dimanche 10 novembre 2019

Discussion sur l'infaillibilité du souverain pontife

I - DÉFINITION DE L'INFAILLIBILITÉ PONTIFICALE.

Le Laïque. - Je serais bien aise, M. le Théologien, d'obtenir de vous quelques éclaircissements au sujet de l'infaillibilité pontificale dont on fait tant de bruit aujourd'hui. J'ai lu des journaux plus ou moins mauvais, et cette lecture a jeté quelques doutes dans mon esprit: dissipez-les; vous parlez à un homme qui n'a fait que de légères études, et qui n'est ni théologien ni philosophe.

Le Théologien. - Je comprends votre pensée. Je vais m'efforcer, soyez-en sûr, de vous tenir un langage simple et précis. Je me conformerai ainsi à votre désir, ne voulant pas d'ailleurs m'étendre dans de longues explications, à moins que vous ne m'en fassiez la demande.

Le Laïque. - Eh bien, commençons. Dites-moi d'abord ce qu'il faut entendre par infaillibilité pontificale.

Le Théologien. - L'infaillibilité pontificale est un privilège accordé par Jésus-Christ au Souverain Pontife. En vertu de ce privilège, le chef de l'Eglise, parlant ex cathedra, même en dehors de l’Épiscopat, ne peut errer dans son enseignement en matière de foi et de morale.

Le Laïque. - C'est précisément ainsi que je comprends l'infaillibilité. Mais comme je travaille à m'en faire une idée claire, expliquez-moi le sens de chacune de vos phrases; et d'abord, que veut-on dire par parler ex cathedra?

Le Théologien. - Le mot chaire, cathedra, représente le magistère ou pouvoir d'enseigner avec autorité. Lors donc que le Vicaire de Jésus-Christ parle ex cathdra, il s'exprime comme maître et docteur de l'Eglise universelle. Il faut distinguer dans le Pape deux personnes tout à fait distinctes : la personne privée et la personne publique. L'infaillibilité lui est conférée en tant qu'il est homme public, c'est-à-dire en tant qu'il exerce les fonctions de Pape, en instruisant les peuples dans la foi et les conduisant comme souverain pasteur dans les pâturages de la vérité et les sentiers du salut.

Le Laïque, - Comment peut-on avoir si le Pape parle comme homme public, et non comme homme privé?

Le Théologien. - Je vous dirai à mon tour : A quelles marques reconnaissez-vous qu'un roi, par exemple, parle à ses sujets comme souverain et non comme simple particulier? Par la solennité de l'acte. S'il sanctionne une loi ou pot-te un décret, s'il édicte telle ou telle peine, vous comprenez immédiatement qu'il parle en souverain. Faites l'application. Lorsque le Souverain Pontife s'exprime par des bulles, des décrets, des lettres, des constitutions apostoliques; quand il ad reste une allocution aux cardinaux réunis en consistoire, les expressions dont il se sert, prouvent qu'il parle ex officio, en vertu de son autorité suprême. Il est évident qu'il agit alors comme homme public, c'est-à-dire comme Pape. Il en serait autrement si, par exemple, il écrivait une lettre de félicitations, composait un traité de théologie ou exprimait purement et simplement sa manière de voir sur un point quelconque. Dans ces cas, il parlerait comme homme privé, comme un simple docteur. Il agirait comme un prince qui s'entretient avec ses amis ou livre à la publicité un traité de philosophie ou de droit civil.

Le Laïque. - Je comprends le mot ex cathedra, Maintenant dites-moi ce qu'il faut entendre par ces autres paroles : en matière de foi et de morale.

Le Théologien. - Ces mots signifient que le Pape est infaillible dans tout ce qui concerne la foi, comme la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception de Marie, et dans tout ce qui a rapport à la morale, comme la condamnation portée contre le duel et les sociétés secrètes.

Le Laïque. - En résumé, le Pape est infaillible, lorsqu'il définit que telle ou telle vérité est article de foi, que telle ou telle action est péché mortel.

Le Théologien. - N'admettre l'infaillibilité que dans ces cas, ce serait par trop en restreindre le domaine. Quand le Pape canonise un saint ou qu'il approuve la règle d'un ordre religieux, dites-moi, peut-il alors se tromper?

Le Laïque. - Je ne le pense pas.

Le Théologien. - Sans doute; car s'il se trompait, il en résulterait cette absurdité que les fidèles seraient tenus d'honorer comme ami de Dieu celui qui en serait peut-être éternellement l'ennemi, et de croire excellente une manière de vivre peut-être vicieuse et digne de réprobation.

Le Laïque. - En quoi donc le Pape est-il infaillible?

Le Théologien. - Le Pape est infaillible dans tout ce qui est du domaine du dogme et de la morale ; c'est-à-dire dans la définition de tout ce que les fidèles doivent croire et pratiquer, pour parvenir au salut éternel. Voilà ce qu'on entend par matière de foi et de mœurs. En cela, le Souverain Pontife jouit de la même infaillibilité que l'Eglise elle-même, dont il est le guide et le docteur. Dans d'autres circonstances purement particulières, et sans aucun rapport soit avec la foi soit avec la morale chrétienne (par exemple, une sentence judiciaire, une application spéciale de discipline ecclésiastique), le Pape peut se tromper et payer, comme un autre fils d'Adam, son tribut à la faiblesse humaine.

Le Laïque. - Si le Pape peut se tromper, il s'en suit qu'il peut pécher. L'infaillibilité ne le rend donc pas impeccable?

Le Théologien. - Des hommes mal intentionnés, poussés par le désir de jeter malicieusement le trouble dans l'esprit des simples, ont confondu à dessein l'infaillibilité avec l'impeccabilité, confusion dont la bizarrerie est facile à reconnaître. L'infaillibilité, avons-nous dit, suppose dans le Pape l'exemption de toute erreur dans les prescriptions qu'il adresse aux fidèles sur ce qu'ils doivent croire et pratiquer, pour arriver à la vie éternelle. Pourquoi dès lors parler ici de l'impeccabilité, qui concerne uniquement les actes personnels du pontife et ne regarde nullement ceux des fidèles. Le Pape, comme homme, a son libre arbitre, et peut, par conséquent, dans ses actions s'écarter de la loi divine ou s'y conformer. Mais, qu'il soit en état de grâce ou en état de péché, il ne peut se tromper lorsqu'il parle aux fidèles, en la qualité de chef et de docteur universel. Cette inerrance n'a pas pou~ cause l'excellence de son esprit et la bonté de son cœur, mais uniquement l'assistance divine, qui ne permet pas que le Souverain Pontife tombe en pareil cas dans une erreur quelconque.

Le Laïque. - Comment peut-on concilier l'assistance divine avec l'état de péché?

Le Théologien. - La chose est très-facile. Cette assistance divine est bien différente de la grâce sanctifiante, qui est inconciliable avec le péché et que le péché fait perdre. Suivant l'expression théologique, elle est une grâce, gratis data, un don fait gratuitement par Dieu, non pas précisément pour le bien du Vicaire de Jésus-Christ, mais pour celui de l'Eglise, et qui, encore une fois, n'est attaché qu'à l'exercice de l'autorité pontificale. Donnons un exemple pour plus de clarté. Un simple prêtre peut être un grand pécheur, et cependant, lorsqu'il célèbre le saint sacrifice de la messe et qu'il prononce les paroles de la consécration, il change le pain et le vin au corps et au sang de Notre-Seigneur. Pourquoi cela? Parce que le pouvoir de consacrer lui a été accordé par la réception du sacrement. de J'Ordre, et sa sainteté personnelle n'y est absolument pour rien. Il en est de même, proportion gardée, dans le cas dont il s'agit ici. Quelles que soient les qualités personnelles du Pape, quand il exerce ses fonctions comme chef suprême de l'Eglise, Dieu intervient pour le préserver de l'erreur, comme il intervient pour opérer la transsubstantiation par les paroles sacramentelles.

Le Laïque. - Au moins devrons-nous dire que le Pape, comme homme privé, ne peut pas se tromper en matière de foi. Autrement, s'il pense mal, comment peut-il enseigner bien?

Le Théologien. - Nous en sommes toujours à ne pas bien saisir la cause de l'infaillibilité de l'enseignement pontifical. Vous supposez que dans le Pontife cette inerrance est l'effet de sa manière juste de penser, et non de l'assistance surnaturelle de Dieu. D'après de graves théologiens, Dieu ne saurait permettre que le Pape, même comme homme privé, devienne hérétique. C'est une pieuse croyance, et j'avoue qu'elle est la mienne. Elle n'est pas nécessaire du reste dans la question qui nous occupe. Il pourrait arriver qu'un Pape eût dans son for intérieur des idées fausses en matière de foi; mais quand il s'adresse aux fidèles, il ne peut pas ne pas s'exprimer d'une manière conforme à l'orthodoxie, Cette manière de parler ne provient pas de sa manière judicieuse de penser, mais uniquement de l'Esprit-Saint qui le dirige. Revenons à l'exemple du simple prêtre. Quand il a l'approbation de son Évêque, vous pouvez être certain d'être en état de grâce, si, après une bonne confession de vos péchés, vous en recevez l'absolution. Et cependant ce même prêtre pourrait lui-même ne pas être en état de grâce. La grâce que vous recevez, n'est pas l'effet de celle du confesseur, mais de la vertu divine qui vous la confère par le moyen de l'absolution sacramentelle. Il en est absolument de même ici. L'exclusion de l'erreur dans l'enseignement pontifical est l'effet de l'assistance divine, et non de la droiture d'esprit du Pontife. Rappelez-vous ce passage de l'Evangile, où S. Jean fait mention du conseil tenu par les Pharisiens, pour délibérer au sujet de Jésus-Christ. Caïphe se lève au milieu d'eux et propose de le mettre à mort par cette sentence qu'il prononce : " Il est avantageux qu'un homme périsse seul pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas. " L’Évangéliste ajoute : « Caïphe ne prononça pas ces paroles d'après sa propre inspiration; il était Pontife cette année-là; il prophétisa que Jésus mourrait pour le salut du peuple (1). " Voyez donc : le grand-prêtre n'était pas seulement un pécheur, mais il péchait encore en cette occasion. De plus, Caïphe avait l'esprit rempli d'erreurs sur la personne du Christ; et néanmoins, parce qu'il était Pontife, l'Esprit-Saint lui inspira des paroles prophétiques, et il prononça contre le Christ une sentence véridique. Il en est de même ici. Qu'un Pape ait des pensées erronées, Dieu, encore une fois, ne permettrait jamais que, s'adressant à l'Eglise, il prononçât une parole contraire à l'orthodoxie.

