samedi 18 mai 2019

Fête de saint Jean-Baptiste 2019 à Drummondville



Tradition Québec vous invite à sa Grand-Messe de la Saint-Jean-Baptiste, le lundi 24 Juin à Drummondville.

Lieu : 1966 boulevard Saint-Joseph Ouest, Saint-Majorique. QC, J2B 8A8.

Horaire :

8h30 à 10h - Confessions.
10h - Messe catholique (rite de saint Pie V) - Abbé Damien Dutertre.
12h30-13h - Repas ailleurs à Drummondville. Apportez votre repas. L'adresse vous sera communiqué.

Pour informations : Nous joindre

mardi 14 mai 2019

La tactique des gauchiste démasquée


La tactique des gauchistes démasquée, cahier n.2 de Robert Rumilly (suite de L'infiltration gauchiste au Canada français), sera disponible dès le 17 juin 2019. Pré commandez votre copie dès aujourd'hui en visitant notre page Etsy. Les commandes passées seront donc honorées à partir du lundi 17 juin 2019.


Titre : La tactique des gauchistes démasquée.
Auteur : Robert Rumilly.
Éditeur : Les Éditions de la Vérité
Langue : français.
Taille : 10.79 x 17.46 cm.
Pages : 84.
Couverture : souple.
Date de publication : 17 juin 2019.
Prix : 12,15 $ (livraison gratuite).


Pour l'occasion, des copies du cahier n.1 L'infiltration gauchiste au Canada français seront aussi disponibles dès le 17 juin 2019. Pour en pré commander une copie, cliquez ici.

samedi 11 mai 2019

Marxisme et christianisme

Nous ne pouvons terminer cette étude sans traiter d'un problème sans cesse agité à l'heure actuelle. Comment situer réciproquement marxisme et christianisme? En particulier, un chrétien peut-il collaborer avec les marxistes dans sa lutte politico-sociale ?

Nous avons déjà indiqué que l'athéisme n'était absolument pas une pièce rapportée ou un élément adventice dans le marxisme, mais bien une des idées maîtresses, voire l'inspiration foncière du système. La chose est dite en termes fort nets par les interprètes les plus officiels de la pensée marxiste, tel A. Cornu. On peut même dire que, bien loin que la critique marxiste de la religion ne soit qu'un corollaire de la critique du libéralisme économique contenue dans Le Capital (comme le croient sottement trop de chrétiens de notre pays), c'est rigoureusement l'inverse qui est vrai : Le schéma de l'aliénation, dont l'essentiel est dû à Feuerbach et qui s'applique aux rapports entre l'homme et Dieu, est appliqué par Marx à la société capitaliste.

Nous parlions du présent problème, voici quelque temps, avec une haute personnalité romaine. Celle-ci nous déclara : « Je n'arrive pas à comprendre l'attitude de certains catholiques français, qui essaient perpétuellement de maintenir le contact avec le communisme. L'opposition totale est pourtant trop manifeste, et ceci à trois échelons : les doctrines sont entièrement antagonistes et inconciliables l'une avec l'autre. L'Eglise est intervenue à de multiples reprises pour dire ce qu'il fallait en penser, ce qui, pour un chrétien catholique devrait trancher le débat. Enfin, il y a l'épreuve des faits partout où le communisme est au pouvoir, il s'acharne à détruire la religion chrétienne ».

Ces paroles autorisées nous donnent un plan tout tracé:

1. Caractère intrinsèquement inconciliable des doctrines

Elles s'opposent en effet en ce qui concerne l'idée qu'elles se font de la réalité dans leur hiérarchie des biens et des maux : dans le but qu'elles s'assignent ; et, enfin, dans le choix des moyens.

a) Pour le chrétien (et, en général, pour le spiritualiste et l'homme religieux monothéiste) le monde matériel existe certainement : il est l'oeuvre de Dieu, et nous ne devons ni le mépriser, ni le négliger. Mais la réalité suprême, c'est Dieu et le monde spirituel beaucoup plus riche et dense que l'univers matériel. Le moindre acte de foi proclame cela et les saints en font le centre de leur vie. Pour le marxiste, seule la matière existe, la pensée n'en est qu'un effet, et tout ce qui concerne le monde spirituel est pure fantasmagorie, mystification néfaste qu'il faut extirper.

b) Pour le chrétien, le mal suprême, la seule aliénation intégrale, c'est le péché, la faute morale. Comparativement à cela, le reste est secondaire. Pour le marxiste, la notion de péché est mystifiante et irrationnelle, le mal suprême c'est la souffrance qui résulte de l'oppression sociale.

c) Pour le chrétien, il ne faut certes pas se désintéresser de la vie des hommes ici-bas, et il faut combattre l'injustice, mais enfin notre demeure ultime est aux cieux et notre espérance porte sur le Royaume de Dieu, non sur la technique et la rationalisation des moyens de production. Pour le marxiste, « notre paradis, c'est sur terre que nous le ferons » (Maurice Thorez, reprenant un mot
de Marx), le reste est chimère haïssable.

d) Pour le chrétien, il y a des moyens d'action qui sont intrinsèquement illégitimes, qu'il ne faudra jamais employer, quel qu'en puisse être le bon effet temporel (puisque le péché est le plus grand des maux). Pour le marxiste, est bon ce qui sert la cause de la révolution, est mauvais ce qui s'y oppose (38), de sorte que c'est merveille de voir les bonnes âmes s'étonner lorsque le communisme utilise des procédés tels que le mensonge, la calomnie pour déconsidérer un adversaire, les procès préfabriqués, la liquidation physique des individus ou des groupes, etc. Dans son optique, il aurait bien tort de se paralyser par un scrupulisme petit-bourgeois, puisqu'il s'agit de rendre en définitive l'homme heureux (39).

Comment dès lors un chrétien pourrait-il collaborer, même sur le plan purement pratique avec le Parti communiste? On n'arrive même pas, logiquement parlant, à comprendre comment certains ont pu le croire et persévérer encore actuellement dans cette voie (ce qui prouve que certains esprits sont capables de refuser même les évidences).

2. Condamnation formelle du communisme par l'Eglise

Ce paragraphe s'adresse essentiellement aux catholiques, mais un incroyant honnête pourra au moins comprendre pourquoi l'accord est impossible.

Pie XI (1922-1939) : « Le communisme est
intrinsèquement pervers ».
Les textes sont nombreux. Nous ne rappellerons que trois documents particulièrement caractéristiques : d'abord, l'encyclique Divini Redemptoris de Pie XI (1937) (40) qui est particulièrement sévère (« Le communisme se montre sauvage et inhumain à un degré qu'on a peine à croire, et qui tient du prodige... Le communisme est intrinsèquement pervers et l'on ne peut admettre sur aucun terrain de collaboration avec lui, de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne. Si quelques-uns, induits en erreur, coopéraient à la victoire du communisme dans leur pays, ils tomberaient les premiers, victimes de leurs égarements »).

Sur le plan pratique, le Saint-Office, dans un décret du 1er juillet 1949, porte des sanctions canoniques contre ceux qui collaboreraient avec le communisme. Une autre décision du Saint-Office est intervenue le 14 avril 1959 [NDLR : Sous Jean XXIII/Roncalli], toujours dans le même sens.

Ajoutons enfin les nombreuses condamnations de publications et de groupes progressistes par Rome, qu'il s'agisse des pays libres (« jeunesse de l'Eglise», « quinzaine », etc.) (41) ou des pays de démocratie populaire (Pologne principalement). On voit mal comment un catholique peut passer outre, en sécurité de conscience, à de telles barrières.

3. Persécutions antireligieuses

Il semble que beaucoup, sur ce point, ne soient pas au courant, ou plutôt s'évertuent à ne pas savoir. On ressasse toujours, en milieu progressiste, la formule communiste : « Nous ne voulons pas faire de martyrs », mais on la prend à contresens : elle signifie seulement qu'il ne faut pas molester ou tuer les prêtres ou les laïcs catholiques pour motif avoué d'ordre doctrinal, mais elle n'interdit pas, elle conseille même, de les disqualifier et de les liquider sous des prétextes politiques (sabotage de la réforme agraire, "activités fascistes", etc.), ce qui est toujours possible avec un parti tout-puissant
et une police omniprésente, là où le communisme est au pouvoir. Car après la prise du pouvoir, il faut liquider la religion.

En Russie, ce fut pendant des années une persécution sanglante qui coûta la vie à d'innombrables chrétiens, orthodoxes et autres. Si, sous Staline, il y eut la mise sur pied d'un « modus vivendi », il ne faut pas perdre de vue ses intentions intéressées (asservir à l'Etat soviétique ce qui s'obstinait à survivre de l'Eglise orthodoxe russe), et l'inégalité flagrante du statut qui accorde aux croyants la « liberté de pratique religieuse » (encore ne voyons-nous guère de fonctionnaires ou d'agents de l'Etat s'y risquer... ). Tandis que l'athéisme a la « liberté de propagande antireligieuse». Or, comme tout l'enseignement est aux mains de l'Etat bolchéviste, de l'école primaire aux universités, comme toutes les maisons d'édition sont également d'Etat, comme tous les journaux, revues, etc., sont d'Etat, on voit la disparité de condition : si la survivance de la religion en Russie prouve une chose, c'est le besoin d'absolu qui habite le cœur de l'homme et la puissance de l'action de Dieu, mais certainement pas la générosité du communisme !

