que le noyau, l'embryon d'une très grosse machine. Le Dr B. S. Keirstead, professeur à l'Université de Toronto, demande la création d'une université nationale à Ottawa.

Si l'on me permet de le rappeler, j'ai écrit il n'y a pas si longtemps dans L'infiltration gauchiste au Canada français :

« Nous revenons donc au fameux projet d'institution royale, qui apparaissait au fanatique Ryland, selon ses propres termes, comme « un moyen très puissant de modifier graduellement les sentiments politiques et religieux des Canadiens français ». Nous revenons même un peu plus en arrière, avec le projet d'université nationale, fort analogue au projet de l'évêque anglican Inglis, que Mgr Hubert fit échouer en 1789. Les centralisateurs et leurs instruments ou complices nous ont fait reculer de plus de cent cinquante ans.
« Si un grand sursaut ne secoue pas l'opinion canadienne-française, si nous continuons à glisser sur la double pente du gauchisme et de la centralisation, les étudiants d'aujourd'hui verront, avant la fin de leur carrière, l'instauration d'un ministère de l’Instruction publique à Ottawa. [NDLR : Rumilly visait juste, car ce ministère fut créé et se nomme le Ministère du patrimoine canadien] J'espère que les recteurs, professeurs et étudiants savent ce que cela impliquerait à plus ou moins longue échéance. »

Il y a deux ans que je faisais cette prédiction.

Or il circule aujourd'hui à Ottawa un projet de création d'un ministère de la Culture. Le Droit, bien placé pour savoir ce qui se passe à Ottawa, le signalait dès le 20 décembre dernier. Ce ministère engloberait Radio-Canada, le Conseil des Arts, le Musée National, l'imprimerie Nationale, le Conseil des Recherches et l'Office National du Film. Pour atténuer le coup, ou si vous voulez pour dorer la pilule, le premier titulaire de ce ministère serait un Canadien français. On mentionne Léon Baker ; on cite même Noël Dorion, ce qui est le comble de l'adresse puisque Noël Dorion passe à la fois pour l'un des plus brillants et des plus patriotes parmi nos députés fédéraux.

Le projet ne se réalisera peut-être pas tout de suite. Mais il est dans l'air. Il y a un peu plus de dix ans maintenant que j'en avertis les Canadiens français, mes compatriotes : le but ultime des centralisateurs est de s'emparer de l'éducation. Le jour où ils y réussiront, on pourra sonner le glas dans toutes les paroisses de Québec.

Les milieux atteints par le gauchisme cessent de combattre le mouvement centralisateur. Les gauchistes les plus effrontés le soutiennent. Mon confrère avait-il tort de déceler une trahison nationale ?



-Robert Rumilly, Les socialistes dominent le réseau gauchiste. Montréal. 1956. P. 149-153.

mercredi 28 novembre 2018

Nos ennemis (schématisation)

1 - D’abord l’ENNEMI bien affirmé par l’anti-catholicisme de sa politique ou de sa philosophie. Cet ennemi se personnifie en tous les hommes pour qui il n’y a aucune vérité ou, au contraire, pour qui toute « vérité » (donc aussi toute « erreur ») est à prendre en considération : francs-maçons, marxistes, progressistes, libéralistes, socialistes, etc.

Mais il y aura également dans cet ENNEMI tout l’éventail des hommes plus ou moins inconscients … plus ou moins ignorants … Leur responsabilité personnelle sera d’autant plus engagée que l’on aura fait l’effort, à titre personnel, pour les convaincre de leurs erreurs.


2- Les ignorants honnêtes

Il n’est pas paradoxal de dire que certains ignorants sont dangereux PARCE QU’ILS SONT HONNÊTES. En effet, cette honnêteté qui leur est reconnue par des gens aussi ignorants qu’eux en politique, devient une caution de valeur pour les idées révolutionnaires qu’ils soutiennent : ils se disent d’accord avec le socialisme parce qu’ils s’imaginent que cela recouvre un louable sens du social, ils sont « démocrates » par souci – croient-ils – de justice envers l’ensemble des hommes, ils sont d’accord avec le libéralisme parce que sous ce terme on leur a fait croire à une certaine « générosité », « largeur de vue », de la part des « partisans de la liberté ». Ils se sont donc laissé exploiter (en tant qu’ « idiots utiles » aurait dit Lénine) car :

