mercredi 14 août 2019

Harmonie entre Foi et Raison

Une nouvelle chaîne d'apologétique : Le juste vit de la Foi. Début d'un travail, qui nous l'espérons, sera fécond. Ad multos annos!



dimanche 4 août 2019

Conférence de Mgr Sanborn : « Comment réagir face à Vatican II ? »



Conférence de son excellence Mgr Donald Sanborn « Comment réagir face à Vatican II ? », le samedi 26 mai 2019 à Drummondville (Québec).

lundi 15 juillet 2019

Un pape caché depuis 50 ans?

Paul VI/Montini portant l'éphod du grand prêtre
d’Israël.
Nous partageons cet article de 2015 de M. l'abbé Belmont, à propos d'une théorie plutôt farfelue, teintée d'apparitionisme. Bonne lecture! -Tradition Québec

De façon récurrente, le retour de Paul VI est annoncé, qui va restaurer l’ordre dans l’Église catholique, remettre en honneur la liturgie, dénoncer l’hérésie et chasser les hérétiques, etc. Cela est possible, et même certain, parce que Paul VI n’est pas mort : un ignominieux complot l’a remplacé par un sosie tenant son rôle pendant quelques années, lequel sosie est mort et a été inhumé en août 1978 en lieu et place de Jean-Baptiste Montini. Telle est la solution et l’explication de la crise mystérieuse qui s’est abattue sur l’Église catholique depuis quelques décennies.
Depuis quarante ans nous avons les oreilles rebattues par cette annonce merveilleuse qui ne s’accomplit jamais (mais ce n’est que partie remise, pour des raisons de haute mystique), par cette clef secrète de l’histoire contemporaine fondée sur des preuves péremptoires qui prouveront plus tard : Vous verrez bien… ! La première fois, cela amuse… mais au bout de la vingtième voire trentième fois, il faut bien avouer qu’on se trouve en présence d’une étrange maladie.

Il convient de se pencher un instant sur elle, parce que le plus souvent elle s’empare de gens de bonne volonté et de réelle piété : elle n’en est pas moins néfaste, surtout si l’on se fonde sur elle pour assurer la persévérance dans la vie chrétienne voire l’intégrité de la foi catholique.
Trois qualificatifs me semblent bien situer notre affaire : invraisemblable, inutile, malsain.

Invraisemblable


Jean-Baptiste Montini est né le 26 septembre 1897. Il aurait donc 118 ans [NDLR : 121 ans en date d'aujourd'hui] et serait le plus âgé des hommes vivant sur notre terre. Cela n’est pas strictement impossible, mais hautement invraisemblable, surtout si l’on imagine qu’il va rétablir la foi, la liturgie et l’ordre dans l’Église, chantier herculéen…

Je puis apporter aussi un témoignage direct de première valeur. Le 11 septembre 1976, Mgr Marcel Lefebvre a été reçu en audience par Paul VI à Castelgandolfo. À son retour, dans une conférence donnée aux séminaristes, il fut on ne peut plus clair : J’ai très bien connu Mgr Montini auquel j’avais directement affaire lorsque j’étais délégué pontifical pour l’Afrique francophone ; j’ai très bien connu Paul VI à Rome, lorsque j’étais supérieur général des Spiritains (la plus nombreuse des congrégations missionnaires) ; je peux vous affirmer que c’est bien lui que j’ai rencontré ces derniers jours, et non pas un sosie.

Inutile

Ceux qui tiennent pour le « sosie » le font apparaître en 1972 ou 1975, de façon permanente ou intermittente… mais quoi qu’il en soit, à ces dates tout le mal est fait : Vatican II a semé l’erreur et la révolution dans les structures de l’Église, la réforme liturgique a balayé tout l’ordre sacramentel, la vie chrétienne (religieuse, sacerdotale, matrimoniale) s’est effondrée dans des proportions inimaginables. C’est d’ailleurs dès l’année de son élection, dès 1963 que Paul VI a entamé ce processus de destruction : par des effets d’annonce tristement efficaces, par la prévision voire la mise en place de structures dissolvantes, par l’adoption du principe d’une liturgie évolutive (et donc, inéluctablement, d’une foi évolutive).

Le « Paul VI survivant » est celui qui a conduit tout cela, qui s’est soustrait à l’autorité pontificale : son supposé retour ne serait donc la solution de rien du tout, ne serait aucunement la restauration de l’autorité pontificale, ne serait pas même la présence d’un sujet publiquement assis sur le siège romain.

Mais si, mais si, parce qu’il s’est converti et que tout le monde le reconnaîtra : sauf vous évidemment, pétri de rationalisme que vous êtes.
— Ah bon ! vous l’avez donc rencontré ? Il vous a dit regretter la révolution qu’il a semée à pleines mains ? Vous êtes assuré qu’on le reconnaîtra universellement comme Pape quarante ans après ? Voyez combien tout cela est de l’ordre de l’imagination !

Malsain


L’Église catholique est le Corps mystique de Jésus-Christ ; elle est une société surnaturelle. L’Église militante – celle à laquelle nous appartenons sur la terre – est surnaturelle dans son essence, tout comme les différents éléments qui entrent dans sa constitution : ses pouvoirs (magistère, sanctification et gouvernement), son autorité, ses sacrements.

Dans la situation présente de la sainte Église, devant la difficulté de professer simultanément toutes les vérités la foi catholique et de la doctrine de l’Église en les confrontant aux faits avérés, la tentation peut être grande de « botter en touche », et de trouver un refuge inconscient dans la fuite, remplaçant l’adhésion théologale à l’Église dans son état réel (visible et provisoirement permanent) par un univers imaginaire qui ne réclame rien d’autre que de l’imagination. Mais pour la mise en œuvre et le rayonnement de la foi, il y a là une réduction qu’on ne peut s’empêcher de trouver malsaine et grosse de bien des périls.

Photographie prise le 10 Avril 1970 au Vatican. Six protestants, de gauche à droite : 
Dr. George, Canon Jasper, Dr. Shephard, Dr. Konneth, Dr. Smith, et 
Frère Max Thurian (en blanc), juste à côté de mgr Montini/Paul VI (en blanc)
Le juste vit de la foi : il en vit en tout temps, et non pas seulement quand tout est en ordre ; il en vit plus encore dans les temps d’épreuve, dans les combats de l’agonie, quand règne l’insolence des hommes ennemis de Jésus-Christ.

Mais… ce n’est pas contraire à la foi catholique !

— Non, certes : croire à la survie et au retour prochain de Paul VI ne s’oppose à aucune vérité de la foi et ne nie aucun fait dogmatique (il en serait tout autrement si un vrai Pape régnait à Rome) : ceux qui adhèrent à une telle croyance ne sont pas pour cela indignes des sacrements ; il y aurait une grande injustice à les leur refuser.

Mais tout ce qui n’est pas opposé à la foi n’en est pas vrai pour autant : affirmer que deux et deux font trois par exemple.
Il y a en outre un véritable danger pour la foi de se mouvoir dans un univers irrationnel et de justifier une attitude ecclésiale présente par une conjecture qui porte sur l’avenir. Il y a même double danger :

– La foi est donnée à notre intelligence, et ne peut prétendre se passer des lois de la raison : elle se priverait de l’irremplaçable instrument qui contribue à la conserver et permet de l’exercer sainement (c’est une des caractéristiques du modernisme) ;

– la foi est fondée sur la Révélation publique et sur la prédication des Apôtre, closes ensemble à la mort de saint Jean l’Évangéliste. Même si une partie de l’objet de la foi concerne l’avenir (les fins dernières, la pérennité de l’Église), elle se réfère fondamentalement au passé.


C’est la conscience pressante de ce double danger qui pousse à avertir ceux qui seraient tentés de se laisser séduire…


-Abbé Hervé Belmont. Source Quicumque.

mardi 9 juillet 2019

Requiem pour le Canada français

Jour de deuil en Canada français en ce 9 juillet 2019. Quelques semaines avant l'anniversaire du décès (60 ans) de Maurice Duplessis - et de ce fait des 60 ans de la Révolution tranquille -, la Belle Province consomme son divorce avec la Religion. Le crucifix apposé au salon bleu a été retiré, suite à un vote impie : « Nous ne voulons pas qu'Il règne sur nous » (Luc 19, 14) ont répété les député, à la suite du Sanhédrin. Comme aux temps Evangéliques, l'ennemi à abattre était Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Voilà l'aboutissement après 60 ans de Révolution tranquille. L'un de ses artisans, l'infâme Guy Rocher, avouait il y a peu : « Il y a 40 ans, c'était le catholicisme. Et le catholicisme était drôlement visible avec les soutanes, les cornettes, les crucifix et les processions dans les rues. Nous avons depuis évolué vers un système d'institutions publiques neutres. »  

Le Parti Libéral aura préparé le cercueil (Commission Parent, prise en charge de l'éducation par l'état), le Parti Québécois a tué la Religion (souvenons-nous de Pauline Marois et du retrait de l'Article 93 de la constitution de 1867, article inséré par nos pères afin de garantir notre survie en tant que peuple), puis la Coalition Avenir Québec a cloué le cercueil. Dans cette affaire, François Legault fut un vrai Judas.

Toutefois, cette apostasie ne se fait pas sans heurts. La chute du taux de natalité en témoigne. Ce Québec qui veut se vautrer dans le vice, le matérialisme disparaît peu à peu, faute d'enfants. « Car la nation et le royaume qui ne te serviront point périront ; ces nations-là seront entièrement détruites. » 

L'homme moderne revendique le droit de vivre une vie dissolue, hédoniste non-féconde. Sa société est une société où règne la culture de la mort : l'avortement pour jouir sans soucis, l'euthanasie pour éviter de souffrir. Aucune grande nation n'a prospéré ainsi, et surtout pas la nôtre, pour ceux qui se souviennent de notre histoire nationale.

