lundi 11 mars 2019

L'intelligence en péril de mort

Si l'on appelle idéalisme un système de pensée qui proclame la primauté de l'intelligence sur la réalité, le monde où nous sommes aujourd'hui est un monde idéaliste, bâti par les intellectuels à grands renforts d'abstractions, et qui se superpose au monde de l'expérience continuellement remis en question.

Notre monde du XXe siècle est si peu matérialiste qu'il est, d'un bout à l'autre, jusqu'en ses turpitudes et son érotisme, une construction de l'esprit. Le marxisme lui-même, en dépit de ses prétentions et de ses fanfaronnades, n'a rien de matérialiste. Il est une idée projetée dans la société pour la détruire, en malaxer la poussière, la fondre en une pâte molle et obéissante, et lui imposer une forme longtemps mûrie dans un esprit séquestré en lui-même, loin de la réalité. Il est mensonge jusque dans les noms dont il s'affuble : « matérialisme dialectique » ou « matérialisme scientifique ». Son idéalisme éclate dans sa haine de toute réalité divine et humaine, dans son prurit d'asservir la nature à sa volonté de puissance, dans le gaspillage inouï des ressources matérielles auquel il se livre pour maintenir son orthodoxie idéologique dans les pays où il s'installe. Le monde où nous sommes, dans les démocraties nommées libres, n'est pas davantage matérialiste : il a subi jusqu'au tréfonds les transformations qu'y a introduites l'esprit de l'homme moderne. La matière n'y apparaît plus jamais en sa réalité propre. Elle y est toujours métamorphosée par l'artifice humain.

« L'illustre prélat », dont Maurras raconte la conversation avec l'un de ses disciples, le dit bien:
- « Jeune homme, vous croyez que le matérialisme est la grande erreur du moment. Erreur! C'est l'idéalisme.
- Pourquoi?
- C'est lui qui ment le plus. On a raison de regarder de haut les matérialistes. Car ce sont des pourceaux. Mais on les voit tels. On ne voit pas toujours ce que sont les idéalistes sociaux ou politiques : des gaillards qui montrent leur cœur, qu'ils ont vaste, et qui se donnent de grands coups de poing sur la poitrine, qu'ils ont sonore, afin de mettre le monde à feu, en vue de le rendre meilleur. »

Avec ses faux airs sublimes, son pharisaïsme, sa béate élévation de pensée et de cœur, sa tartuferie dont la profondeur est telle qu'elle s'ignore elle-même, l'idéalisme dont meurt l'intelligence moderne est sans doute le plus grand péché de l'esprit.

Sa gravité est d'autant plus nocive qu'elle est contagieuse. On n'a pas assez remarqué que l'idéalisme - et ses suites - s'apprend, tandis que le réalisme - et sa réceptivité active à toutes les voix du réel- ne s'apprend pas. L'idéalisme s'apprend parce qu'il est un mécanisme d'idées fabriquées par l'esprit et qu'il est toujours possible d'enseigner un tel art manufacturier, un recueil de procédés et de recettes. L'idéalisme est une technique qui vise à emprisonner la réalité dans des formes préconçues, et le propre de toute technique est d'être communicable. Les idées, les représentations, les connaissances se transmettent aisément d'esprit en esprit dès que leur texture et leur plan sont mis à nu. Mais l'acte même de connaître, la synthèse de l'intelligence et du réel ne passe pas d'un individu à un autre parce qu'il est un acte vécu : chacun doit l'accomplir pour son propre compte, chacun doit éprouver personnellement la présence de la réalité et de son contenu intelligible, chacun doit concevoir par soi-même.

L'intelligence n'a pas licence de s'abriter derrière le mythe de la Raison universelle que suggère, provoque et intronise la facilité avec laquelle les idées se déversent d'une raison dans une autre, et que l'idéalisme a introduit dans toutes les sphères de l'enseignement. C'est la convergence des actes personnels de connaître et des conceptions vécues vers la même réalité connue,qui soutient la communication entre les hommes. Les uns vont plus profondément et plus loin que les autres, mais tous s'avancent dans la même direction. C'est le réel qui rassemble la diversité des intelligences et non pas un système commun de connaissances techniquement élaborées. En d'autres termes, c'est la finalité des intelligences tendues vers la même réalité à connaître, qui est source d'entente, et non pas l'identité des mécanismes intellectuels ou des méthodes, ni les débordements du « dialogue ». Tous les chemins mènent à Rome. Il n'y a pas de chemin unique, il n'y a pas de pensée ou de conscience collectives, il y a des intelligences - au pluriel ! - qu'entraîne, par leurs voies propres, l'intelligence la plus vigoureuse vers leur but commun.

C'est pourquoi - il faut le répéter sans lassitude - il n'y a pas de tradition spirituelle, intellectuelle et morale de l'humanité sans les saints, les génies, les héros, sans leur exemple, sans leur magnétisme qui suscitent de génération en génération un élan similaire vers le Vrai, le Beau, le Bien, vers la réalité à connaître, à faire briller dans une oeuvre, à aimer. Leur intelligence a obéi, avec une parfaite rectitude, à la loi qui la régit et qui l'astreint à se soumettre à l'ordre - dans le double sens du mot - de la réalité et du Principe de la réalité. Elle a respecté, sans jamais le trahir, le pacte originel qui l'unit à l'univers et à sa Cause. Aussi trace-t-elle à sa suite un long sillage de lumière qui oriente les tâtonnants efforts de tous ceux qui, à leur tour, à leur niveau, selon les capacités qui leur sont départies, obtempèrent à la loi ordonnant à l'intelligence de se conformer au réel.

Si la connaissance résulte de la fécondation de l'intelligence par le réel, c'est parce que l'être même de l'homme, dont l'intelligence est la marque spécifique, est en relation constitutive et, pour ainsi dire, en connivence préalable avec l'être de toute réalité. L'intelligence ne pourrait jamais s'ouvrir à la présence des êtres et des choses si l'être humain qui en est le siège était séparé de la totalité de l'être. Notre être est fondamentalement en relation avec l'être universel et la connaissance n'est en quelque sorte que la découverte de ce rapport. L'intelligence peut devenir toutes choses, selon le mot prodigieux d'Aristote, parce que l'être de l'homme, dès qu'il apparaît à l'existence, est articulé à l'être total, y compris son Principe. Dans toutes ses opérations, l'intelligence atteint l'être, son objet adéquat, parce que l'univers tout entier et sa source transcendante sont co-présents à l'être humain. Il est essentiel à l'être de l'homme, comme à tout être, sauf à Celui qui se suffit à Lui-même, d'être avec tous les autres. L'intelligence s'exerce sur l'arrière-fond ou, plus précisément, sur l'axe de la co-présence de la réalité universelle. Sans cela, elle ne saisirait l'être que du dehors et jamais en lui-même, elle n'en atteindrait quel' apparence ou le phénomène et non l'essence, que c e qui apparaît et non ce qui est.


