dimanche 31 janvier 2016

Les diocèses canadiens et la crise en Syrie



Extrait de la chronique Le Tocsin tiré du dernier numéro de la revue Le Carillon.

Le Carillon - No.7 - Haut les cœurs!

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Depuis quelques décennies, la majorité des groupes d’action catholique au sein des diocèses canadiens sont imprégnés de la culture socialiste d’un organisme prétendument catholique, mais ouvertement marxiste, nommé Développement et Paix.

Les diocèses canadiens, en collaboration avec Développement et Paix, brassaient de la grosse piastre dernièrement dans leur campagne de parrainage des réfugiés. Dans le diocèse de Toronto, ce sont près de 3,1 millions de dollars qui ont été recueillis. Aux dernières nouvelles, au moins 15 millions auraient été amassés dans tout le Canada pour l’aide humanitaire aux réfugiés syriens.

Le nouveau président de Développement et Paix, Jean-Denis Lampron, dressait un bilan sommaire des campagnes de l’organisme, le 6 décembre dernier, dans une entrevue au journal L’Express de Drummondville : « Selon les chiffres qu’il avance, 600 millions de dollars en aide humanitaire ont été donnés jusqu’à maintenant par l’organisme. Avec cette somme, 15 000 projets ont pu être réalisés dans le monde. »

Si Développement et Paix était un organisme véritablement voué à la propagation de la Doctrine catholique, les 312 églises vendues, fermées ou transformées à ce jour, selon les plus récentes données de l’enquête du Conseil du patrimoine religieux du Québec, auraient peut-être eu une chance de survie.

Pour ne pas que notre principe de charité chrétienne soit assimilé par le principe de la philanthropie humaniste des francs-maçons, rappelons-nous quelques concepts de base :


« Si quelqu’un n’a pas soin des siens, et principalement de sa famille, il a renié sa foi, et il est pire qu’un infidèle. »
(Saint Paul, 1 Timothée, 5, 8)


« Comme tu ne peux être utile à tous, tu dois surtout t’occuper de ceux qui, selon les temps et les lieux ou toutes autres opportunités, te sont plus étroitement unis comme par un certain sort; par sort en effet, il faut entendre quiconque t’est lié temporellement et qui adhère à toi, ce qui fait que tu choisis de l’avantager. »
(Saint Augustin, Doctrine chrétienne, L. I, ch. 28)


« Il faut que l’affection de l’homme soit ordonnée par la charité que d’abord et principalement il aime Dieu, ensuite soi-même, enfin le prochain, et parmi les prochains, davantage ceux qui sont les plus proches et plus à même de nous aider. »
(Saint Thomas d’Aquin, Compendium theologiae)


« La loi naturelle nous ordonne d’aimer d’un amour de prédilection et de dévouement le pays où nous sommes nés et où nous avons été élevés. »
(Léon XIII, Sapientiae Christianae, 10 janvier 1890)
-Kenny Piché
Le Tocsin - Actualités religieuses du Québec et d’ailleurs
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jeudi 28 janvier 2016

Anecdotes canadiennes - Le draveur qui sacrait




Un jeune homme partait au printemps pour le flottage du bois. Son vieux curé lui avait dit :

« Mon enfant, corrige-toi ; c'est à frémir et à faire pleurer que d'entendre ton langage ! »

Le grand garçon tourna le dos en ricanant, et se rendit dans le haut Saint-Maurice.

La rivière était couverte des troncs d'arbres coupés pendant l'hiver, le courant les charriait avec rapidité. A la tête d'une chute, un de ces troncs s'échoua à fleur d'eau sur le rocher. Des centaines, des milliers s'échouèrent à leur tour, et s'amoncelèrent jusqu'à former une montagne. Ce fut une bousculade de « billots », qui, sous la violence du courant, tourbillonnaient et formaient un énorme barrage.

« Qui ira décrocher de la roche les billots d'en avant ? » demanda le contremaître avec force jurons.

« Moé », dit notre grand garçon, avec forfanterie et en blasphémant à son tour.

Il saisit son levier, monte sur l'entassement des billes, saute de l'une à l'autre, aux applaudissements des camarades, arrive au nœud de la digue, et soulève le billot qui tient la tête du barrage, en prononçant un horrible blasphème contre le Christ et le Calvaire.

Il n'en avait pas achevé les dernières syllabes, que toute la digue s'était déchaînée en une formidable avalanche. Et comme le misérable se précipitait de ce pont croulant vers la rive, deux pièces de bois bousculées en sens contraires se soulèvent et se rencontrent sur la tête du blasphémateur lui faisant voler la cervelle.

Hélas !

Il achevait son blasphème dans l'éternité.

A. Poulin, s.j.,
La lutte contre le blasphème.



Extrait de Le catéchisme en anecdotes canadiennes de l'abbé Georges Thuot (Fides, 1946)



mercredi 20 janvier 2016

Le Père Labrosse

Le Père Jean-Baptiste Labrosse, prêtre de la Compagnie de Jésus, a exercé le saint ministère dans un très grand nombre de localités du Bas-Canada et du Nouveau-Brunswick pendant trente-cinq ans; mais il est surtout connu comme missionnaire des Montagnais, parmi lesquels il a évangélisé pendant environ seize ans.