La chose est d'ailleurs particulièrement flagrante lorsqu'il s'agit des pays de démocratie populaire (42). Sait-on, par exemple, que quatre évêques catholiques albanais sur cinq sont morts (en prison, ou fusillés) ? Qu'en Roumanie, la proportion est sensiblement la même? Quant à la Chine, les faits ont eu assez de publicité pour qu'on ne puisse tout étouffer... Et la Hongrie? Et la Tchécoslovaquie? Et la Bulgarie? Et la Pologne? Nous avons les statistiques et les noms propres sous les yeux, et nous regrettons de ne pouvoir tout transcrire (43).
Destruction de la cathédrale du Christ-Sauveur de
Moscou par le pouvoir communiste (1931).

Nous croyons n'avoir pas besoin d'insister maintenant sur l'incompatibilité absolue du marxisme-léninisme et du christianisme traditionnel. Signalons tout de même l'absolue fausseté du propos, si répandu en France en certains milieux et d'après lequel on ne doit lutter contre le communisme que par la prière et par les réformes sociales, en « faisant mieux que lui » (ce qui suppose qu'il fait bien, si cette formule de Joseph Folliet a un sens).

En réalité, il y a bien un problème urgent et réel d'amélioration des niveaux de vie, surtout pour certains pays particulièrement défavorisés, mais il y a aussi :

a) Une lutte doctrinale, qui oppose au marxisme-léninisme des constructions solides et « en dur » , non quelque gélatine pseudo-chrétienne, qu'il s'agisse de théologie, de philosophie pure ou de théorie politique. Effectivement, l'attrait du communisme sur les jeunes vient en grande partie de sa massivité affirmative et de son caractère de « système du monde » (voir début de la leçon) :

b) Un devoir strict pour les pouvoirs publics (s'ils font leur métier) de mettre un frein à la subversion, par des moyens honnêtes, mais fermes. On ne peut laisser se développer à son gré un mouvement dont le but avoué est la liquidation de toute opposition. Ou alors, c'est qu'on est masochiste (cela arrive). Nous ne sommes nullement des prédicateurs de croisade antisoviétique comme on nous en a
accusé, nous ne faisons qu 'énoncer une doctrine toute traditionnelle, rappelée par Pie XI lorsqu 'il exhortait sur ce point les Etats à la vigilance, dans les années d'avant 1939.



-Louis Jugnet, Doctrines philosophiques et système politique. Editions de Chiré. 2013. Chiré-en-Montreuil. P. 148-154.


(38) « ... Notre moralité est entièrement subordonnée aux intérêts de la lutte de classe... Notre moralité se déduit des intérêts de la lutte de classe du prolétariat » (Lénine, au III Congrès des Jeunesses Communistes, 1920).

(39) Tous les humanitaires sont pareils, de Robespierre à Lénine : ils massacrent les hommes actuels en toute sécurité de conscience afin que leurs petits-enfants (s'il en reste) nagent dans la béatitude définitive (voir là-dessus les amères ironies de Koestler, Le Zéro et l'infini) et de Camus (L'homme révolté).

(40) L'habitude de ne pas tenir compte des encycliques est fortement enracinée dans certains milieux catholiques, nous ne le savons que trop. Pourtant, cette attitude elle-même est hétérodoxe et a été condamnée plusieurs fois par l'Eglise. Surtout quand l'encyclique dont il s'agit ne fait que rappeler des principes fondamentaux de morale chrétienne ! ...

(41) Sur les sources du progressisme chrétien dans notre pays, on trouvera, mêlé a une terminologie hégélienne et à d'aigres jugements sur le thomisme, une masse imposante de matériaux dans le récent livre du P. Gaston Fessard, jésuite : De l'actualité historique, t. II : Progressisme chrétien et apostolat ouvrier (Desclée De Brouwer), qui met en cause des personnalités très en vue...

(42) Signalons en passant que la situation de l'Eglise chez Tito, suprême espoir de certains, n'est pas meilleure ...

(43) Le moins que nous puissions faire, c'est de renvoyer à deux ouvrages, pris entre beaucoup d'autres : J. Monsterleet, Les martyrs de Chine parlent (Amiot-Dumont) et P. Gherman: L'âme roumaine écartelée (Editions du Cèdre).

mardi 7 mai 2019

La philosophie religieuse des modernistes : l'agnosticisme

§ I. — Agnosticisme. 

D. — « Pour commencer par le philosophe, quelle est la doctrine que les modernistes posent comme base de leur philosophie religieuse? 
R. — « Les modernistes posent comme base de leur philosophie religieuse la doctrine appelée communément agnosticisme. »

D. — Résumez la doctrine de l'agnosticisme? 
R. — « La raison humaine, enfermée rigoureusement dans le cercle des phénomènes, c'est-à-dire des choses qui apparaissent, et telles précisément qu'elles apparaissent, n'a ni la faculté ni le droit d'en franchir les limites ; elle n'est donc pas capable de s'élever jusqu'à Dieu, non, pas même pour en connaître, par le moyen des créatures, l'existence : telle est cette doctrine. »

D. — De cette doctrine, que concluent les modernistes? 
R. — « Ils infèrent deux choses : que Dieu n'est point objet direct de science ; que Dieu n'est point un personnage historique. »

D. — « Qu'advient-il, après cela, de la théologie naturelle, des motifs de crédibilité, de la révélation extérieure ? »
R. — « Il est aisé de le comprendre. Ils les suppriment purement et simplement et les renvoient à l'intellectualisme, système, disent-ils, qui fait sourire de pitié, et dès longtemps périmé. »

D. — Se laissent-ils arrêter au moins par les condamnations de l'Eglise? 
R. — « Rien ne les arrête, pas même les condamnations dont l'Eglise a frappé ces erreurs monstrueuses. »

D. — Donnez sur ce point, à l'encontre du modernisme , la doctrine du Concile du Vatican? 
R. — « Car le Concile du Vatican a décrété ce qui suit : Si quelqu'un dit que la lumière naturelle de l'humaine raison est incapable de faire connaître avec certitude, par le moyen des choses créées, le seul et vrai Dieu, notre Créateur et Maître, qu'il soit anathème (1). Et encore : Si quelqu'un dit qu'il ne se peut faire, ou qu'il n'est pas expédient que l'homme soit instruit par révélation divine du culte à rendre à Dieu, qu'il soit anathème (2). Et enfin : Si quelqu'un dit que la révélation divine ne peut être rendue croyable par des signes extérieurs, et que ce n'est donc que par l'expérience individuelle ou par l'inspiration privée que les hommes sont mus à la foi, qu'il soit anathème (3). »

D. — « Maintenant, de l'agnosticisme qui n'est après tout qu'ignorance, comment les modernistes passent-ils à l'athéisme scientifique et historique, dont la négation fait au contraire tout le caractère ; de ce qu'ils ignorent si Dieu est intervenu dans l'histoire du genre humain, par quel artifice de raisonnement en viennent-ils à expliquer cette même histoire absolument en dehors de Dieu, qui est tenu pour n'y avoir point eu effectivement de part ? » 
R. — « Le comprenne qui pourra. Une chose, pour eux, parfaitement entendue et arrêtée, c'est que la science doit être athée, pareillement l'histoire ; nulle place, dans le champ de l'une comme de l'autre, sinon pour les phénomènes : Dieu et le divin en sont bannis. »

D. — « Quelles conséquences découlent de cette doctrine absurde, au regard de la personne sacrée du Sauveur, des mystères de sa vie et de sa mort, de sa résurrection et de son ascension glorieuse ? » 
R. — « C'est ce que nous verrons bientôt. »



-Père Jean-Baptiste Lemius, Catéchisme sur le modernisme. 1907. P. 7-9.


(1) De revel., can. I. 
(2) Ibid., can. II.  
(3) De Fide, can. III.

jeudi 2 mai 2019

Rousseau et son Contrat social

Le problème posé est celui-ci : puisque l'état social, tout en étant au fond antinaturel, est devenu inévitable, comment rationaliser en quelque sorte la société ? (comparer avec l'Emile: substituer une bonne éducation à la mauvaise).