Mais ce rapport fondamental et antérieur à la connaissance est en quelque sorte scellé en nous : il est, mais il n'est pas connu pour la cause. La fonction capitale de l'intelligence est de le dévoiler, de s'y conformer, de le connaître et, par là-même, de situer adéquatement l'homme dans l'univers.C'est pourquoi la conception du cosmos, ou l'acte par lequel l'intelligence se soumet à l'ordre universel et le comprend, est d'une importance inestimable. Sans elle, la vie n'est plus « qu'une histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur ». Un monde où ne règne pas une conception du monde adéquate à sa réalité est livré à tous les détraquements.

C'est notre situation actuelle. Nous errons dans un « monde cassé » ou, plus exactement, nous sommes éjectés du monde réel, nous voguons au hasard dans un monde d'apparences qui se fait et se défait sans cesse, parce que l'homme moderne a refusé la place qui lui est dévolue dans l'ensemble de la nature et que son intelligence n'a pas accepté de fonctionner selon sa nature propre d'intelligence : au lieu de se soumettre aux choses, elle a prétendu se soumettre l'univers. L'homme n'est plus alors un être-dans-le-monde, il est un être-hors-du-monde qui a perdu sa substance et ses caractères d'animal intelligent et qui cherche désespérément ce qu'il est, parce qu'il a choisi de n'être plus un être-avec-le-monde-et-avec-son-Principe. La conséquence suit, inéluctable: l'homme moderne est tout ce qu'on veut, sauf intelligent. Il est livré, sans rémission, à une intelligence formelle qui travaille de moins en moins sur le réel et de plus en plus sur des signes. Son intelligence se byzantinise à l'extrême et, pour dissimuler son désastre, se dissimule sous les prétendus impératifs d'une « raison » ou d'une « conscience universelle », rendez-vous de toutes les subjectivités affolées. L'homme n'est plus nulle part. Il est en pleine utopie. C'est pourquoi il n'est plus lui-même. Il n'est plus homme. Il se veut « homme nouveau » et il veut un « monde nouveau ».



-Marcel de Corte, L'intelligence en péril de mort. Editions de l'Homme Nouveau. 2017. Paris. P. 28-32.

mardi 5 mars 2019

Exhortation à ceux qui sont zélés pour la foi de Jésus-Christ

Exhortation

A CEUX QUI SONT ZÉLÉS POUR LA FOI DE JÉSUS-CHRIST.


O fidèles, vous qui aimez Jésus-Christ, voyez la persécution que l'Eglise souffre de la part d'un si grand nombre d'incrédules, qui, non contents de se perdre tout seuls, s'efforcent encore par leurs écrits et par leurs discours de pervertir les autres et de les entraîner dans leur perdition; pour parvenir à ce but, ils répandent partout, même dans notre Italie, leurs livres pestiférés; les jeunes gens les lisent, ou par la curiosité d'entendre quelque chose de nouveau, ou par le désir d'une plus grande liberté dans leurs désordres, et s'imbibent ainsi de leur poison, pour se livrer sans réserve à tous les vices. Vous, de grâce, qui avez du zèle pour le bien de la foi, faites tous vos efforts par vos prédications, par vos remontrances, par l'instruction et par vos plaintes, pour extirper ce fléau du monde! Vous me direz que les forces humaines ne suffisent pas, et que le bras de Dieu est nécessaire pour remplir cette tâche. Ainsi il faudra donc que nous restions dans l'oisiveté, sans faire autre chose qu'observer et verser des larmes sur ces maux déplorables de l'Église? Si nos efforts ne sont pas assez grands pour y porter remède, Dieu peut bien l'y porter. Mais Dieu veut qu'on le prie. Il a promis d'exaucer les prières des hommes. Voilà ce que nous pouvons faire; voilà ce que nous devons faire : aux prédications, aux remontrances, aux instructions et aux plaintes; joignons les prières à Dieu, en le suppliant continuellement et en l'importunant, pour ainsi dire, par nos larmes, afin que sa miséricorde mette un terme à la destruction des âmes, que l'enfer fait de nos jour par ce moyen. Prions-le donc, et disons-lui avec David : (psaume. 79.)


-Saint Alphonse de Liguori



Tradition Québec vous souhaite à tous un saint carême!

vendredi 1 mars 2019

Une leçon de catéchisme sur l'infaillibilité

Q - Qu'est-ce que l'Infaillibilité du Pape?

La chaire de saint Pierre à Rome.
R. C'est le privilège par lequel, en vertu d'une perpétuelle assistance divine, le Pape est absolument préservé de toute erreur, lorsque, dans l'exercice de sa charge de pasteur suprême et de docteur de l'Église universelle, il enseigne aux fidèles ce qu'ils doivent croire ou pratiquer.

Q - Comment se prouve l'existence de ce privilège?

R. Il se prouve par l'idée même de la primauté qui appartient au Pape. Il est de foi, en effet, que le Pontife Romain exerce la primauté, c'est-à-dire une suprême autorité doctrinale et disciplinaire sur l'Église universelle, et sur chaque Église en particulier. Or, a dit Mgr Dupanloup, une autorité ne peut être souveraine en matière de foi, sans être infaillible.  Donc, en vertu de sa primauté, le Pape est infaillible. 

De plus la foi enseigne « que Notre-Seigneur Jésus- Christ a laissé sur la terre un homme qui fût son Vicaire visible et qui gouvernât l'Église, en qualité de Chef suprême, afin que tous les fidèles eussent recours à lui dans leurs doutes, et pussent obtenir une décision certaine, au sujet de la véritable doctrine, de manière à conserver dans toute l'Église une seule et même foi. Ce résultat n'aurait pu s'obtenir, si Dieu n'avait établi un Chef et Juge unique qui décidât d'une manière infaillible toutes les controverses, et à qui tous dussent se soumettre... Et saint Cyprien a émis cette pensée profondément vraie, que toutes les hérésies et tous les schismes sont provenus de ce qu'on n'obéit pas au prêtre de Dieu, et qu'on ne considère pas qu'il n'y en a qu'un dans l'Église qui soit ici-bas prêtre et juge à la place de Jésus-Christ. (Epistol. 55. ad Cornel.) » 
Ainsi parle saint Alphonse de Liguori, qui dans plusieurs de ses doctes ouvrages a solidement établi la vérité de l'infaillibilité du Pape.