Le Laïque. - Caïphe ne comprenait pas le sens de ses paroles, lorsqu'il disait vrai, tout en voulant dire le contraire. Mais le Pape, en parlant, comprend ce qu'il dit, et ses expressions sont en parfait accord avec sa volonté; il n'agit donc pas comme un automate, mais comme un homme raisonnable.

Le Théologien. - Peu importe; la cause, c'est-à-dire l'intervention divine, n'en est pas moins la même. Lorsque le Pontife juif parla, Dieu intervint, et fit dire à Caïphe tout le contraire de sa pensée. Le Pontife Romain a-t-il à parler, Dieu intervient, et lui fait dire exactement ce qu'il doit dire; il l'empêche de tomber dans l'erreur, soit par inadvertance soit par malice. Dieu est aussi puissant que fidèle. Si le Vicaire de Jésus-Christ, appuyé sur les promesses qui lui ont été faites, soutient l'Eglise par son enseignement, ces promesses, croyez-le, recevront toujours leur entier accomplissement.



Infaillibilité pontificale - Dialogue entre un catholique laïque & un théologien romain. Librairie Adrien Le Clere et cie. 1870. Paris. P. 5-11.

dimanche 27 octobre 2019

Procurez-vous Comment on relève un Etat

MAINTENANT DISPONIBLE

« La révolution nationale, qui a eu son début le 28 mai 1926 et s'est développée presque aussitôt sous la haute direction du Président de la République, ne serait ni explicable ni défendable si elle n'était pas profonde dans ses objectifs, honnête dans ses procédés, essentiellement populaire. Elle devait encore assurer à l'âme nationale la continuité de notre mission historique. Je dirai quelques mots sur ces différents points. »

Publié en français en 1937, ce petit opuscule de António de Oliveira Salazar n'avait jamais subit de réédition jusqu'à ce jour. Appelé à la tête de son pays, alors que celui-ci croulait sous les troubles économiques, sociaux et politiques, Salazar opéra, en peu de temps,  un véritable redressement national. Quels étaient les solutions qui furent apportées? Ce petit ouvrage saura répondre.
Comment on relève un État, de António de Oliveira Salazar. Réédition 2019 de l'original de 1937, aux Editions de la Vérité. 92 pages. ISBN 978-2-9818489-0-1.

mardi 22 octobre 2019

Nouveau site web des Editions de la Vérité

« Au terrible torrent de boue constitué par les livres sortis de l’officine ténébreuse des impies, sans autre but, sous leur forme éloquente et leur sel perfide, que de corrompre la foi et les mœurs et d’enseigner le péché, le meilleur remède, on en peut être assuré, est de leur opposer des écrits salutaires et de les répandre. »

-Léon XII, Dirae Librorum (1827).





Après 1 an d'existence, il était nécessaire, afin de croître, que les Editions de la Vérité acquièrent un site web digne. C'est avec plaisir que nous vous annonçons le lancement de everitatis.com , nouvelle plateforme en ligne des Editions de la Vérité.

Les Editions de la Vérité ont pour objectif de faire connaître l'histoire, les mœurs et la religion du peuple canadien-français. Fondée en 2018, les Editions de la Vérité se vouent à la propagation de l'héritage canadien-français. Nommée d'après le journal La Vérité de Jules-Paul Tardivel, notre maison d'édition veut rétablir la vérité sur notre passé méconnu.



Soutenez nous dès maintenant en achetant sur everitatis.com

samedi 12 octobre 2019

Livre à paraître aux Editions de la Vérité


Titre : Comment relever un État.
Auteur : António de Oliveira Salazar.
Langue : français.
Taille : 10.79x17.46cm.
Pages : 92.
Couverture : souple.
Date de publication : 26 octobre 2019.
Prix : 14,99$


« La révolution nationale, qui a eu son début le 28 mai 1926 et s’est développée presque aussitôt sous la haute direction du Président de la République, ne serait ni explicable ni défendable si elle n’était pas profonde dans ses objectifs, honnête dans ses procédés, essentiellement populaire. Elle devait encore assurer à l’âme nationale la continuité de notre mission historique. Je dirai quelques mots sur ces différents points. »

Né le 28 avril 1889 et décédé le 27 juillet 1970, António de Oliveira Salazar fut le chef de l’Etat portugais pendant 36 ans. Appelé au pouvoir alors que son pays croulait sous la dette, il redressa prodigieusement la situation en peu de temps. Son système politique, appelé Estado Novo, fait alors totalement rupture avec le régime républicain précédent, chassé dès 1926 par le coup d’état du maréchal Gomes da Costa. Dans sa vie personnelle, il vécut une vie ascétique et modeste. Contre-révolutionnaire, l’Estado Novo salazariste s’oppose à l’évolution des mœurs et a pour hymne « Dieu, Patrie et Famille ». Il défendit la loi naturelle de Dieu et promut une rechristianisation du peuple portugais comme le demande l’Eglise et la sainte Vierge à Fatima, dans ses messages de 1917 en vue du salut du Portugal et du monde entier.


Lancement le 26 octobre 2019 !

Surveillez notre site web. 

mercredi 9 octobre 2019

Courte anecdote sur le frère André et Maurice Duplessis

L'avocat Saint-Georges Morissette est très préjugé contre Duplessis. Mais il appartient à une famille très religieuse, qui entretient une reconnaissance personnelle envers le Frère André. Saint-Georges Morissette se charge, une fois par mois, de conduire le Frère André en automobile auprès de ses malades. Le Frère André lui parle de Maurice Duplessis, qu'il connaît bien, et qui remplacerait avantageusement M. Taschereau. Morissette répond en répétant tout ce qu'on peut dire contre Duplessis dans les cercles libéraux. Le Frère André, sans ajouter mot, baisse la tête. Mais à l'entrevue suivante, il revient sur l'opportunité de mettre Maurice Duplessis au pouvoir. Le jeu de scène se reproduit. Une troisième fois, le Frère André parle de Duplessis. Son compagnon provoque, cette fois, des commentaires, et le religieux fait l'éloge circonstancié de l'ancien élève du collège Notre-Dame. Morissette en est frappé. Quand un ami lui propose un rendez-vous avec Duplessis, il accepte - et l'entrevue achève sa conversion.


-Robert Rumilly, Maurice Duplessis et son temps, tome premier. Editions Fides. P. 193-194.

mercredi 14 août 2019

Harmonie entre Foi et Raison

Une nouvelle chaîne d'apologétique : Le juste vit de la Foi. Début d'un travail, qui nous l'espérons, sera fécond. Ad multos annos!



dimanche 4 août 2019

Conférence de Mgr Sanborn : « Comment réagir face à Vatican II ? »



Conférence de son excellence Mgr Donald Sanborn « Comment réagir face à Vatican II ? », le samedi 26 mai 2019 à Drummondville (Québec).

lundi 15 juillet 2019

Un pape caché depuis 50 ans?

Paul VI/Montini portant l'éphod du grand prêtre
d’Israël.
Nous partageons cet article de 2015 de M. l'abbé Belmont, à propos d'une théorie plutôt farfelue, teintée d'apparitionisme. Bonne lecture! -Tradition Québec

De façon récurrente, le retour de Paul VI est annoncé, qui va restaurer l’ordre dans l’Église catholique, remettre en honneur la liturgie, dénoncer l’hérésie et chasser les hérétiques, etc. Cela est possible, et même certain, parce que Paul VI n’est pas mort : un ignominieux complot l’a remplacé par un sosie tenant son rôle pendant quelques années, lequel sosie est mort et a été inhumé en août 1978 en lieu et place de Jean-Baptiste Montini. Telle est la solution et l’explication de la crise mystérieuse qui s’est abattue sur l’Église catholique depuis quelques décennies.
Depuis quarante ans nous avons les oreilles rebattues par cette annonce merveilleuse qui ne s’accomplit jamais (mais ce n’est que partie remise, pour des raisons de haute mystique), par cette clef secrète de l’histoire contemporaine fondée sur des preuves péremptoires qui prouveront plus tard : Vous verrez bien… ! La première fois, cela amuse… mais au bout de la vingtième voire trentième fois, il faut bien avouer qu’on se trouve en présence d’une étrange maladie.

Il convient de se pencher un instant sur elle, parce que le plus souvent elle s’empare de gens de bonne volonté et de réelle piété : elle n’en est pas moins néfaste, surtout si l’on se fonde sur elle pour assurer la persévérance dans la vie chrétienne voire l’intégrité de la foi catholique.
Trois qualificatifs me semblent bien situer notre affaire : invraisemblable, inutile, malsain.