Le texte du Contrat provient de laborieux remaniements et d'une présentation de type rationaliste et déductif, quasi-spinoziste par endroit. La clarté n'en est pas pour cela parfaite ( cf. Rousseau : « Ceux qui se vantent d'entendre le Contrat tout entier sont plus habiles que moi » ( 1). Il est dominé par le thème ou l'idée, de la Volonté générale, qui provient en partie de vues empruntées à Diderot (sans parler de sources plus anciennes, d'Althusius à Jurieu, voir leçons précédentes sur les juristes et sur Bossuet). Elle est toujours droite, et ne se trompe jamais quoiqu'on puisse la tromper (échappatoire commode pour éluder les faits gênants). Elle s'oppose aux « volontés particulières », et par là Rousseau ne veut pas tellement désigner les désirs des individus que l'intervention des « corps naturels » ou « intermédiaires » de l'Ancien Régime (provinces, corporations, Eglises, etc.). Les citoyens donnent le pouvoir à la collectivité. Celle-ci, en bloc, se choisit un gouvernement. Le livre I critique Hobbes et Grotius, essentiellement à propos de l'esclavage, et là, on peut dire que Rousseau frappe souvent juste. Mais c'est aux livres II et suivants que sa philosophie politique propre s'étale vraiment, dirons-nous, en tout ce qu'elle a de mystifiant...

Le souverain et les sujets sont le même corps de citoyens, considéré sous deux aspects : comme législateur (en tant qu'ensemble) et comme sujet (chacun isolément). Pas de parlementarisme, régime corrompu et corrupteur (on pourrait tirer de Rousseau un florilège de textes antiparlementaires...) mais consultation populaire directe (référendum), d'où hostilité aux trop grands Etats, où Rousseau croit la chose irréalisable.

Rousseau déteste la monarchie, et, en le lisant, on a l'impression d'une gageure, car il utilise contre elle des arguments qui sont comme le négatif de ceux qu' emploient, pour la justifier, les auteurs monarchistes. La monarchie est un régime instable et manquant de continuité, au contraire des régimes républicains (? !). Que pour Rousseau, la « multitude », comme disent les auteurs classiques, soit source de la souveraineté, c'est bien certain. Mais est-elle aussi le critère de la distinction du bien et du mal ? Certains auteurs - en général favorables à Rousseau - disent que non, qu'il met au-dessus du consentement populaire des valeurs immuables et absolues. D'autres, tel Maritain, dans Trois réformateurs (Plon, éditeur, ouvrage que nous ne saurions assez recommander), pensent le contraire.

Comme nous l'avons dit précédemment (leçon XII), Rousseau rejette la séparation des pouvoirs. La souveraineté est unitaire.

En matière de religion, il faudra enlever à l'individu tout ce qui pourrait le dresser contre l'Etat (comparer avec Platon, leçon II). Rousseau est fortement hostile au catholicisme, non seulement pour des raisons philosophiques mais pour ce motif politique : le catholique n'est jamais un citoyen « à cent pour cent ». Il n'est pas non plus protestant, malgré ses sympathies pour les implications révolutionnaires de la Réforme (voir leçon sur celle-ci). Il tolère un vague christianisme « moraliste », rhétorique, humanitaire, sans dogmes précis, mais, pour son compte, il est déiste : il faut croire en Dieu, en son action sur le monde, à la vie future, à la sainteté de la loi civile. Mais Rousseau tient tellement à ce Credo minimum (et ici, comme sur beaucoup d'autres points essentiels, Robespierre sera son très fidèle interprète), que l'athée sera, s'il persévère, emprisonné, voire totalement éliminé (Contrat, 1. IV, ch. VIII).

DISCUSSION :

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778).
La pensée de Rousseau, nous paraît, disons-le, sophistique et extrêmement nocive.

1 ° Si l'on met l'accent sur le consentement libre de l'individu, on dira que chacun doit pouvoir, en Discours, avec tous les inconvénients que comportent l'individualisme libéral et l'anarchisme pur (voir leçon sur Maurras et article « Rousseau » de celui-ci dans son Dictionnaire politique et critique). C'est une conception essentiellement négative, et destructrice des valeurs sociales. bonne logique, rompre le pacte social à tout instant. On arrive alors à une interprétation anarchiste, qui rejoint la doctrine des

2° Si l'on met l'accent sur la volonté générale prise en bloc, sorte d'abstraction réalisée, on arrive à des conclusions étonnantes, et, selon nous, inacceptables encore :

A. La volonté générale devrait, en principe, être celle de l'unanimité du corps social. Mais ceci est irréalisable en fait, et Rousseau le sait fort bien. Dès lors, c'est la majorité numérique qui sera censée représenter la volonté générale. On rencontre alors deux difficultés :

a) qu'est-ce qui nous garantit (à part une « foi » démocratique qui soulève les montagnes...) qu'elle incarne plus réellement le bon sens et le jugement droit que la minorité, surtout quand on ne professe pas un radical optimisme sur la lucidité et la bonté de l'homme.

b) que devra faire la minorité ? Rousseau n'hésite pas : non seulement elle devra s'incliner devant le verdict de la majorité, au for externe, mais elle devra, au for interne, se ranger à cet avis, l'accepter comme fictivement et absolument bon. Elle devra, pourrions-nous dire, faire son autocritique et, si l'on vote à nouveau, voter comme la majorité l'a indiqué. Et si quelqu'un regimbe? Alors, c'est Rousseau qui nous le dit, le récalcitrant sera « forcé d'être libre »...

RÉSULTAT : ON AURA UN TOTALITARISME POLITIQUE.

Rousseau engendre logiquement Saint-Just et Robespierre, lorsque celui-ci déclare : « le gouvernement de la République, c'est le despotisme de la liberté (sic) contre celui de la tyrannie ». On peut donc dire que Rousseau est une des sources indiscutables des pouvoirs totalitaires modernes, de Napoléon aux dictateurs de nos jours. Et, en particulier, par l'intermédiaire de Fichte son idée du« peuple» et de ... celui qui l'incarne a contribué à la naissance et au développement du pangermanisme (constatation fort utile à faire, mais qui gênera sans doute certains admirateurs inconditionnels des « grands ancêtres » et des « immortels principes» ...).

B. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Les théoriciens et les hommes politiques de la démocratie craignent vivement que même la majorité des suffrages ne leur soit pas toujours acquise. Et, de fait, ils ont bien raison (que l'on songe à la proportion - arithmétique- ment ridicule - de Français qui étaient réellement partisans de la Convention et qui votèrent en ce sens ! ...) Aussi les sectateurs de Rousseau, sur le plan juridique, en arrivent-ils à des aveux dépouillés d'artifice.

« On conçoit, après cela, l'attrait de la doctrine léniniste : 
aux chefs socialistes il ouvre la perspective d'un pouvoir indéfini, 
sans limites et sans contrôle, tandis qu'il fait briller aux yeux 
des classes ouvrières le mirage de la terre promise. »
Un des grands républicains du siècle dernier, Arthur Ranc, tourné vers la droite de l'assemblée s'écriait assez ingénument : « Si vous êtes une infime minorité, nous vous mépriserons (2) ; si vous êtes une forte minorité, nous vous invaliderons ; si vous êtes la majorité, nous prendrons le fusil et nous descendrons dans la rue (3) ». Plus doctoral, un éminent juriste de la célèbre « Ligue des Droits de l'Homme » écrit : « La volonté de la majorité n'est pas une catégorie absolue ... dans un grand nombre de cas, les" délibérations du peuple" n'ont pas de valeur pour la conscience juridique de la démocratie... Le fait majoritaire n'est pas un facteur décisif pour l'éthique démocratique. A l'inverse, le défaut de majorité arithmétique n'enlève pas son caractère démocratique à la France de la Convention ... La Convention nationale représente-t-elle la majorité des électeurs français en 1792? Non, bien sûr ... les Citoyens "pensants et agissants" n'étaient qu'une infime minorité. Lorsqu'un pays vote librement (le mot est souligné par l'auteur de l'article) contre la liberté, ce choix, sur le plan moral et institutionnel, est illégal (Mirkine-Guetzévitch, Revue philosophique, juillet-septembre 1952, pp. 448-449). Tout commentaire nous parait superflu ...

Concluons donc: c'est pour s'être politiquement inspirée de Rousseau que la France oscille depuis la Révolution, entre l'anarchie et le despotisme césarien.

Sur le plan religieux, l'idéologie de Rousseau et son héritier le jacobinisme, sont aussi profondément opposés au christianisme que le matérialisme marxiste (4). Contre la cécité de certains chrétiens qui ne se contentent pas de défendre la démocratie (ce qui sur le plan institutionnel est leur droit) mais qui nous ressassent malgré toutes les encycliques, « l'origine évangélique de la Révolution française », il faudrait faire un tableau synoptique détaillant la signification chrétienne des mots « liberté, égalité, fraternité» et le sens qu'ils ont pour la pensée révolutionnaire des XVIIIe et XIXe siècles, on s'apercevrait très vite du contraste. La chose est d'ailleurs soulignée avec une parfaite lucidité par des incroyants comme Albert Camus (on lira surtout le texte intitulé « Les Régicides » dans L'homme révolté, pp. 143-168) et comme André Malraux, qui a plus d'une fois soutenu que, si la révolution ne peut effectivement se concevoir sans le christianisme, c'est en tant qu'elle en est précisément le contre-pied, et comme le négatif métaphysique.



-Louis Jugnet, Doctrines philosophiques et système politique. Editions de Chiré. 2013. Chiré-en-Montreuil. P. 79-84.