Q. Mais est-il bien certain que le Sauveur ait conféré à saint Pierre l'infaillibilité de la foi?

R. Rien de plus certain. L'Évangile l'atteste dans trois textes précis :
1° lorsqu'il rapporte le Tu es Petrus, et super hanc petram etc. (Matth. xvi, 18) ;
2° quand il mentionne la prière faite par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la stabilité de la foi de son Vicaire, et tout ensemble l'ordre donné par le Sauveur à saint Pierre de confirmer ses frères dans la foi : Et tu aliquando convenus confirma fratres tuos (Luc, xxn, 26);
3° enfin, lorsqu'il parle de l'investiture donnée par Notre-Seigneur à son apôtre de la charge de pasteur suprême : Pasce agnos, pasce oves (Joan. xxi, 16).

Q. Comment prouve-t-on que l'infaillibilité du Pape ressort de ce triple texte de l'Evangile?

Saint Alphonse de Liguori (1696-1787).
Docteur de l'Eglise.
R. Par l'impossibilité de comprendre
1° que Pierre étant par sa foi le fondement de l'Église, il ne possède pas la fermeté qu'il communique à tout l'édifice;
2° que la prière du Sauveur soit demeurée sans effet;
3° que Pierre puisse se tromper, tandis qu'il est, par son office, obligé de confirmer tous ceux qui chancèlent ou qui doutent;
4° et qu'il ne sache pas discerner d'une manière parfaitement sûre les pâturages sains d'avec les pâturages empoisonnés, au risque de présenter à ses brebis une nourriture qui leur donne la mort.

Écoutez l'explication de saint François de Sales qui est ici de tout point conforme à la tradition catholique : « Tous sont tentés, et on ne prie que pour lui seul... Il prie donc pour saint Pierre, comme pour le confirmateur et l'appui des autres... On ne saurait à la vérité donner ce commandement à saint Pierre de confirmer ses frères (qui sans doute représentaient toute l'Église) qu'on ne le chargeât d'avoir soin de leur croyance : car comment pourrait-on mettre ce commandement en effet, sans donner la puissance de prendre garde à la faiblesse ou à la fermeté des autres, pour les raffermir et les rassurer? N’est ce pas le dire et le redire encore une fois, fondement de l'Église? S'il appuie, s'il rassure, s'il affermit et s'il confirme les pierres même fondamentales, comment n'affermira-t-il pas tout le reste? S'il a charge de soutenir les colonnes de l'Eglise, comment ne soutiendra-t-il pas tout le reste du bâtiment? S'il a charge de repaître les pasteurs, ne sera-t-il pas souverain Pasteur lui-même? Le jardinier qui voit les ardeurs continuelles du soleil sur une jeune plante, pour la préserver de la sécheresse qui la menace, ne porte pas l'eau sur chaque branche; il se contente de bien tremper et mouiller la racine et croit que tout le reste est en assurance, parce que la racine va dispersant l'humeur à tout le reste de la plante. Ainsi Notre-Seigneur ayant planté cette sainte assemblée de ses disciples, pria pour le chef, et arrosa cette racine, afin que Veau de la Foi vive ne manquât point à celui qui devait en assaisonner tout le reste, et que par l'entremise du Chef, la Foi fût toujours conservée en l'Eglise. Il prie donc pour saint Pierre en particulier, mais au profit et utilité générale de toute l'Eglise »
« Saint Chrysostome appelle saint Pierre Os Christi, parce qu'il s'énonce pour toute l'Église et à toute l'Église en qualité de chef et de pasteur - et ce qu'il dit n'est pas tant par une parole humaine que par celle-même de Notre-Seigneur. Ainsi ce que saint Pierre disait et déterminait ne pouvait être faux : et de vrai si le confirmateur était tombé, tout le reste ne serait-il pas renversé? Si le confirmateur biaise et chancèle, qui le confirmera? Si le confirmateur n'est pas ferme et stable en lui-même, quand les autres s'affaibliront, qui les affermira? Il est écrit : Si l'aveugle conduit l'aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse; si l'instable et le faible veulent soutenir et assurer le faible, ils donneront tous deux en terre ; d'où s'ensuit que Notre-Seigneur en donnant l'autorité et le commandement à saint Pierre de confirmer les autres, il lui a quant et quant donné le pouvoir et les moyens de le faire, autrement pour néant lui eût il ordonné une chose impossible. Les moyens nécessaires pour confirmer les autres et rassurer les faibles, c'est de n'être point sujet à la faiblesse ni à Terreur, c'est d'être solide et ferme en soi-même comme une vraie pierre et comme un roi : et tel était ce saint apôtre, en tant que pasteur général et gouverneur de l'Église universelle. 

« Ainsi quand saint Pierre fut posé au fondement de l'Église chrétienne, et que l'Église fut assurée que les portes d'enfer ne prévaudraient point contre elle ; ne fut-ce pas assez nous dire que saint Pierre, comme pierre fondamentale du gouvernement et administration ecclésiastique, ne pourrait jamais se froisser ni rompre par l'infidélité, qui est la principale porte d'enfer? Car qui ne sait, que si le fondement renverse, et si l'on y peut porter la sape, tout l'édifice renversera?
Saint François de Sales (1567-1622).
Docteur de l'Eglise.
« Après tout, s'il était possible que le pasteur suprême ministérial pût mener ses brebis aux pâturages vénéneux, il est certain que tout le parc serait bientôt perdu. Si le suprême pasteur ministérial nous conduisait au mal, qui relèverait la bergerie? Si elle s'égarait, qui la ramènerait à la vérité? Nous n'avons qu'à le suivre simplement, non pas à le quitter, autrement les brebis seraient pasteurs. »

Q. L'infaillibilité de saint Pierre a-t-elle passé en héritage à tous les Pontifes romains qui lui ont succédé?

R. Sans aucun doute. Écoutons encore saint François de Sales :
« Tout ceci n'a pas eu lieu seulement en saint Pierre, mais en ses successeurs; car puisque la cause demeure, l'effet demeure. L'Église a toujours besoin d'un confirmateur qui soit permanent, auquel on puisse s'adresser pour trouver un solide fondement, que les portes d'enfer, et principalement Terreur ne puisse renverser : il faut que son pasteur ne puisse conduire à l'erreur, ni nous porter au mal. Les successeurs de saint Pierre ont seuls (hors du Concile général) ces privilèges, qui ne suivent pas la personne mais la dignité publique de la personne. »



-H. Montrouzier, S.J. Une leçon de catéchisme sur l'infaillibité du pape. 1870. P. 305-310.

samedi 23 février 2019

Les bienfaits physiques de la pénitence

Pendant l'hiver nous ne subissons plus les alternatives de froid prolongé et de réchauffement brutal devant le feu des cheminées et des poêles, auxquelles nos ancêtres étaient exposés.