C'est le Père Labrosse qui a mis la dernière main à cette belle chrétienté montagnaise si pleine de foi et de piété. Il a écrit la plupart des livres religieux qui sont encore en usage chez les Montagnais, a composé un dictionnaire de la langue de ce peuple, et traduit des passages considérables de la Sainte Écriture dans cette langue. Le P. Labrosse a encore répandu, chez ses bons et chers sauvages, l'usage de la lecture et de l'écriture, qui s'est transmis de génération en génération dans toutes les familles de cette tribu, jusqu'à ce jour.

Le bon père mourut à Tadoussac le 11 avril 1782, à l'âge de cinquante-huit ans; il fut enterré le lendemain, dans la chapelle de la mission. Son corps a été depuis transporté de Tadoussac à Chicoutimi, il y a quelques années seulement.

Quand le Père Labrosse mourut, les cloches - raconte la légende - de toutes les chapelles qu'il avait desservies, dans les missions de la Baie-des-Chaleurs, de Rimouski, de la Côte-Nord et d'ailleurs ont sonné ses glas d'elles-mêmes : par une inspiration d'en haut, tous ceux qui les ont entendues se sont dit de suite : - Notre bon Père Labrosse est mort : il nous avait bien dit, lorsque nous le vîmes pour la dernière fois, que c'était sa dernière visite dans notre mission !


Joseph-Charles Taché, Forestiers et voyageurs, 1864.

mardi 19 janvier 2016

La perfection chrétienne ou la sainteté - Catéchisme de Spirago


« Chacun recevra sa récompense, non pas suivant
sa dignité mais suivant son travail et sa bonne volonté. »
-Saint François d'Assise


La tendance à la perfection chrétienne. 

Aucun architecte ne laisse inachevé un édifice commencé; s’il a entrepris de bâtir une maison, il ne s’accorde aucun repos avant qu’il ne l’ait terminée; aucun peintre non plus ne livrera un portrait avant d’en avoir achevé les traits d’une manière très précise. Le chrétien doit agir de même: s'il a commencé à travailler au salut de son âme, et s’il se trouve en état de grâce, il doit s’efforcer d’achever l’édifice de la vertu et de devenir une image très fidèle de Dieu. Devenir meilleur chaque jour, tel doit être le but de notre vie sur la terre.

1. Dieu nous ordonne de tendre à la perfection chrétienne.

Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Divin modèle
Le devoir de tendre à la perfection est déjà renfermé dans le commandement de l'amour de Dieu, puisque Dieu y demande que nous l’aimions autant que possible. Cela ne signifie-t-il pas que nous devons toujours avancer sur le chemin du bien? « Que celui qui est juste devienne plus juste; que celui qui est saint devienne plus plus saint » (Apoc. XXII, 11), d’après cet ordre de Jésus-Christ : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » (S. Matth. V, 48.) Dieu ne veut pas autre chose, sinon que nous soyons saints. (I Thess. IV.) Celui qui n’aspire pas à la perfection chrétienne court risque de se perdre éternellement. Nous voyons que tous les animaux, les arbres et les plantes, et l'homme lui-même, du moment où ils ne croissent et n’augmentent plus, décroissent et dépérissent. « Le vaisseau qui ne remonte pas le courant, est entraîné par lui. » (S. Grégoire G.) Qui n'avance pas recule : il n’y a point de milieu sur le chemin de la vertu. (S. Bern.) S'arrêter c'est reculer, si donc vous êtes satisfait de vous-même et que vous disiez : « Maintenant c’est assez, » vous êtes perdu. (S. Aug.) Nous devons même viser le plus haut degré de sainteté, comme les marchands qui demandent d’abord plus que la valeur de la marchandise, ou comme le chasseur qui voulant tuer un oiseau au vol, vise toujours un peu plus haut. (S. Alph.)

2. Le modèle le plus sublime de la perfection chrétienne est Jésus-Christ; les saints aussi sont après lui des modèles de perfection.

Jésus nous dit: « Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. » (S. Jean XIV, 8.) Lorsque le jeune homme demanda au divin Sauveur ce qu’il avait à faire pour devenir le plus parfait possible, il reçut cette réponse: « Suis-moi! » (S. Matth. IX, 21), et S. Paul nous fait cette exhortation : « Revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ. (Rom. XIII. 14.1).

Comme un apprenti fait attention à la manière dont son maître travaille, de même nous devons observer exactement Jésus-Christ, notre Maître; aussi les saints ont-ils continuellement médité la vie et la Passion du divin Sauveur. Il est un modèle pour tous. Il y a des portraits si artistement peints qu’ils semblent regarder tous ceux qui s’arrêtent devant eux: on peut en dire autant de Jésus-Christ; car ce modèle a été composé par le divin Maître avec une si admirable sagesse que chacun doit se dire : ce modèle me convient parfaitement. (L. de Gren.) — Les saints sont aussi des modèles de perfection, car ils ont imité Jésus-Christ; leur vie tout entière est une copie de la vie de Jésus-Christ; aussi S. Paul engage t-il les chrétiens à l’imiter lui-même (I Cor. IV, 16), ainsi que les saints (Héb. VI, 11). Et pourquoi l’Eglise célèbre-t-elle pendant l’année d’une manière non interrompue la mémoire des saints? c’est évidemment pour nous exciter à les imiter. Mais les saints, en comparaison de Jésus-Christ, sont comme les étoiles en face du soleil: Jésus-Christ les surpasse tous en sainteté. Aussi nous est-il plus facile d'imiter les saints. Un commençant aura de la peine à faire une copie réduite d’un grand et beau tableau, tandis qu’il aura moins de difficulté à le reproduire de la même grandeur; de même il nous est impossible d'imiter les exemples inaccessibles de Jésus-Christ, tandis que nous pourrons plus facilement imiter les saints. Dans la vie des saints on voit comment ils ont lutté avec leurs faiblesses, et leurs combats nous servent d’exemple et d’encouragement. 11 faut remarquer toutefois qu’ils se sont presque tous distingués par une vertu spéciale, (S. Fr. de S.), dont l’activité se réglait d’après les circonstances particulières de leur vie, par ex., la vocation, la fortune, leur force corporelle, leur tempérament, le climat, etc., on doit donc imiter surtout les saints de même condition et de même vocation, et non pas servilement, mais en tenant compte de sa position personnelle.