(1) Rousseau a, de temps en temps du moins, de ces aveux d'une charmante naïveté. Comme un hobereau lui présente son fils « élevé selon les principes de l'Emile », Jean-Jacques s'écrie : « tant pis pour vous, Monsieur, et tant pis pour votre fils ! » ...

(2) On notera ce mépris de la personne et des idées de l'adversaire, dès qu'il ne représente pas une masse au sens mécanique...

(3) Effectivement, aucune de nos républiques n'est sortie d'un pacte pacifique, mais toujours de l'émeute et de l'insurrection armée...

( 4) Il serait intéressant (nous l'avons fait ailleurs) de comparer en détail jacobinisme et marxisme : la grande différence entre les deux, c'est que le jacobinisme issu de Rousseau est un rationalisme abstrait, statique, formel, à la différence de la dialectique évolutive et matérialisme du marxisme. Mais - outre l'utilisation méthodique de la violence pour éliminer toute opposition- les ressemblances sont profondes, qu'il s'agisse de l'opposition farouche, irréductible, au catholicisme, dans un cas comme dans l'autre (rejet du sacré, de la transcendance, etc, ...) et même du collectivisme. Car enfin, Rousseau estime que c'est l'Etat qui est juge de ce que nous pouvons posséder, et la Révolution française connut une forte poussée collectiviste (voir Gaxotte, La Révolution française, ch. XII).

lundi 29 avril 2019

Les ordres réformés par Paul VI sont-ils valides?

I. PRINCIPES GÉNÉRAUX 


Sacre dans le rite de Paul VI.
(1) Tout sacrement comporte une forme (la formule essentielle) qui produit l’effet du sacrement. le sacrement est rendu invalide (= il ne “marche” pas : il ne produit pas l’effet du sacrement).
Lorsqu'un changement substantiel de signification est introduit dans la forme sacramentelle par la corruption ou par l’omission de paroles essentielles,

(2) Les formes sacramentelles approuvées dans les Rites orientaux de l’Eglise catholique diffèrent parfois dans leur formulation des formes du rite latin, mais elles restent les mêmes quant à leur substance, et sont donc valides.

(3) Pie XII a déclaré que la forme des Saints Ordres (c. à d. du diaconat, de la prêtrise et de l’épiscopat) doit signifier de manière univoque (= de manière non ambiguë) les effets sacramentels — le pouvoir d’ordre et la grâce du Saint-Esprit.

(4) Pour la collation de l’épiscopat Pie XII a désigné pour forme sacramentelle une phrase dans le rite traditionnel de la consécration épiscopale, qui exprime de manière univoque (a) le pouvoir d’ordre qu’un évêque reçoit et (b) la grâce du Saint-Esprit.


II. APPLICATION AU RITE 


(1) La forme de la consécration épiscopale de Paul VI apparaît dans la Préface spéciale du rite ; le texte complet de la forme est le suivant : «Et maintenant, Seigneur, répands sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l’Esprit qui fait les chefs, que tu as donné à ton Fils bien-aimé, Jésus-Christ, qu’il a lui-même donné aux saints Apôtres qui établirent l’Eglise en chaque lieu comme ton sanctuaire, à la louange incessante et à la gloire de ton Nom.» Alors que la forme nouvelle semble mentionner la grâce de l’Esprit Saint, elle ne spécifie pas le pouvoir d’ordre qui est supposé être conféré. Peut-elle conférer l’épiscopat ? Afin de répondre à cette question, nous allons appliquer les principes établis dans la première partie.

(2) La forme assez brève de la consécration épiscopale de Paul VI n’est pas identique aux formes assez longues des rites orientaux ; elle ne mentionne pas comme c’est le cas dans celles-ci, les pouvoirs propres à l’évêque seul (p. ex. celui d’ordonner). Les prières des rites orientaux auxquelles la Préface de Paul VI qui enchâsse sa forme consécratoire, ressemble le plus, sont des prières non-sacramentelles pour l’intronisation des patriarches Maronite ou Syrien qui sont déjà évêques au moment de leur nomination. En somme, il n’est pas permis d’argumenter (comme le F. Pierre-Marie le fait) que la forme de Paul VI «est en usage dans deux rites orientaux certainement valides» et qu’elle serait par conséquent valide.

(3) Divers textes anciens (Hippolyte, les Constitutions apostoliques, et le Testament de Notre-Seigneur) partagent quelques éléments avec la Préface consécratoire de Paul VI qui enchâsse la forme nouvelle ; le F. Pierre-Marie les invoque pour preuve de son affirmation de la validité de la nouvelle consécration épiscopale. Mais tous ces textes ont été «reconstitués», sont d’origine douteuse, ne peuvent constituer un usage liturgique réel avéré, ou soulèvent d’autres problèmes. Il n’existe aucune preuve qu’ils aient constitué des formes sacramentelles «acceptées et utilisées par l’Eglise en tant que telle» — critère établi par la Constitution Apostolique de Pie XII sur les Saint Ordres. Ces textes ne fournissent donc aucune preuve fiable à l’appui de la démonstration de la validité de la forme de Paul VI.

Dans le rite traditionnel.
(4) Le problème-clé de la forme nouvelle tourne autour de l’expression Spiritus principalis (traduite en français par «l’Esprit qui fait les chefs»). Avant et après la promulgation de la consécration épiscopale de 1968, le sens de cette expression suscita des inquiétudes sur la question de savoir si cette expression signifiait suffisamment le sacrement. Même un évêque de la commission vaticane qui a créé ce rite, a soulevé cette interrogation.

(5) Dom Bernard Botte, le moderniste qui était l’auteur principal du nouveau rite, soutenait qu’au IIIe siècle chrétien, Spiritus principalis connotait l’épiscopat, parce les évêques possèdent «l’Esprit d’autorité» en tant qu’ils gouvernent l’Eglise. Spiritus principalis voulait dire «don de l’Esprit qui convient à un chef».

(6) Cette explication était fausse et trompeuse. Les références aux dictionnaires, à un commentaire de l’Ecriture Sainte, aux Pères de l’Eglise, au traité de dogmatique et aux cérémonies d’investiture non-sacramentelles des rites orientaux, révèlent que, parmi une douzaine de significations différentes et souvent contradictoires, Spiritus principalis ne signifie nullement de manière spécifique, ni l’épiscopat en général, ni la plénitude des Saints Ordres que l’évêque seul possède.

(7) D’ailleurs, avant même que la controverse à ce sujet ne se soit déclenchée, Dom Botte lui-même avoua qu’il ne voyait pas comment l’omission de l’expression Spiritus principalis pourrait affecter la validité du rite de la consécration.

(8) La forme nouvelle échoue à satisfaire aux deux critères établis par Pie XII pour les Saints Ordres (a) Du fait que l’expression Spiritus principalis peut signifier beaucoup de choses ou personnes différentes, elle ne signifie pas de manière univoque l’effet sacramentel.
(b) Il manque à la forme nouvelle une expression, quelle qu’elle soit, qui connoterait, même de manière équivoque, le pouvoir d’ordre que l’évêque seul possède — la «plénitude du sacerdoce du Christ dans la fonction et l’ordre de l’évêque» ou «la plénitude ou l’entièreté du ministère sacerdotal.»

(9) Pour ces raisons la forme nouvelle constitue un changement substantiel dans la signification de la forme sacramentelle pour la collation de l’épiscopat.

(10) Or, un changement substantiel de la signification de la forme sacramentelle, conformément aux principes de la théologie morale des sacrements, rend un sacrement invalide.


III. SACREMENT INVALIDE 


Par conséquent, une consécration épiscopale conférée dans la forme sacramentelle promulguée par Paul VI en 1968 est invalide — cela veut dire qu’elle ne peut pas instituer un véritable évêque. Prêtres et autres évêques dont les ordres proviennent de tels évêques sont dès lors ordonnés invalidement et invalidement consacrés. Par conséquent les sacrements qu’ils administrent ou réalisent, lesquels dépendent du caractère sacerdotal ou épiscopal (la Confirmation, l’Eucharistie, le sacrement de Pénitence, l’Extrême Onction, les saints Ordres) sont eux aussi invalides.


IV. OBJECTIONS 


(1) « Le contexte rend les ordres valides ». Réfutation : Les paroles situées ailleurs dans le rite ne peuvent pas redresser ce défaut, parce qu’un élément essentiel de la forme (le pouvoir d’ordre) n’est pas simplement exprimé de manière ambiguë, mais parce qu’il est complètement manquant.

(2) « La forme a été approuvée par le pape. » Réfutation : D’après le concile de Trente et Pie XII l’Eglise n’a nullement le pouvoir de changer la substance d’un sacrement. Or l’omission du pouvoir d’ordre dans la forme nouvelle en change la substance. Aussi, même si Paul VI avait été un vrai pape, il n’aurait eu nullement le pouvoir d’introduire un tel changement. Et si c’était le cas, la simple tentative de le faire quand même, suffirait à démontrer qu’il n’était pas un vrai pape.