Invraisemblable


Jean-Baptiste Montini est né le 26 septembre 1897. Il aurait donc 118 ans [NDLR : 121 ans en date d'aujourd'hui] et serait le plus âgé des hommes vivant sur notre terre. Cela n’est pas strictement impossible, mais hautement invraisemblable, surtout si l’on imagine qu’il va rétablir la foi, la liturgie et l’ordre dans l’Église, chantier herculéen…

Je puis apporter aussi un témoignage direct de première valeur. Le 11 septembre 1976, Mgr Marcel Lefebvre a été reçu en audience par Paul VI à Castelgandolfo. À son retour, dans une conférence donnée aux séminaristes, il fut on ne peut plus clair : J’ai très bien connu Mgr Montini auquel j’avais directement affaire lorsque j’étais délégué pontifical pour l’Afrique francophone ; j’ai très bien connu Paul VI à Rome, lorsque j’étais supérieur général des Spiritains (la plus nombreuse des congrégations missionnaires) ; je peux vous affirmer que c’est bien lui que j’ai rencontré ces derniers jours, et non pas un sosie.

Inutile

Ceux qui tiennent pour le « sosie » le font apparaître en 1972 ou 1975, de façon permanente ou intermittente… mais quoi qu’il en soit, à ces dates tout le mal est fait : Vatican II a semé l’erreur et la révolution dans les structures de l’Église, la réforme liturgique a balayé tout l’ordre sacramentel, la vie chrétienne (religieuse, sacerdotale, matrimoniale) s’est effondrée dans des proportions inimaginables. C’est d’ailleurs dès l’année de son élection, dès 1963 que Paul VI a entamé ce processus de destruction : par des effets d’annonce tristement efficaces, par la prévision voire la mise en place de structures dissolvantes, par l’adoption du principe d’une liturgie évolutive (et donc, inéluctablement, d’une foi évolutive).

Le « Paul VI survivant » est celui qui a conduit tout cela, qui s’est soustrait à l’autorité pontificale : son supposé retour ne serait donc la solution de rien du tout, ne serait aucunement la restauration de l’autorité pontificale, ne serait pas même la présence d’un sujet publiquement assis sur le siège romain.

Mais si, mais si, parce qu’il s’est converti et que tout le monde le reconnaîtra : sauf vous évidemment, pétri de rationalisme que vous êtes.
— Ah bon ! vous l’avez donc rencontré ? Il vous a dit regretter la révolution qu’il a semée à pleines mains ? Vous êtes assuré qu’on le reconnaîtra universellement comme Pape quarante ans après ? Voyez combien tout cela est de l’ordre de l’imagination !

Malsain


L’Église catholique est le Corps mystique de Jésus-Christ ; elle est une société surnaturelle. L’Église militante – celle à laquelle nous appartenons sur la terre – est surnaturelle dans son essence, tout comme les différents éléments qui entrent dans sa constitution : ses pouvoirs (magistère, sanctification et gouvernement), son autorité, ses sacrements.

Dans la situation présente de la sainte Église, devant la difficulté de professer simultanément toutes les vérités la foi catholique et de la doctrine de l’Église en les confrontant aux faits avérés, la tentation peut être grande de « botter en touche », et de trouver un refuge inconscient dans la fuite, remplaçant l’adhésion théologale à l’Église dans son état réel (visible et provisoirement permanent) par un univers imaginaire qui ne réclame rien d’autre que de l’imagination. Mais pour la mise en œuvre et le rayonnement de la foi, il y a là une réduction qu’on ne peut s’empêcher de trouver malsaine et grosse de bien des périls.

Photographie prise le 10 Avril 1970 au Vatican. Six protestants, de gauche à droite : 
Dr. George, Canon Jasper, Dr. Shephard, Dr. Konneth, Dr. Smith, et 
Frère Max Thurian (en blanc), juste à côté de mgr Montini/Paul VI (en blanc)
Le juste vit de la foi : il en vit en tout temps, et non pas seulement quand tout est en ordre ; il en vit plus encore dans les temps d’épreuve, dans les combats de l’agonie, quand règne l’insolence des hommes ennemis de Jésus-Christ.

Mais… ce n’est pas contraire à la foi catholique !

— Non, certes : croire à la survie et au retour prochain de Paul VI ne s’oppose à aucune vérité de la foi et ne nie aucun fait dogmatique (il en serait tout autrement si un vrai Pape régnait à Rome) : ceux qui adhèrent à une telle croyance ne sont pas pour cela indignes des sacrements ; il y aurait une grande injustice à les leur refuser.

Mais tout ce qui n’est pas opposé à la foi n’en est pas vrai pour autant : affirmer que deux et deux font trois par exemple.
Il y a en outre un véritable danger pour la foi de se mouvoir dans un univers irrationnel et de justifier une attitude ecclésiale présente par une conjecture qui porte sur l’avenir. Il y a même double danger :

– La foi est donnée à notre intelligence, et ne peut prétendre se passer des lois de la raison : elle se priverait de l’irremplaçable instrument qui contribue à la conserver et permet de l’exercer sainement (c’est une des caractéristiques du modernisme) ;

– la foi est fondée sur la Révélation publique et sur la prédication des Apôtre, closes ensemble à la mort de saint Jean l’Évangéliste. Même si une partie de l’objet de la foi concerne l’avenir (les fins dernières, la pérennité de l’Église), elle se réfère fondamentalement au passé.


C’est la conscience pressante de ce double danger qui pousse à avertir ceux qui seraient tentés de se laisser séduire…


-Abbé Hervé Belmont. Source Quicumque.

mardi 9 juillet 2019

Requiem pour le Canada français

Jour de deuil en Canada français en ce 9 juillet 2019. Quelques semaines avant l'anniversaire du décès (60 ans) de Maurice Duplessis - et de ce fait des 60 ans de la Révolution tranquille -, la Belle Province consomme son divorce avec la Religion. Le crucifix apposé au salon bleu a été retiré, suite à un vote impie : « Nous ne voulons pas qu'Il règne sur nous » (Luc 19, 14) ont répété les député, à la suite du Sanhédrin. Comme aux temps Evangéliques, l'ennemi à abattre était Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Voilà l'aboutissement après 60 ans de Révolution tranquille. L'un de ses artisans, l'infâme Guy Rocher, avouait il y a peu : « Il y a 40 ans, c'était le catholicisme. Et le catholicisme était drôlement visible avec les soutanes, les cornettes, les crucifix et les processions dans les rues. Nous avons depuis évolué vers un système d'institutions publiques neutres. »  

Le Parti Libéral aura préparé le cercueil (Commission Parent, prise en charge de l'éducation par l'état), le Parti Québécois a tué la Religion (souvenons-nous de Pauline Marois et du retrait de l'Article 93 de la constitution de 1867, article inséré par nos pères afin de garantir notre survie en tant que peuple), puis la Coalition Avenir Québec a cloué le cercueil. Dans cette affaire, François Legault fut un vrai Judas.

Toutefois, cette apostasie ne se fait pas sans heurts. La chute du taux de natalité en témoigne. Ce Québec qui veut se vautrer dans le vice, le matérialisme disparaît peu à peu, faute d'enfants. « Car la nation et le royaume qui ne te serviront point périront ; ces nations-là seront entièrement détruites. » 

L'homme moderne revendique le droit de vivre une vie dissolue, hédoniste non-féconde. Sa société est une société où règne la culture de la mort : l'avortement pour jouir sans soucis, l'euthanasie pour éviter de souffrir. Aucune grande nation n'a prospéré ainsi, et surtout pas la nôtre, pour ceux qui se souviennent de notre histoire nationale.

Ce ne fut ni l'Institution royale de 1801, ni la Conquête, ni la Ligue de l'enseignement (franc-maçonnerie) qui purent triompher sur le règne de Jésus-Christ au Canada français, mais bien l'apostasie religieuse et identitaire.

La question que nous pourrions nous poser dorénavant : quelle sera la prochaine étape? « Débaptiser » notre toponymie? Démonter la croix du Mont-Royal? Laïciser notre drapeau catholique et royal? Nul ne sait. Une chose est certaine : les forces de l'Anti Canada-français ne cesseront pas leur assaut.

L'un des plus grands malheurs dans cette affaire est qu'il y a de nombreux « nationalistes » et « patriotes » qui se revendiquent volontiers de la laïcité. Quelle niaiserie! N'ont-ils pas compris que cette idole tout droit sortie des loges maçonniques est principalement anti-chrétienne? Que celle-ci vise rendre tous les peuples anonymes, sans culture, afin de les incorporer dans une civilisation consumériste et mortifère? N'ont-ils pas compris qu'au nom de cette idole, nous reculons sur notre propre territoire (l'histoire se répète) ? N'ont-ils pas compris que nous sommes dans un véritable combat civilisationnel et que la laïcité est l'arme préférée de l'ennemi afin que les peuple se désarment eux-mêmes? Le journaliste Olivar Asselin a proposé une épitaphe convenant selon lui au peuple canadien-français : « Ci-gît un peuple mort de bêtise » !

Quelques semaines avant son décès, le chanoine Lionel Groulx, voyant la Révolution tranquille et le début de la déchristianisation du Québec, a dit : « Le Québec c'est fini ». Nous espérons que le vieux chanoine se soit trompé.


Vive Dieu,
Vive le Canada français.


-Etienne Dumas, 
Tradition Québec.

jeudi 4 juillet 2019

L'homme doit se conduire par la raison

Nous vous partageons un extrait d'une prochaine réédition des Editions de la Vérité, Le juste milieu de la pénitence, par dom Léonce Crenier (ancien prieur de Saint-Benoît-du-Lac).


On voit la place de l'homme : au-dessus des bêtes et au-dessous des anges.

Cette simple constatation philosophique est d'une immense importance, et voici pourquoi :

Par quoi l'homme est-il au-dessus des bêtes? Par la connaissance intellectuelle, par la raison, reflet de l'intelligence divine.