Notre organisme n'a plus à mettre en branle les enchaînements de processus physiologiques, qui augmentaient l'activité des échanges et modifiaient la circulation du corps tout entier. L'homme mal protégé par des vêtements insuffisants, qui conserve sa température interne à l'aide d'un exercice violent, fait fonctionner tous ses systèmes organiques de façon puissante. Au contraire, celui qui combat le froid par des fourrures et des habits imperméables au vent, par l'appareil de chauffage d'une voiture bien close, ou en s'enfermant dans une chambre à température égale, maintient ces mêmes systèmes dans un état d'inactivité. Chez beaucoup des gens, la peau n'est jamais fouettée par le vent. Elle n'a jamais à se défendre contre la pluie, l'humidité des vêtements mouillés, ni contre l'ardeur du soleil, pendant de longues heures de fatigue. Chez eux, les mécanismes chargés de régler la température du sang et des humeurs restent toujours au repos. Ils sont privés d'un exercice qui est peut-être indispensable à leur complet développement et à celui de l'individu.

[...]

La fréquence, la régularité et l'abondance des repas laissent inutilisée une fonction qui a joué un rôle considérable dans la survie des races humaines, l'adaptation au manque de nourriture. Dans la vie primitive, les hommes étaient soumis à des périodes de jeûne. Quand la disette ne les y obligeait pas, ils se soumettaient à cette épreuve de façon volontaire. Toutes les religions ont insisté sur la nécessité du jeûne. La privation de nourriture produit d'abord la sensation de faim, parfois une certaine stimulation nerveuse, et plus tard un sentiment de faiblesse. Mais elle détermine aussi des phénomènes cachés qui sont bien plus importants. Le sucre du foie se mobilise, et aussi la graisse des dépôts sous-cutanés et les protéines des muscles, des glandes, des cellules hépatiques. Tous les organes sacrifient leur propre substance pour maintenir l'intégrité du milieu intérieur et du cœur. Le jeûne nettoie et transforme nos tissus.

L'homme moderne dort trop ou pas assez. Il s'adapte mal à trop de sommeil. Il s'adapte plus mal encore à son absence pendant des périodes prolongées. Il est utile, cependant, de s'habituer à rester à l'état de veille quand on ne le désire pas. La lutte contre le sommeil met en branle des appareils organiques dont la vigueur se développe par l'exercice. Elle demande aussi un effort de la volonté. Cet effort, comme beaucoup d'autres, a été supprimé par les habitudes modernes.



-Dr CARREL, L'homme, cet inconnu. 1935.

mardi 19 février 2019

Son rôle est noble et grand

Pour exercer parmi les nations le rôle qui convient à sa nature et que la Providence lui a assigné, un peuple doit rester lui-même ; c’est une première et absolue condition, que rien ne saurait remplacer. Or, un peuple ne reste lui-même que par la liberté de sa vie, l’usage de sa langue, la culture de son génie. Il ne m’appartient pas de discuter ici l’avenir politique de mon pays. Mais ce que je tiens à dire, ce que je veux proclamer bien haut en présence de cette patriotique assemblée, c’est que le Canada français ne répondra aux desseins de Dieu et à sa sublime vocation que dans la mesure où il gardera sa vie propre, son caractère individuel, ses traditions vraiment nationales. 

Mgr Louis-Adolphe Paquet (1859-1942).
Et qu’est-ce donc que la vie d’un peuple ? Vivre, c’est exister, c’est respirer, c’est se mouvoir, c’est se posséder soi-même dans une juste liberté ! La vie d’un peuple, c’est le tempérament qu’il tient de ses pères, l’héritage qu’il en a reçu, l’histoire dont il nourrit son esprit, l’autonomie dont il jouit et qui le protège contre toute force absorbante et tout mélange corrupteur.

Qu’on ne s’y trompe pas : la grandeur, l’importance véritable d’un pays dépend moins du nombre de ses habitants ou de la force de ses armées, que du rayonnement social de ses œuvres et de la libre expansion de sa vie. Qu’était la Grèce dans ses plus beaux jours ? un simple lambeau de terre, comme aujourd’hui, tout déchiqueté, pendant aux bords de la Méditerranée, et peuplé à peine de quelques millions de citoyens. Et cependant qui l’ignore ? de tous les peuples de l’Antiquité, nul ne s’est élevé si haut dans l’échelle de la gloire ; nul aussi n’a porté si loin l’empire de son génie et n’a marqué d’une plus forte empreinte l’antique civilisation. J’oserai le déclarer ; il importe plus à notre race, au prestige de son nom et à la puissance de son action, de garder dans une humble sphère le libre jeu de son organisme et de sa vie que de graviter dans l’orbite de vastes systèmes planétaires.

Du reste, la vie propre ne va guère sans la langue ; et l’idiome béni que parlaient nos pères, qui nous a transmis leur foi, leurs exemples, leurs vertus, leurs luttes, leurs espérances, touche de si près à notre mission qu’on ne saurait l’en séparer. La langue d’un peuple est toujours un bien sacré ; mais quand cette langue s’appelle la langue française, quand elle a l’honneur de porter comme dans un écrin le trésor de la pensée humaine enrichi de toutes les traditions des grands siècles catholiques, la mutiler serait un crime, la mépriser, la négliger même, une apostasie. C’est par cet idiome en quelque sorte si chrétien, c’est par cet instrument si bien fait pour répandre dans tous les esprits les clartés du vrai et les splendeurs du beau, pour mettre en lumière tout ce qui ennoblit, tout ce qui éclaire, tout ce qui orne et perfectionne l’humanité, que nous pourrons jouer un rôle de plus en plus utile à l’Église, de plus en plus honorable pour nous-mêmes.