Ce ne fut ni l'Institution royale de 1801, ni la Conquête, ni la Ligue de l'enseignement (franc-maçonnerie) qui purent triompher sur le règne de Jésus-Christ au Canada français, mais bien l'apostasie religieuse et identitaire.

La question que nous pourrions nous poser dorénavant : quelle sera la prochaine étape? « Débaptiser » notre toponymie? Démonter la croix du Mont-Royal? Laïciser notre drapeau catholique et royal? Nul ne sait. Une chose est certaine : les forces de l'Anti Canada-français ne cesseront pas leur assaut.

L'un des plus grands malheurs dans cette affaire est qu'il y a de nombreux « nationalistes » et « patriotes » qui se revendiquent volontiers de la laïcité. Quelle niaiserie! N'ont-ils pas compris que cette idole tout droit sortie des loges maçonniques est principalement anti-chrétienne? Que celle-ci vise rendre tous les peuples anonymes, sans culture, afin de les incorporer dans une civilisation consumériste et mortifère? N'ont-ils pas compris qu'au nom de cette idole, nous reculons sur notre propre territoire (l'histoire se répète) ? N'ont-ils pas compris que nous sommes dans un véritable combat civilisationnel et que la laïcité est l'arme préférée de l'ennemi afin que les peuple se désarment eux-mêmes? Le journaliste Olivar Asselin a proposé une épitaphe convenant selon lui au peuple canadien-français : « Ci-gît un peuple mort de bêtise » !

Quelques semaines avant son décès, le chanoine Lionel Groulx, voyant la Révolution tranquille et le début de la déchristianisation du Québec, a dit : « Le Québec c'est fini ». Nous espérons que le vieux chanoine se soit trompé.


Vive Dieu,
Vive le Canada français.


-Etienne Dumas, 
Tradition Québec.

jeudi 4 juillet 2019

L'homme doit se conduire par la raison

Nous vous partageons un extrait d'une prochaine réédition des Editions de la Vérité, Le juste milieu de la pénitence, par dom Léonce Crenier (ancien prieur de Saint-Benoît-du-Lac).


On voit la place de l'homme : au-dessus des bêtes et au-dessous des anges.

Cette simple constatation philosophique est d'une immense importance, et voici pourquoi :

Par quoi l'homme est-il au-dessus des bêtes? Par la connaissance intellectuelle, par la raison, reflet de l'intelligence divine.

C'est par la raison que l'homme est homme. Sans elle, il serait une bête. Il est animal, comme les bêtes, mais c'est un animal raisonnable; c'est une animalité surélevée par quelque chose de supérieur : l'intelligence.

Si c'est par la raison que l'homme est homme, c'est donc par la raison qu'il agira en homme.

Si c'est la raison qui, dans l'homme, est supérieure au reste, c'est donc elle qui doit commander.

Si l'homme est doué de ce principe supérieur d'action : l'intelligence, il n'a donc pas le droit de vivre comme les bêtes.

La bête est conduite par sa sensibilité, autrement dit par ses impressions. Pour elle, cela est normal.

Tel objet attire la bête : elle va vers lui. Tel autre objet la repousse : elle s'éloigne.

Mais ce qui est normal pour la bête serait monstrueux pour l'homme.

En suivant les impulsions de la sensibilité, la bête obéit à ce qu'il y a de supérieur en elle. Elle suit la loi que Dieu lui a donnée.

Par contre, l'homme, en suivant les impulsions de sa sensibilité, obéit à ce qui en lui est inférieur, et va contre la loi que Dieu lui a donnée.



-Dom Léonce Crenier, Le juste milieu de la pénitence. Editions de la Vérité. À paraître. P. 48-49.

mardi 2 juillet 2019

Sermon de la fête de saint Jean-Baptiste 2019 : Tuer saint Jean-Baptiste?



Sermon de monsieur l'abbé Damien Dutertre, prononcé à Drummondville lors de la messe de la fête de saint Jean-Baptiste (24 juin 2019), patron des Canadiens-français.



mercredi 26 juin 2019

La philosophie religieuse des modernistes : l'immanence vitale

§ II. — Immanence vitale.

Suite de la partie I

D.D'après ce que vous vêtiez de dire, « l'agnosticisme n'est que le côté négatif dans la doctrine des modernistes. » Quel en est donc le côté positif?
R. — « Le côté positif est constitué par ce qu'on appelle l'immanence vitale. »

D.Comment les modernistes passent-ils donc de l'agnosticisme à l' immanentisme?
R. — Ils passent de l'un à l'autre en la manière que voici : Naturelle ou surnaturelle, la religion, comme tout autre fait, demande une explication. Or, la théologie naturelle une fois répudiée, tout accès à la révélation fermé par le rejet des motifs de crédibilité, qui plus est, toute l’élévation extérieure entièrement abolie, il est clair que, cette explication, on ne doit pas la chercher hors de l'homme. C'est donc dans l'homme même qu'elle se trouve, et comme la religion est une forme de vie, dans la vie même de l'homme. Voilà l'immanence religieuse. »

D.Je comprends que les modernistes, partisans de l'agnosticisme, ne puissent chercher que dans l'homme et dans la vie même de l'homme l'explication de la religion. Et maintenant, pour expliquer cette immanence vitale, qu'assignent -ils comme premier stimulant et première manifestation de tout phénomène vital, en particulier de la religion?
R. — Tout phénomène vital — et, on l'a dit, telle est la religion — a, pour premier stimulant, une nécessité, un besoin ; pour première manifestation, ce mouvement du cœur appelé sentiment.

D.D'après ces principes, où est le principe de la foi et partant de la religion?
R. — « Il s'ensuit, puisque l'objet de la religion est Dieu, que la foi, principe et fondement de toute religion, réside dans un certain sentiment intime, engendré lui-même par le besoin du divin. »

D.Ce besoin du divin est-il du moins, selon les modernistes, du domaine de la conscience?
R. — « Ce besoin, ne se trahissant que dans de certaines rencontres déterminées et favorables, n'appartient pas de soi au domaine de la conscience. »

D.Où gît donc, d'après eux, ce besoin du divin?
R. — « Dans le principe, il gît au-dessous, et selon un vocable emprunté de la philosophie moderne, dans la subconscience, où il faut ajouter que sa racine reste cachée, entière- ment inaccessible à l'esprit.



-Père Jean-Baptiste Lemius, Catéchisme sur le modernisme. 1907. P. 9-10.

lundi 24 juin 2019

Bonne saint Jean-Baptiste

Tradition Québec souhaite une bonne fête patronale à tous les Canadiens-français!


L'amour de la patrie, avec l'amour de l'Eglise, est le sentiment le plus sacré du cœur de l'homme, et s'il était possible que l'un fût ennemi de l'autre, ce serait, à mes yeux, le plus profond déchirement que la Providence ait ménagé à notre époque. 
La patrie est notre église du temps, comme l'Eglise est notre patrie de l'éternité, et si l'orbite de celle-ci est plus vaste que l'orbite de celle-là, elles ont toutes deux le même centre, qui est Dieu, le même intérêt qui est la justice, le même asile qui est la conscience, les mêmes citoyens qui sont le corps et l'âme de leurs enfants.
Le patriotisme religieux est un bien que nous ont légué nos pères, et c'est un devoir pour nous de le conserver précieusement. 

-Mgr Ignace Bourget





samedi 8 juin 2019

Neuvaine patriotique à saint Jean-Baptiste 2019

Cliquez sur l'image pour l'élargir.

Comme à tous les ans, Tradition Québec vous convie à vous joindre à cette grande neuvaine à saint Jean-Baptiste, patron des canadiens-français.

Quoi faire? 

Récitez dévotement chaque jour, du 15 au 23 juin, cette prière adressée au saint patron de notre peuple.

Pourquoi? 

Le peuple canadien-français gît dans la misère, dans la décadence et le péché. Notre patrie fut jadis grande parmi les nations catholiques. Maintenant, elle est à l'avant-garde de ce qu'on appelle la Révolution, c'est-à-dire le renversement de l'ordre naturel établi par Dieu.

Compatriotes Québécois, rappelez-vous des labeurs, des souffrances, ainsi que des gloires de nos ancêtres. Reprenez votre vrai nom de Canadien-français, chassez tout ce qui est contre-nature, pervers, blasphématoire, gauchiste, anti-civilisationnel de votre vie. Renouez avec votre identité et votre culture. Soyez des Canadiens-français, de dignes descendants des Français qui ont colonisés cette terre afin d'y apporter la Lumière de la Foi dans le Nouveau Monde.


Texte de la neuvaine


Ô Saint Jean-Baptiste,
illustre Précurseur du Messie, vous que le Sauveur a proclamé
le plus grand parmi les enfants des hommes,
et que Notre Saint Père le Pape Pie X
a donné pour patron spécial aux Canadiens Français ;
vous avez merveilleusement préparé,
par votre vie austère, pénitente et tout angélique,
les voies au Règne de l'Agneau Rédempteur.


Nous vous en supplions, daignez nous obtenir la grâce
de marcher sur vos pas glorieux,
de conserver la foi de nos pères,
de défendre avec zèle les intérêts de la Sainte Église catholique,
et de réaliser les desseins de la Divine Providence
sur chacun de nous, afin qu'après l'exil de cette vie,
nous puissions nous retrouver dans la Céleste Patrie,
pour y chanter les louanges du Roi éternel de tous les peuples,
pendant les siècles des siècles.


Ainsi soit-il.

mercredi 29 mai 2019

La tactique des gauchistes démasquée


Le premier exemplaire de La tactique des gauchistes démasquée - la suite de L'infiltration gauchiste au Canada français - est arrivé aujourd'hui.