C'est par la raison que l'homme est homme. Sans elle, il serait une bête. Il est animal, comme les bêtes, mais c'est un animal raisonnable; c'est une animalité surélevée par quelque chose de supérieur : l'intelligence.

Si c'est par la raison que l'homme est homme, c'est donc par la raison qu'il agira en homme.

Si c'est la raison qui, dans l'homme, est supérieure au reste, c'est donc elle qui doit commander.

Si l'homme est doué de ce principe supérieur d'action : l'intelligence, il n'a donc pas le droit de vivre comme les bêtes.

La bête est conduite par sa sensibilité, autrement dit par ses impressions. Pour elle, cela est normal.

Tel objet attire la bête : elle va vers lui. Tel autre objet la repousse : elle s'éloigne.

Mais ce qui est normal pour la bête serait monstrueux pour l'homme.

En suivant les impulsions de la sensibilité, la bête obéit à ce qu'il y a de supérieur en elle. Elle suit la loi que Dieu lui a donnée.

Par contre, l'homme, en suivant les impulsions de sa sensibilité, obéit à ce qui en lui est inférieur, et va contre la loi que Dieu lui a donnée.



-Dom Léonce Crenier, Le juste milieu de la pénitence. Editions de la Vérité. À paraître. P. 48-49.

mardi 2 juillet 2019

Sermon de la fête de saint Jean-Baptiste 2019 : Tuer saint Jean-Baptiste?



Sermon de monsieur l'abbé Damien Dutertre, prononcé à Drummondville lors de la messe de la fête de saint Jean-Baptiste (24 juin 2019), patron des Canadiens-français.



mercredi 26 juin 2019

La philosophie religieuse des modernistes : l'immanence vitale

§ II. — Immanence vitale.

Suite de la partie I

D.D'après ce que vous vêtiez de dire, « l'agnosticisme n'est que le côté négatif dans la doctrine des modernistes. » Quel en est donc le côté positif?
R. — « Le côté positif est constitué par ce qu'on appelle l'immanence vitale. »

D.Comment les modernistes passent-ils donc de l'agnosticisme à l' immanentisme?
R. — Ils passent de l'un à l'autre en la manière que voici : Naturelle ou surnaturelle, la religion, comme tout autre fait, demande une explication. Or, la théologie naturelle une fois répudiée, tout accès à la révélation fermé par le rejet des motifs de crédibilité, qui plus est, toute l’élévation extérieure entièrement abolie, il est clair que, cette explication, on ne doit pas la chercher hors de l'homme. C'est donc dans l'homme même qu'elle se trouve, et comme la religion est une forme de vie, dans la vie même de l'homme. Voilà l'immanence religieuse. »

D.Je comprends que les modernistes, partisans de l'agnosticisme, ne puissent chercher que dans l'homme et dans la vie même de l'homme l'explication de la religion. Et maintenant, pour expliquer cette immanence vitale, qu'assignent -ils comme premier stimulant et première manifestation de tout phénomène vital, en particulier de la religion?
R. — Tout phénomène vital — et, on l'a dit, telle est la religion — a, pour premier stimulant, une nécessité, un besoin ; pour première manifestation, ce mouvement du cœur appelé sentiment.

D.D'après ces principes, où est le principe de la foi et partant de la religion?
R. — « Il s'ensuit, puisque l'objet de la religion est Dieu, que la foi, principe et fondement de toute religion, réside dans un certain sentiment intime, engendré lui-même par le besoin du divin. »

D.Ce besoin du divin est-il du moins, selon les modernistes, du domaine de la conscience?
R. — « Ce besoin, ne se trahissant que dans de certaines rencontres déterminées et favorables, n'appartient pas de soi au domaine de la conscience. »

D.Où gît donc, d'après eux, ce besoin du divin?
R. — « Dans le principe, il gît au-dessous, et selon un vocable emprunté de la philosophie moderne, dans la subconscience, où il faut ajouter que sa racine reste cachée, entière- ment inaccessible à l'esprit.



-Père Jean-Baptiste Lemius, Catéchisme sur le modernisme. 1907. P. 9-10.

lundi 24 juin 2019

Bonne saint Jean-Baptiste

Tradition Québec souhaite une bonne fête patronale à tous les Canadiens-français!


L'amour de la patrie, avec l'amour de l'Eglise, est le sentiment le plus sacré du cœur de l'homme, et s'il était possible que l'un fût ennemi de l'autre, ce serait, à mes yeux, le plus profond déchirement que la Providence ait ménagé à notre époque. 
La patrie est notre église du temps, comme l'Eglise est notre patrie de l'éternité, et si l'orbite de celle-ci est plus vaste que l'orbite de celle-là, elles ont toutes deux le même centre, qui est Dieu, le même intérêt qui est la justice, le même asile qui est la conscience, les mêmes citoyens qui sont le corps et l'âme de leurs enfants.
Le patriotisme religieux est un bien que nous ont légué nos pères, et c'est un devoir pour nous de le conserver précieusement. 

-Mgr Ignace Bourget





samedi 8 juin 2019

Neuvaine patriotique à saint Jean-Baptiste 2019

Cliquez sur l'image pour l'élargir.

Comme à tous les ans, Tradition Québec vous convie à vous joindre à cette grande neuvaine à saint Jean-Baptiste, patron des canadiens-français.

Quoi faire? 

Récitez dévotement chaque jour, du 15 au 23 juin, cette prière adressée au saint patron de notre peuple.

Pourquoi? 

Le peuple canadien-français gît dans la misère, dans la décadence et le péché. Notre patrie fut jadis grande parmi les nations catholiques. Maintenant, elle est à l'avant-garde de ce qu'on appelle la Révolution, c'est-à-dire le renversement de l'ordre naturel établi par Dieu.

Compatriotes Québécois, rappelez-vous des labeurs, des souffrances, ainsi que des gloires de nos ancêtres. Reprenez votre vrai nom de Canadien-français, chassez tout ce qui est contre-nature, pervers, blasphématoire, gauchiste, anti-civilisationnel de votre vie. Renouez avec votre identité et votre culture. Soyez des Canadiens-français, de dignes descendants des Français qui ont colonisés cette terre afin d'y apporter la Lumière de la Foi dans le Nouveau Monde.


Texte de la neuvaine


Ô Saint Jean-Baptiste,
illustre Précurseur du Messie, vous que le Sauveur a proclamé
le plus grand parmi les enfants des hommes,
et que Notre Saint Père le Pape Pie X
a donné pour patron spécial aux Canadiens Français ;
vous avez merveilleusement préparé,
par votre vie austère, pénitente et tout angélique,
les voies au Règne de l'Agneau Rédempteur.


Nous vous en supplions, daignez nous obtenir la grâce
de marcher sur vos pas glorieux,
de conserver la foi de nos pères,
de défendre avec zèle les intérêts de la Sainte Église catholique,
et de réaliser les desseins de la Divine Providence
sur chacun de nous, afin qu'après l'exil de cette vie,
nous puissions nous retrouver dans la Céleste Patrie,
pour y chanter les louanges du Roi éternel de tous les peuples,
pendant les siècles des siècles.


Ainsi soit-il.

mercredi 29 mai 2019

La tactique des gauchistes démasquée


Le premier exemplaire de La tactique des gauchistes démasquée - la suite de L'infiltration gauchiste au Canada français - est arrivé aujourd'hui.

Pré-commandez votre copie dès aujourd'hui en suivant ce lien. Disponible le 16 juin 2019.

mardi 28 mai 2019

La province de Québec n'est pas née en 1960

Chaque génération semble croire que tout a commencé par elle, que le monde est né avec elle. Un changement politique s'étant produit dans la province de Québec en 1960, les nouveaux détenteurs du pouvoir ont stimulé cette tendance, afin de répandre l'impression qu'il ne s'était rien fait qui vaille avant eux.

La tactique s'est d'abord appliquée au chapitre des relations extérieures. Le Canada français ne révélerait son existence aux pays étrangers - à la France, en particulier - que depuis quatre ou cinq ans.

Ce boniment témoigne d'une robuste ignorance de notre histoire. J'ai entendu l'abbé Pierre Gravel le réfuter avec beaucoup d'à-propos et de verve. Je reprends et développe un peu ses arguments.

En 1880, Adolphe Chapleau, premier ministre prestigieux de la province de Québec, établissait des relations économiques avec la France, en commençant par la négociation d'un emprunt français et par l'établissement du Crédit Foncier Franco-Canadien. Des échanges s'organisaient entre les deux pays - et l'on pensait compléter ces mesures par l'établissement d'une ligne de navigation directe et régulière. Une mission française vint faire le tour de notre province - encore très loin de son développement actuel.

Chapleau voyagea en Europe l'année suivante. La société parisienne s'arracha ce Canadien français si bel homme et si éloquent. Le président de la République le reçut, et le nomma commandeur de la Légion d'honneur; le Pape le reçut, et le nomma commandeur de Saint-Grégoire-le-Grand. Un homme d'affaires très entreprenant, Louis-Adélard Sénécal - le Louis Lévesque de son temps, si l'on veut - accompagnait le premier ministre. Des relations commerciales s'ébauchèrent ou se complétèrent ..