3. La perfection du chrétien consiste dans l’amour de Dieu et du prochain, et dans le détachement du cœur des choses de ce monde.

La charité est l’accomplissement de la loi (Rom. XIII, 10); elle est le lien de la perfection. (Col, III,
Saint François d'Assise
Fondateur de l'Ordre des Frères Mineurs
14). Quelqu’un ayant demandé à S. Augustin en quoi consistait la perfection, le saint évêque lui répondit: « Aimez Dieu et faites ce que vous voudrez » (En effet, celui qui aime Dieu ne fera jamais rien qui puisse lui déplaire). « Il n’y a pas d’autre perfection que celle qui consiste à aimer Dieu de tout son cœur et le prochain comme soi-même: toute autre perfection est fausse (S. Fr. de S.) La sainteté est l’abandon complet de soi-même à Dieu. (S. Th. Aq.) La perfection ne consiste pas à faire beaucoup d'exercices de piété, à se rendre souvent à l'église, à recevoir fréquemment les Sacrements, à jeûner ou à faire l’aumône : tous ces actes ne sont que des moyens pour atteindre la perfection. « Si vous avez commencé à jeûner, écrivait S. Paulin à une dame, et à vivre dans la continence, ne vous regardez pas encore pour sainte: ce ne sont que des moyens pour arriver à la vertu. » La perfection ne consiste pas non plus à être entièrement exempt de péché; elle se manifeste bien plus dans une lutte énergique et constante contre le péché, car Dieu permet souvent que les saints tombent dans le péché pour les maintenir dans l’humilité. (Reniement de S. Pierre). La perfection consiste encore bien moins dans les œuvres extraordinaires qui étonnent le monde. La Mère de Dieu a-t-elle fait quelque chose d’extraordinaire ? ou S. Joseph, le père nourricier de Jésus-Christ? Parmi les légions des saints, il y en aura un nombre considérable que le monde n'a même pas remarqués ; « leur vie était cachée en Dieu avec Jésus-Christ. » (Col. III, 3). — A l’amour de Dieu se joint toujours l’horreur du monde, c’est-à-dire des jouissances sensuelles, des joies coupables du monde. « Celui qui aime le monde ne possède pas l’amour du Père céleste.» (I. Joan. II, 15). Plus l’amour de Dieu est grand dans un chrétien, plus il détestera le monde; l’amour de Dieu et celui du monde sont comme les deux plateaux d'une balance: quand l’un monte, l’autre descend. « L’amour de Dieu trouve d’autant moins de place dans le cœur que les désirs terrestres y règnent » (S. Alph.), mais l’accroissement de la charité diminue la concupiscence. (S. Aug.) Pour atteindre le sommet d'une tour, on met d’abord le pied sur le premier échelon, puis sur le second, le troisième etc.; et plus on s’éloigne de la terre, plus on se rapproche du sommet; il faut agir de même pour atteindre la cime de la perfection, c.-à-d. nous éloigner le plus possible des choses de la terre. (S. Chrys.) Ainsi notre amour de Dieu et du prochain, notre perfection croîtront en raison de notre horreur du monde.

4. Celui qui aspire sérieusement à la perfection chrétienne, y arrivera certainement, quoique lentement.

Jésus-Christ dit eu effet : « Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car Ils seront rassasiés. » (S. Matth V, 6). L'effort constant vers la perfection, le désir sincère que l'on en a, y conduisent. (S. Bern.) Le désir à lui seul forme une partie considérable de la victoire, car il augmente les forces, diminue la peine, affaiblit l’ennemi, rend agréable à Dieu et attire des grâces. (S. Laur. Just.) On demandait à S. Thomas d'Aquin comment on pouvait sûrement devenir saint: « en le voulant », répondit-il. Personne n'est jamais parvenu à la sainteté sans en avoir eu un ardent désir, aussi peu que sans lui on arrive à la perfection dans une science ou dans un art. (S. Alph). Celui qui ne désire pas même arriver au sommet d'une montagne restera au pied sans faire un pas, (S. Alph.) — Mais on ne parvient à la perfection que très lentement. Notre sainteté n’est pas l’œuvre d’un jour. (S. Ph. de Néri); on n’arrive jamais à la perfection en peu de temps, à moins d’une faveur extraordinaire de Dieu. (Ste Thér.) I1 en est de même dans la nature ; une petite plante ne peut pas devenir une fleur ‘dans une nuit; un enfant ne devient pas en quelques jours un homme fait ; on ne gravit pas une haute montagne en quelques minutes. Les traitements médicaux durent longtemps, et les pins lents sont les plus sûrs. — On distingue 3 degrés dans le chemin de la perfection: les commençants, qui ont encore une grande inclination pour le péché mortel; les avancés, qui ne peuvent encore s’empêcher de commettre des péchés véniels, et qui, vu leur attachement aux choses de la terre, n’ont pas encore une paix complète; et les parfaits, dont l’esprit est entièrement détaché de la terre et dirigé vers Dieu, et goûte par conséquent une grande paix. (Ben. XIV). On appelle ces 3 degrés les voies purgative, illuminative et unitive. Ces trois degrés de la vie surnaturelle correspondent aux degrés de la vie naturelle: l'enfance, âge de la faiblesse physique et spirituelle; l'adolescence, âge de l’accroissement, du développement, et l'âge viril, âge de la maturité. (S. Th. Aq) Les commençants doivent méditer les fins dernières de l'homme, les avancés, la Passion de Jésus-Christ, et les parfaits, la bonté de Dieu et les joies du ciel. (S. Ign. L.) — Néanmoins dans la perfection on ne peut jamais arriver au terme extrême, parce que l'amour de Dieu n’a point de limites. Que celui qui est juste devienne plus juste, que celui qui est saint devienne plus saint (Apoc. XXII, 11) ; l’homme peut cependant arriver à un tel degré de sainteté qu’il approche, déjà sur la terre, de l’état des esprits bienheureux dans le ciel.