Et ce rôle grandira, croîtra en influence, à mesure que s’élèvera le niveau de notre savoir et que la haute culture intellectuelle prendra chez nous un essor plus ample et plus assuré. Car, on a beau dire, mes Frères, c’est la science qui mène le monde. Cachées sous le voile des sens ou derrière l’épais rideau de la matière, les idées abstraites demeurent, il est vrai, invisibles ; mais semblables à cette force motrice que personne ne voit et qui distribue partout avec une si merveilleuse précision la lumière et le mouvement, ce sont elles qui inspirent tous les conseils, qui déterminent toutes les résolutions, qui mettent en branle toutes les énergies. Voilà pourquoi l’importance des universités est si considérable, et pourquoi encore les réjouissances qui auront lieu demain sont si étroitement liées à notre grande fête nationale et en forment, pour ainsi dire, le complément nécessaire.

Ah ! l’on me dira sans doute qu’il faut être pratique, que pour soutenir la concurrence des peuples modernes il importe souverainement d’accroître la richesse publique et de concentrer sur ce point tous nos efforts. De fait, tous en conviennent, nous entrons dans une ère de progrès : l’industrie s’éveille ; une vague montante de bien-être, d’activité, de prospérité, envahit nos campagnes ; sur les quais de nos villes, la fortune souriante étage ses greniers d’abondance et le commerce, devenu chaque jour plus hardi, pousse vers nos ports la flotte pacifique de ses navires géants.

À Dieu ne plaise, mes Frères, que je méprise ces bienfaits naturels de la Providence, et que j’aille jusqu’à prêcher à mes concitoyens un renoncement fatal aux intérêts économiques dont ils ont un si vif souci. La richesse n’est interdite à aucun peuple ni à aucune race ; elle est même la récompense d’initiatives fécondes, d’efforts intelligents et de travaux persévérants.

La langue d’un peuple est toujours un bien sacré ; mais quand cette langue s’appelle la langue française, quand elle a l’honneur de porter comme dans un écrin le trésor de la pensée humaine enrichi de toutes les traditions des grands siècles catholiques, la mutiler serait un crime, la mépriser, la négliger même, une apostasie.


« Le matérialisme n'a jamais rien fondé de grand ni de durable ».
Une famille canadienne-française, vers 1910.
Mais prenons garde ; n’allons pas faire de ce qui n’est qu’un moyen, le but même de notre action sociale. N’allons pas descendre du piédestal où Dieu nous a placés, pour marcher au pas vulgaire des générations assoiffées d’or et de jouissances. Laissons à d’autres nations, moins éprises d’idéal, ce mercantilisme fiévreux et ce grossier naturalisme qui les rivent à la matière. Notre ambition, à nous, doit tendre et viser plus haut ; plus hautes doivent être nos pensées, plus hautes nos aspirations. Un publiciste distingué a écrit : « Le matérialisme n’a jamais rien fondé de grand ni de durable. » Cette parole vaut un axiome. Voulons-nous, mes Frères, demeurer fidèles à nous-mêmes, et à la mission supérieure et civilisatrice qui se dégage de toute notre histoire, et qui a fait jusqu’ici l’honneur de notre race ? Usons des biens matériels, non pour eux-mêmes, mais pour les biens plus précieux qu’ils peuvent nous assurer ; usons de la richesse, non pour multiplier les vils plaisirs des sens, mais pour favoriser les plaisirs plus nobles, plus élevés de l’âme ; usons du progrès, non pour nous étioler dans le béotisme qu’engendre trop souvent l’opulence, mais pour donner à nos esprits des ailes plus larges et à nos cœurs un plus vigoureux élan.

Notre vocation l’exige. Et plus nous nous convaincrons de cette vocation elle-même, plus nous en saisirons le caractère vrai et la puissante portée moralisatrice et religieuse, plus aussi nous saurons trouver dans notre patriotisme ce zèle ardent et jaloux, ce courage éclairé et généreux qui, pour faire triompher un principe, ne recule devant aucun sacrifice. L’intelligence de nos destinées nous interdira les molles complaisances, les lâches abandons, les résignations faciles.

Soyons patriotes, mes Frères ; soyons-le en désirs et en paroles sans doute, mais aussi et surtout en action. C’est l’action commune, le groupement des forces, le ralliement des pensées et des volontés autour d’un même drapeau qui gagne les batailles. Et quand faut-il que cette action s’exerce ? quand est-il nécessaire de serrer les rangs ? Ah ! chaque fois que la liberté souffre, que le droit est opprimé, que ce qui est inviolable a subi une atteinte sacrilège ; chaque fois que la nation voit monter à l’horizon quelque nuage menaçant, ou que son cœur saigne de quelque blessure faite à ses sentiments les plus chers.

N’oublions pas non plus que tous les groupes, où circule une même sève nationale, sont solidaires. Il est juste, il est opportun que cette solidarité s’affirme ; que tous ceux à qui la Providence a départi le même sang, la même langue, les mêmes croyances, le même souci des choses spirituelles et immortelles, resserrent entre eux ces liens sacrés, et poussent l’esprit d’union, de confraternité sociale, aussi loin que le permettent leurs devoirs de loyauté politique. Les sympathies de race sont comme les notions de justice et d’honneur : elles ne connaissent pas de frontières.


Enfin, mes Frères, pour conserver et consolider cette unité morale dont l’absence stérilisaient tous nos efforts, rien n’est plus essentiel qu’une soumission filiale aux enseignements de l’Église et une docilité parfaite envers les chefs autorisés qui représentent parmi nous son pouvoir. Cette docilité et cette soumission sont assurément nécessaires à toutes les nations chrétiennes ; elles le sont bien davantage à un peuple qui, comme le nôtre, nourri tout d’abord et, pour ainsi dire, bercé sur les genoux de l’Église, n’a vécu que sous son égide, n’a grandi que par ses soins pieux, et poursuit une mission inséparable des progrès de la religion sur ce continent. Plus une société témoigne de respect, plus elle accorde d’estime, de confiance et de déférence au pouvoir religieux, plus aussi elle acquiert de titres à cette protection, parfois secrète, mais toujours efficace, dont Dieu couvre, comme d’un bouclier, les peuples fidèles. Quelle garantie pour notre avenir ! et combien le spectacle de ce jour est propre à affermir notre foi et à soutenir nos meilleures espérances ! L’Église et l’État, le clergé et les citoyens, toutes les sociétés, toutes les classes, tous les ordres, toutes les professions, se sont donné la main pour venir au pied de l’autel, en face de Celui qui fait et défait les empires, renouveler l’alliance étroite conclue non loin d’ici, à la naissance même de cette ville, entre la patrie et Dieu. Et pour que rien ne manquât à la solennité de cet acte public, la Providence a voulu qu’un représentant direct de Sa Sainteté Léon XIII, que d’illustres visiteurs, des fils distingués de notre ancienne mère-patrie, rehaussent par leur présence l’éclat et la beauté de cette cérémonie.