Chapleau avait fait la conquête de Paris. Son grand rival Mercier, devenu premier ministre à son tour, renouvela le charme. Lui aussi avait belle allure, et le goût du panache. Son voyage de 1891 laissa une traînée qu'on peut bien dire éblouissante. Sociétés savantes, réunions académiques, cercles littéraires, économiques, agricoles, instituts techniques, cercles catholiques, on l'invitait partout, et il acceptait. Le président de la République le reçut à l'Elysée et le promut commandeur de la Légion d'honneur. Le roi des Belges le reçut à Bruxelles et le fit commandeur de l'ordre de Léopold. Le pape Léon XIII le reçut à Rome et le nomma comte palatin, à titre héréditaire. A Chartres, à Tourouvre, à l'abbaye de Bellefontaine (maison-mère de la Trappe d'Oka), à Cholet, à Caen, les moines, les éleveurs, les gens du monde, tous reçurent Mercier et ses compagnons comme des frères. La visite de Mercier à Tourouvre, berceau de sa famille, est émouvante au point que son récit nous met des larmes aux yeux. Les vitraux donnés par Mercier à l'église de Tourouvre doivent toujours s'y trouver.

Mercier s'était conduit et fait recevoir en chef d'Etat.

Laurier, aussi bien accueilli en France, brilla surtout en Angleterre. Il y fit plusieurs voyages. Un banquet donné par le gouvernement anglais en 1897 sembla bien tourner en une apothéose de "Sir Wilfrid". Dix ans plus tard, à la conférence de 1907, c'est encore Laurier qui joua l'un des tout premiers rôles.

Au congrès eucharistique de Lourdes, tenu à la veille de la guerre de 1914, deux des orateurs les plus acclamés furent Henri Bourassa et Mgr Georges Gauthier, archevêque coadjuteur de Montreal.

Le sénateur Dandurand, qui avait été l'un des lieutenants de Laurier, remporta de très gros succès personnels à la Société des Nations, à Genève. Sa dignité, son érudition et sa belle voix grave faisaient merveille, et le délégué canadien présida l'Assemblée en 1925.

Rodolphe Lemieux, son cadet de quelques années, son collègue au Sénat et membre, comme lui, des grands cercles internationaux, donna des conférences très suivies à la Sorbonne et succéda au cardinal Mercier comme membre de l'Institut de France en 1927.

Edouard Montpetit, si bel homme, si digne de tenue, si brillant orateur, et qui nous a si bien représentés dans de grands congrès internationaux à Oxford, à Gênes, à La Haye, fut à son tour invité à donner des cours sur le Canada en Sorbonne en 1925, puis à Bruxelles en 1928. L'Académie française n'admet pas de membres étrangers. Mais l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, non moins triée sur le volet, élut Montpetit parmi ses membres.

Ce n'est pas en 1965, c'est en 1923 que notre gouvernement fit circuler en France un train-exposition.

Mais j'ai nommé Mgr Gauthier. Le nom de ce prélat appelle à mon souvenir celui du cardinal Villeneuve, légat du Pape à Domrémy en 1939 (pour les fêtes de Jeanne d'Arc) et à Mexico en 1945. Les voyages occasionnés par ces très hautes missions, en France et au Mexique, prirent tournure triomphale.

Joseph-Adolphe Chapleau (1840-1898).
J'aurais dû citer les missions françaises venues dans notre province à l'occasion des congrès de la Langue française en 1912 et en 1937. Et plus encore, peut-être, l'extraordinaire mission venue pour le quatrième centenaire de la découverte du Canada, en 1934. Bon nombre d'entre nous doivent se le rappeler: jamais pareille élite n'avait traversé l'océan.

Les professions, les corps constitués - les médecins, les chambres de commerce et bien d'autres - ont organisé des voyages collectifs et des échanges de visites avec leurs homologues étrangers. Les anciens de l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales ne peuvent pas avoir oublié le splendide accueil de leurs confrères français, qui les reçurent par ces mots, en 1935: "Vous voici chez vous." Au Cercle Interallié, le plus chic de Paris, les deux groupes échangèrent leurs fanions - le fanion bleu et argent des H.E.C. de Paris contre le fanion à feuille d'érable des Montréalais - en signe d'étroite amitié. Une installation radiophonique spéciale permit aux H.E.C. de Montréal, groupés à l'Ecole de la place Viger, d'entendre le message du président de l' Association française, et aux H.E.C. de Paris, réunis dans les jardins du Cercle Interallié, d'entendre les remerciements d'Armand Viau, président de l'Union Canadienne. L'automne suivant, une délégation des H.E.C. de France rendait la visite et participait aux fêtes du vingtième anniversaire de l'Ecole montréalaise.

Notre histoire récente est parsemée de scènes aussi émouvantes. Il me faudrait vingt fois plus de place pour épuiser le sujet. Pour mentionner les succès remportés à l'étranger par des Canadiens français comme la cantatrice Albani ou le savant Frère Marie-Victorin, entre bien d'autres. Wilfrid Pelletier n'a pas attendu 1960 pour devenir chef d'orchestre du Metropolitan Opera de New York. Les "prix d'Europe" datent au moins d'Athanase David. Ni le Collège Canadien à Rome ni la Maison des Etudiants canadiens à Paris ne datent du gouvernement actuel. Et j'ai eu, bien avant 1960, le plaisir de m'arrêter au bureau de propagande de la province de Québec, en plein Rockefeller Centre, à New York.

J'ai rappelé au chapitre précédent l'essor économique pris par la province de Québec au temps du gouvernement Duplessis. Cet essor se poursuit. On répand à tort l'impression d'une accélération considérable. Nous participons à l'élan qui emporte le continent nord-américain et une bonne partie de l'Europe occidentale. Dans un pareil contexte, qui n'avance pas recule. Mais notre taux de participation fléchit. Nos progrès, plus rapides que ceux de nos voisins il y a sept ou huit ans, le sont moins aujourd'hui. Montréal était en voie de surclasser définitivement Toronto. C'est maintenant la capitale ontarienne qui rattrape la métropole québécoise. Le taux de croissance de Toronto (2,000,000 d'âmes) est de 9%; celui de Montréal (2,200,000) de 7%. La différence est encore plus accusée si l'on compare, non plus les deux grandes villes, mais l'ensemble des deux provinces. Toronto rattraperait Montréal d'ores et déjà sans les préparatifs de l'Exposition - à laquelle l'Etat fédéral et par conséquent l'ensemble du pays apportent une sérieuse contribution.

Pour une industrie dont on annonce la prochaine installation dans Québec, trois ou quatre s'établissent en Ontario. Et la grande province voisine n'est pas seule à nous devancer. La Colombie-Britannique enregistre des gains très supérieurs aux nôtres dans à peu près tous les domaines : population, investissements de capitaux, ventes au détail, revenu personnel, taux des salaires. La côte du Pacifique connaît un essor extraordinaire. Un gigantesque développement hydroélectrique est en projet sur la rivière La Paix. Le port de Vancouver rattrape le port de Montréal pour le tonnage manutentionné. Il le dépassera, selon les prévisions, d'ici trois à cinq ans. L' Alberta continue sur sa lancée. La Saskatchewan a répudié les gouvernements socialistes sous lesquels elle végétait et s'efforce, avec succès, d'attirer des industries. Un énorme projet d'exploitation des potasses y est en voie de réalisation. Le premier ministre Ross Thatcher déclare, à l'inauguration d'une nouvelle usine: "Nous voulons créer un climat des plus favorables à l'entreprise privée." Les provinces Maritimes· elles-mêmes, si longtemps léthargiques, atteignent un taux de croissance supérieur au nôtre. La Nouvelle-Ecosse s'industrialise "in a big way". Elle étudie l'utilisation éventuelle des hautes marées de la baie de Fundy - les plus puissantes du monde - pour produire une quantité considérable d'énergie électrique, moins coûteuse que l'énergie produite à l'aide des chutes d'eau. Elle a déjà son usine d'automobiles, la Volvo, qui entame le marché québécois. Une autre usine, près de Sydney, fabriquera des autos de marque japonaise. La Nouvelle-Ecosse construit la première usine d'eau lourde au Canada. Elle a construit la première fabrique de boîtes de conserves en aluminium au Canada, et en construit maintenant une deuxième. Au Nouveau-Brunswick, la Brunswick Mining and Smelting construit un énorme complexe (mines, fonderie, produits chimiques, sidérurgie) à coups de centaines de millions. Un groupe d'usines s'installe à Bathurst et des filiales à Belledune. Ce complexe, destiné à devenir une véritable puissance industrielle, est déjà partiellement en production. Jusqu'à la minuscule Île du Prince-Edouard qui ouvre des chantiers maritimes, tandis que Terre-Neuve inaugure le, grand ensemble de la Wabush Mines (235 millions), puis équipe les chutes de Hamilton.

Le ministre (fédéral) des Finances a donné des statistiques relatives à l'ensemble des provinces atlantiques, à la Chambre des communes, le 7 juin. Les investissements de fonds ont augmenté de 14 pour cent en 1964, et ce progrès est partagé par tous les secteurs de l'économie; la production minérale a, augmenté de 33 pour cent, la production de pâte à papier a réalisé une nouvelle avance de 29 pour cent, les expéditions de minerai de fer de 30 pour cent. Le chômage a diminué de 16 pour cent.

Le frère Marie-Victorin (1885-1944).
La vérité est que nous suivons le mouvement, à la queue. Il nous reste les fâcheux records que nous avons déjà énumérés, et quelques autres aussi peu flatteurs, comme le record du chômage (taux relevés par le Bureau fédéral de la Statistique en mai 1965 : 5.2 dans Québec; 3.1 en Ontario), le record des grèves, le record des faillites, le record des accidents d'automobiles, le record des taxes et le record des dettes.

Il ne s'agit pas de discréditer les efforts qui s'accomplissent aussi dans Québec. Mais on cherche à nous tromper en nous laissant croire qu'ils sont uniques au Canada et dans le monde, qu'ils n'ont pas eu de prédécesseurs et qu'ils n'ont pas d'équivalents contemporains.

Ne nous racontez pas que la province de Québec, en 1960, est sortie du néant - ou des "ténèbres du Moyen-Age'' comme aurait dit feu T.-D. Bouchard - pour entrer d'un bond dans l'ère des relations interplanétaires.