Pré-commandez votre copie dès aujourd'hui en suivant ce lien. Disponible le 16 juin 2019.

mardi 28 mai 2019

La province de Québec n'est pas née en 1960

Chaque génération semble croire que tout a commencé par elle, que le monde est né avec elle. Un changement politique s'étant produit dans la province de Québec en 1960, les nouveaux détenteurs du pouvoir ont stimulé cette tendance, afin de répandre l'impression qu'il ne s'était rien fait qui vaille avant eux.

La tactique s'est d'abord appliquée au chapitre des relations extérieures. Le Canada français ne révélerait son existence aux pays étrangers - à la France, en particulier - que depuis quatre ou cinq ans.

Ce boniment témoigne d'une robuste ignorance de notre histoire. J'ai entendu l'abbé Pierre Gravel le réfuter avec beaucoup d'à-propos et de verve. Je reprends et développe un peu ses arguments.

En 1880, Adolphe Chapleau, premier ministre prestigieux de la province de Québec, établissait des relations économiques avec la France, en commençant par la négociation d'un emprunt français et par l'établissement du Crédit Foncier Franco-Canadien. Des échanges s'organisaient entre les deux pays - et l'on pensait compléter ces mesures par l'établissement d'une ligne de navigation directe et régulière. Une mission française vint faire le tour de notre province - encore très loin de son développement actuel.

Chapleau voyagea en Europe l'année suivante. La société parisienne s'arracha ce Canadien français si bel homme et si éloquent. Le président de la République le reçut, et le nomma commandeur de la Légion d'honneur; le Pape le reçut, et le nomma commandeur de Saint-Grégoire-le-Grand. Un homme d'affaires très entreprenant, Louis-Adélard Sénécal - le Louis Lévesque de son temps, si l'on veut - accompagnait le premier ministre. Des relations commerciales s'ébauchèrent ou se complétèrent ..

Chapleau avait fait la conquête de Paris. Son grand rival Mercier, devenu premier ministre à son tour, renouvela le charme. Lui aussi avait belle allure, et le goût du panache. Son voyage de 1891 laissa une traînée qu'on peut bien dire éblouissante. Sociétés savantes, réunions académiques, cercles littéraires, économiques, agricoles, instituts techniques, cercles catholiques, on l'invitait partout, et il acceptait. Le président de la République le reçut à l'Elysée et le promut commandeur de la Légion d'honneur. Le roi des Belges le reçut à Bruxelles et le fit commandeur de l'ordre de Léopold. Le pape Léon XIII le reçut à Rome et le nomma comte palatin, à titre héréditaire. A Chartres, à Tourouvre, à l'abbaye de Bellefontaine (maison-mère de la Trappe d'Oka), à Cholet, à Caen, les moines, les éleveurs, les gens du monde, tous reçurent Mercier et ses compagnons comme des frères. La visite de Mercier à Tourouvre, berceau de sa famille, est émouvante au point que son récit nous met des larmes aux yeux. Les vitraux donnés par Mercier à l'église de Tourouvre doivent toujours s'y trouver.

Mercier s'était conduit et fait recevoir en chef d'Etat.

Laurier, aussi bien accueilli en France, brilla surtout en Angleterre. Il y fit plusieurs voyages. Un banquet donné par le gouvernement anglais en 1897 sembla bien tourner en une apothéose de "Sir Wilfrid". Dix ans plus tard, à la conférence de 1907, c'est encore Laurier qui joua l'un des tout premiers rôles.

Au congrès eucharistique de Lourdes, tenu à la veille de la guerre de 1914, deux des orateurs les plus acclamés furent Henri Bourassa et Mgr Georges Gauthier, archevêque coadjuteur de Montreal.

Le sénateur Dandurand, qui avait été l'un des lieutenants de Laurier, remporta de très gros succès personnels à la Société des Nations, à Genève. Sa dignité, son érudition et sa belle voix grave faisaient merveille, et le délégué canadien présida l'Assemblée en 1925.

Rodolphe Lemieux, son cadet de quelques années, son collègue au Sénat et membre, comme lui, des grands cercles internationaux, donna des conférences très suivies à la Sorbonne et succéda au cardinal Mercier comme membre de l'Institut de France en 1927.

Edouard Montpetit, si bel homme, si digne de tenue, si brillant orateur, et qui nous a si bien représentés dans de grands congrès internationaux à Oxford, à Gênes, à La Haye, fut à son tour invité à donner des cours sur le Canada en Sorbonne en 1925, puis à Bruxelles en 1928. L'Académie française n'admet pas de membres étrangers. Mais l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, non moins triée sur le volet, élut Montpetit parmi ses membres.

Ce n'est pas en 1965, c'est en 1923 que notre gouvernement fit circuler en France un train-exposition.

Mais j'ai nommé Mgr Gauthier. Le nom de ce prélat appelle à mon souvenir celui du cardinal Villeneuve, légat du Pape à Domrémy en 1939 (pour les fêtes de Jeanne d'Arc) et à Mexico en 1945. Les voyages occasionnés par ces très hautes missions, en France et au Mexique, prirent tournure triomphale.

Joseph-Adolphe Chapleau (1840-1898).
J'aurais dû citer les missions françaises venues dans notre province à l'occasion des congrès de la Langue française en 1912 et en 1937. Et plus encore, peut-être, l'extraordinaire mission venue pour le quatrième centenaire de la découverte du Canada, en 1934. Bon nombre d'entre nous doivent se le rappeler: jamais pareille élite n'avait traversé l'océan.

Les professions, les corps constitués - les médecins, les chambres de commerce et bien d'autres - ont organisé des voyages collectifs et des échanges de visites avec leurs homologues étrangers. Les anciens de l'Ecole des Hautes Etudes Commerciales ne peuvent pas avoir oublié le splendide accueil de leurs confrères français, qui les reçurent par ces mots, en 1935: "Vous voici chez vous." Au Cercle Interallié, le plus chic de Paris, les deux groupes échangèrent leurs fanions - le fanion bleu et argent des H.E.C. de Paris contre le fanion à feuille d'érable des Montréalais - en signe d'étroite amitié. Une installation radiophonique spéciale permit aux H.E.C. de Montréal, groupés à l'Ecole de la place Viger, d'entendre le message du président de l' Association française, et aux H.E.C. de Paris, réunis dans les jardins du Cercle Interallié, d'entendre les remerciements d'Armand Viau, président de l'Union Canadienne. L'automne suivant, une délégation des H.E.C. de France rendait la visite et participait aux fêtes du vingtième anniversaire de l'Ecole montréalaise.

Notre histoire récente est parsemée de scènes aussi émouvantes. Il me faudrait vingt fois plus de place pour épuiser le sujet. Pour mentionner les succès remportés à l'étranger par des Canadiens français comme la cantatrice Albani ou le savant Frère Marie-Victorin, entre bien d'autres. Wilfrid Pelletier n'a pas attendu 1960 pour devenir chef d'orchestre du Metropolitan Opera de New York. Les "prix d'Europe" datent au moins d'Athanase David. Ni le Collège Canadien à Rome ni la Maison des Etudiants canadiens à Paris ne datent du gouvernement actuel. Et j'ai eu, bien avant 1960, le plaisir de m'arrêter au bureau de propagande de la province de Québec, en plein Rockefeller Centre, à New York.

J'ai rappelé au chapitre précédent l'essor économique pris par la province de Québec au temps du gouvernement Duplessis. Cet essor se poursuit. On répand à tort l'impression d'une accélération considérable. Nous participons à l'élan qui emporte le continent nord-américain et une bonne partie de l'Europe occidentale. Dans un pareil contexte, qui n'avance pas recule. Mais notre taux de participation fléchit. Nos progrès, plus rapides que ceux de nos voisins il y a sept ou huit ans, le sont moins aujourd'hui. Montréal était en voie de surclasser définitivement Toronto. C'est maintenant la capitale ontarienne qui rattrape la métropole québécoise. Le taux de croissance de Toronto (2,000,000 d'âmes) est de 9%; celui de Montréal (2,200,000) de 7%. La différence est encore plus accusée si l'on compare, non plus les deux grandes villes, mais l'ensemble des deux provinces. Toronto rattraperait Montréal d'ores et déjà sans les préparatifs de l'Exposition - à laquelle l'Etat fédéral et par conséquent l'ensemble du pays apportent une sérieuse contribution.

Pour une industrie dont on annonce la prochaine installation dans Québec, trois ou quatre s'établissent en Ontario. Et la grande province voisine n'est pas seule à nous devancer. La Colombie-Britannique enregistre des gains très supérieurs aux nôtres dans à peu près tous les domaines : population, investissements de capitaux, ventes au détail, revenu personnel, taux des salaires. La côte du Pacifique connaît un essor extraordinaire. Un gigantesque développement hydroélectrique est en projet sur la rivière La Paix. Le port de Vancouver rattrape le port de Montréal pour le tonnage manutentionné. Il le dépassera, selon les prévisions, d'ici trois à cinq ans. L' Alberta continue sur sa lancée. La Saskatchewan a répudié les gouvernements socialistes sous lesquels elle végétait et s'efforce, avec succès, d'attirer des industries. Un énorme projet d'exploitation des potasses y est en voie de réalisation. Le premier ministre Ross Thatcher déclare, à l'inauguration d'une nouvelle usine: "Nous voulons créer un climat des plus favorables à l'entreprise privée." Les provinces Maritimes· elles-mêmes, si longtemps léthargiques, atteignent un taux de croissance supérieur au nôtre. La Nouvelle-Ecosse s'industrialise "in a big way". Elle étudie l'utilisation éventuelle des hautes marées de la baie de Fundy - les plus puissantes du monde - pour produire une quantité considérable d'énergie électrique, moins coûteuse que l'énergie produite à l'aide des chutes d'eau. Elle a déjà son usine d'automobiles, la Volvo, qui entame le marché québécois. Une autre usine, près de Sydney, fabriquera des autos de marque japonaise. La Nouvelle-Ecosse construit la première usine d'eau lourde au Canada. Elle a construit la première fabrique de boîtes de conserves en aluminium au Canada, et en construit maintenant une deuxième. Au Nouveau-Brunswick, la Brunswick Mining and Smelting construit un énorme complexe (mines, fonderie, produits chimiques, sidérurgie) à coups de centaines de millions. Un groupe d'usines s'installe à Bathurst et des filiales à Belledune. Ce complexe, destiné à devenir une véritable puissance industrielle, est déjà partiellement en production. Jusqu'à la minuscule Île du Prince-Edouard qui ouvre des chantiers maritimes, tandis que Terre-Neuve inaugure le, grand ensemble de la Wabush Mines (235 millions), puis équipe les chutes de Hamilton.