Un publiciste distingué a écrit : « Le matérialisme n’a jamais rien fondé de grand ni de durable. » Cette parole vaut un axiome.

Eh ! bien, mes Frères, ce pacte social dont vous êtes les témoins émus, cet engagement national auquel chacun, ce semble, est heureux de souscrire par la pensée et par le cœur, qu’il soit et qu’il demeure à jamais sacré ! Qu’il s’attache comme un signe divin au front de notre race ! C’est la grande charte qui doit désormais nous régir. Cette charte, où sont inscrits tous les droits, où sont reconnues toutes les saintes libertés, qu’elle soit promulguée partout, sur les portes de nos cités, sur les murs de nos temples, dans l’enceinte de nos parlements et de nos édifices publics ! Qu’elle dirige nos législateurs, qu’elle éclaire nos magistrats, qu’elle inspire tous nos écrivains ! Qu’elle soit la loi de la famille, la loi de l’école, la loi de l’atelier, la loi de l’hôpital ! Qu’elle gouverne, en un mot, la société canadienne tout entière !

De cette sorte, notre nationalité, jeune encore, mais riche des dons du ciel, entrera d’un pas assuré dans la plénitude de sa force et de sa gloire. Pendant qu’autour de nous d’autres peuples imprimeront dans la matière le sceau de leur génie, notre esprit tracera plus haut, dans les lettres et les sciences chrétiennes, son sillon lumineux. Pendant que d’autres races, catholiques elles aussi, s’emploieront à développer la charpente extérieure de l’Église, la nôtre par un travail plus intime et par des soins plus délicats préparera ce qui en est la vie, ce qui en est le cœur, ce qui en est l’âme. Pendant que nos rivaux revendiqueront, sans doute dans des luttes courtoises, l’hégémonie de l’industrie et de la finance, nous, fidèles à notre vocation première, nous ambitionnerons avant tout l’honneur de la doctrine et les palmes de l’apostolat.

Nous maintiendrons sur les hauteurs le drapeau des antiques croyances, de la vérité, de la justice, de cette philosophie qui ne vieillit pas parce qu’elle est éternelle ; nous l’élèverons fier et ferme, au-dessus de tous les vents et de tous les orages ; nous l’offrirons aux regards de toute l’Amérique comme l’emblème glorieux, le symbole, l’idéal vivant de la perfection sociale et de la véritable grandeur des nations. 

Alors, mieux encore qu’aujourd’hui, se réalisera cette parole prophétique qu’un écho mystérieux apporte à mes oreilles et qui, malgré la distance des siècles où elle fut prononcée, résume admirablement la signification de cette fête : Eritis mihi in populum, et ego ero vobis in Deum. Vous serez mon peuple, et moi je serai votre Dieu.

Ainsi soit-il, avec la bénédiction de Mgr l’Archevêque !



-Mgr Louis-Adolphe Paquet - extrait du sermon La vocation de la race française en Amérique. Québec. 23 juin 1902

jeudi 14 février 2019

Conférence sur la réforme de la semaine sainte traditionnelle




Conférence de monsieur l'abbé Dutertre « Pourquoi suivre les cérémonies de la Semaine Sainte traditionnelle, et non les réformes de Pie XII? », le samedi 2 février 2019.



mardi 12 février 2019

Comparaison des rites de consécration épiscopal

Le rite de Paul VI est en rupture totale avec le rite traditionnel :

  • La forme du sacrement désignée infailliblement par Pie XII a été remplacée par les « paroles essentielles » de Paul VI.
  • Aucune ressemblance entre la forme traditionnelle et les « paroles essentielles » de Paul VI.
  • Les « paroles essentielles » de Paul VI sont une copie quasi conforme des paroles du rite anglican.
  • Paul VI a promulgué un rite connu, un rite « absolument vain et entièrement nul », comme l’a déclaré solennellement et infailliblement Léon XIII (cf. Lettre Apostolique du pape Léon XIII sur les ordinations anglicanes).
  • Paul VI est un hérésiarque anti-liturgique qui a éliminé le Sacerdoce et l’Épiscopat catholique au sein de la secte conciliaire !






Source

mardi 5 février 2019

Le jour de la marmotte

Depuis le 2 février 2019, notre site web subit une énième attaque par déni de service. En effet, nous ne comptons plus celles-ci depuis 4 ans.

Pour rappel : http://www.tradition-quebec.ca/2015/12/apres-le-minuit-chretiens-le-minuit.html
http://www.tradition-quebec.ca/2017/08/apres-le-minuit-chretiens-le-minuit.html

La première vague de cette nouvelle attaque fut lancée à le 2 février, en après-midi, et la seconde vague quelques heures plus tard. S'en suit des attaques à rythme régulier depuis - la dernière étant ce matin à 7h am. Un ou des serveurs américains ont été utilisés pour lancer instantanément 389 requêtes, puis 435, puis 390, puis 392, etc., à l'adresse directe de notre page sur internet.


Ce genre d'attaques menées simultanément et sans interruption par plusieurs serveurs, contre un serveur non protégé, peut se terminer en une véritable prise en otage de site internet.

Comme toujours, le nom de Jésus-Christ dérange ses opposants.

jeudi 17 janvier 2019

L'hérésie des Vaudois

VAUDOIS, disciples de Pierre Valdo, riche marchand de Lyon.

Pierre Valdo (1140-1217).
L'hérésie protestante voit en
lui un précurseur.
La mort subite d'un ami qui tomba presque à ses pieds lui fit faire de profondes réflexions sur la fragilité de la vie humaine le sur le néant des biens de la terre. Il voulut y renoncer pour ne s'occuper que de son salut, et distribua tous ses biens aux pauvres; il voulut inspirer aux autres le détachement
du monde et le dépouillement des richesses; il exhorta, prêcha, et, à force de prêcher le désintéressement, il se persuada que la pauvreté évangélique, sans laquelle on ne pouvait être chrétien, ne permettait de rien posséder.

Plusieurs personnes suivirent l'exemple de Pierre Valdo, cl formèrent, vers l'an 1136, une secte de gens qu'on appelait les pauvres de Lyon; à cause de la pauvreté dont ils faisaient profession. Valdo leur expliquait le Nouveau Testament en langue vulgaire, et devint l'oracle de ce petit troupeau.