« … le beau succès d’arriver à être d’accord sur l’emploi de certains mots aussi sonores que perfides lorsqu’on est séparé par un abîme quant au sens différent que ces mots représentent (pour les uns ou les autres)! »

- Dom Guéranger

Ces hommes sont vraisemblablement honnêtes en ce sens qu’ils ne s’aperçoivent pas du mal qu’ils font. On peut souhaiter qu’ils soient assez intelligents pour s’en rendre compte. Sinon il faudra bien les classer dans l’ENNEMI, et peut-être d’autant plus dangereux qu’ils risquent de prendre l’allure de fanatiques bornés s’ils poursuivent leur propagande pour toutes les idées pernicieuses et viciées transmises par les mots qu’ils emploient.

« Ce qu’il y a de plus redoutable après les révolutionnaires, ce sont les hommes qui emploient cette langue dont les mots sont autant de germes pour la Révolution »

- Blanc de Saint-Bonnet

L’honnêteté commande de ne pas employer certains mots en apparence inoffensifs mais qui trompent le prochain sur ce qu’ils recouvrent.


3 - Les malhonnêtes et les « churchilliens


Le colonel Chateau-Jobert (1912-2005).
C’est du simple réalisme que de s’attendre à ce qu’une partie des hommes reste du côté de la Révolution. Les uns continueront à se mettre des œillères pour voir uniquement ce qui leur fait plaisir ou ce qui ne contrarie pas la ligne politique qu’ils ont adoptée. Les autres ne voudront pas démordre de leur « démocratie ». Leur prise de position les faits alors entrer dans la catégorie des gens dont l’honnêteté peut-être mise en doute puisqu’ils vont continuer à tromper d’autres hommes en faveur de causes s’inspirant du Mal.

Ils deviennent des Révolutionnaires même s’ils ignorent ce qu’est la Révolution, même s’ils ne se classent pas parmi les révolutionnaires attitrés que sont les francs-maçons, les libéralistes, les socialistes ou les communistes, et même s’ils enrobent leur carence idéologique d’un voile de « nationalisme », par exemple, puisque c’est un terme apparemment rejeté par les théories révolutionnaires les plus courantes.

Ils auront beau tenter de se démarquer de la Révolution, étant donné qu’ils ne se rattachent pas à la Vérité ils finiront toujours par être démasqués du fait de leurs attaches révolutionnaires :

Ainsi quelques-uns se diront « légalistes » à l’égard du régime en cours, c'est-à-dire qu’ils admettent les « principes » qui font de la Constitution la pire ennemie des vrais droits des hommes; ils acceptent la République même quand ses lois sont criminelles; ils soutiennent l’imposture démocratiste qui assure la pérennité de la Révolution dans les institutions.

Certes, parfois ils joueront sur les mots en se disant démocrates « churchilliens », ce qui signifierait , selon une expression attribuée à Churchill, que « …la démocratie est le moins mauvais des systèmes, mais on n’en connait pas de meilleur. »

Que penser de la « formation » politique d’un homme qui ne connait pas l’existence d’un ordre social chrétien à opposer à une « système » qu’il reconnait comme mauvais? Un homme qui ne connait pas l’existence de la doctrine politico-sociale de l’Eglise, c’est-à-dire une doctrine que les siècles nous ont transmise en affinant les termes de son application tout en affirmant toujours la même intransigeance sur les inviolables principes?

De tels inconséquents drainent vers leurs doctrines fausses ou leurs théories insuffisantes une quantité de braves inconscients ou ignorants.

Même s’ils s’en défendent, ils travaillent pour la Révolution, et celle-ci saura les utiliser pleinement le moment voulu.


4 – Déserteur ou traitres?


On a déjà évoqué l’invective de PIE XII contre les « déserteurs et traitres » :

« Déserteur et traître, quiconque accorderait sa collaboration matérielle, ses services, ses talents, son aide, son vote politique à des partis et à des pouvoirs qui nient Dieu (…). » 
- Pie XII

Mais ceci ne s’adresse pas aux personnes qui ont toujours été éloignées de la Vérité, soit par ignorance, soit délibérément. Ces personnes appartiennent simplement, souvent sans le savoir, au camp opposé.

En regard des vérités fondamentales de notre civilisation chrétienne on n’est déserteur ou traître que si, après les avoir effectivement reconnues comme vérités fondamentales, on abandonne la défense de ces valeurs (désertion) ou l’on en vient même à aider l’ENNEMI (trahison).