5. Dans chaque état, dans toute position, on peut parvenir à la perfection chrétienne.

Saint Louis, roi de France
Il y a eu, il y a, des saints dans tons les états, même dans les positions les plus humbles: papes, évêques, prêtres, empereurs, rois, soldats, médecins, artisans, ouvriers, domestiques, etc. Tout homme peut, en vérité, aimer Dieu et son prochain ; car cela est facile, on n’y éprouve ni fatigue ni préjudice, et rien n'est plus agréable au cœur que d'aimer Dieu. (S. Bonav.) Pour toutes les autres bonnes œuvres, on pourrait toujours prétexter une excuse, on peut dire : « Je ne puis pas jeûner, ni faire l’aumône etc » ; mais personne ne peut s’excuser en disant: « Je ne puis pas aimer » (S. Jér.) Cependant les exercices de piété doivent s'accommoder aux forces, aux occupations, aux devoirs de chacun ; la piété est comme un liquide qui prend la forme du vase dans lequel il se trouve. (S. Fr. de S.)








-François Spirago, Catéchisme catholique populaire. Paris. P. Lethielleux, Libraire-éditeur. 1903, pp. 406-408.

jeudi 14 janvier 2016

Le plan révolutionnaire

Mgr de Ségur en compagnie de sa mère,
la célèbre Comtesse de Ségur
La Révolution, préparée par le paganisme de la Renaissance, par le protestantisme et le voltairianisme, est née en France, à la fin du siècle dernier ; les sociétés secrètes, déjà puissantes à cette époque, présidèrent à sa naissance. Mirabeau et presque tous les hommes de 1789, Danton et Robespierre, et les autres scélérats de 1793, appartenaient à ces sociétés. Ensuite, le foyer révolutionnaire s’est déplacé ; il s’est transporté en Italie, et c’est de là que la Vente, ou Conseil suprême, dirige, avec une prudence de serpent, le grand mouvement, la grande révolte dans l’Europe entière. On ne vise qu’à l’Europe parce que l’Europe est la tête du monde.

La Providence a permis que, dans ces dernières années, quelques documents authentiques de la conspiration révolutionnaire tombassent entre les mains de la police romaine. Ils ont été publiés, et nous en donnons ici quelques extraits.

La Révolution va nous dire elle-même, par l’organe de ses chefs connus:
  1. qu’elle a un plan d’attaque général et organisé ; 
  2. que, pour régner, elle veut corrompre, et corrompre systématiquement ; 
  3. qu’elle l’applique principalement à la jeunesse et au clergé ; 
  4. que ses armes avouées sont la calomnie et le mensonge ; 
  5. que la franc-maçonnerie est son noviciat préparatoire ; 
  6. qu’elle cherche à s’affilier les princes eux-mêmes tout en voulant les détruire ; 
  7. enfin, que le protestantisme est pour elle un précieux auxiliaire.[3]

Le plan général. – Ce plan est universel ; la Révolution veut miner, dans l’Europe entière, toute hiérarchie religieuse et politique. « Nous formons une association de frères sur tous les points du globe ; nous avons des vœux et des intérêts communs ; nous tendons tous à l’affranchissement de l’humanité ; nous voulons briser toute espèce de joug. L’association est secrète, même pour nous, les vétérans des associations secrètes. » [4] 

« Le succès de notre œuvre dépend du plus profond mystère, et, dans les Ventes, nous devons trouver l’initié, comme le chrétien de l’Imitation, toujours prêt à aimer à être inconnu et à n’être compté pour rien. » [5] 

« Afin de donner à notre plan toute l’extension qu’il doit prendre, nous devons agir à petit bruit, à la sourdine, gagner peu à peu du terrain et n’en perdre jamais. » [6]

Ce n’est pas une conspiration ordinaire, une révolution comme tant d’autres ; c’est la Révolution, c’est-à-dire la désorganisation fondamentale, qui ne peut s’opérer que graduellement et après de longs et constants efforts. « Le travail que nous allons entreprendre n’est l’œuvre ni d’un jour, ni d’un mois, ni d’un an : il peut durer plusieurs années, un siècle peut-être ; mais, dans nos rangs, le soldat meurt et le combat continue. » [7]