[NDLR : T-D Bouchard, surnommé le diable de Saint-Hyacinthe, fut maire puis député de cette ville. Successivement chef de l'opposition officielle (parti libéral), ministre, président d'Hydro-Québec (démis de ses fonctions par la suite car trop gênant pour le gouvernement Godbout) puis sénateur. Ouvertement franc-maçon et anti-clérical, c'est en partie à son instigation que nous devons la loi sur l'instruction obligatoire au Québec, première étape d'une mainmise du gouvernement sur la jeunesse, ainsi que de la déchristianisation du Québec.]



-Robert Rumilly, Quel monde ! Editions Actualité. 1965. Montréal. P. 80-85.

samedi 18 mai 2019

Fête de saint Jean-Baptiste 2019 à Drummondville



Tradition Québec vous invite à sa Grand-Messe de la Saint-Jean-Baptiste, le lundi 24 Juin à Drummondville.

Lieu : 1966 boulevard Saint-Joseph Ouest, Saint-Majorique. QC, J2B 8A8.

Horaire :

8h30 à 10h - Confessions.
10h - Messe catholique (rite de saint Pie V) - Abbé Damien Dutertre.
12h30-13h - Repas ailleurs à Drummondville. Apportez votre repas. L'adresse vous sera communiqué.

Pour informations : Nous joindre

mardi 14 mai 2019

La tactique des gauchiste démasquée


La tactique des gauchistes démasquée, cahier n.2 de Robert Rumilly (suite de L'infiltration gauchiste au Canada français), sera disponible dès le 17 juin 2019. Pré commandez votre copie dès aujourd'hui en visitant notre page Etsy. Les commandes passées seront donc honorées à partir du lundi 17 juin 2019.


Titre : La tactique des gauchistes démasquée.
Auteur : Robert Rumilly.
Éditeur : Les Éditions de la Vérité
Langue : français.
Taille : 10.79 x 17.46 cm.
Pages : 84.
Couverture : souple.
Date de publication : 17 juin 2019.
Prix : 12,15 $ (livraison gratuite).


Pour l'occasion, des copies du cahier n.1 L'infiltration gauchiste au Canada français seront aussi disponibles dès le 17 juin 2019. Pour en pré commander une copie, cliquez ici.

samedi 11 mai 2019

Marxisme et christianisme

Nous ne pouvons terminer cette étude sans traiter d'un problème sans cesse agité à l'heure actuelle. Comment situer réciproquement marxisme et christianisme? En particulier, un chrétien peut-il collaborer avec les marxistes dans sa lutte politico-sociale ?

Nous avons déjà indiqué que l'athéisme n'était absolument pas une pièce rapportée ou un élément adventice dans le marxisme, mais bien une des idées maîtresses, voire l'inspiration foncière du système. La chose est dite en termes fort nets par les interprètes les plus officiels de la pensée marxiste, tel A. Cornu. On peut même dire que, bien loin que la critique marxiste de la religion ne soit qu'un corollaire de la critique du libéralisme économique contenue dans Le Capital (comme le croient sottement trop de chrétiens de notre pays), c'est rigoureusement l'inverse qui est vrai : Le schéma de l'aliénation, dont l'essentiel est dû à Feuerbach et qui s'applique aux rapports entre l'homme et Dieu, est appliqué par Marx à la société capitaliste.

Nous parlions du présent problème, voici quelque temps, avec une haute personnalité romaine. Celle-ci nous déclara : « Je n'arrive pas à comprendre l'attitude de certains catholiques français, qui essaient perpétuellement de maintenir le contact avec le communisme. L'opposition totale est pourtant trop manifeste, et ceci à trois échelons : les doctrines sont entièrement antagonistes et inconciliables l'une avec l'autre. L'Eglise est intervenue à de multiples reprises pour dire ce qu'il fallait en penser, ce qui, pour un chrétien catholique devrait trancher le débat. Enfin, il y a l'épreuve des faits partout où le communisme est au pouvoir, il s'acharne à détruire la religion chrétienne ».

Ces paroles autorisées nous donnent un plan tout tracé:

1. Caractère intrinsèquement inconciliable des doctrines

Elles s'opposent en effet en ce qui concerne l'idée qu'elles se font de la réalité dans leur hiérarchie des biens et des maux : dans le but qu'elles s'assignent ; et, enfin, dans le choix des moyens.

a) Pour le chrétien (et, en général, pour le spiritualiste et l'homme religieux monothéiste) le monde matériel existe certainement : il est l'oeuvre de Dieu, et nous ne devons ni le mépriser, ni le négliger. Mais la réalité suprême, c'est Dieu et le monde spirituel beaucoup plus riche et dense que l'univers matériel. Le moindre acte de foi proclame cela et les saints en font le centre de leur vie. Pour le marxiste, seule la matière existe, la pensée n'en est qu'un effet, et tout ce qui concerne le monde spirituel est pure fantasmagorie, mystification néfaste qu'il faut extirper.

b) Pour le chrétien, le mal suprême, la seule aliénation intégrale, c'est le péché, la faute morale. Comparativement à cela, le reste est secondaire. Pour le marxiste, la notion de péché est mystifiante et irrationnelle, le mal suprême c'est la souffrance qui résulte de l'oppression sociale.

c) Pour le chrétien, il ne faut certes pas se désintéresser de la vie des hommes ici-bas, et il faut combattre l'injustice, mais enfin notre demeure ultime est aux cieux et notre espérance porte sur le Royaume de Dieu, non sur la technique et la rationalisation des moyens de production. Pour le marxiste, « notre paradis, c'est sur terre que nous le ferons » (Maurice Thorez, reprenant un mot
de Marx), le reste est chimère haïssable.

d) Pour le chrétien, il y a des moyens d'action qui sont intrinsèquement illégitimes, qu'il ne faudra jamais employer, quel qu'en puisse être le bon effet temporel (puisque le péché est le plus grand des maux). Pour le marxiste, est bon ce qui sert la cause de la révolution, est mauvais ce qui s'y oppose (38), de sorte que c'est merveille de voir les bonnes âmes s'étonner lorsque le communisme utilise des procédés tels que le mensonge, la calomnie pour déconsidérer un adversaire, les procès préfabriqués, la liquidation physique des individus ou des groupes, etc. Dans son optique, il aurait bien tort de se paralyser par un scrupulisme petit-bourgeois, puisqu'il s'agit de rendre en définitive l'homme heureux (39).

Comment dès lors un chrétien pourrait-il collaborer, même sur le plan purement pratique avec le Parti communiste? On n'arrive même pas, logiquement parlant, à comprendre comment certains ont pu le croire et persévérer encore actuellement dans cette voie (ce qui prouve que certains esprits sont capables de refuser même les évidences).

2. Condamnation formelle du communisme par l'Eglise

Ce paragraphe s'adresse essentiellement aux catholiques, mais un incroyant honnête pourra au moins comprendre pourquoi l'accord est impossible.

Pie XI (1922-1939) : « Le communisme est
intrinsèquement pervers ».
Les textes sont nombreux. Nous ne rappellerons que trois documents particulièrement caractéristiques : d'abord, l'encyclique Divini Redemptoris de Pie XI (1937) (40) qui est particulièrement sévère (« Le communisme se montre sauvage et inhumain à un degré qu'on a peine à croire, et qui tient du prodige... Le communisme est intrinsèquement pervers et l'on ne peut admettre sur aucun terrain de collaboration avec lui, de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne. Si quelques-uns, induits en erreur, coopéraient à la victoire du communisme dans leur pays, ils tomberaient les premiers, victimes de leurs égarements »).

Sur le plan pratique, le Saint-Office, dans un décret du 1er juillet 1949, porte des sanctions canoniques contre ceux qui collaboreraient avec le communisme. Une autre décision du Saint-Office est intervenue le 14 avril 1959 [NDLR : Sous Jean XXIII/Roncalli], toujours dans le même sens.

Ajoutons enfin les nombreuses condamnations de publications et de groupes progressistes par Rome, qu'il s'agisse des pays libres (« jeunesse de l'Eglise», « quinzaine », etc.) (41) ou des pays de démocratie populaire (Pologne principalement). On voit mal comment un catholique peut passer outre, en sécurité de conscience, à de telles barrières.

3. Persécutions antireligieuses

Il semble que beaucoup, sur ce point, ne soient pas au courant, ou plutôt s'évertuent à ne pas savoir. On ressasse toujours, en milieu progressiste, la formule communiste : « Nous ne voulons pas faire de martyrs », mais on la prend à contresens : elle signifie seulement qu'il ne faut pas molester ou tuer les prêtres ou les laïcs catholiques pour motif avoué d'ordre doctrinal, mais elle n'interdit pas, elle conseille même, de les disqualifier et de les liquider sous des prétextes politiques (sabotage de la réforme agraire, "activités fascistes", etc.), ce qui est toujours possible avec un parti tout-puissant
et une police omniprésente, là où le communisme est au pouvoir. Car après la prise du pouvoir, il faut liquider la religion.

En Russie, ce fut pendant des années une persécution sanglante qui coûta la vie à d'innombrables chrétiens, orthodoxes et autres. Si, sous Staline, il y eut la mise sur pied d'un « modus vivendi », il ne faut pas perdre de vue ses intentions intéressées (asservir à l'Etat soviétique ce qui s'obstinait à survivre de l'Eglise orthodoxe russe), et l'inégalité flagrante du statut qui accorde aux croyants la « liberté de pratique religieuse » (encore ne voyons-nous guère de fonctionnaires ou d'agents de l'Etat s'y risquer... ). Tandis que l'athéisme a la « liberté de propagande antireligieuse». Or, comme tout l'enseignement est aux mains de l'Etat bolchéviste, de l'école primaire aux universités, comme toutes les maisons d'édition sont également d'Etat, comme tous les journaux, revues, etc., sont d'Etat, on voit la disparité de condition : si la survivance de la religion en Russie prouve une chose, c'est le besoin d'absolu qui habite le cœur de l'homme et la puissance de l'action de Dieu, mais certainement pas la générosité du communisme !