Le ministre (fédéral) des Finances a donné des statistiques relatives à l'ensemble des provinces atlantiques, à la Chambre des communes, le 7 juin. Les investissements de fonds ont augmenté de 14 pour cent en 1964, et ce progrès est partagé par tous les secteurs de l'économie; la production minérale a, augmenté de 33 pour cent, la production de pâte à papier a réalisé une nouvelle avance de 29 pour cent, les expéditions de minerai de fer de 30 pour cent. Le chômage a diminué de 16 pour cent.

Le frère Marie-Victorin (1885-1944).
La vérité est que nous suivons le mouvement, à la queue. Il nous reste les fâcheux records que nous avons déjà énumérés, et quelques autres aussi peu flatteurs, comme le record du chômage (taux relevés par le Bureau fédéral de la Statistique en mai 1965 : 5.2 dans Québec; 3.1 en Ontario), le record des grèves, le record des faillites, le record des accidents d'automobiles, le record des taxes et le record des dettes.

Il ne s'agit pas de discréditer les efforts qui s'accomplissent aussi dans Québec. Mais on cherche à nous tromper en nous laissant croire qu'ils sont uniques au Canada et dans le monde, qu'ils n'ont pas eu de prédécesseurs et qu'ils n'ont pas d'équivalents contemporains.

Ne nous racontez pas que la province de Québec, en 1960, est sortie du néant - ou des "ténèbres du Moyen-Age'' comme aurait dit feu T.-D. Bouchard - pour entrer d'un bond dans l'ère des relations interplanétaires.

[NDLR : T-D Bouchard, surnommé le diable de Saint-Hyacinthe, fut maire puis député de cette ville. Successivement chef de l'opposition officielle (parti libéral), ministre, président d'Hydro-Québec (démis de ses fonctions par la suite car trop gênant pour le gouvernement Godbout) puis sénateur. Ouvertement franc-maçon et anti-clérical, c'est en partie à son instigation que nous devons la loi sur l'instruction obligatoire au Québec, première étape d'une mainmise du gouvernement sur la jeunesse, ainsi que de la déchristianisation du Québec.]



-Robert Rumilly, Quel monde ! Editions Actualité. 1965. Montréal. P. 80-85.

samedi 18 mai 2019

Fête de saint Jean-Baptiste 2019 à Drummondville



Tradition Québec vous invite à sa Grand-Messe de la Saint-Jean-Baptiste, le lundi 24 Juin à Drummondville.

Lieu : 1966 boulevard Saint-Joseph Ouest, Saint-Majorique. QC, J2B 8A8.

Horaire :

8h30 à 10h - Confessions.
10h - Messe catholique (rite de saint Pie V) - Abbé Damien Dutertre.
12h30-13h - Repas ailleurs à Drummondville. Apportez votre repas. L'adresse vous sera communiqué.

Pour informations : Nous joindre

mardi 14 mai 2019

La tactique des gauchiste démasquée


La tactique des gauchistes démasquée, cahier n.2 de Robert Rumilly (suite de L'infiltration gauchiste au Canada français), sera disponible dès le 17 juin 2019. Pré commandez votre copie dès aujourd'hui en visitant notre page Etsy. Les commandes passées seront donc honorées à partir du lundi 17 juin 2019.


Titre : La tactique des gauchistes démasquée.
Auteur : Robert Rumilly.
Éditeur : Les Éditions de la Vérité
Langue : français.
Taille : 10.79 x 17.46 cm.
Pages : 84.
Couverture : souple.
Date de publication : 17 juin 2019.
Prix : 12,15 $ (livraison gratuite).


Pour l'occasion, des copies du cahier n.1 L'infiltration gauchiste au Canada français seront aussi disponibles dès le 17 juin 2019. Pour en pré commander une copie, cliquez ici.

samedi 11 mai 2019

Marxisme et christianisme

Nous ne pouvons terminer cette étude sans traiter d'un problème sans cesse agité à l'heure actuelle. Comment situer réciproquement marxisme et christianisme? En particulier, un chrétien peut-il collaborer avec les marxistes dans sa lutte politico-sociale ?

Nous avons déjà indiqué que l'athéisme n'était absolument pas une pièce rapportée ou un élément adventice dans le marxisme, mais bien une des idées maîtresses, voire l'inspiration foncière du système. La chose est dite en termes fort nets par les interprètes les plus officiels de la pensée marxiste, tel A. Cornu. On peut même dire que, bien loin que la critique marxiste de la religion ne soit qu'un corollaire de la critique du libéralisme économique contenue dans Le Capital (comme le croient sottement trop de chrétiens de notre pays), c'est rigoureusement l'inverse qui est vrai : Le schéma de l'aliénation, dont l'essentiel est dû à Feuerbach et qui s'applique aux rapports entre l'homme et Dieu, est appliqué par Marx à la société capitaliste.

Nous parlions du présent problème, voici quelque temps, avec une haute personnalité romaine. Celle-ci nous déclara : « Je n'arrive pas à comprendre l'attitude de certains catholiques français, qui essaient perpétuellement de maintenir le contact avec le communisme. L'opposition totale est pourtant trop manifeste, et ceci à trois échelons : les doctrines sont entièrement antagonistes et inconciliables l'une avec l'autre. L'Eglise est intervenue à de multiples reprises pour dire ce qu'il fallait en penser, ce qui, pour un chrétien catholique devrait trancher le débat. Enfin, il y a l'épreuve des faits partout où le communisme est au pouvoir, il s'acharne à détruire la religion chrétienne ».

Ces paroles autorisées nous donnent un plan tout tracé:

1. Caractère intrinsèquement inconciliable des doctrines

Elles s'opposent en effet en ce qui concerne l'idée qu'elles se font de la réalité dans leur hiérarchie des biens et des maux : dans le but qu'elles s'assignent ; et, enfin, dans le choix des moyens.

a) Pour le chrétien (et, en général, pour le spiritualiste et l'homme religieux monothéiste) le monde matériel existe certainement : il est l'oeuvre de Dieu, et nous ne devons ni le mépriser, ni le négliger. Mais la réalité suprême, c'est Dieu et le monde spirituel beaucoup plus riche et dense que l'univers matériel. Le moindre acte de foi proclame cela et les saints en font le centre de leur vie. Pour le marxiste, seule la matière existe, la pensée n'en est qu'un effet, et tout ce qui concerne le monde spirituel est pure fantasmagorie, mystification néfaste qu'il faut extirper.

b) Pour le chrétien, le mal suprême, la seule aliénation intégrale, c'est le péché, la faute morale. Comparativement à cela, le reste est secondaire. Pour le marxiste, la notion de péché est mystifiante et irrationnelle, le mal suprême c'est la souffrance qui résulte de l'oppression sociale.

c) Pour le chrétien, il ne faut certes pas se désintéresser de la vie des hommes ici-bas, et il faut combattre l'injustice, mais enfin notre demeure ultime est aux cieux et notre espérance porte sur le Royaume de Dieu, non sur la technique et la rationalisation des moyens de production. Pour le marxiste, « notre paradis, c'est sur terre que nous le ferons » (Maurice Thorez, reprenant un mot
de Marx), le reste est chimère haïssable.

d) Pour le chrétien, il y a des moyens d'action qui sont intrinsèquement illégitimes, qu'il ne faudra jamais employer, quel qu'en puisse être le bon effet temporel (puisque le péché est le plus grand des maux). Pour le marxiste, est bon ce qui sert la cause de la révolution, est mauvais ce qui s'y oppose (38), de sorte que c'est merveille de voir les bonnes âmes s'étonner lorsque le communisme utilise des procédés tels que le mensonge, la calomnie pour déconsidérer un adversaire, les procès préfabriqués, la liquidation physique des individus ou des groupes, etc. Dans son optique, il aurait bien tort de se paralyser par un scrupulisme petit-bourgeois, puisqu'il s'agit de rendre en définitive l'homme heureux (39).

Comment dès lors un chrétien pourrait-il collaborer, même sur le plan purement pratique avec le Parti communiste? On n'arrive même pas, logiquement parlant, à comprendre comment certains ont pu le croire et persévérer encore actuellement dans cette voie (ce qui prouve que certains esprits sont capables de refuser même les évidences).

2. Condamnation formelle du communisme par l'Eglise

Ce paragraphe s'adresse essentiellement aux catholiques, mais un incroyant honnête pourra au moins comprendre pourquoi l'accord est impossible.

Pie XI (1922-1939) : « Le communisme est
intrinsèquement pervers ».
Les textes sont nombreux. Nous ne rappellerons que trois documents particulièrement caractéristiques : d'abord, l'encyclique Divini Redemptoris de Pie XI (1937) (40) qui est particulièrement sévère (« Le communisme se montre sauvage et inhumain à un degré qu'on a peine à croire, et qui tient du prodige... Le communisme est intrinsèquement pervers et l'on ne peut admettre sur aucun terrain de collaboration avec lui, de la part de quiconque veut sauver la civilisation chrétienne. Si quelques-uns, induits en erreur, coopéraient à la victoire du communisme dans leur pays, ils tomberaient les premiers, victimes de leurs égarements »).