LA RAISON POUR laquelle le rite de Paul VI de la consécration épiscopale est invalide peut être résumée en une seule phrase : Les modernistes ont changé les paroles essentielles en supprimant la notion de la plénitude du sacerdoce.



-Abbé Anthony Cekada, Le Rite de la consécration épiscopale de 1968:Un bref résumé du Problème.



NDLR : À insérer ici les communautés dites traditionnelle (FSSP, ICRSP, etc.). Par qui leurs gens sont-ils ordonnés?

mardi 23 avril 2019

Sur la laïcité : extrait de Quas Primas

Le Christ-Roi.
12. D'autre part, ce serait une erreur grossière de refuser au Christ-Homme la souveraineté sur les choses temporelles, quelles qu'elles soient: il tient du Père sur les créatures un droit absolu, lui permettant de disposer à son gré de toutes ces créatures.

Néanmoins, tant qu'il vécut sur terre, il s'est totalement abstenu d'exercer cette domination terrestre, il a dédaigné la possession et l'administration des choses humaines, abandonnant ce soin à leurs possesseurs. Ce qu'il a fait alors, il le continue aujourd'hui. Pensée exprimée d'une manière fort heureuse dans la liturgie: " Il ne ravit point les diadèmes éphémères, celui qui distribue les couronnes du ciel. "

13. Ainsi donc, le souverain domaine de notre Rédempteur embrasse la totalité des hommes. Sur ce sujet, Nous faisons Volontiers Nôtres les paroles de Notre Prédécesseur Léon XIII, d'immortelle mémoire: " Son empire ne s'étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l'Eglise même s'ils sont égarés loin d'elle par des opinions erronées ou séparés de sa communion par le schisme; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l'empire du Christ Jésus, c'est, en stricte vérité, l'universalité du genre humain. "

Et, à cet égard, il n'y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les Etats; car les hommes ne sont pas moins soumis à l'autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée. Il est l'unique source du salut, de celui des sociétés comme de celui des individus: Il n'existe de salut en aucun autre; aucun autre nom ici-bas n'a été donné aux hommes qu'il leur faille invoquer pour être sauvés.

Il est l'unique auteur, pour l'Etat comme pour chaque citoyen, de la prospérité et du vrai bonheur: " La cité ne tient pas son bonheur d'une autre source que les particuliers, vu qu'une cité n'est pas autre chose qu'un ensemble de particuliers unis en société. " Les chefs d'Etat ne sauraient donc refuser de rendre - en leur nom personnel, et avec tout leur peuple - des hommages publics, de respect et de soumission à la souveraineté du Christ; tout en sauvegardant leur autorité, ils travailleront ainsi à promouvoir et à développer la prospérité nationale.

14. Au début de Notre Pontificat, Nous déplorions combien sérieusement avaient diminué le prestige du droit et le respect dû à l'autorité; ce que Nous écrivions alors n'a perdu dans le temps présent ni de son actualité ni de son à-propos: " Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l'autorité ne tenant plus son origine de Dieu mais des hommes, il arriva que... les bases mêmes de l'autorité furent renversées dès lors qu'on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d'obéir pour les autres. Inéluctablement, il s'en est suivi un ébranlement de la société humaine tout entière, désormais privée de soutien et d'appui solides. "

Si les hommes venaient à reconnaître l'autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables - une juste liberté, l'ordre et la tranquillité, la concorde et la paix -- se répandraient infailliblement sur la société tout entière.

En imprimant à l'autorité des princes et des chefs d'Etat un caractère sacré, la dignité royale de Notre Seigneur ennoblit du même coup les devoirs et la soumission des citoyens. Au point que l'Apôtre saint Paul, après avoir ordonné aux femmes mariées et aux esclaves de révérer le Christ dans la personne de leur mari et dans celle de leur maître, leur recommandait néanmoins de leur obéir non servilement comme à des hommes, mais uniquement en esprit de foi comme à des représentants du Christ; car il est honteux, quand on a été racheté par le Christ, d'être soumis servilement à un homme: Vous avez été rachetés un grand prix, ne soyez plus soumis servilement à des hommes.

Léon XIII.
Si les princes et les gouvernants légitimement choisis étaient persuadés qu'ils commandent bien moins en leur propre nom qu'au nom et à la place du divin Roi, il est évident qu'ils useraient de leur autorité avec toute la vertu et la sagesse possibles. Dans l'élaboration et l'application des lois, quelle attention ne donneraient-ils pas au bien commun et à la dignité humaine de leurs subordonnés!

15. Alors on verrait l'ordre et la tranquillité s'épanouir et se consolider; toute cause de révolte se trouverait écartée; tout en reconnaissant dans le prince et les autres dignitaires de l'Etat des hommes comme les autres, ses égaux par la nature humaine, en les voyant même, pour une raison ou pour une autre, incapables ou indignes, le citoyen ne refuserait point pour autant de leur obéir quand il observerait qu'en leurs personnes s'offrent à lui l'image et l'autorité du Christ Dieu et Homme.

Alors les peuples goûteraient les bienfaits de la concorde et de la paix. Plus loin s'étend un royaume, plus il embrasse l'universalité du genre humain, plus aussi - c'est incontestable - les hommes prennent conscience du lien mutuel qui les unit. Cette conscience préviendrait et empêcherait la plupart des conflits; en tout cas, elle adoucirait et atténuerait leur violence. Pourquoi donc, si le royaume du Christ s'étendait de fait comme il s'étend en droit à tous les hommes, pourquoi désespérer de cette paix que le Roi pacifique est venu apporter sur la terre? Il est venu tout réconcilier ; il n'est pas venu pour être servi, mais pour servir ;maître de toutes créatures, il a donné lui-même l'exemple de l'humilité et a fait de l'humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale; il a dit encore: Mon joug est doux à porter et le poids de mon autorité léger.

16. Oh! qui dira le bonheur de l'humanité si tous, individus, familles, Etats, se laissaient gouverner par le Christ! " Alors enfin - pour reprendre les paroles que Notre Prédécesseur Léon XIII adressait, il y a vingt-cinq ans, aux évêques de l'univers - il serait possible de guérir tant de blessures; tout droit retrouverait, avec sa vigueur native, son ancienne autorité; la paix réapparaîtrait avec tous ses bienfaits; les glaives tomberaient et les armes glisseraient des mains, le jour où tous les hommes accepteraient de bon cœur la souveraineté du Christ, obéiraient à ses commandements, et où toute langue confesserait que " le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père. "


[...]


18. C'est ici Notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d'apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine. Nous le faisons en prescrivant à l'univers catholique le culte du Christ-Roi. La peste de notre époque, c'est le laïcisme, ainsi qu'on l'appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles.

Comme vous le savez, Vénérables Frères, ce fléau n'est pas apparu brusquement; depuis longtemps, il couvait au sein des Etats. On commença, en effet, par nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations; on refusa à l'Eglise le droit - conséquence du droit même du Christ - d'enseigner le genre humain, de porter des lois, de gouverner les peuples en vue de leur béatitude éternelle. Puis, peu à peu, on assimila la religion du Christ aux fausses religions et, sans la moindre honte, on la plaça au même niveau. On la soumit, ensuite, à l'autorité civile et on la livra pour ainsi dire au bon plaisir des princes et des gouvernants. Certains allèrent jusqu'à vouloir substituer à la religion divine une religion naturelle ou un simple sentiment de religiosité. Il se trouva même des Etats qui crurent pouvoir se passer de Dieu et firent consister leur religion dans l'irréligion et l'oubli conscient et volontaire de Dieu.

Les fruits très amers qu'a portés, si souvent et d'une manière si persistante, cette apostasie des individus et des Etats désertant le Christ, Nous les avons déplorés dans l'Encyclique Ubi arcano. Nous les déplorons de nouveau aujourd'hui. Fruits de cette apostasie, les germes de haine, semés de tous côtés; les jalousies et les rivalités entre peuples, qui entretiennent les querelles internationales et retardent, actuellement encore, l'avènement d'une paix de réconciliation; les ambitions effrénées, qui se couvrent bien souvent du masque de l'intérêt public et de l'amour de la patrie, avec leurs tristes conséquences: les discordes civiles, un égoïsme aveugle et démesuré qui, ne poursuivant que les satisfactions et les avantages personnels, apprécie toute chose à la mesure de son propre intérêt. Fruits encore de cette apostasie, la paix domestique bouleversée par l'oubli des devoirs et l'insouciance de la conscience; l'union et la stabilité des familles chancelantes; toute la société, enfin, ébranlée et menacée de ruine.

[...]

21. Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l'obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d'obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l'ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l'ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles; car sa dignité royale exige que l'État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l'établissement des lois, dans l'administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs.


-Pape Pie XI, encyclique Quas Primas. 1925.

dimanche 21 avril 2019

Joyeuse pâques!



Resurrexit sicut dixit, Alleluia!

Il est ressuscité comme il l'a dit, Alleluia!