Le pape Pie IX: le prisonnier du Vatican
L’Italie, à cause de Rome ; Rome, à cause de la papauté, voilà le point de mire de la conspiration [8] sacrilège. « Depuis que nous sommes établis en corps d’action et que l’ordre commence à régner, au fond de la Vente la plus reculée comme au sein de la plus rapprochée du centre, il est une pensée qui a toujours profondément préoccupé les hommes qui aspirent à la régénération universelle : c’est l’affranchissement de l’Italie, d’où doit sortir, à un jour déterminé, l’affranchissement du monde entier. Notre but final est celui de Voltaire et de la Révolution française : l’anéantissement à tout jamais du catholicisme et même de l’idée chrétienne, qui, restée debout sur les ruines de Rome, en serait la perpétuation plus tard. »

« C’est d’insuccès en insuccès qu’on arrive à la victoire. Ayez donc l’œil toujours ouvert sur ce qui se passe à Rome. Dépopularisez la prêtraille par toute espèce de moyens ; faites au centre de la catholicité ce que nous tous, individuellement ou en corps, nous faisons sur les ailes. Agitez sans motifs ou avec motifs, peu importe, mais agitez. Dans ce mot sont renfermés tous les éléments de succès. La conspiration la mieux ourdie est celle qui se remue le plus et qui compromet le plus de monde. Ayez des martyrs, ayez des victimes ; nous trouverons toujours des gens qui sauront donner à cela les couleurs nécessaires. » [9] 

« Ne conspirons que contre Rome. Pour cela, servons-nous de tous les incidents, mettons à profit toutes les éventualités. Défions-nous principalement des exagérations de zèle. Une bonne haine bien froide, bien calculée, bien profonde, vaut mieux que tous les feux d’artifice et toutes les déclamations de tribune. A Paris, ils ne veulent pas comprendre cela ; mais, à Londres, j’ai vu des hommes qui saisissent mieux notre plan et qui s’y associent avec plus de fruit. » [10] 

Voici maintenant le secret révolutionnaire des événements modernes : « L’unité politique de l’Italie est une chimère ; mais, chimère plus sûrement que réalité, cela produit un certain effet sur les masses et sur la jeunesse effervescente. Nous savons à quoi nous en tenir sur ce principe : il est vide et il restera toujours vide ; néanmoins, c’est un moyen d’agitation. Nous ne devons donc pas nous en priver. Agitez à petit bruit, inquiétez l’opinion, tenez le commerce en échec ; surtout ne paraissez jamais. C’est le plus efficace des moyens pour mettre en suspicion le gouvernement pontifical. » [11]

« A Rome, les progrès de la cause sont sensibles ; il y a des indices qui ne trompent guère les yeux exercés, et on sent de loin, de très loin, le mouvement qui commence. Par bonheur, nous n’avons pas la pétulance des Français. Nous voulons le laisser mûrir avant de l’exploiter ; c’est le seul moyen d’agir à coup sûr. Vous m’avez souvent parlé de nous venir en aide lorsque le vide se ferait dans la bourse commune. Vous savez par expérience que l’argent est partout, et ici principalement, le nerf de la guerre. Mettez à notre disposition des thalers et beaucoup de thalers. C’est la meilleure artillerie pour battre en brèche le siège de Pierre. » [12] 

« Des offres considérables m’ont été faites à Londres : bientôt nous aurons à Malte une imprimerie à notre disposition. Nous pourrons donc, avec impunité, à coup sûr, et sous pavillon britannique, répandre d’un bout de l’Italie à l’autre les livres, brochures, etc., que la Vente jugera à propos de mettre en circulation. Nos imprimeries de Suisse sont en bon chemin ; elles produisent les livres tels que nous le désirons. » [13] 

Après 25 ou 30 trente ans, la conspiration constate ses progrès. Elle compte sur la France pour agir, tout en réservant à l’Italie la haute direction ; elle se méfie des autres peuples : les Français sont « trop vantards », les Anglais « trop tristes », les Allemands « trop nébuleux ». A ses yeux, l’Italien seul réunit les puissances de haine, de calcul, de fourberie, de discrétion, de patience, de sang-froid, de cruauté, nécessaires au triomphe. « Dans l’espace de quelques années, nous avons considérablement avancé les choses. La désorganisation sociale règne partout ; elle est au nord comme au midi. Tout a subi le niveau sous lequel nous voulions abaisser l’espèce humaine. Il a été très facile de pervertir. En Suisse comme en Autriche, en Prusse comme en Italie, nos séides n’attendent qu’un signal pour briser le vieux moule. La Suisse se propose de donner le signal ; mais ces radicaux helvétiques ne sont pas de taille à conduire les Sociétés secrètes à l’assaut de l’Europe. Il faut que la France imprime son cachet à cette orgie universelle. Soyez bien convaincu que Paris ne manquera pas à sa mission. » [14] 

Charles Ier, empereur d'Autriche-Hongrie
Impératrice Zita de Bourbon-Parme
« J’ai trouvé partout en Europe les esprits très enclins à l’exaltation ; tout le monde avoue que le vieux monde craque et que les rois ont fait leur temps. La moisson que j’ai recueillie a été abondante ; la chute des trônes ne fait plus de doute pour moi, qui viens d’étudier en France, en Suisse, en Allemagne et jusqu’en Russie le travail de nos Sociétés. L’assaut qui, d’ici à quelques années, sera livré aux princes de la terre, les ensevelira sous les débris de leurs armées impuissantes et de leurs monarchies caduques ; mais cette victoire n’est pas celle qui a provoqué tous nos sacrifices. Ce que nous ambitionnons, ce n’est pas une révolution dans une contrée ou dans une autre ; cela s’obtient toujours quand on le veut bien. Pour tuer sûrement le vieux monde, nous avons cru qu’il fallait étouffer le germe catholique et chrétien. » [15] 