Sur le plan pratique, le Saint-Office, dans un décret du 1er juillet 1949, porte des sanctions canoniques contre ceux qui collaboreraient avec le communisme. Une autre décision du Saint-Office est intervenue le 14 avril 1959 [NDLR : Sous Jean XXIII/Roncalli], toujours dans le même sens.

Ajoutons enfin les nombreuses condamnations de publications et de groupes progressistes par Rome, qu'il s'agisse des pays libres (« jeunesse de l'Eglise», « quinzaine », etc.) (41) ou des pays de démocratie populaire (Pologne principalement). On voit mal comment un catholique peut passer outre, en sécurité de conscience, à de telles barrières.

3. Persécutions antireligieuses

Il semble que beaucoup, sur ce point, ne soient pas au courant, ou plutôt s'évertuent à ne pas savoir. On ressasse toujours, en milieu progressiste, la formule communiste : « Nous ne voulons pas faire de martyrs », mais on la prend à contresens : elle signifie seulement qu'il ne faut pas molester ou tuer les prêtres ou les laïcs catholiques pour motif avoué d'ordre doctrinal, mais elle n'interdit pas, elle conseille même, de les disqualifier et de les liquider sous des prétextes politiques (sabotage de la réforme agraire, "activités fascistes", etc.), ce qui est toujours possible avec un parti tout-puissant
et une police omniprésente, là où le communisme est au pouvoir. Car après la prise du pouvoir, il faut liquider la religion.

En Russie, ce fut pendant des années une persécution sanglante qui coûta la vie à d'innombrables chrétiens, orthodoxes et autres. Si, sous Staline, il y eut la mise sur pied d'un « modus vivendi », il ne faut pas perdre de vue ses intentions intéressées (asservir à l'Etat soviétique ce qui s'obstinait à survivre de l'Eglise orthodoxe russe), et l'inégalité flagrante du statut qui accorde aux croyants la « liberté de pratique religieuse » (encore ne voyons-nous guère de fonctionnaires ou d'agents de l'Etat s'y risquer... ). Tandis que l'athéisme a la « liberté de propagande antireligieuse». Or, comme tout l'enseignement est aux mains de l'Etat bolchéviste, de l'école primaire aux universités, comme toutes les maisons d'édition sont également d'Etat, comme tous les journaux, revues, etc., sont d'Etat, on voit la disparité de condition : si la survivance de la religion en Russie prouve une chose, c'est le besoin d'absolu qui habite le cœur de l'homme et la puissance de l'action de Dieu, mais certainement pas la générosité du communisme !

La chose est d'ailleurs particulièrement flagrante lorsqu'il s'agit des pays de démocratie populaire (42). Sait-on, par exemple, que quatre évêques catholiques albanais sur cinq sont morts (en prison, ou fusillés) ? Qu'en Roumanie, la proportion est sensiblement la même? Quant à la Chine, les faits ont eu assez de publicité pour qu'on ne puisse tout étouffer... Et la Hongrie? Et la Tchécoslovaquie? Et la Bulgarie? Et la Pologne? Nous avons les statistiques et les noms propres sous les yeux, et nous regrettons de ne pouvoir tout transcrire (43).
Destruction de la cathédrale du Christ-Sauveur de
Moscou par le pouvoir communiste (1931).

Nous croyons n'avoir pas besoin d'insister maintenant sur l'incompatibilité absolue du marxisme-léninisme et du christianisme traditionnel. Signalons tout de même l'absolue fausseté du propos, si répandu en France en certains milieux et d'après lequel on ne doit lutter contre le communisme que par la prière et par les réformes sociales, en « faisant mieux que lui » (ce qui suppose qu'il fait bien, si cette formule de Joseph Folliet a un sens).

En réalité, il y a bien un problème urgent et réel d'amélioration des niveaux de vie, surtout pour certains pays particulièrement défavorisés, mais il y a aussi :

a) Une lutte doctrinale, qui oppose au marxisme-léninisme des constructions solides et « en dur » , non quelque gélatine pseudo-chrétienne, qu'il s'agisse de théologie, de philosophie pure ou de théorie politique. Effectivement, l'attrait du communisme sur les jeunes vient en grande partie de sa massivité affirmative et de son caractère de « système du monde » (voir début de la leçon) :

b) Un devoir strict pour les pouvoirs publics (s'ils font leur métier) de mettre un frein à la subversion, par des moyens honnêtes, mais fermes. On ne peut laisser se développer à son gré un mouvement dont le but avoué est la liquidation de toute opposition. Ou alors, c'est qu'on est masochiste (cela arrive). Nous ne sommes nullement des prédicateurs de croisade antisoviétique comme on nous en a
accusé, nous ne faisons qu 'énoncer une doctrine toute traditionnelle, rappelée par Pie XI lorsqu 'il exhortait sur ce point les Etats à la vigilance, dans les années d'avant 1939.



-Louis Jugnet, Doctrines philosophiques et système politique. Editions de Chiré. 2013. Chiré-en-Montreuil. P. 148-154.


(38) « ... Notre moralité est entièrement subordonnée aux intérêts de la lutte de classe... Notre moralité se déduit des intérêts de la lutte de classe du prolétariat » (Lénine, au III Congrès des Jeunesses Communistes, 1920).

(39) Tous les humanitaires sont pareils, de Robespierre à Lénine : ils massacrent les hommes actuels en toute sécurité de conscience afin que leurs petits-enfants (s'il en reste) nagent dans la béatitude définitive (voir là-dessus les amères ironies de Koestler, Le Zéro et l'infini) et de Camus (L'homme révolté).

(40) L'habitude de ne pas tenir compte des encycliques est fortement enracinée dans certains milieux catholiques, nous ne le savons que trop. Pourtant, cette attitude elle-même est hétérodoxe et a été condamnée plusieurs fois par l'Eglise. Surtout quand l'encyclique dont il s'agit ne fait que rappeler des principes fondamentaux de morale chrétienne ! ...

(41) Sur les sources du progressisme chrétien dans notre pays, on trouvera, mêlé a une terminologie hégélienne et à d'aigres jugements sur le thomisme, une masse imposante de matériaux dans le récent livre du P. Gaston Fessard, jésuite : De l'actualité historique, t. II : Progressisme chrétien et apostolat ouvrier (Desclée De Brouwer), qui met en cause des personnalités très en vue...

(42) Signalons en passant que la situation de l'Eglise chez Tito, suprême espoir de certains, n'est pas meilleure ...

(43) Le moins que nous puissions faire, c'est de renvoyer à deux ouvrages, pris entre beaucoup d'autres : J. Monsterleet, Les martyrs de Chine parlent (Amiot-Dumont) et P. Gherman: L'âme roumaine écartelée (Editions du Cèdre).

mardi 7 mai 2019

La philosophie religieuse des modernistes : l'agnosticisme

§ I. — Agnosticisme. 

D. — « Pour commencer par le philosophe, quelle est la doctrine que les modernistes posent comme base de leur philosophie religieuse? 
R. — « Les modernistes posent comme base de leur philosophie religieuse la doctrine appelée communément agnosticisme. »

D. — Résumez la doctrine de l'agnosticisme? 
R. — « La raison humaine, enfermée rigoureusement dans le cercle des phénomènes, c'est-à-dire des choses qui apparaissent, et telles précisément qu'elles apparaissent, n'a ni la faculté ni le droit d'en franchir les limites ; elle n'est donc pas capable de s'élever jusqu'à Dieu, non, pas même pour en connaître, par le moyen des créatures, l'existence : telle est cette doctrine. »

D. — De cette doctrine, que concluent les modernistes? 
R. — « Ils infèrent deux choses : que Dieu n'est point objet direct de science ; que Dieu n'est point un personnage historique. »

D. — « Qu'advient-il, après cela, de la théologie naturelle, des motifs de crédibilité, de la révélation extérieure ? »
R. — « Il est aisé de le comprendre. Ils les suppriment purement et simplement et les renvoient à l'intellectualisme, système, disent-ils, qui fait sourire de pitié, et dès longtemps périmé. »

D. — Se laissent-ils arrêter au moins par les condamnations de l'Eglise? 
R. — « Rien ne les arrête, pas même les condamnations dont l'Eglise a frappé ces erreurs monstrueuses. »

D. — Donnez sur ce point, à l'encontre du modernisme , la doctrine du Concile du Vatican? 
R. — « Car le Concile du Vatican a décrété ce qui suit : Si quelqu'un dit que la lumière naturelle de l'humaine raison est incapable de faire connaître avec certitude, par le moyen des choses créées, le seul et vrai Dieu, notre Créateur et Maître, qu'il soit anathème (1). Et encore : Si quelqu'un dit qu'il ne se peut faire, ou qu'il n'est pas expédient que l'homme soit instruit par révélation divine du culte à rendre à Dieu, qu'il soit anathème (2). Et enfin : Si quelqu'un dit que la révélation divine ne peut être rendue croyable par des signes extérieurs, et que ce n'est donc que par l'expérience individuelle ou par l'inspiration privée que les hommes sont mus à la foi, qu'il soit anathème (3). »

D. — « Maintenant, de l'agnosticisme qui n'est après tout qu'ignorance, comment les modernistes passent-ils à l'athéisme scientifique et historique, dont la négation fait au contraire tout le caractère ; de ce qu'ils ignorent si Dieu est intervenu dans l'histoire du genre humain, par quel artifice de raisonnement en viennent-ils à expliquer cette même histoire absolument en dehors de Dieu, qui est tenu pour n'y avoir point eu effectivement de part ? » 
R. — « Le comprenne qui pourra. Une chose, pour eux, parfaitement entendue et arrêtée, c'est que la science doit être athée, pareillement l'histoire ; nulle place, dans le champ de l'une comme de l'autre, sinon pour les phénomènes : Dieu et le divin en sont bannis. »

D. — « Quelles conséquences découlent de cette doctrine absurde, au regard de la personne sacrée du Sauveur, des mystères de sa vie et de sa mort, de sa résurrection et de son ascension glorieuse ? » 
R. — « C'est ce que nous verrons bientôt. »



-Père Jean-Baptiste Lemius, Catéchisme sur le modernisme. 1907. P. 7-9.