Est déserteur le chrétien qui se dit « neutre »; est déserteur le catholique non-militant… Est-ce bien exact? Le terme « déserteur » est-il suffisant? Non car…
-… « en matière idéologique il n’y a pas de neutralité possible sauf à se désintéresser de ce qui est la Vérité et qui donne un sens à la vie humaine : et cela n’est plus une « neutralité » mais un abandon au bénéfice de la Révolution (…). Un homme de bonne volonté ne peut pas se dire neutre : ne pas combattre l’erreur que les autres veulent vous imposer ». – Doctrine d’action

« Ou l’Eglise donne son sens à la société, ou cette société s’ordonne contre elle. La neutralité, ici, est impossible, parce qu’il serait scandaleux qu’on puisse rester neutre quand il s’agit du salut éternel du genre humain… » -Jean Ousset

« Ne pas se décider pour le côté du bien, c’est accepter le pire, et que le Mal triomphe. » -Doctrine d’action

En reprenant donc l’évocation, qui a été faite plus haut, de ces hommes politiques œuvrant en fait pour la Révolution, on découvre maintenant leur imposture quand ils ont le front de se réclamer de quelque idée chrétienne. Car alors ils ne sont pas à considérer seulement comme malhonnêtes ! Sont-ils « traîtres sans le savoir »? Ce serait singulièrement minimiser leur intelligence… De toute façon il faut les dévoiler, les prendre à partie comme révolutionnaires. Il faut leur supprimer cette fausse excuse de l’ignorance. Cela a déjà été dit : L’ignorance n’est pas une circonstance systématiquement atténuante. Bien au contraire elle aggrave la faute quand elle est imputable à des hommes qui avaient le devoir de se donner une réelle formation politique jusqu’au niveau des responsabilités qu’ils endossent.

Ces gens-là pourront très bien prétendre qu’ils sont « chrétiens ».(C’est « payant » puisque ça leur rapportera toujours des milliers d’adhérents « bien pensants »!). Il n’empêche qu’ils lancent leurs mouvements politiques sur les rails révolutionnaires de la DEMOCRATIE qui, tout autant que le marxisme, est une opposition fondamentale à l’ordre naturel et chrétien.

Il faut absolument démasquer ces personnages pour ce qu’ils sont : des suppôts de la Révolution.


« Prétendre guerroyer seulement contre les idées et les systèmes pervers, sans tenir compte de ceux qui les colportent et les appliquent systématiquement, serait folie, sinon complicité manifeste avec l’ennemi. »

-Jean Ousset




(Extrait de S.C.O.R. présenté par le Colonel Chateau Jobert)

samedi 24 novembre 2018

Combien de temps un peuple peut-il résister ?

L'extrait suivant provient du livre Les socialistes dominent le réseau gauchiste, de Robert Rumilly. Monsieur Rumilly, après avoir décortiqué le mouvement gauchiste - nommé aujourd'hui révolutionnaire - préparant la Révolution tranquille, se demande combien de temps un peuple peut-il résister à un si pareil assaut.

Si Dieu veut, cet ouvrage paraîtra aux Editions de la Vérité en début d'année 2019.


Le peuple, la masse du peuple canadien-français reste indemne. Mais pour combien de temps ?


Combien de temps un peuple peut-il résister, dans l'ordre intellectuel, à la prédication continuelle qui lui est faite par la presse, par la radio, par la télévision, par des professeurs patentés, par les chefs de syndicats, par les conférenciers des clubs sociaux et des sociétés nationales, par les bulletins d'associations variées ? Surtout s'il voit les prêcheurs de révolution récompensés, honorés, comblés, et leurs adversaires mis en quarantaine. Et combien de temps un peuple peut-il résister, dans l'ordre moral, à la force quotidienne - et officielle ! - qui sape à leur base les traditions tenant un si haut rang dans son héritage ?

Une révolution sociale n'éclate pas du jour au lendemain, sans un longue période d'incubation. Je ne parle pas des coups d'Etat à la mode des petits pays de l'Amérique centrale. ( Encore sont-ils organisés, le plus souvent, dans des sociétés secrètes). Une révolution ne s'improvise pas. Elle est le fruit d'une longue préparation culturelle, politique, sociale, morale. Mais les contemporains, en règle générale, ne s'en rendent pas compte.