Le zèle de ses disciples s'échauffa bientôt, et ils ne se contentèrent pas de pratiquer la pauvreté, ils la prêchèrent, et s'érigèrent en apôtres, quoiqu'ils ne fussent que de simples laïques sans mission. L'Eglise de Lyon, sans condamner leurs motifs et leur zèle, voulut les renfermer dans de justes bornes; mais Valdo et ses disciples avaient une trop haute idée d'eux-mêmes pour déférer aux avis de l'Eglise de Lyon. Ils prétendirent que tous les chrétiens devaient savoir l'Ecriture, que tous étaient prêtres et que tous étaient obligés d'instruire le prochain. Fondés sur ces principes qui renversaient le gouvernement de toute l'Eglise, les vaudois continuèrent à prêcher et à se déchaîner contre le clergé. Si l'Eglise leur imposait silence, ils répondaient ce que les apôtres avaient répondu au sénat des Juifs, lorsqu'il leur défendait de prêcher la résurrection de Jésus-Christ : Faut-il obéir à Dieu ou aux hommes ? Les vaudois savaient l'Ecriture; ils avaient un extérieur mortifié, leurs mœurs étaient austères, et chaque prosélyte devenait un docteur. D'un autre côté la plus grande partie du clergé, sans lumière et sans mœurs, n'opposait communément aux vaudois que son autorité. Les vaudois firent des progrès rapides, et, après avoir employé tous les ménagements possibles, le pape les excommunia, et les condamna avec tous les autres hérétiques qui inondaient alors la France.

Les foudres de l'Eglise irritèrent les vaudois; ils attaquèrent l'autorité qui les condamnait.

Fondés sur la nécessité de renoncer à toute possession pour être vraiment chrétien, Valdo et ses disciples prétendirent que l'Eglise romaine avait cessé d'être la vraie Eglise depuis qu'elle avait des possessions et des biens temporels; que ni le pape, ni les évêques, ni les abbés, ni les clercs, ne devaient posséder ni biens-fonds, ni dignités temporelles, ni fiefs, ni droits régaliens; que les papes, qui avaient approuvé ou excité les princes pour faire la guerre , étaient de vrais homicides, et par conséquent sans autorité dans l'Eglise.

De là les vaudois concluaient qu'eux seuls étaient la vraie Eglise, puisqu'eux seuls pratiquaient et enseignaient la pauvreté évangélique.

Après s'être ainsi établis comme la seule vraie Eglise, ils prétendirent que les fidèles étaient égaux, que tous étaient prêtres, que tous avaient le droit d'instruire, que les prêtres et les évêques n'avaient pas celui de les en empêcher. Ils prouvaient toutes ces prétentions par quelques passages de l'Ecriture : tel est le passage de saint Matthieu, dans lequel Jésus-Christ dit à ses disciples qu'ils sont tous frères; celui de saint Pierre qui dit aux fidèles : Rendez-vous mutuellement service, chacun selon le don qu'il a reçu, comme étant de fidèles dispensateurs des différentes grâces de Dieu; le passage de saint Marc où Jésus-Christ défend à ses disciples d'empêcher un homme de chasser les démons au nom de Jésus-Christ, quoique cet homme ne suivit pas ses apôtres.

Les vaudois prétendirent donc former une Eglise nouvelle qui était la vraie Eglise de Jésus-Christ, qui, par conséquent, avait seule le pouvoir d'excommunier et de damner : par ce moyen , ils calmèrent les consciences alarmées par les foudres de l'Eglise.

Pour détacher plus efficacement les fidèles de l'Eglise, ils condamnèrent toutes ses cérémonies : la loi du jeûne, la nécessité de la confession, les prières pour les morts, le culte des saints, et en un mot tout ce qui pouvait concilier aux pasteurs légitimes le respect et l'attachement des peuples; enfin, pour entretenir les peuples dans l'ignorance, ils condamnèrent les études et les académies, comme des écoles de vanité.

Tel fut le plan de religion que les vaudois imaginèrent pour se défendre contre les anathèmes de l'Eglise et pour se faire des prosélytes.

Ils ne fondaient celle prétendue réforme, ni sur la tradition, ni sur l'autorité des conciles, ni sur les écrits des Pères, mais sur quelques passages de l'Ecriture mal interprétés ; ainsi Valdo et ses disciples ne formèrent point une chaîne de tradition qui remontât jusqu'à Claude de Turin [NDLR : évêque du IXe siècle ayant adhéré à l'iconoclasme].

Les vaudois renouvelèrent : 

1° les erreurs de Vigilance sur les cérémonies de l'Eglise, sur le culte des saints et des reliques, et sur
la hiérarchie de l'Eglise ;

2° les erreurs des donatistes sur la nullité des sacrements conférés par de mauvais ministres et sur la nature de l'Eglise ;

3° les erreurs des iconoclastes;

4° ils ajoutèrent à ces erreurs que l'Eglise ne peut posséder des biens temporels.



-Abbé Pluquet, Dictionnaire des hérésies, des erreurs et des schismes. Edition Jérôme Millon. 2017. (Publié pour la première fois en 1762, revu et corrigé par l'abbé Claris en 1847 puis publié par l'abbé Migne la même année). Pp. 703-704.

samedi 12 janvier 2019

Divinité de la Religion

XXIe LEÇON. 
LE CHRISTIANISME ÉTABLI.  —  DIVINITÉ DE LA RELIGION. 


Q. Que prouve l'établissement du Christianisme ? 

R. L'établissement du Christianisme prouve que la  Religion est l'œuvre de Dieu. 

Q. Comment le prouve-t-il  ? 

R. Il le prouve : 1° par les difficultés de l'entreprise; 2°  par la faiblesse des moyens; 3° par la grandeur dû succès. 
Saint Etienne fut le premier des martyrs
(martyr signifie témoin).

Q. Quelles étaient les difficultés de l'entreprise ? 

R. Les difficultés de l'entreprise étaient les plus grandes qu'on puisse imaginer : car il s'agissait de détruire le Judaïsme et le Paganisme, et de les remplacer  par le Christianisme. 

Q. De quoi s'agissait-il encore ? 

R. Il s'agissait encore d'opérer cette révolution dans le monde entier, et dans le siècle d'Auguste, le plus poli  et le plus corrompu qui fut jamais.