« Le rêve des sociétés secrètes s’accomplira par la plus simple des raisons : c’est qu’il est basé sur les passions de l’homme. Ne nous décourageons donc ni pour un échec, ni pour un revers, ni pour une défaite ; préparons nos armes dans le silence des Ventes ; dressons toutes nos batteries, flattons toutes les passions, les plus mauvaises comme les plus généreuses, et tout nous porte à croire que le plan réussira un jour au-delà même de nos calculs les plus improbables. » [16] 

Tel est le plan ; voyons à présent les moyens.

La corruption. – Écoutons ici des aveux plus effrayants encore : « Nous sommes trop en progrès pour nous contenter du meurtre. A quoi sert un homme tué ? N’individualisons pas le crime ; afin de le grandir jusqu’aux proportions du patriotisme et de la haine contre l’Eglise, nous devons le généraliser. Le catholicisme n’a pas plus peur d’un stylet bien acéré que les monarchies ; mais ces deux bases de l’ordre social peuvent crouler sous la corruption : ne nous lassons donc jamais de corrompre. Il est décidé dans nos conseils que nous ne voulons plus de chrétiens ; donc, popularisons le vice dans les multitudes. Qu’elles le respirent par les cinq sens, qu’elles le boivent, qu’elles s’en saturent. Faites des cœurs vicieux et vous n’aurez plus de catholiques. » [17] 

Quel éloge pour l’Eglise ! « Épargnons les corps, mais tuons l’esprit. C’est le moral qu’il nous importe d’atteindre ; c’est donc le cœur que nous devons blesser. C’est par principe d’humanité politique que je crois devoir proposer ce moyen. » [18] 

A l’occasion de la mort publiquement impénitente de deux de ses agents, exécutés à Rome, le chef de la Haute Vente ajoute : « Leur mort de réprouvés a produit un magique effet sur les masses. C’est une première proclamation des Sociétés secrètes, et une prise de possession des âmes. Mourir sur la place du Peuple, à Rome, dans la cité mère du catholicisme, mourir franc-maçon et impénitent, c’est admirable ! – Infiltrez le venin dans les cœurs choisis, écrit un autre de ces démons incarnés, infiltrez-le à petites doses et comme par hasard ; vous serez étonnés vous-mêmes de votre succès. L’essentiel est d’isoler l’homme de sa famille, de lui en faire perdre les mœurs. Il est assez disposé, par la pente de son caractère, à fuir les soins du ménage, à courir après de faciles plaisirs et des joies défendues. Il aime les longues causeries du café, l’oisiveté des spectacles. Entraînez-le, soutirez-le ; donnez-lui une importance quelconque ; apprenez-lui discrètement à s’ennuyer de ses travaux journaliers. Par ce manège, après l’avoir séparé de sa femme et de ses enfants, après lui avoir montré combien sont pénibles tous les devoirs, vous lui inculquerez le désir d’une autre existence. L’homme est né rebelle ; attisez ce désir de rébellion jusqu’à l’incendie ; mais que l’incendie n’éclate pas. C’est une préparation à la grande œuvre que vous devez commencer. » [19] 

« Pour une grande œuvre, il faut une conscience large que n’effarouchent pas à l’occasion une alliance adultère, la foi publiquement violée, les lois de l’humanité foulées aux pieds. » [20] 

La Haute Vente résume elle-même cet infernal complot : « C’est la corruption en grand que nous avons entreprise, la corruption du peuple par le clergé et du clergé par nous, la corruption qui doit nous conduire à mettre un jour l’Eglise au tombeau. Pour abattre le catholicisme, nous dit-on, il faudrait d’abord supprimer la femme. Soit ; mais, ne pouvant supprimer la femme, corrompons-la avec l’Eglise. Corruptio optimi pessima. Le but est assez beau pour tenter des hommes tels que nous. Le meilleur poignard pour frapper l’Eglise au cœur, c’est la corruption. A l’œuvre donc, jusqu’à la fin ! »

La corruption de la jeunesse et du clergé 

Les « cœurs choisis » que la révolution recherche de préférence, ce sont les jeunes gens et les prêtres; elle ose même aspirer jusqu’à former un pape.

« C’est à la jeunesse qu’il faut aller ; c’est elle qu’il faut séduire, elle que nous devons entraîner, sans qu’elle s’en doute, sous nos drapeaux. Que tout le monde ignore votre dessein ! Laissez de côté la vieillesse et l’âge mûr ; allez à la jeunesse, et, s’il est possible, jusqu’à l’enfance. N’ayez jamais pour elle un mot d’impiété ou d’impureté ; gardez-vous en bien dans l’intérêt de la cause. Conservez toutes les apparences de l’homme grave et moral. Une fois votre réputation établie dans les collèges, les lycées et les universités, dans les séminaires, une fois que vous aurez capté la confiance des professeurs et des étudiants, attachez-vous principalement à ceux qui s’engagent dans la milice cléricale.