II y a eu bien des gauchistes en France au dix-huitième siècle, même s'ils ne portaient pas encore ce nom. II y en a eu surtout parmi les intellectuels, il y en a même eu parmi les prêtres. Ils ont créé le climat dans lequel est née la Révolution. Les intellectuels ou demi-intellectuels - à la Robespierre - ont déclenché l'immense bouleversement dont les conséquences se font encore sentir. Les prêtres « de gauche » n'ont pas manqué dans les rangs des révolutionnaires. Ils ont été les plus sauvages. C'est un ancien Oratorien, Joseph Fouché - un professeur de philosophie, lui aussi - qui jeta solennellement au bûcher les ornements pillés dans les églises de Lyon, et qui fit manger des hosties consacrées par un âne coiffé d'une mitre.

Il est relativement facile à l'historien de reconstituer, après coup, le cheminement des idées, de la propagande, du désordre intellectuel et moral qui devaient aboutir à pareil éclat. Mais qui l'eût prédit en 1788 eût passé pour fou.



Robert Rumilly, Les socialistes dominent le réseau gauchiste. Montréal. 1959. P. 157-158.

mardi 9 octobre 2018

L'après campagne électorale : les lendemains qui chantent

François Legault.
Le 1 octobre dernier, la province de Québec élisait son premier gouvernement caquiste. L'ancienne formation politique de Mario Dumont, l'ADQ (Action démocratique du Québec), devenue la CAQ (Coalition Avenir du Québec), a réussi a sortir de l'opposition, afin de former un gouvernement majoritaire. Ce faisant, le parti libéral de Philippe Couillard, digne successeur du corrompu Taschereau, a mordu la poussière. Mieux encore, seule sa base électorale a voté pour cette formation politique, soit les anglais et les immigrants.

Revenons à la CAQ. Ce parti (il faudrait parfois s'arrêter au sens des mots), sous des allures nationalistes avait promis de réduire l'immigration, de soutenir les familles, défendre le français, etc. etc. En soi ces choses sont louables, c'est hors de tout doute. Toutefois, nous avons été surpris de constater à quelle vitesse les louanges sont venues. Peu s'en est fallu pour que nous puissions lire des qualificatifs ahurissants : reconquête, mouvement national canadien-français (sic), une victoire éclatante pour les patriotes etc. Prudence !

Ahurissant ou navrant ? Ce sont les mêmes gens qui, il y a encore quelques temps, accusaient le chef de la CAQ, François Legault, de trahison, d'être un agent des Desmarais, ainsi qu'un sous-fifre de la haute finance. Fouillez leurs sites respectifs, vous serez surpris de la verve qu'ils utilisaient (jadis) pour attaquer François Legault.

Qu’ils soient persuadés que la question sociale et la science sociale ne sont pas nées d’hier ; que de tous temps l’Église et l’État, heureusement concertés, ont suscité dans ce but des organisations fécondes ; que l’Église, qui n’a jamais trahi le bonheur du peuple par des alliances compromettantes, n’a pas à se dégager du passé et qu’il lui suffit de reprendre, avec le concours des vrais ouvriers de la restauration sociale, les organismes brisés par la Révolution et de les adapter, dans le même esprit chrétien qui les a inspirés, au nouveau milieu créé par l’évolution matérielle de la société contemporaine : car les vrais amis du peuple ne sont ni révolutionnaires, ni novateurs, mais traditionalistes
Pape saint Pie X - Encyclique E Supremi

Les lendemains qui chantent

C'est en effet dès le lendemain que le nouveau gouvernement annonçait qu'il allait renforcer la laïcité d'état, exigeant la neutralité complète de tous ses employés . Mettant sur le même pied le judaïsme, l'islam, l'hindouisme avec la Religion de nos pères, ils promettent dorénavant de congédier les récalcitrants. Une nouvelle fois, nos cavaliers de la dite dissidence qualifiaient cette attaque contre notre identité de reconquête et de bienfait.

Le terme reconquête est fort. Il veut rappeler la Reconquista espagnole, avec laquelle Ferdinand II d'Aragon et Isabelle la Catholique reprirent la péninsule ibérique aux maures - lesquelles avaient envahi l'Espagne près de 700 ans plus tôt. Pour les maures et juifs restants, le choix qui leur fut offert était fort simple : la conversion au catholicisme ou la valise. En rétablissant le catholicisme dans leur royaume, les souverains espagnols assuraient un réel retour à l'unité.