La chose est d'ailleurs particulièrement flagrante lorsqu'il s'agit des pays de démocratie populaire (42). Sait-on, par exemple, que quatre évêques catholiques albanais sur cinq sont morts (en prison, ou fusillés) ? Qu'en Roumanie, la proportion est sensiblement la même? Quant à la Chine, les faits ont eu assez de publicité pour qu'on ne puisse tout étouffer... Et la Hongrie? Et la Tchécoslovaquie? Et la Bulgarie? Et la Pologne? Nous avons les statistiques et les noms propres sous les yeux, et nous regrettons de ne pouvoir tout transcrire (43).
Destruction de la cathédrale du Christ-Sauveur de
Moscou par le pouvoir communiste (1931).

Nous croyons n'avoir pas besoin d'insister maintenant sur l'incompatibilité absolue du marxisme-léninisme et du christianisme traditionnel. Signalons tout de même l'absolue fausseté du propos, si répandu en France en certains milieux et d'après lequel on ne doit lutter contre le communisme que par la prière et par les réformes sociales, en « faisant mieux que lui » (ce qui suppose qu'il fait bien, si cette formule de Joseph Folliet a un sens).

En réalité, il y a bien un problème urgent et réel d'amélioration des niveaux de vie, surtout pour certains pays particulièrement défavorisés, mais il y a aussi :

a) Une lutte doctrinale, qui oppose au marxisme-léninisme des constructions solides et « en dur » , non quelque gélatine pseudo-chrétienne, qu'il s'agisse de théologie, de philosophie pure ou de théorie politique. Effectivement, l'attrait du communisme sur les jeunes vient en grande partie de sa massivité affirmative et de son caractère de « système du monde » (voir début de la leçon) :

b) Un devoir strict pour les pouvoirs publics (s'ils font leur métier) de mettre un frein à la subversion, par des moyens honnêtes, mais fermes. On ne peut laisser se développer à son gré un mouvement dont le but avoué est la liquidation de toute opposition. Ou alors, c'est qu'on est masochiste (cela arrive). Nous ne sommes nullement des prédicateurs de croisade antisoviétique comme on nous en a
accusé, nous ne faisons qu 'énoncer une doctrine toute traditionnelle, rappelée par Pie XI lorsqu 'il exhortait sur ce point les Etats à la vigilance, dans les années d'avant 1939.



-Louis Jugnet, Doctrines philosophiques et système politique. Editions de Chiré. 2013. Chiré-en-Montreuil. P. 148-154.


(38) « ... Notre moralité est entièrement subordonnée aux intérêts de la lutte de classe... Notre moralité se déduit des intérêts de la lutte de classe du prolétariat » (Lénine, au III Congrès des Jeunesses Communistes, 1920).

(39) Tous les humanitaires sont pareils, de Robespierre à Lénine : ils massacrent les hommes actuels en toute sécurité de conscience afin que leurs petits-enfants (s'il en reste) nagent dans la béatitude définitive (voir là-dessus les amères ironies de Koestler, Le Zéro et l'infini) et de Camus (L'homme révolté).

(40) L'habitude de ne pas tenir compte des encycliques est fortement enracinée dans certains milieux catholiques, nous ne le savons que trop. Pourtant, cette attitude elle-même est hétérodoxe et a été condamnée plusieurs fois par l'Eglise. Surtout quand l'encyclique dont il s'agit ne fait que rappeler des principes fondamentaux de morale chrétienne ! ...

(41) Sur les sources du progressisme chrétien dans notre pays, on trouvera, mêlé a une terminologie hégélienne et à d'aigres jugements sur le thomisme, une masse imposante de matériaux dans le récent livre du P. Gaston Fessard, jésuite : De l'actualité historique, t. II : Progressisme chrétien et apostolat ouvrier (Desclée De Brouwer), qui met en cause des personnalités très en vue...

(42) Signalons en passant que la situation de l'Eglise chez Tito, suprême espoir de certains, n'est pas meilleure ...

(43) Le moins que nous puissions faire, c'est de renvoyer à deux ouvrages, pris entre beaucoup d'autres : J. Monsterleet, Les martyrs de Chine parlent (Amiot-Dumont) et P. Gherman: L'âme roumaine écartelée (Editions du Cèdre).

mardi 7 mai 2019

La philosophie religieuse des modernistes : l'agnosticisme

§ I. — Agnosticisme. 

D. — « Pour commencer par le philosophe, quelle est la doctrine que les modernistes posent comme base de leur philosophie religieuse? 
R. — « Les modernistes posent comme base de leur philosophie religieuse la doctrine appelée communément agnosticisme. »

D. — Résumez la doctrine de l'agnosticisme? 
R. — « La raison humaine, enfermée rigoureusement dans le cercle des phénomènes, c'est-à-dire des choses qui apparaissent, et telles précisément qu'elles apparaissent, n'a ni la faculté ni le droit d'en franchir les limites ; elle n'est donc pas capable de s'élever jusqu'à Dieu, non, pas même pour en connaître, par le moyen des créatures, l'existence : telle est cette doctrine. »

D. — De cette doctrine, que concluent les modernistes? 
R. — « Ils infèrent deux choses : que Dieu n'est point objet direct de science ; que Dieu n'est point un personnage historique. »

D. — « Qu'advient-il, après cela, de la théologie naturelle, des motifs de crédibilité, de la révélation extérieure ? »
R. — « Il est aisé de le comprendre. Ils les suppriment purement et simplement et les renvoient à l'intellectualisme, système, disent-ils, qui fait sourire de pitié, et dès longtemps périmé. »

D. — Se laissent-ils arrêter au moins par les condamnations de l'Eglise? 
R. — « Rien ne les arrête, pas même les condamnations dont l'Eglise a frappé ces erreurs monstrueuses. »

D. — Donnez sur ce point, à l'encontre du modernisme , la doctrine du Concile du Vatican? 
R. — « Car le Concile du Vatican a décrété ce qui suit : Si quelqu'un dit que la lumière naturelle de l'humaine raison est incapable de faire connaître avec certitude, par le moyen des choses créées, le seul et vrai Dieu, notre Créateur et Maître, qu'il soit anathème (1). Et encore : Si quelqu'un dit qu'il ne se peut faire, ou qu'il n'est pas expédient que l'homme soit instruit par révélation divine du culte à rendre à Dieu, qu'il soit anathème (2). Et enfin : Si quelqu'un dit que la révélation divine ne peut être rendue croyable par des signes extérieurs, et que ce n'est donc que par l'expérience individuelle ou par l'inspiration privée que les hommes sont mus à la foi, qu'il soit anathème (3). »

D. — « Maintenant, de l'agnosticisme qui n'est après tout qu'ignorance, comment les modernistes passent-ils à l'athéisme scientifique et historique, dont la négation fait au contraire tout le caractère ; de ce qu'ils ignorent si Dieu est intervenu dans l'histoire du genre humain, par quel artifice de raisonnement en viennent-ils à expliquer cette même histoire absolument en dehors de Dieu, qui est tenu pour n'y avoir point eu effectivement de part ? » 
R. — « Le comprenne qui pourra. Une chose, pour eux, parfaitement entendue et arrêtée, c'est que la science doit être athée, pareillement l'histoire ; nulle place, dans le champ de l'une comme de l'autre, sinon pour les phénomènes : Dieu et le divin en sont bannis. »

D. — « Quelles conséquences découlent de cette doctrine absurde, au regard de la personne sacrée du Sauveur, des mystères de sa vie et de sa mort, de sa résurrection et de son ascension glorieuse ? » 
R. — « C'est ce que nous verrons bientôt. »



-Père Jean-Baptiste Lemius, Catéchisme sur le modernisme. 1907. P. 7-9.


(1) De revel., can. I. 
(2) Ibid., can. II.  
(3) De Fide, can. III.

jeudi 2 mai 2019

Rousseau et son Contrat social

Le problème posé est celui-ci : puisque l'état social, tout en étant au fond antinaturel, est devenu inévitable, comment rationaliser en quelque sorte la société ? (comparer avec l'Emile: substituer une bonne éducation à la mauvaise).

Le texte du Contrat provient de laborieux remaniements et d'une présentation de type rationaliste et déductif, quasi-spinoziste par endroit. La clarté n'en est pas pour cela parfaite ( cf. Rousseau : « Ceux qui se vantent d'entendre le Contrat tout entier sont plus habiles que moi » ( 1). Il est dominé par le thème ou l'idée, de la Volonté générale, qui provient en partie de vues empruntées à Diderot (sans parler de sources plus anciennes, d'Althusius à Jurieu, voir leçons précédentes sur les juristes et sur Bossuet). Elle est toujours droite, et ne se trompe jamais quoiqu'on puisse la tromper (échappatoire commode pour éluder les faits gênants). Elle s'oppose aux « volontés particulières », et par là Rousseau ne veut pas tellement désigner les désirs des individus que l'intervention des « corps naturels » ou « intermédiaires » de l'Ancien Régime (provinces, corporations, Eglises, etc.). Les citoyens donnent le pouvoir à la collectivité. Celle-ci, en bloc, se choisit un gouvernement. Le livre I critique Hobbes et Grotius, essentiellement à propos de l'esclavage, et là, on peut dire que Rousseau frappe souvent juste. Mais c'est aux livres II et suivants que sa philosophie politique propre s'étale vraiment, dirons-nous, en tout ce qu'elle a de mystifiant...