(1) De revel., can. I. 
(2) Ibid., can. II.  
(3) De Fide, can. III.

jeudi 2 mai 2019

Rousseau et son Contrat social

Le problème posé est celui-ci : puisque l'état social, tout en étant au fond antinaturel, est devenu inévitable, comment rationaliser en quelque sorte la société ? (comparer avec l'Emile: substituer une bonne éducation à la mauvaise).

Le texte du Contrat provient de laborieux remaniements et d'une présentation de type rationaliste et déductif, quasi-spinoziste par endroit. La clarté n'en est pas pour cela parfaite ( cf. Rousseau : « Ceux qui se vantent d'entendre le Contrat tout entier sont plus habiles que moi » ( 1). Il est dominé par le thème ou l'idée, de la Volonté générale, qui provient en partie de vues empruntées à Diderot (sans parler de sources plus anciennes, d'Althusius à Jurieu, voir leçons précédentes sur les juristes et sur Bossuet). Elle est toujours droite, et ne se trompe jamais quoiqu'on puisse la tromper (échappatoire commode pour éluder les faits gênants). Elle s'oppose aux « volontés particulières », et par là Rousseau ne veut pas tellement désigner les désirs des individus que l'intervention des « corps naturels » ou « intermédiaires » de l'Ancien Régime (provinces, corporations, Eglises, etc.). Les citoyens donnent le pouvoir à la collectivité. Celle-ci, en bloc, se choisit un gouvernement. Le livre I critique Hobbes et Grotius, essentiellement à propos de l'esclavage, et là, on peut dire que Rousseau frappe souvent juste. Mais c'est aux livres II et suivants que sa philosophie politique propre s'étale vraiment, dirons-nous, en tout ce qu'elle a de mystifiant...

Le souverain et les sujets sont le même corps de citoyens, considéré sous deux aspects : comme législateur (en tant qu'ensemble) et comme sujet (chacun isolément). Pas de parlementarisme, régime corrompu et corrupteur (on pourrait tirer de Rousseau un florilège de textes antiparlementaires...) mais consultation populaire directe (référendum), d'où hostilité aux trop grands Etats, où Rousseau croit la chose irréalisable.

Rousseau déteste la monarchie, et, en le lisant, on a l'impression d'une gageure, car il utilise contre elle des arguments qui sont comme le négatif de ceux qu' emploient, pour la justifier, les auteurs monarchistes. La monarchie est un régime instable et manquant de continuité, au contraire des régimes républicains (? !). Que pour Rousseau, la « multitude », comme disent les auteurs classiques, soit source de la souveraineté, c'est bien certain. Mais est-elle aussi le critère de la distinction du bien et du mal ? Certains auteurs - en général favorables à Rousseau - disent que non, qu'il met au-dessus du consentement populaire des valeurs immuables et absolues. D'autres, tel Maritain, dans Trois réformateurs (Plon, éditeur, ouvrage que nous ne saurions assez recommander), pensent le contraire.

Comme nous l'avons dit précédemment (leçon XII), Rousseau rejette la séparation des pouvoirs. La souveraineté est unitaire.

En matière de religion, il faudra enlever à l'individu tout ce qui pourrait le dresser contre l'Etat (comparer avec Platon, leçon II). Rousseau est fortement hostile au catholicisme, non seulement pour des raisons philosophiques mais pour ce motif politique : le catholique n'est jamais un citoyen « à cent pour cent ». Il n'est pas non plus protestant, malgré ses sympathies pour les implications révolutionnaires de la Réforme (voir leçon sur celle-ci). Il tolère un vague christianisme « moraliste », rhétorique, humanitaire, sans dogmes précis, mais, pour son compte, il est déiste : il faut croire en Dieu, en son action sur le monde, à la vie future, à la sainteté de la loi civile. Mais Rousseau tient tellement à ce Credo minimum (et ici, comme sur beaucoup d'autres points essentiels, Robespierre sera son très fidèle interprète), que l'athée sera, s'il persévère, emprisonné, voire totalement éliminé (Contrat, 1. IV, ch. VIII).

DISCUSSION :

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778).
La pensée de Rousseau, nous paraît, disons-le, sophistique et extrêmement nocive.

1 ° Si l'on met l'accent sur le consentement libre de l'individu, on dira que chacun doit pouvoir, en Discours, avec tous les inconvénients que comportent l'individualisme libéral et l'anarchisme pur (voir leçon sur Maurras et article « Rousseau » de celui-ci dans son Dictionnaire politique et critique). C'est une conception essentiellement négative, et destructrice des valeurs sociales. bonne logique, rompre le pacte social à tout instant. On arrive alors à une interprétation anarchiste, qui rejoint la doctrine des

2° Si l'on met l'accent sur la volonté générale prise en bloc, sorte d'abstraction réalisée, on arrive à des conclusions étonnantes, et, selon nous, inacceptables encore :

A. La volonté générale devrait, en principe, être celle de l'unanimité du corps social. Mais ceci est irréalisable en fait, et Rousseau le sait fort bien. Dès lors, c'est la majorité numérique qui sera censée représenter la volonté générale. On rencontre alors deux difficultés :

a) qu'est-ce qui nous garantit (à part une « foi » démocratique qui soulève les montagnes...) qu'elle incarne plus réellement le bon sens et le jugement droit que la minorité, surtout quand on ne professe pas un radical optimisme sur la lucidité et la bonté de l'homme.

b) que devra faire la minorité ? Rousseau n'hésite pas : non seulement elle devra s'incliner devant le verdict de la majorité, au for externe, mais elle devra, au for interne, se ranger à cet avis, l'accepter comme fictivement et absolument bon. Elle devra, pourrions-nous dire, faire son autocritique et, si l'on vote à nouveau, voter comme la majorité l'a indiqué. Et si quelqu'un regimbe? Alors, c'est Rousseau qui nous le dit, le récalcitrant sera « forcé d'être libre »...

RÉSULTAT : ON AURA UN TOTALITARISME POLITIQUE.

Rousseau engendre logiquement Saint-Just et Robespierre, lorsque celui-ci déclare : « le gouvernement de la République, c'est le despotisme de la liberté (sic) contre celui de la tyrannie ». On peut donc dire que Rousseau est une des sources indiscutables des pouvoirs totalitaires modernes, de Napoléon aux dictateurs de nos jours. Et, en particulier, par l'intermédiaire de Fichte son idée du« peuple» et de ... celui qui l'incarne a contribué à la naissance et au développement du pangermanisme (constatation fort utile à faire, mais qui gênera sans doute certains admirateurs inconditionnels des « grands ancêtres » et des « immortels principes» ...).

B. Nous ne sommes pas au bout de nos peines. Les théoriciens et les hommes politiques de la démocratie craignent vivement que même la majorité des suffrages ne leur soit pas toujours acquise. Et, de fait, ils ont bien raison (que l'on songe à la proportion - arithmétique- ment ridicule - de Français qui étaient réellement partisans de la Convention et qui votèrent en ce sens ! ...) Aussi les sectateurs de Rousseau, sur le plan juridique, en arrivent-ils à des aveux dépouillés d'artifice.

« On conçoit, après cela, l'attrait de la doctrine léniniste : 
aux chefs socialistes il ouvre la perspective d'un pouvoir indéfini, 
sans limites et sans contrôle, tandis qu'il fait briller aux yeux 
des classes ouvrières le mirage de la terre promise. »
Un des grands républicains du siècle dernier, Arthur Ranc, tourné vers la droite de l'assemblée s'écriait assez ingénument : « Si vous êtes une infime minorité, nous vous mépriserons (2) ; si vous êtes une forte minorité, nous vous invaliderons ; si vous êtes la majorité, nous prendrons le fusil et nous descendrons dans la rue (3) ». Plus doctoral, un éminent juriste de la célèbre « Ligue des Droits de l'Homme » écrit : « La volonté de la majorité n'est pas une catégorie absolue ... dans un grand nombre de cas, les" délibérations du peuple" n'ont pas de valeur pour la conscience juridique de la démocratie... Le fait majoritaire n'est pas un facteur décisif pour l'éthique démocratique. A l'inverse, le défaut de majorité arithmétique n'enlève pas son caractère démocratique à la France de la Convention ... La Convention nationale représente-t-elle la majorité des électeurs français en 1792? Non, bien sûr ... les Citoyens "pensants et agissants" n'étaient qu'une infime minorité. Lorsqu'un pays vote librement (le mot est souligné par l'auteur de l'article) contre la liberté, ce choix, sur le plan moral et institutionnel, est illégal (Mirkine-Guetzévitch, Revue philosophique, juillet-septembre 1952, pp. 448-449). Tout commentaire nous parait superflu ...

Concluons donc: c'est pour s'être politiquement inspirée de Rousseau que la France oscille depuis la Révolution, entre l'anarchie et le despotisme césarien.

Sur le plan religieux, l'idéologie de Rousseau et son héritier le jacobinisme, sont aussi profondément opposés au christianisme que le matérialisme marxiste (4). Contre la cécité de certains chrétiens qui ne se contentent pas de défendre la démocratie (ce qui sur le plan institutionnel est leur droit) mais qui nous ressassent malgré toutes les encycliques, « l'origine évangélique de la Révolution française », il faudrait faire un tableau synoptique détaillant la signification chrétienne des mots « liberté, égalité, fraternité» et le sens qu'ils ont pour la pensée révolutionnaire des XVIIIe et XIXe siècles, on s'apercevrait très vite du contraste. La chose est d'ailleurs soulignée avec une parfaite lucidité par des incroyants comme Albert Camus (on lira surtout le texte intitulé « Les Régicides » dans L'homme révolté, pp. 143-168) et comme André Malraux, qui a plus d'une fois soutenu que, si la révolution ne peut effectivement se concevoir sans le christianisme, c'est en tant qu'elle en est précisément le contre-pied, et comme le négatif métaphysique.