Toutefois aujourd'hui, qualifier de reconquête une mesure maçonnique est un délire et une faute majeure. N'ont-ils pas compris que nous sommes dans un combat civilisationnel ? Celui-ci oppose la civilisation chrétienne à la civilisation démoniaque des droits de l'homme, laquelle combat avec les armes du naturalisme, du matérialisme et de la gnose. L'imposition d'une loi maçonnique visant l'interdiction de notre foi catholique et nationale est, en réalité, une conquête maçonnique. Nos lecteurs comprendront assez rapidement qu'il s'agit d'une avancée pour la RÉVOLUTION. 

Défendre le fait français, réduire l'immigration, c'est bien, mais ce n'est pas satisfaisant. C'est ce que veut aussi le Front National (pourtant lui aussi, il veut laïciser encore plus). S'il faut miner l'un de nos fondamentaux, c'est inacceptable. Alors, c'est un attrape-nigaud. Qu'est-ce qu'un Canadien-français qui n'est pas catholique ? C'est tout sauf un Canadien-français. À son époque, Thomas Chapais disait que c'est quelque chose de monstrueux (!).

On ne peut combattre en se reniant nous-mêmes - sinon à quoi bon combattre ? Il y a des compromis inamissibles, et ceux là en font parti. Pour conserver un emploi, pourriez-vous vendre votre mère au proxénète le plus offrant ? C'est pourtant ce que nous semblons voir chez certains.

La suite logique


La rappel de notre Rédemption. Représentation exécré par
le démon et ses sbires. Celui dont ils rêvent d'abattre depuis
si longtemps.
Les libéraux sont dépourvus de logique, c'est évident. Ils peuvent se mouvoir dans la contradiction pendant des années, ils peuvent soutenir plusieurs positions contradictoires (droit à l'avortement mais interdiction de la peine de mort... allez comprendre) sans problème. Néanmoins, il y a des choses qu'on peut aisément voir venir. Lorsque vous avalisez un principe luciférien tel que la laïcité la plus complète - soit Jésus-Christ banni, avec les fausses idoles, de la sphère publique -, il sera impossible d'arrêter son mouvement futur : une simple boule de neige dévale la montagne et grossit, pour terminer sa course vingt fois plus grosse qu'initialement.

C'est logique. Si vous enfoncez la porte pour une chose, pourquoi interdire les autres - semblables ou subséquentes -, ainsi que la complète application de ce premier principe destructeur ? Concrètement : pourquoi seulement bannir la Religion vraie de l’accoutrement des employés d'état, lorsqu'une croix préside aux délibérations des assemblées des élus du parlement ? D'ailleurs, c'est déjà chose faite. Nous lisions, il y a quelques temps, un article (écrit par une voix autorisée de l'enfer sur terre) réclamant le retrait du crucifix de l'assemblée nationale. Pis encore, un journal anglophone demandait hier le retrait de la croix du Mont-Royal, de ce souvenir de cet acte héroïque de Maisonneuve.

Remémorez-vous l'adoption du mariage homosexuel en 2005 par le gouvernement fédéral. Peu de temps s'en est fallu pour que tout ce qui était du même acabit commence à réclamer tout (et rien). Regardez où nous en sommes aujourd'hui, 13 ans plus tard : enfants transgenres, enseignement pervers pour les enfants, le règne des minorités visibles/sexuelles, etc.

La laïcité, une entreprise maçonnique ?

Faut-il vraiment détailler ? Rappelons-le. La laïcité entendue comme elle l'est, ne vient pas du catholicisme ou d'un certain esprit catholique. Aucun lien avec « Rendre à César ce qui est à César » (il s'agit de la distinction des deux pouvoirs, et non de leur opposition). La laïcité vient directement des loges maçonniques et de la Révolution dite française. C'est cette secte diabolique, banalisée par les libéraux de l'époque, qui l'ont fait pénétré ici. Rappelez-vous la scandale maçonnique de la Ligue de l'enseignement. Ce complot maçonnique visait, au début du siècle dernier, la création d'un ministère de l'enseignement, puis, de sa complète laïcisation afin d'écraser « l'infâme » (comme disait Voltaire), c'est-à-dire Notre-Seigneur Jésus-Christ. Le complot fut dénoncé et échoua. Chose étrange, il devait réussir 60 ans plus tard, mais sous une autre apparence.