Le souverain et les sujets sont le même corps de citoyens, considéré sous deux aspects : comme législateur (en tant qu'ensemble) et comme sujet (chacun isolément). Pas de parlementarisme, régime corrompu et corrupteur (on pourrait tirer de Rousseau un florilège de textes antiparlementaires...) mais consultation populaire directe (référendum), d'où hostilité aux trop grands Etats, où Rousseau croit la chose irréalisable.

Rousseau déteste la monarchie, et, en le lisant, on a l'impression d'une gageure, car il utilise contre elle des arguments qui sont comme le négatif de ceux qu' emploient, pour la justifier, les auteurs monarchistes. La monarchie est un régime instable et manquant de continuité, au contraire des régimes républicains (? !). Que pour Rousseau, la « multitude », comme disent les auteurs classiques, soit source de la souveraineté, c'est bien certain. Mais est-elle aussi le critère de la distinction du bien et du mal ? Certains auteurs - en général favorables à Rousseau - disent que non, qu'il met au-dessus du consentement populaire des valeurs immuables et absolues. D'autres, tel Maritain, dans Trois réformateurs (Plon, éditeur, ouvrage que nous ne saurions assez recommander), pensent le contraire.

Comme nous l'avons dit précédemment (leçon XII), Rousseau rejette la séparation des pouvoirs. La souveraineté est unitaire.

En matière de religion, il faudra enlever à l'individu tout ce qui pourrait le dresser contre l'Etat (comparer avec Platon, leçon II). Rousseau est fortement hostile au catholicisme, non seulement pour des raisons philosophiques mais pour ce motif politique : le catholique n'est jamais un citoyen « à cent pour cent ». Il n'est pas non plus protestant, malgré ses sympathies pour les implications révolutionnaires de la Réforme (voir leçon sur celle-ci). Il tolère un vague christianisme « moraliste », rhétorique, humanitaire, sans dogmes précis, mais, pour son compte, il est déiste : il faut croire en Dieu, en son action sur le monde, à la vie future, à la sainteté de la loi civile. Mais Rousseau tient tellement à ce Credo minimum (et ici, comme sur beaucoup d'autres points essentiels, Robespierre sera son très fidèle interprète), que l'athée sera, s'il persévère, emprisonné, voire totalement éliminé (Contrat, 1. IV, ch. VIII).

DISCUSSION :

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778).
La pensée de Rousseau, nous paraît, disons-le, sophistique et extrêmement nocive.

1 ° Si l'on met l'accent sur le consentement libre de l'individu, on dira que chacun doit pouvoir, en Discours, avec tous les inconvénients que comportent l'individualisme libéral et l'anarchisme pur (voir leçon sur Maurras et article « Rousseau » de celui-ci dans son Dictionnaire politique et critique). C'est une conception essentiellement négative, et destructrice des valeurs sociales. bonne logique, rompre le pacte social à tout instant. On arrive alors à une interprétation anarchiste, qui rejoint la doctrine des

2° Si l'on met l'accent sur la volonté générale prise en bloc, sorte d'abstraction réalisée, on arrive à des conclusions étonnantes, et, selon nous, inacceptables encore :

A. La volonté générale devrait, en principe, être celle de l'unanimité du corps social. Mais ceci est irréalisable en fait, et Rousseau le sait fort bien. Dès lors, c'est la majorité numérique qui sera censée représenter la volonté générale. On rencontre alors deux difficultés :

a) qu'est-ce qui nous garantit (à part une « foi » démocratique qui soulève les montagnes...) qu'elle incarne plus réellement le bon sens et le jugement droit que la minorité, surtout quand on ne professe pas un radical optimisme sur la lucidité et la bonté de l'homme.

b) que devra faire la minorité ? Rousseau n'hésite pas : non seulement elle devra s'incliner devant le verdict de la majorité, au for externe, mais elle devra, au for interne, se ranger à cet avis, l'accepter comme fictivement et absolument bon. Elle devra, pourrions-nous dire, faire son autocritique et, si l'on vote à nouveau, voter comme la majorité l'a indiqué. Et si quelqu'un regimbe? Alors, c'est Rousseau qui nous le dit, le récalcitrant sera « forcé d'être libre »...

RÉSULTAT : ON AURA UN TOTALITARISME POLITIQUE.

Rousseau engendre logiquement Saint-Just et Robespierre, lorsque celui-ci déclare : « le gouvernement de la République, c'est le despotisme de la liberté (sic) contre celui de la tyrannie ». On peut donc dire que Rousseau est une des sources indiscutables des pouvoirs totalitaires modernes, de Napoléon aux dictateurs de nos jours. Et, en particulier, par l'intermédiaire de Fichte son idée du« peuple» et de ... celui qui l'incarne a contribué à la naissance et au développement du pangermanisme (constatation fort utile à faire, mais qui gênera sans doute certains admirateurs inconditionnels des « grands ancêtres » et des « immortels principes» ...).

B. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Les théoriciens et les hommes politiques de la démocratie craignent vivement que même la majorité des suffrages ne leur soit pas toujours acquise. Et, de fait, ils ont bien raison (que l'on songe à la proportion - arithmétique- ment ridicule - de Français qui étaient réellement partisans de la Convention et qui votèrent en ce sens ! ...) Aussi les sectateurs de Rousseau, sur le plan juridique, en arrivent-ils à des aveux dépouillés d'artifice.

« On conçoit, après cela, l'attrait de la doctrine léniniste : 
aux chefs socialistes il ouvre la perspective d'un pouvoir indéfini, 
sans limites et sans contrôle, tandis qu'il fait briller aux yeux 
des classes ouvrières le mirage de la terre promise. »
Un des grands républicains du siècle dernier, Arthur Ranc, tourné vers la droite de l'assemblée s'écriait assez ingénument : « Si vous êtes une infime minorité, nous vous mépriserons (2) ; si vous êtes une forte minorité, nous vous invaliderons ; si vous êtes la majorité, nous prendrons le fusil et nous descendrons dans la rue (3) ». Plus doctoral, un éminent juriste de la célèbre « Ligue des Droits de l'Homme » écrit : « La volonté de la majorité n'est pas une catégorie absolue ... dans un grand nombre de cas, les" délibérations du peuple" n'ont pas de valeur pour la conscience juridique de la démocratie... Le fait majoritaire n'est pas un facteur décisif pour l'éthique démocratique. A l'inverse, le défaut de majorité arithmétique n'enlève pas son caractère démocratique à la France de la Convention ... La Convention nationale représente-t-elle la majorité des électeurs français en 1792? Non, bien sûr ... les Citoyens "pensants et agissants" n'étaient qu'une infime minorité. Lorsqu'un pays vote librement (le mot est souligné par l'auteur de l'article) contre la liberté, ce choix, sur le plan moral et institutionnel, est illégal (Mirkine-Guetzévitch, Revue philosophique, juillet-septembre 1952, pp. 448-449). Tout commentaire nous parait superflu ...

Concluons donc: c'est pour s'être politiquement inspirée de Rousseau que la France oscille depuis la Révolution, entre l'anarchie et le despotisme césarien.

Sur le plan religieux, l'idéologie de Rousseau et son héritier le jacobinisme, sont aussi profondément opposés au christianisme que le matérialisme marxiste (4). Contre la cécité de certains chrétiens qui ne se contentent pas de défendre la démocratie (ce qui sur le plan institutionnel est leur droit) mais qui nous ressassent malgré toutes les encycliques, « l'origine évangélique de la Révolution française », il faudrait faire un tableau synoptique détaillant la signification chrétienne des mots « liberté, égalité, fraternité» et le sens qu'ils ont pour la pensée révolutionnaire des XVIIIe et XIXe siècles, on s'apercevrait très vite du contraste. La chose est d'ailleurs soulignée avec une parfaite lucidité par des incroyants comme Albert Camus (on lira surtout le texte intitulé « Les Régicides » dans L'homme révolté, pp. 143-168) et comme André Malraux, qui a plus d'une fois soutenu que, si la révolution ne peut effectivement se concevoir sans le christianisme, c'est en tant qu'elle en est précisément le contre-pied, et comme le négatif métaphysique.



-Louis Jugnet, Doctrines philosophiques et système politique. Editions de Chiré. 2013. Chiré-en-Montreuil. P. 79-84.


(1) Rousseau a, de temps en temps du moins, de ces aveux d'une charmante naïveté. Comme un hobereau lui présente son fils « élevé selon les principes de l'Emile », Jean-Jacques s'écrie : « tant pis pour vous, Monsieur, et tant pis pour votre fils ! » ...

(2) On notera ce mépris de la personne et des idées de l'adversaire, dès qu'il ne représente pas une masse au sens mécanique...

(3) Effectivement, aucune de nos républiques n'est sortie d'un pacte pacifique, mais toujours de l'émeute et de l'insurrection armée...

( 4) Il serait intéressant (nous l'avons fait ailleurs) de comparer en détail jacobinisme et marxisme : la grande différence entre les deux, c'est que le jacobinisme issu de Rousseau est un rationalisme abstrait, statique, formel, à la différence de la dialectique évolutive et matérialisme du marxisme. Mais - outre l'utilisation méthodique de la violence pour éliminer toute opposition- les ressemblances sont profondes, qu'il s'agisse de l'opposition farouche, irréductible, au catholicisme, dans un cas comme dans l'autre (rejet du sacré, de la transcendance, etc, ...) et même du collectivisme. Car enfin, Rousseau estime que c'est l'Etat qui est juge de ce que nous pouvons posséder, et la Révolution française connut une forte poussée collectiviste (voir Gaxotte, La Révolution française, ch. XII).