-Louis Jugnet, Doctrines philosophiques et système politique. Editions de Chiré. 2013. Chiré-en-Montreuil. P. 79-84.


(1) Rousseau a, de temps en temps du moins, de ces aveux d'une charmante naïveté. Comme un hobereau lui présente son fils « élevé selon les principes de l'Emile », Jean-Jacques s'écrie : « tant pis pour vous, Monsieur, et tant pis pour votre fils ! » ...

(2) On notera ce mépris de la personne et des idées de l'adversaire, dès qu'il ne représente pas une masse au sens mécanique...

(3) Effectivement, aucune de nos républiques n'est sortie d'un pacte pacifique, mais toujours de l'émeute et de l'insurrection armée...

( 4) Il serait intéressant (nous l'avons fait ailleurs) de comparer en détail jacobinisme et marxisme : la grande différence entre les deux, c'est que le jacobinisme issu de Rousseau est un rationalisme abstrait, statique, formel, à la différence de la dialectique évolutive et matérialisme du marxisme. Mais - outre l'utilisation méthodique de la violence pour éliminer toute opposition- les ressemblances sont profondes, qu'il s'agisse de l'opposition farouche, irréductible, au catholicisme, dans un cas comme dans l'autre (rejet du sacré, de la transcendance, etc, ...) et même du collectivisme. Car enfin, Rousseau estime que c'est l'Etat qui est juge de ce que nous pouvons posséder, et la Révolution française connut une forte poussée collectiviste (voir Gaxotte, La Révolution française, ch. XII).

lundi 29 avril 2019

Les ordres réformés par Paul VI sont-ils valides?

I. PRINCIPES GÉNÉRAUX 


Sacre dans le rite de Paul VI.
(1) Tout sacrement comporte une forme (la formule essentielle) qui produit l’effet du sacrement. le sacrement est rendu invalide (= il ne “marche” pas : il ne produit pas l’effet du sacrement).
Lorsqu'un changement substantiel de signification est introduit dans la forme sacramentelle par la corruption ou par l’omission de paroles essentielles,

(2) Les formes sacramentelles approuvées dans les Rites orientaux de l’Eglise catholique diffèrent parfois dans leur formulation des formes du rite latin, mais elles restent les mêmes quant à leur substance, et sont donc valides.

(3) Pie XII a déclaré que la forme des Saints Ordres (c. à d. du diaconat, de la prêtrise et de l’épiscopat) doit signifier de manière univoque (= de manière non ambiguë) les effets sacramentels — le pouvoir d’ordre et la grâce du Saint-Esprit.

(4) Pour la collation de l’épiscopat Pie XII a désigné pour forme sacramentelle une phrase dans le rite traditionnel de la consécration épiscopale, qui exprime de manière univoque (a) le pouvoir d’ordre qu’un évêque reçoit et (b) la grâce du Saint-Esprit.


II. APPLICATION AU RITE 


(1) La forme de la consécration épiscopale de Paul VI apparaît dans la Préface spéciale du rite ; le texte complet de la forme est le suivant : «Et maintenant, Seigneur, répands sur celui que tu as choisi la force qui vient de toi, l’Esprit qui fait les chefs, que tu as donné à ton Fils bien-aimé, Jésus-Christ, qu’il a lui-même donné aux saints Apôtres qui établirent l’Eglise en chaque lieu comme ton sanctuaire, à la louange incessante et à la gloire de ton Nom.» Alors que la forme nouvelle semble mentionner la grâce de l’Esprit Saint, elle ne spécifie pas le pouvoir d’ordre qui est supposé être conféré. Peut-elle conférer l’épiscopat ? Afin de répondre à cette question, nous allons appliquer les principes établis dans la première partie.

(2) La forme assez brève de la consécration épiscopale de Paul VI n’est pas identique aux formes assez longues des rites orientaux ; elle ne mentionne pas comme c’est le cas dans celles-ci, les pouvoirs propres à l’évêque seul (p. ex. celui d’ordonner). Les prières des rites orientaux auxquelles la Préface de Paul VI qui enchâsse sa forme consécratoire, ressemble le plus, sont des prières non-sacramentelles pour l’intronisation des patriarches Maronite ou Syrien qui sont déjà évêques au moment de leur nomination. En somme, il n’est pas permis d’argumenter (comme le F. Pierre-Marie le fait) que la forme de Paul VI «est en usage dans deux rites orientaux certainement valides» et qu’elle serait par conséquent valide.

(3) Divers textes anciens (Hippolyte, les Constitutions apostoliques, et le Testament de Notre-Seigneur) partagent quelques éléments avec la Préface consécratoire de Paul VI qui enchâsse la forme nouvelle ; le F. Pierre-Marie les invoque pour preuve de son affirmation de la validité de la nouvelle consécration épiscopale. Mais tous ces textes ont été «reconstitués», sont d’origine douteuse, ne peuvent constituer un usage liturgique réel avéré, ou soulèvent d’autres problèmes. Il n’existe aucune preuve qu’ils aient constitué des formes sacramentelles «acceptées et utilisées par l’Eglise en tant que telle» — critère établi par la Constitution Apostolique de Pie XII sur les Saint Ordres. Ces textes ne fournissent donc aucune preuve fiable à l’appui de la démonstration de la validité de la forme de Paul VI.

Dans le rite traditionnel.
(4) Le problème-clé de la forme nouvelle tourne autour de l’expression Spiritus principalis (traduite en français par «l’Esprit qui fait les chefs»). Avant et après la promulgation de la consécration épiscopale de 1968, le sens de cette expression suscita des inquiétudes sur la question de savoir si cette expression signifiait suffisamment le sacrement. Même un évêque de la commission vaticane qui a créé ce rite, a soulevé cette interrogation.

(5) Dom Bernard Botte, le moderniste qui était l’auteur principal du nouveau rite, soutenait qu’au IIIe siècle chrétien, Spiritus principalis connotait l’épiscopat, parce les évêques possèdent «l’Esprit d’autorité» en tant qu’ils gouvernent l’Eglise. Spiritus principalis voulait dire «don de l’Esprit qui convient à un chef».

(6) Cette explication était fausse et trompeuse. Les références aux dictionnaires, à un commentaire de l’Ecriture Sainte, aux Pères de l’Eglise, au traité de dogmatique et aux cérémonies d’investiture non-sacramentelles des rites orientaux, révèlent que, parmi une douzaine de significations différentes et souvent contradictoires, Spiritus principalis ne signifie nullement de manière spécifique, ni l’épiscopat en général, ni la plénitude des Saints Ordres que l’évêque seul possède.

(7) D’ailleurs, avant même que la controverse à ce sujet ne se soit déclenchée, Dom Botte lui-même avoua qu’il ne voyait pas comment l’omission de l’expression Spiritus principalis pourrait affecter la validité du rite de la consécration.

(8) La forme nouvelle échoue à satisfaire aux deux critères établis par Pie XII pour les Saints Ordres (a) Du fait que l’expression Spiritus principalis peut signifier beaucoup de choses ou personnes différentes, elle ne signifie pas de manière univoque l’effet sacramentel.
(b) Il manque à la forme nouvelle une expression, quelle qu’elle soit, qui connoterait, même de manière équivoque, le pouvoir d’ordre que l’évêque seul possède — la «plénitude du sacerdoce du Christ dans la fonction et l’ordre de l’évêque» ou «la plénitude ou l’entièreté du ministère sacerdotal.»

(9) Pour ces raisons la forme nouvelle constitue un changement substantiel dans la signification de la forme sacramentelle pour la collation de l’épiscopat.

(10) Or, un changement substantiel de la signification de la forme sacramentelle, conformément aux principes de la théologie morale des sacrements, rend un sacrement invalide.


III. SACREMENT INVALIDE 


Par conséquent, une consécration épiscopale conférée dans la forme sacramentelle promulguée par Paul VI en 1968 est invalide — cela veut dire qu’elle ne peut pas instituer un véritable évêque. Prêtres et autres évêques dont les ordres proviennent de tels évêques sont dès lors ordonnés invalidement et invalidement consacrés. Par conséquent les sacrements qu’ils administrent ou réalisent, lesquels dépendent du caractère sacerdotal ou épiscopal (la Confirmation, l’Eucharistie, le sacrement de Pénitence, l’Extrême Onction, les saints Ordres) sont eux aussi invalides.


IV. OBJECTIONS 


(1) « Le contexte rend les ordres valides ». Réfutation : Les paroles situées ailleurs dans le rite ne peuvent pas redresser ce défaut, parce qu’un élément essentiel de la forme (le pouvoir d’ordre) n’est pas simplement exprimé de manière ambiguë, mais parce qu’il est complètement manquant.

(2) « La forme a été approuvée par le pape. » Réfutation : D’après le concile de Trente et Pie XII l’Eglise n’a nullement le pouvoir de changer la substance d’un sacrement. Or l’omission du pouvoir d’ordre dans la forme nouvelle en change la substance. Aussi, même si Paul VI avait été un vrai pape, il n’aurait eu nullement le pouvoir d’introduire un tel changement. Et si c’était le cas, la simple tentative de le faire quand même, suffirait à démontrer qu’il n’était pas un vrai pape.


LA RAISON POUR laquelle le rite de Paul VI de la consécration épiscopale est invalide peut être résumée en une seule phrase : Les modernistes ont changé les paroles essentielles en supprimant la notion de la plénitude du sacerdoce.



-Abbé Anthony Cekada, Le Rite de la consécration épiscopale de 1968:Un bref résumé du Problème.