Tradition Québec vous souhaite une sainte fête de pâques!



samedi 20 avril 2019

Samedi saint 2019



Astiterunt reges terrae, et principes convenerunt in unum. Adversus Dominum, et adversus Christum eius. Quare fremuerunt gentes, et populi meditati sunt inania? Adversus Dominum, et adversus Christum eius. 


Les rois de la terre se levèrent et les princes se rassemblèrent contre le Seigneur et contre son Christ. Pourquoi les nations ont-elles donné libre cours à leur rage, et pourquoi les peuples ont-ils nourri de vaines pensées à l'égard du Seigneur et de son Christ? 



-Tomás Luis de Victoria (Ávila, 1548 - Madrid, 1611)


Un chant malheureusement très actuel...

dimanche 14 avril 2019

Bonne semaine sainte



O vos ómnes qui transítis per víam, atténdite et vidéte:
Si est dólor símilis sícut dólor méus.
Atténdite, univérsi pópuli, et vidéte dolórem méum.
Si est dólor símilis sícut dólor méus.

O vous tous
qui passez,
Regardez, et voyez,
S’il est douleur pareil
à la douleur de mon cœur.




Glória, laus et honor tibi sit, Rex Christe, 
Redémptor, Cui pueríle decus prompsit Hosánna pium.
Israel es tu rex, Davidis et inclyta proles,
Nomine qui in Domini, rex benedicte, venis.
Cœtus in excelsis te laudat cælicus omnis,
et mortalis homo, et cuncta creata simul.
Plebs Hebræa tibi cum palmis obvia venit ;
Cum prece, voto, hymnis, adsumus ecce tibi.
Hi tibi passuro solvebant munia laudis ;
nos tibi regnanti pangimus ecce melos.
Hi placuere tibi, placeat devotio nostra ;
rex bone, rex clemens, cui bona cuncta placent.


Gloire, louange et honneur à vous,
Ô Christ Roi Rédempteur !
A qui l’élite des enfants a chanté
Un pieux Hosanna !
D’Israël, vous êtes le Roi
Et de David le noble Fils.
Roi béni qui venez
Au nom du Seigneur
Dans les hauteurs des cieux
Tous les célestes vous chantent.
Et ainsi fait homme mortel,
De même que toutes les créatures.
Le Peuple hébreux avec des rameaux
Vint au devant de Vous.
Nous voici à notre tour avec des prières,
Des vœux et des hymnes.
Il vous offrait sa louange
à la veille de votre mort
Aujourd’hui nous chantons
le Christ qui vit et règne au ciel
Vous avez aimé ses chants :
que notre hommage aussi vous plaise
Tout amour vous réjouit,
Roi de bonté Dieu de pardon

jeudi 11 avril 2019

L'Eglise catholique a construit notre pays

« Ils (les ecclésiastiques) vivent, depuis 1791, en un État parlementaire, où les guides, se tirant désormais de la foule, exigent la formation constante d'équipes de chefs. La colonie est, par surcroît, enfiévrée de la bataille des races; les guides ont besoin d'instruction supérieure, non seulement pour s'acquitter de leurs fonctions parlementaires, mais d'abord pour conquérir à leur race, dans la vie politique de la province, la part qui lui revient. Cette race, en effet, une minorité de fonctionnaires anglophones l'exclut des hauts postes de l'administration, de la magistrature, de l'exécutif, de la Chambre haute; et le prétexte de l'ostracisme, c'est l'ignorance, l'incompétence foncière du conquis au maniement des institutions britanniques. Le reproche d'ignorance, voici longtemps que toute la nationalité canadienne le reçoit au visage comme un soufflet. Que faut-il de plus à des prêtres patriotes qui vivent très près de leur peuple, partagent ses aspirations et ses souffrances, qui, depuis toujours, ont pourvu à ses besoins intellectuels, que leur faut-il davantage pour apercevoir comme une autre besogne urgente, la formation de nouvelles équipes de dirigeants, et par conséquent l'élévation, dans la province entière, du niveau de l'instruction? qu'à ce dessein se mêle l'ambition d'embrigader des ouvriers de relève pour le sacerdoce, rien de plus sûr. Ce qu'ils veulent dans le principe, c'est opposer tout uniment des Ecoles supérieures aux Ecoles de l'Institution Royale. Et si le dessein primitif finit par s'élargir, c'est qu'avec le temps il n'a pu que se modeler à la mesure de ces grands cœurs de prêtres.

Le curé Antoine Girouard (1762-1832).
Fondateur du séminaire de Saint-Hyacinthe.
Prêtres au grand cœur! C'est bien ainsi que ces fondateurs continuent d'apparaître aux fils innombrables, aux vastes familles spirituelles engendrées par eux. Quand on fait la mesure de leurs labeurs, de leurs sacrifices souvent héroïques peu de figures en notre histoire s'y montrent d'une grandeur plus achevée, A l'origine de ces maisons de l'enseignement, l'on ne voit nulle part la riche dotation, le large crédit de l'Etat, le bienfaiteur opulent qui font à l'oeuvre un berceau confortable. Toutes vont naître dans l'indigence, par les soins et les peines d'un curé à la bourse toujours vide, à la soutane rougie. Des sept collèges ou séminaires surgis de 1800 à 1840 six auront pour fondateurs des curés de campagne. Déjà chargés d'un lourd ministère, ces hommes y ont ajouté délibérément le fardeau de pareilles entreprises; ce fardeau, ils l'ont assumé, en ayant supputé le poids écrasant, mais avertis, par l'instinct de leur foi, de la qualité vitale de pareilles œuvres. Presque tous y ont mis d'abord leurs biens personnels, quelques-uns se dépouillant parfois jusqu'au dénûment, se plongeant allègrement dans les dettes. Pour venir à bout de dépenses de toutes sortes, ils s'abîmeront de privations; pour cumuler tous les rôles, ceux de directeur, de professeur, de préfet d'études, d'économe, de bâtisseur, ils s'abîmeront de fatigues et de veilles. Sur tous leurs biens sacrifiés, ils ne sauront même pas se réserver la paix de leur presbytère, dont ils feront une ruche bruyante, y logeant la première génération de leurs écoliers. A la construction de son collège, l'abbé Painchaud travaillera comme un simple manœuvre, charriant en traîneau à bâtons la pierre des champs, le bois de charpente, et, les jours de corvée, menant la charrette à la tête de cent autres. L'abbé Ducharme, qui, en son presbytère, vit plus pauvre qu'un moine, s'excuse un jour de n'aller point saluer son évêque, « par honte de se montrer mal vêtu. »

C'est grâce à notre clergé,
Si le français est resté
Et tant qu'ça existera
Hourra pour le Canada ! 
- Madame Bolduc, Les Colons Canadiens.


Cet entier dévouement, l'oeuvre ne l'exige pas qu'à l'heure de sa fondation. Elle se refuse à vivre d'autre chose. En ces collèges institués pour un peuple pauvre, l'Education est d'un prix dérisoire qui dépasse à peine la gratuité. Au collège de Montréal, en 1837, et ses conditions ne sont que l'ordinaire, il n'en coûte encore, pour la pension, qu'un louis quinze schellings par mois, sur quoi nombre de pensionnaires reçoivent de fortes remises. En ces conditions, comme bien l'on pense, fort peu de ces fondateurs se sentent embarrassés de leurs surplus. Tous n'amassent que des dettes et le spectre de la banqueroute se tient en permanence au seuil de leur maison. A demi désemparé, l'un d'eux, l'abbé Girouard, crie à son évêque: « J'ai 800 louis de dettes. » A Nicolet, le pain manque absolument en 1811 et l'économe se voit sur le point de renvoyer la communauté. Lorsque s'ouvre, à l'Assomption, la classe de régent, c'est autour d'une table qui n'est autre chose qu'une vieille porte posée sur des chevalets, que les premières élèves dégusteront les délices du rosa, rosae. »

« Ces misères sont-elles au moins les seules qui les viennent assaillir? Hélas! ... »


L'ABBÉ GROULX.
(Extrait de Le français au Canada).



-Lambert Closse, La Réponse de la Race - Catéchisme national. Thérien frères limitée, 1936. P. 397-399.

vendredi 5 avril 2019

Ce que le Canada français doit à l'Eglise

Signature de l'acte de fondation de Ville-Marie, la ville catholique,
en présence de Pierre Chevier, du baron de Fancamp,
 de M. Olier (le fondateur des Sulpiciens) et de
Jérôme le Royer de la Dauversière.
1. Qu'est-ce que la patrie canadienne-française par rapport à l'Eglise catholique?

La patrie canadienne-française est une création de l'Eglise catholique de même que sa défense, sa conservation et sa persévérance comme peuple canadien-français catholique.

2. L'origine apostolique du Canada est-elle contestable?

L'origine apostolique du Canada est si peu contestable que des publicistes anticléricaux ont dû apporter leur témoignage à ce caractère historique de nos origines.

3. Quelle fut l'attitude de Jean Verazzani qui, en 1524, toucha plusieurs points de notre pays?

Jean Verazzani traduisit l'intention de Français Ier de gagner les sauvages au christianisme en élevant des croix sur plusieurs points de notre pays.