Q. De quoi s'agissait-il enfin ? 

R. Il s'agissait de faire cela malgré les philosophes,  qui attaquaient toutes les vérités du Christianisme; malgré les comédiens, qui s'en moquaient sur les théâtres; malgré les empereurs, qui faisaient mourir au milieu des plus affreux tourments ceux qui devenaient chrétiens. 

Q. Quels moyens avaient été choisis pour faire réussir cette entreprise ? 

R. Pour faire réussir cette entreprise, on avait choisi les plus faibles moyens qu'on pouvait trouver. 

Q. Nommez-les. 

R. Douze hommes du peuple, douze pêcheurs, sans éducation, sans argent, sans protection, et, qui pis est, Juifs d'origine, par conséquent odieux et méprisables aux yeux de tout le monde. 

Q. Quel a été le succès de l'entreprise ? 

R. Le succès de l'entreprise a été le plus merveilleux qu'on ait jamais vu : il a été rapide, sérieux, réel et durable. 

Q. Pourquoi dites-vous un succès rapide ? 

R. Je dis un succès rapide, parce qu'en peu d'années la Religion s'est répandue dans toutes les parties du monde, même à Rome, où elle comptait, sous l'empire de Néron, une multitude immense de disciples. 

Q. Pourquoi dites-vous sérieux ? 

R. Je dis sérieux, parce qu'il s'agissait, pour se faire chrétien, de se dévouer à la haine, à la pauvreté, à l'exil, à la prison et à la mort la plus affreuse; et des millions d'hommes de tout âge et de tout pays s'y sont dévoués. 

Q. Pourquoi dites-vous réel ? 

R. Je dis réel, parce que le Christianisme a tout changé, les âmes, les idées, les mœurs, les lois, l'homme et la société tout entière. 

Q. Pourquoi dites-vous durable ? 

R. Je dis durable, parce que rien n'a pu détruire le Christianisme, ni les tyrans, ni les impies, ni les hérétiques, ni les révolutions, ni le temps, qui fait périr tout le reste.


XXIIe LEÇON.  

LE CHRISTIANISME ÉTABLI. — TOUTES LES OBJECTIONS DÉTRUITES ET TOURNÉES EN PREUVES. 



Q. Que résulte-t-il, aux yeux de la raison, de l'établissement du Christianisme? 

R. Aux yeux de la raison, il résulte de l'établissement du Christianisme : 1° que depuis dix-huit cents ans le monde adore un Juif crucifié, c'est-à-dire tout ce qu'il y a de plus méprisable et de plus odieux. 

Q. Continuez la même réponse. 

R. Il résulte : 2° qu'en adorant ce Juif crucifié, le monde est devenu beaucoup plus éclairé, beaucoup plus vertueux, beaucoup plus libre, beaucoup plus parfait. 

Q. Achevez la même réponse. 

R. Il résulte : 3° que toutes les nations ne sortent de la barbarie et de la dégradation qu'en adorant ce Juif crucifié; que toutes celles qui refusent de l'adorer demeurent dans la barbarie, et que celles qui cessent de l'adorer y retombent. 

Q. Ce fait est-il incroyable ? 

R. Ce fait est très-incroyable, et cependant très-certain. 

Q. Comment l'expliquez-vous ? 

R. Les Catholiques l'expliquent en disant : Jésus de Nazareth est le Fils de Dieu, Dieu lui-même; il a triomphé sans peine de tous les obstacles et communiqué au monde ses lumières et ses grâces; il y a eu miracle; tout s'explique facilement. 

Q. Que disent les impies ? 

R. Les impies disent qu'il n'y a pas de miracle; que Notre-Seigneur n'est pas Dieu, mais un Juif comme un autre, et que la conversion du monde est une chose toute naturelle. 

Q. Qu'est-ce à dire ? 

R. C'est-à-dire qu'il suffit, pour faire changer de religion au monde entier, de prendre un homme, de le crucifier, et d'en envoyer douze autres dire qu'il est Dieu; c'est une expérience que les impies devraient faire pour nous convaincre. 
Le monde tourne et la croix demeure.

Q. Qu'est-ce à dire encore? 

R. C'est-à-dire encore que les impies, pour ne pas croire aux miracles, sont forcés de soutenir la plus grande des absurdités : car le monde, converti sans miracle par douze Juifs, et adorant un Juif crucifié qui ne serait pas Dieu, est la plus grande absurdité qu'on puisse imaginer. 

Q. Que suit-il de là ? 

R. Il suit de là que la Religion, n'ayant pas pu être établie par la puissance des hommes, l'a été par la puissance de Dieu; qu'ainsi elle est vraie, car Dieu ne peut pas autoriser le mensonge. 

Q. Que suit-il encore ? 

R. Il suit encore que toutes les objections contre la Religion sont fausses, car il ne peut y avoir de vérités contradictoires. 

Q. Que suit-il enfin ? 

R. Enfin il suit que toutes les objections contre la Religion sont autant de preuves de sa divinité; car toutes montrent l'extrême difficulté de la persuader au monde, par conséquent la nécessité et la force des miracles qui ont obligé le monde à l'accepter, malgré toutes les passions et toutes les persécutions.  



-Mgr Jean-Joseph Gaume, Abrégé du catéchisme de persévérance. Quarante-troisième édition. Montréal. C.O. Beauchemin & Fils, libraires-éditeurs. P. 314-317.

dimanche 6 janvier 2019

Sainte année 2019

Tradition Québec vous souhaite une heureuse et sainte année 2019, ainsi que le Paradis à la fin de vos jours !

Commencez l'année avec ce chant traditionnel bien d'ici :


Refrain:
Mon Dieu bénissez la nouvelle année
Rendez heureux nos parents, nos amis
Elle est toute à vous et nous est donnée
Pour mériter le Paradis. (bis)

- 1 -
L'homme prédestiné n'a pas reçu la vie
Pour attacher son cœur aux choses d'ici-bas
Mais comme un exilé pour tendre à la Patrie
Sans arrêter le pas. (bis)

- 2 -
Qui de nous peut compter combien d'instants encore
Pour conquérir le ciel lui garde l'avenir
Du nouvel an joyeux nous voyons bien l'aurore
Le verrons-nous finir? (bis)

- 3 -
Bénissez-la, Seigneur, cette nouvelle année
Que votre amour céleste en charme tous les jours
Et nul moment perdu, nulle heure profanée
N'en ternira le cours. (bis)

- 4 -
Bénissez nos parents, nos pères et nos mères
Nos frères et nos sœurs, tous ceux que nous aimons
Gardez de tout malheur ces amitiés si chères
Nous vous les consacrons. (bis)