Excitez, échauffez ces natures si pleines d’incandescence et de patriotique orgueil. Offrez leur d’abord, mais toujours en secret, des livres inoffensifs ; puis, vous amenez peu vos disciples au degré de cuisson voulu. Quand, sur tous les points à la fois, ce travail de tous les jours aura répandu nos idées comme la lumière, vous pourrez apprécier la sagesse de cette discrétion. »

« Faites vous une réputation de bon catholique et de patriote pur. Cette réputation donnera facilement accès à nos doctrines parmi le jeune clergé comme au fond des couvents. Dans quelques années, ce jeune clergé aura, par la force des choses, envahi toutes les fonctions ; il gouvernera, il administrera, il jugera, il formera le conseil du souverain : il sera appelé à choisir le Pontife qui devra régner, et ce Pontife, comme la plupart de ses contemporains, sera nécessairement plus ou moins imbu des principes italiens et humanitaires que nous allons mettre en circulation. Pour atteindre ce but, nous mettons au vent toutes nos voiles [21]. » – « Nous devons faire l’éducation immorale de l’Eglise, et arriver par de petits moyens bien gradués, quoique assez mal définis, au triomphe de l’idée révolutionnaire par un Pape. Ce projet m’a toujours paru d’un calcul surhumain [22]. » Surhumain en effet ; car il vient en droite ligne de Satan. Le personnage qui se cache sous le nom de Nubius décrit ensuite ce Pape révolutionnaire qu’il ose espérer : un Pape faible et crédule, sans pénétration, honnête et respecté, imbu des principes démocratiques. C’est à peu près dans ces conditions qu’il nous en faudrait un, si c’est encore possible. Avec cela nous marcherons plus sûrement à l’assaut de l’Eglise, qu’avec les pamphlets de nos frères de France et l’or même de l’Angleterre. Pour briser le rocher sur lequel Dieu a bâti son Eglise, nous aurions le petit doigt du successeur de Pierre engagé dans le complot, et ce petit doigt vaudrait pour cette croisade tous les Urbain II et tous les saint Bernard de la chrétienté [23] ».

« Vous voulez révolutionner l’Italie, » ajoutent enfin ces séides de l’enfer, « cherchez le Pape dont nous venons de faire le portrait. Que le clergé marche sous votre étendard en croyant toujours marcher sous la bannière des Clefs apostoliques. Vous voulez faire disparaître le dernier siège des tyrans et des oppresseurs, tendez vos filets, tendez-les au fond des sacristies, des séminaires et des couvents ; et si vous ne précipitez rien, nous vous promettons une pêche miraculeuse ; vous prêcherez une révolution en tiare et en chape, marchant avec la croix et la bannière ; une révolution qui n’aura besoin que d’être un tout petit peu aiguillonnée pour mettre le feu au quatre coins du monde [24]. » Comme ils sentent eux-mêmes que tout repose sur le Pape !

Il est consolant de les voir constater avec dépit qu’ils n’ont pu entamer ni le Sacré-Collège, ni la Compagnie de Jésus. « Les Cardinaux ont tous échappé à nos filets. Les flatteries les mieux combinées n’ont servi à rien ; pas un membre du Sacré-Collège n’a donné dans le piège. »

« Nous avons aussi complètement échoué sur les Jésuites. Depuis que nous conspirons, il a été impossible de mettre la main sur un Ignacien, et il faudrait savoir pourquoi cette obstination si unanime ; pourquoi n’avons-nous donc jamais, près d’un seul, pu saisir le défaut de la cuirasse ? » On ajoute pieusement : « Nous n’avons pas de Jésuites avec nous ; mais nous pouvons toujours dire et faire dire qu’il y en a, et cela reviendra absolument au même [25]. »


Le mensonge et la calomnie 

« Le mensonge n'est un vice que quand il fait mal. C'est une
très grande vertu quand il fait du bien. Soyez donc plus
vertueux que jamais. Il faut mentir comme un diable,
non pas timidement, non pas pour un temps, mais hardiment et
toujours.
» -François-Marie Arout, dit Voltaire
Satan est le père du mensonge, pater mendacii. La première révolution a été faite par un mensonge: . Filles de celle-là, toutes les autres sont faites par le même procédé. Plus elles sont graves, plus elles mentent. Or aujourd’hui les mensonges, les hypocrisies, les sophismes, tissus contre l’Eglise avec un art infernal, circulent parmi nous, plus nombreux que les atomes dans l’air. D’où viennent-ils ? Ecoutez la Révolution :
eritis sicut dii

« Les prêtres sont confiants ; montrez-les soupçonneux et perfides. La multitude a eu de tout temps une extrême propension vers les contre-vérités ; trompez-la. Elle aime à être trompée [26]. » – « Il y a peu de choses à faire avec les vieux cardinaux et les prélats dont le caractère est décidé. Il faut puiser dans nos entrepôts de popularité ou d’impopularité les armes qui rendront leur pouvoir inutile ou ridicule. Un mot qu’on invente habilement et qu’on a l’art de répandre dans certaines honnêtes familles choisies, pour que de là il descende dans les cafés et des cafés dans la rue, un mot peut quelquefois tuer un homme. S’il vous arrive un de ces prélats pour exercer quelque fonction publique, connaissez aussitôt son caractère, ses antécédents, ses qualités, ses défauts surtout. Enveloppez-le de tous les pièges que vous pourrez tendre sous ses pas ; créez-lui une de ces réputations qui effrayent les petits enfants et les vieilles femmes ; peignez-le cruel et sanguinaire ; racontez quelques traits de cruauté qui puisse facilement se graver dans la mémoire du peuple. Quand les journaux étrangers recueilleront par nous ces écrits qu’ils embelliront à leur tour, inévitablement par respect pour la vérité, montrez, ou plutôt faites montrer par quelque respectable imbécile (avis aux colporteurs de scandale religieux !) ces feuilles où sont relatés les noms et les excès arrangés des personnages. Comme la France et l’Angleterre, l’Italie ne manquera jamais de ces plumes qui savent se tailler dans des mensonges utiles à la bonne cause (avis aux journalistes !). Avec un journal, le peuple n’a pas besoin d’autres preuves. Il est dans l’enfance du libéralisme et il croit aux libéraux [27]. » Le vieux Voltaire est dépassé !