4. Comment Cartier fit-il de son oeuvre une oeuvre d'apôtre?

Jacques Cartier voulut faire oeuvre d'apôtre en commençant par une messe, dans la Baie de Brest, le 11 juin 1534.

5. Quel fut le premier contact de Cartier avec les sauvages dans le bassin de Gaspé?

Jacques Cartier, dans le bassin de Gaspé, planta une croix en présence des sauvages puis les harangua par signes, s'efforçant de leur faire comprendre ce que signifiait cette croix : ce fut le premier sermon en terre canadienne.

6. Quel titre mérite Samuel de Champlain?

Champlain fut l'explorateur apôtre.

7. Pourquoi fut-il plus apôtre que les autres?

Champlain fut plus apôtre que les autres parce qu'il traversa vingt fois l'Atlantique pour atteindre son but et assurer « l' établissement de la foi chrétienne parmi un peuple infini d'âmes ». « Ni la prise des forteresses ni le gain des batailles, ni la conquête des pays ne sont rien en comparaison du salut des âmes. La conversion d'un infidèle vaut mieux que la conquête d'un royaume. »

8. Quels moyens Champlain a-t-il pris pour évangéliser le pays?

En 1615, Champlain revint de France avec 8 Récollets et 2 frères convers.

9. Quand furent dites les deux premières messes dans la colonie?

La première messe fut dite à Montréal, le 24 juin 1615 et la seconde à Québec le lendemain.

10. Par les Récollets quel culte Dieu a-t-il confié aux français du Canada pour assurer à sa Mère un peuple de serviteurs?

Le peuple canadien-française fut choisi par Dieu pour répondre aux attaques protestantes contre le culte de l'Immaculée-Conception de Marie; le grand nombre des églises consacrées à Marie dans la seule province de Québec en est une preuve.

11. Est-ce que les Récollets purent seuls suffire à la tâche?

Non, en 1625 les Récollets durent appeler les Jésuites à leur aide.

12. Quelle fut la part des Jésuites dans l'évangélisation de la colonie?

Les Jésuites ont mérité au Canada le titre de principaux missionnaires de la Nouvelle-France, car jusqu'en 1663, ils furent à peu près les seuls prêtres de la colonie et ils convertirent tous les Hurons.

13. Le travail missionnaire des Jésuites fut-il agréable à Dieu?

Les Jésuites donnèrent à Dieu et à l'Eglise canadienne nos Saints Martyrs Canadiens.

14. Par qui la colonie fut-elle adoptée et plus spécialement Montréal?

Par les Messieurs de Saint-Sulpice.

15. Quel était le but de Paul de Maisonneuve en débarquant à Montréal avec ses croisés en 1642?

Le but de Maisonneuve était de faire de Montréal une ville très chrétienne.

L'intrépide missionnaire, le père Marquette.
16. Quelle aide Maisonneuve a-t-il reçue des Sulpiciens?

« Les Messieurs de Saint-Sulpice devaient fournir dans cette année 25,000 écus avec le serment de ne jamais rien retirer de l'entreprise. Ils désirèrent même garder l'anonymat. »

17. A cause de sa situation géographique quel danger continuel courait Montréal?

Montréal, centre du pays et à 180 milles de Québec, a toujours été le premier point d'attaque des Iroquois.

18. Quel est le caractère de l'attaque des Iroquois au printemps de 1660?

Les Iroquois avaient organisé la disparition complète de Montréal pour ensuite descendre à Québec et en finir avec les chrétiens.

19. Qui a sauvé les chrétiens du Canada en 1660?

Dollard des Ormeaux et ses 16 compagnons, forts de la confession et de la sainte communion tinrent tête à des centaines d'Iroquois. La colonie était sauvée.

20. Rencontre-t-on souvent de l'héroïsme comme celui de Dollard?

Dollard a sauvé sa patrie dans un combat unique dans l'histoire du monde.

21. Quel était le nom de Montréal en 1642?

La ville de Montréal s'appelaient alors Ville-Marie.

22. Comment les Sulpiciens ont-ils réussi le miracle de la fondation de Montréal?

« Les Sulpiciens firent de cette fondation leur oeuvre de prédilection et ils ne reculèrent devant aucun sacrifice pour réussir, intéressant à leur entreprise le Pape, le roi de France et tous les Français. »

L'amour de la patrie, avec l'amour de l'Eglise, est le sentiment le plus sacré du cœur de l'homme, et s'il était possible que l'un fût ennemi de l'autre, ce serait, à mes yeux, le plus profond déchirement que la Providence ait ménagé à notre époque. 
La patrie est notre église du temps, comme l'Eglise est notre patrie de l'éternité, et si l'orbite de celle-ci est plus vaste que l'orbite de celle-là, elles ont toutes deux le même centre, qui est Dieu, le même intérêt qui est la justice, le même asile qui est la conscience, les mêmes citoyens qui sont le corps et l'âme de leurs enfants.
Le patriotisme religieux est un bien que nous ont léguénos pères, et c'est un devoir pour nous de le conserver précieusement. 
-Mgr Ignace Bourget

Sous la domination anglaise


23. Pourquoi le Canada appartient-il aujourd'hui à l' Angleterre?

D'abord parce que Dieu l'a permis et ensuite parce que la France politique n'a pas su seconder la France religieuse.

24. Après tous les malheurs qui ont frappé les Canadiens pour en arriver à la cession du Canada à l'Angleterre, comment se fait-il que les Canadiens ont réussi à décourager et à vaincre leurs oppresseurs?

Après la cession du pays, à l'Angleterre, presque totalement abandonnés par la noblesse et la bourgeoisie retournées en France, les Canadiens au nombre de 65,000, « eurent l'instinct, l'estimative de se laisser guider par leurs prêtres. »

25. Combien y avait-il de prêtres au Canada en 1766?

Ils étaient 138, tant séculiers que réguliers.

26. Qui était évêque en 1766?

Monseigneur Briand.

27. Combien y avait-il de missionnaires?

Il y en avait 38 qui s'occupaient des sauvages convertis.

28. Combien y avait-il de prêtres?

Il y avait cent prêtres, cent curés.

29. Cent curés! c'était pourtant une quantité négligeable devant l'Empire britannique?

C'était infiniment moins que cent bourgeois; mais cent curés, cela suffit pour sauver la civilisation française en Amérique.

30. Par quels moyens les prêtres ont-ils réussi à conduire le Canadien dans les affaires profanes?

Par leur ministère et par leur dévouement auprès du peuple.

31. En particulier, quels moyens servirent le mieux?

Il est impossible de séparer les deux : le ministère du prêtre, c'est-à-dire la religion catholique, et l'école.

32. Quelle fut l'importance du curé auprès des fidèles de 1760?

Le pauvre petit curé de compagne a remplacé providentiellement les gens de profession nécessaires à la société : notaire, avocat, médecin au besoin, autant de connaissances que la foi des paysans lui reconnaissait tout naturellement.

33. Quel caractère le curé a-t-il façonné dans le Canadien français?

Le curé de 1760 a mis dans l'âme canadienne en même temps que la foi, l'amour de la patrie, de notre langue, de nos droits.

34. Quelle constatation est donc inévitable?

On doit constater que chez nous, dans le passé, le catholicisme fait corps avec le patriotisme, c'est un roc sur lequel doit s'appuyer aujourd'hui notre idéal national.

35. Où le curé de chez nous a-t-il préparé cet idéal?

A l'école.

36. Qui enseignait dans ces écoles?

Les curés, quand leur ministère était fini.

37. Où étaient ces écoles?

Les presbytères servaient d'écoles.

38. L'école d'enseignement primaire une fois établie, le curé de chez nous s'en est-il arrêté là?

Non, il fonda le collège classique.

39. Pouvez-vous en nommer?

Le collège de Montréal qui est né au presbytère de la Pointe-aux-Trembles, grâce à l'initiative de l'abbé Ducharme; Québec, Nicolet, Lévis.

40. Où voulaient en venir les curés avec toutes ces écoles?

Ils voulaient former des hommes, des députés capables de se dresser devant l'Angleterre pour réclamer les droits de notre peuple, de notre race, la race française; pour notre langue, la langue française; pour nos lois, nos lois françaises.

41. Quelle fut la conduite des curés vis-à-vis du peuple dans ses difficultés avec leurs nouveaux maîtres, les Anglais?

Ils leur enseignèrent la loyauté envers leurs nouveaux maîtres et les aidèrent à prendre conscience de leur valeur, de leur âme française et à réclamer légitimement les droits constitutionnels qui assurent notre droit de vivre.

42. Quelle conclusion précieuse nous impose l'histoire de nos ancêtres dans leurs relations avec l'Eglise catholique?

La conclusion est une vérité qui s'attache à notre nationalité comme une partie d'elle-même; nous devons être des patriotes à la manière de nos ancêtres, nous rappelant sans cesse que chez nous, religion et patrie ne font qu'un seul et même tout, au point que chez nous la disparition de l'une entraînement la disparition de l'autre.