L'interdiction complète/neutralité de François Legault représente plutôt la pensée du Grand Orient de France, principale obédience maçonnique dans le monde latin. Nos nationaleux y opposent, et en ceci ils ont raison, la pensée de la confusion des religions prônée par Justin Trudeau, émanant de la Grande loge d'Angleterre. On aura compris, il s'agit plutôt d'un semblant de combat entre deux idéologies scabreuses. Au final, les deux iront au même endroit, à l'indifférence et au rejet de la religion. Ils se chamaillent plutôt sur le comment. Au reste, rien ne diffère entre un Legault et un Trudeau à propos des points essentiels de la société. La Révolution tranquille continue. Peut-être plus lentement qu'avec les gens de Québec solidaire, mais elle continue.

Mais quelle mesure adopter ?

Ce faux débat qui passionne tous et chacun est plutôt simple à résoudre. Dans le passé, nous l'avons déjà fait. Comment ? En établissant notre religion, la foi de nos pères, le catholicisme romain en tant que religion d'état. Pour les autres ? Si, pour certains motifs de prudence, il nous est momentanément impossible de les censurer, nous pouvons opter pour une tolérance. Celle-ci leur permettra d'avoir quelques bâtiments, mais sans plus. Les seules processions publiques seront celles du catholicisme. C'est, en résumé, la doctrine de l'Eglise sur cette question. Pour plus de détails, lire cet article qui veut résumer cette doctrine :  Des relations entre l'Eglise et l'Etat et de la tolérance religieuse

Conclusion

Non, cette nouvelle salve contre les fondements mêmes de notre peuple n'est en aucune manière
« Vous serez davantage de votre pays à mesure que vous serez
plus chrétiens. » - Cardinal Pie.
libératrice. On ne guéri pas un cancéreux en phase terminale en demandant au médecin de ré-injecter du poison. C'est ce même poison, et à plus forte raison ce même médecin, qui est responsable de la débandade actuelle. Sortons de ce cercle vicieux.

Augmentez, diminuez ou cessez l'immigration, ce n'est pas là le vrai problème. Le vrai problème est celui de la déchristianisation. Celui-ci créé les autres problèmes. L'abandon des réalités supérieures, au profit de la bassesse du matérialisme, nous donne une population récalcitrante à l'idée même de se régénérer. Elle revendique comme droit (le mot est fort !) l'avortement - c'est-à-dire le droit aux meurtre des innocents - afin de continuer de jouir sans conséquences. Baignant dans le matérialisme, elle va, dans un futur pas si lointain, se terrer dans l'illusion de la réalité virtuelle. Le désabusement de tout cela, ainsi que l'égocentrisme nous donne le vice contre-nature. Celui-ci, mélangé avec toutes sortes d’idéologies loufoques (lesquelles sont étrangères à notre véritable pensée nationale) nourri toute une frange avancée de la Révolution : transgenrisme, féminisme, ainsi que le dernier cru de l’imbécillité, l'anti-spécisme, forme folle du végétarianisme. Nul besoin d'expliciter davantage.

Non, François Legault n'est pas Honoré Mercier (autant libéral qu'il fut). Il est encore moins l'intrépide défenseurs de nos droits comme le fut le grand Maurice Duplessis. Le salut ne viendra pas des urnes.

Si vous désirez vraiment vous opposer à cette destruction programmée de notre gentilé et de notre civilisation, revenez au catholicisme bâtisseur de notre nation. En mettant Dieu, la famille et la patrie dans l'ordre, vous aurez l'antidote nécessaire aux égards de la pensée.

En ces temps de confusion générale, revenir à ses racines est un acte contre-révolutionnaire.



-Etienne Dumas
Tradition Québec



Notes : Nous référons, tous ceux avides de s'informer sur la secte des franc-maçons, aux liens suivants.

Mgr Henri Delassus : La conjuration antichrétienne
Les différents ouvrages de Léon de Poncins



ADDENDUM : Nous apprenons à l'instant que la CAQ s'engage a ne pas retirer le crucifix de l'Assemblée nationale. Gageons que ce n'est que partie remise, lorsque les « esprits » seront mûrs.