NDLR : À insérer ici les communautés dites traditionnelle (FSSP, ICRSP, etc.). Par qui leurs gens sont-ils ordonnés?

mardi 23 avril 2019

Sur la laïcité : extrait de Quas Primas

Le Christ-Roi.
12. D'autre part, ce serait une erreur grossière de refuser au Christ-Homme la souveraineté sur les choses temporelles, quelles qu'elles soient: il tient du Père sur les créatures un droit absolu, lui permettant de disposer à son gré de toutes ces créatures.

Néanmoins, tant qu'il vécut sur terre, il s'est totalement abstenu d'exercer cette domination terrestre, il a dédaigné la possession et l'administration des choses humaines, abandonnant ce soin à leurs possesseurs. Ce qu'il a fait alors, il le continue aujourd'hui. Pensée exprimée d'une manière fort heureuse dans la liturgie: " Il ne ravit point les diadèmes éphémères, celui qui distribue les couronnes du ciel. "

13. Ainsi donc, le souverain domaine de notre Rédempteur embrasse la totalité des hommes. Sur ce sujet, Nous faisons Volontiers Nôtres les paroles de Notre Prédécesseur Léon XIII, d'immortelle mémoire: " Son empire ne s'étend pas exclusivement aux nations catholiques ni seulement aux chrétiens baptisés, qui appartiennent juridiquement à l'Eglise même s'ils sont égarés loin d'elle par des opinions erronées ou séparés de sa communion par le schisme; il embrasse également et sans exception tous les hommes, même étrangers à la foi chrétienne, de sorte que l'empire du Christ Jésus, c'est, en stricte vérité, l'universalité du genre humain. "

Et, à cet égard, il n'y a lieu de faire aucune différence entre les individus, les familles et les Etats; car les hommes ne sont pas moins soumis à l'autorité du Christ dans leur vie collective que dans leur vie privée. Il est l'unique source du salut, de celui des sociétés comme de celui des individus: Il n'existe de salut en aucun autre; aucun autre nom ici-bas n'a été donné aux hommes qu'il leur faille invoquer pour être sauvés.

Il est l'unique auteur, pour l'Etat comme pour chaque citoyen, de la prospérité et du vrai bonheur: " La cité ne tient pas son bonheur d'une autre source que les particuliers, vu qu'une cité n'est pas autre chose qu'un ensemble de particuliers unis en société. " Les chefs d'Etat ne sauraient donc refuser de rendre - en leur nom personnel, et avec tout leur peuple - des hommages publics, de respect et de soumission à la souveraineté du Christ; tout en sauvegardant leur autorité, ils travailleront ainsi à promouvoir et à développer la prospérité nationale.

14. Au début de Notre Pontificat, Nous déplorions combien sérieusement avaient diminué le prestige du droit et le respect dû à l'autorité; ce que Nous écrivions alors n'a perdu dans le temps présent ni de son actualité ni de son à-propos: " Dieu et Jésus-Christ ayant été exclus de la législation et des affaires publiques, et l'autorité ne tenant plus son origine de Dieu mais des hommes, il arriva que... les bases mêmes de l'autorité furent renversées dès lors qu'on supprimait la raison fondamentale du droit de commander pour les uns, du devoir d'obéir pour les autres. Inéluctablement, il s'en est suivi un ébranlement de la société humaine tout entière, désormais privée de soutien et d'appui solides. "

Si les hommes venaient à reconnaître l'autorité royale du Christ dans leur vie privée et dans leur vie publique, des bienfaits incroyables - une juste liberté, l'ordre et la tranquillité, la concorde et la paix -- se répandraient infailliblement sur la société tout entière.

En imprimant à l'autorité des princes et des chefs d'Etat un caractère sacré, la dignité royale de Notre Seigneur ennoblit du même coup les devoirs et la soumission des citoyens. Au point que l'Apôtre saint Paul, après avoir ordonné aux femmes mariées et aux esclaves de révérer le Christ dans la personne de leur mari et dans celle de leur maître, leur recommandait néanmoins de leur obéir non servilement comme à des hommes, mais uniquement en esprit de foi comme à des représentants du Christ; car il est honteux, quand on a été racheté par le Christ, d'être soumis servilement à un homme: Vous avez été rachetés un grand prix, ne soyez plus soumis servilement à des hommes.

Léon XIII.
Si les princes et les gouvernants légitimement choisis étaient persuadés qu'ils commandent bien moins en leur propre nom qu'au nom et à la place du divin Roi, il est évident qu'ils useraient de leur autorité avec toute la vertu et la sagesse possibles. Dans l'élaboration et l'application des lois, quelle attention ne donneraient-ils pas au bien commun et à la dignité humaine de leurs subordonnés!

15. Alors on verrait l'ordre et la tranquillité s'épanouir et se consolider; toute cause de révolte se trouverait écartée; tout en reconnaissant dans le prince et les autres dignitaires de l'Etat des hommes comme les autres, ses égaux par la nature humaine, en les voyant même, pour une raison ou pour une autre, incapables ou indignes, le citoyen ne refuserait point pour autant de leur obéir quand il observerait qu'en leurs personnes s'offrent à lui l'image et l'autorité du Christ Dieu et Homme.

Alors les peuples goûteraient les bienfaits de la concorde et de la paix. Plus loin s'étend un royaume, plus il embrasse l'universalité du genre humain, plus aussi - c'est incontestable - les hommes prennent conscience du lien mutuel qui les unit. Cette conscience préviendrait et empêcherait la plupart des conflits; en tout cas, elle adoucirait et atténuerait leur violence. Pourquoi donc, si le royaume du Christ s'étendait de fait comme il s'étend en droit à tous les hommes, pourquoi désespérer de cette paix que le Roi pacifique est venu apporter sur la terre? Il est venu tout réconcilier ; il n'est pas venu pour être servi, mais pour servir ;maître de toutes créatures, il a donné lui-même l'exemple de l'humilité et a fait de l'humilité, jointe au précepte de la charité, sa loi principale; il a dit encore: Mon joug est doux à porter et le poids de mon autorité léger.

16. Oh! qui dira le bonheur de l'humanité si tous, individus, familles, Etats, se laissaient gouverner par le Christ! " Alors enfin - pour reprendre les paroles que Notre Prédécesseur Léon XIII adressait, il y a vingt-cinq ans, aux évêques de l'univers - il serait possible de guérir tant de blessures; tout droit retrouverait, avec sa vigueur native, son ancienne autorité; la paix réapparaîtrait avec tous ses bienfaits; les glaives tomberaient et les armes glisseraient des mains, le jour où tous les hommes accepteraient de bon cœur la souveraineté du Christ, obéiraient à ses commandements, et où toute langue confesserait que " le Seigneur Jésus-Christ est dans la gloire de Dieu le Père. "


[...]


18. C'est ici Notre tour de pourvoir aux nécessités des temps présents, d'apporter un remède efficace à la peste qui a corrompu la société humaine. Nous le faisons en prescrivant à l'univers catholique le culte du Christ-Roi. La peste de notre époque, c'est le laïcisme, ainsi qu'on l'appelle, avec ses erreurs et ses entreprises criminelles.

Comme vous le savez, Vénérables Frères, ce fléau n'est pas apparu brusquement; depuis longtemps, il couvait au sein des Etats. On commença, en effet, par nier la souveraineté du Christ sur toutes les nations; on refusa à l'Eglise le droit - conséquence du droit même du Christ - d'enseigner le genre humain, de porter des lois, de gouverner les peuples en vue de leur béatitude éternelle. Puis, peu à peu, on assimila la religion du Christ aux fausses religions et, sans la moindre honte, on la plaça au même niveau. On la soumit, ensuite, à l'autorité civile et on la livra pour ainsi dire au bon plaisir des princes et des gouvernants. Certains allèrent jusqu'à vouloir substituer à la religion divine une religion naturelle ou un simple sentiment de religiosité. Il se trouva même des Etats qui crurent pouvoir se passer de Dieu et firent consister leur religion dans l'irréligion et l'oubli conscient et volontaire de Dieu.

Les fruits très amers qu'a portés, si souvent et d'une manière si persistante, cette apostasie des individus et des Etats désertant le Christ, Nous les avons déplorés dans l'Encyclique Ubi arcano. Nous les déplorons de nouveau aujourd'hui. Fruits de cette apostasie, les germes de haine, semés de tous côtés; les jalousies et les rivalités entre peuples, qui entretiennent les querelles internationales et retardent, actuellement encore, l'avènement d'une paix de réconciliation; les ambitions effrénées, qui se couvrent bien souvent du masque de l'intérêt public et de l'amour de la patrie, avec leurs tristes conséquences: les discordes civiles, un égoïsme aveugle et démesuré qui, ne poursuivant que les satisfactions et les avantages personnels, apprécie toute chose à la mesure de son propre intérêt. Fruits encore de cette apostasie, la paix domestique bouleversée par l'oubli des devoirs et l'insouciance de la conscience; l'union et la stabilité des familles chancelantes; toute la société, enfin, ébranlée et menacée de ruine.

[...]

21. Les Etats, à leur tour, apprendront par la célébration annuelle de cette fête que les gouvernants et les magistrats ont l'obligation, aussi bien que les particuliers, de rendre au Christ un culte public et d'obéir à ses lois. Les chefs de la société civile se rappelleront, de leur côté, le dernier jugement, où le Christ accusera ceux qui l'ont expulsé de la vie publique, mais aussi ceux qui l'ont dédaigneusement mis de côté ou ignoré, et punira de pareils outrages par les châtiments les plus terribles; car sa dignité royale exige que l'État tout entier se règle sur les commandements de Dieu et les principes chrétiens dans l'établissement des lois, dans l'administration de la justice, dans la formation intellectuelle et morale de la jeunesse, qui doit respecter la saine doctrine et la pureté des mœurs.


-Pape Pie XI, encyclique Quas Primas. 1925.