43. Quel est l'enseignement de l'Eglise catholique au sujet des relations de l'Eglise et de l'Etat?

Toujours, l'Etat doit servir l'Eglise et l'aider à poursuivre son oeuvre spirituelle.

44. Quel autre principe découle de notre passé historique depuis 1760?

La société canadienne-française doit avoir comme cadres la paroisse catholique, car la paroisse fut et est pour notre peuple sa forteresse nationale et religieuse.



-Lambert Closse, La Réponse de la Race - Catéchisme national. Thérien frères limitée, 1936. P. 391-396.

lundi 1 avril 2019

Sur le patriotisme

Le patriotisme est ce que j'appellerais un sentiment fondé. Il s'appuie sur le pays et s'alimente à l'histoire. L'éloquence, les manifestations populaires, les impulsions d'un amour imprécis et coutumier peuvent l'animer pour un temps ou le réchauffer, mais elles ne constituent pas sa raison profonde. La volonté ne vit pas que de paroles : elle est longuement déterminée par une formation qui s'applique à la fortifier, à la diriger afin qu'elle résiste aux attraits passagers, aux mouvements du dehors. Celui qui ne connaît pas son pays l'abandonnera plus facilement; celui qui néglige la leçon de l'histoire sacrifiera plus légèrement aux disciplines du passé l'intérêt du jour.

L'école a la garde du patriotisme. Elle l'éveille, elle le développe, elle le transmet. Voilà sa mission nationale : la vraie, celle qui ne tient pas seulement dans un mot dont on abuse si aisément. Le maître doit donc apprendre son pays pour l'enseigner, et méditer l'histoire afin d'en communiquer la vertu. Il n'est pas de plus belle tâche. Heureux celui qui sera parvenu à la poursuivre jusque dans l'âme de l'enfant!

Qu'il s'attache, par exemple, à tirer du milieu immédiat le secret fécond des choses. Il y trouvera des sources insoupçonnées. Nous apprécions si peu le décor qui pourtant accompagne, immuable en apparence seulement, les actes de toute notre vie. Les montagnes et les fleuves, les arbres et les fleurs, nous les chantons sans les connaître, sans nous être arrêtés à saisir les traits qui les distinguent et les embellissent. Nous disons : « Que cet oiseau est joli! » Et c'est tout. Aucun nom ne l'accompagne s'il s'envole, aucun nom n'accueille le plaisir de son retour. Nous avons un ami de moins. Tenez vous-même l'inventaire de nos insouciances. Parcourez la route : qui l'a tracée, de quoi est-elle faite, où conduit-elle? Est-elle morte ou vivante, ou ressuscitée par l'automobile? Regardez mieux les maisons et vous comprendrez combien peu jusque-là vous vous étiez arrêté vraiment. De quels matériaux sont-elles assemblées? Traduisent-elles une architecture qui les apparente au point de révéler votre caractère? Le village même, où prend place la maison d'école, comment s'est-il déroulé le long de la route? Et les hommes, ceux que nous appelons nos compatriotes, avons-nous remarqué leurs figures et distingué en eux l'origine française? Ces mille leçons, n'est-ce pas nourrir son patriotisme que de les vivre?

L'histoire est aussi une noble discipline. Cette fois, c'est le passé qui nous pénètre et nous guide. Nous le glorifions volontiers, nous disons : « Notre foi, notre langue et nos droits ». Prenons garde que ce ne soit ainsi que nous disions tout à l'heure : « Que cet oiseau est joli ! » L'histoire n'est pas que des dates de batailles, mais bien humanité et vie Dans ce milieu que nous voudrions avoir mieux connu, des hommes ont vécu, fidèles à des traditions. Interrogeons-les, cherchons à comprendre leurs attitudes, reconstituons leurs gestes. Ainsi notre volonté, associée à la leur, s'affermira vers l'avenir.

O maître de d'école, l'on te demande beaucoup pour le peu que l'on te donne ; mais ta consolation dépassera ton sacrifice. Tu prépares les destinées du peuple. Il restera quelque chose de toi quand bien des puissants de la terre, que l'on te préfère aujourd'hui, seront définitivement disparus.



-Edouard Montpetit



-Lambert Closse, La Réponse de la Race - Catéchisme national. Thérien frères limitée, 1936. P. 266-268.

mercredi 27 mars 2019

Les idéologues aux commandes

L'évolutionnisme teilhardien s'infiltre avec la plus grande facilité dans la mentalité de tout homme qui appartient, quel que soit son niveau social, à la société de masses. Un tel homme est incapable de contrôler les affirmations catégoriques, orchestrées par une publicité adéquate, de l'évolutionnisme « mystique » et mystificateur. Il est établi dans une sorte de monde imaginaire, fait de lectures hâtivement amalgamées d'ouvrages de seconde ou de troisième main, de « digests », de journaux, d'auditions de radio ou de visions de télé, où n'entre jamais la moindre dose d'expérience personnelle. Un tel homme est d'une invraisemblable crédulité : sa faculté de croire est proprement sans limites. Plus une allégation est sujette à caution, plus elle a de chances d'être reçue par lui avec faveur, pourvu qu'elle s'enveloppe d'un langage « scientifique » : l'autorité de « la science » en garantit alors la « réalité». L'univers de fictions dans lequel cet homme se complaît se trouve ainsi renforcé. Il s'y enferme dans une citadelle qu'aucune argumentation ne peut emporter.

L'homme moderne se nourrit de mots dont il est incapable de vérifier la correspondance aux réalités qu'ils signifient. « Évolution » en est un, et des plus efficaces. Son influence est en raison directe de son caractère verbal, de sa vacuité substantielle. Il correspond aux besoins de changement, à l'état d'insatisfaction continue du Moi à l'endroit de lui-même. Le propre de l'idole est en effet d'être décevante. Le Moi séduit, mais leurre sans cesse le Moi. Le Moi se laisse ainsi emporter dans un mouvement sans arrêt, dans une aspiration infinie vers son image toujours changeante. L'évolution en est la justification euphorisante qui soustrait le Moi à son malaise foncier, à l'angoisse qu'il éprouve devant son vide intérieur. Elle bourre d'optimisme son inquiétude. L'évolution est le « tranquillisant » spirituel par excellence qui attise les revendications du Moi sans que jamais la note à payer ne lui soit présentée. Elle les « absolutise » en les insérant dans la ligne de son progrès « inéluctable ». Toutes les requêtes du Moi doivent être exaucées. C'est une loi universelle. Et quiconque s'y oppose est un « sale réactionnaire » qui sera balayé par l’Histoire.

On voit de quelle force prodigieuse de mystification est douée l'évolution. Elle pourvoit les faibles, les médiocres, les incapables, d'une volonté de puissance indéfinie. On ne remarquera jamais assez que, dès qu'on croit à l'évolution, on se situe immédiatement à la tête de son cours. Il est impossible alors d'être dépassé, d'être laissé en arrière, d'être entraîné. On précède, on guide, on mène. L'évolution transforme ainsi les ratés et les mécontents d'eux-mêmes en meneurs. L'humanité est entre leurs mains telle que leur imagination se la représente: une masse fluide où ils impriment leur propre image toujours transformée. Car pour garder sa place au sommet de l'évolution, il importe de changer sans cesse ou, ce qui revient au même, d'être insaisissable, évanescent, sybillin, de parler pour ne rien dire, le propre de la parole qui ne signifie rien et qu'on se dispose à trahir aussitôt étant de voler, de couler, de fluer comme l'évolution elle-même. Le bavardage, la verbosité, le verbiage sont toujours les caractères dominant des fanatiques de l'évolution. Lorsqu'un homme s'abuse sur ses dispositions et en vient à occuper dans la hiérarchie de l'être la place que ses aptitudes, ses dons, son être même ne lui destinent pas, on peut être sûr qu'il deviendra tôt ou tard un adepte de l'évolution généralisée. Pour sortir de son intolérable erreur, il lui faut être guide, chef, apôtre. À cet égard, la plupart des prêtres qui ont manqué leur vocation et qui substituent le dieu de leur imagination au Dieu de l'Évangile sont guettés par le teilhardisme : ils y succombent presque tous. L'évolution leur communique une bonne conscience du pouvoir dont ils disposent sur les âmes. Ils s'appliquent à les pétrir, à les façonner, à les adapter à l'évolution qui est aussi leur volonté de puissance, leur prurit de domination, l'expression totalitaire de leur Moi, l'épanchement triomphal de leur subjectivité. Tous sont atteints d' « apostolite » aiguë. Ils sacrifient tous allègrement la vérité à l'efficacité, c'est-à-dire à eux-mêmes.

L'évolutionnisme est la religion de Narcisse en extase devant son image reflétée dans le devenir universel. Il sonne le glas de l'intelligence. Et si le teilhardisme ne semble plus guère occuper une place majeure dans l'Église de la fin du XXe siècle, c'est qu'il l'a totalement envahie et fait corps avec elle.



-Marcel de Corte, L'intelligence en péril de mort. Editions de l'Homme Nouveau. 2017. Paris. P. 145-147.