La franc-maçonnerie 

On n’est trahi que par les siens. La franc-maçonnerie fait ce qu’elle peut pour nous faire croire qu’elle est la plus innocente, la plus plate des sociétés philanthropiques. Voici la Révolution qui lui délivre, imprudemment peut-être, son véritable brevet.

Les Shriners, la face philanthropique de la maçonnerie
« Quand vous aurez insinué dans quelques âmes le dégoût de la famille et de la religion – l’un va presque toujours à la suite de l’autre –, laisser tomber certains mots qui provoqueront le désir d’être affilié à la Loge maçonnique la plus voisine. Cette vanité du citadin ou du bourgeois de s’inféoder à la franc-maçonnerie a quelque chose de si banal et de si universel, que je suis toujours en admiration devant la stupidité humaine. Se trouver membre d’une Loge, se sentir, en dehors de sa femme et de ses enfants, appelé à garder un secret qu’on ne vous confie jamais, est pour certaines natures une volupté et une ambition. Les Loges sont un lieu de dépôt, une espèce de haras, un centre par lequel il faut passer avant d’arriver à nous. Leur fausse philanthropie est pastorale et gastronomique ; mais cela a un but qu’il faut encourager sans cesse. En lui apprenant à porter arme avec son verre, on s’empare de la volonté, de l’intelligence et de la liberté d’un homme. On en dispose, on le tourne, on l’étudie ; on devine ses penchants et ses tendances ; quand il est mûr pour nous, on le dirige vers la société secrète, dont la franc-maçonnerie n’est que l’antichambre assez mal éclairée ».

« C’est sur les Loges que nous comptons pour doubler nos rangs ; elles forment à leur insu notre noviciat préparatoire. Elles discourent sans fi n sur les dangers du fanatisme, sur le bonheur de l’égalité sociale, et sur les grands principes de la liberté religieuse. Elles ont, entre deux festins, des anathèmes foudroyants contre l’intolérance et la persécution. C’est plus qu’il n’en faut pour nous faire des adeptes. Un homme imbu de ces belles choses n’est pas éloigné de nous ; il ne reste plus qu’à l’enrégimenter. La loi du progrès social est là, et toute là ; ne prenez pas la peine de la chercher ailleurs. Mais ne levez jamais le masque ; rôdez autour de la bergerie catholique ; et, en bon loup, saisissez au passage le premier agneau qui s’offrira dans les conditions voulues [28]. »

Les Loges se chargent elles-mêmes de confirmer cette appréciation, et de nous faire toucher du doigt la perversité de cette puissante institution soi-disant inoffensive : « Si la maçonnerie, disait tout récemment un des principaux Vénérables, devait se confiner dans le cercle étroit qu’on voudrait lui tracer, à quoi servirait la vaste organisation et l’immense développement qui lui sont donnés ?… L’heure du péril a sonné ; le danger devient immense ; il faut agir… De toute part l’ennemi s’organise… L’hydre monacale » (ils entendent par là toute la hiérarchie catholique), « si souvent écrasée, nous menace de nouveau de ses têtes hideuses. En vain, avec le dix-huitième siècle, nous flattions-nous d’avoir écrasé l’infâme, l’infâme renaît plus vigoureuse, plus intolérante, plus rapace et plus affamée que jamais. Il faut élever autel contre autel, enseignement contre enseignement ». Enfin les chevaliers maçons prêtent le serment « de reconnaître, comme les fléaux des malheureux et du monde, les rois et les fanatiques religieux, et de les avoir toujours en horreur ». Tout cela est extrait des discours officiels, prononcés dans ces dernières années, par les grands maîtres et autres Vénérables, dans des assemblées nombreuses « où les consciences se soulagèrent, et où l’on dit tout haut ce que chacun pensait tout bas. »

Comprend-on maintenant pourquoi le Saint-Siège a condamné la franc-maçonnerie, et pourquoi il est défendu de s’y affilier sous peine d’excommunication ?

Louis-Philippe d'Orléans (Philippe Egalité),
au service de la franc-maçonnerie


L’exploitation des princes 

La Révolution cherche à s’affilier les princes, afin de miner plus efficacement, avec leur concours, la monarchie et l’Eglise. La Haute-Vente veut bien elle-même le leur apprendre et nous l’apprendre aussi.

« Le bourgeois a du bon, mais le prince encore davantage. La Haute-Vente désire que, sous un prétexte ou sous un autre, on introduise dans les Loges maçonniques le plus de prince et de riches que l’on pourra. Les princes de maison souveraine, et qui n’ont pas l’espérance légitime d’être roi par la grâce de Dieu, veulent tous l’être par la grâce d’une révolution. Il n’en manque pas, en Italie et ailleurs, qui aspirent aux honneurs assez modestes du tablier et de la truelle symboliques. D’autres sont déshérités ou proscrits. Flattez tous c es ambitieux de popularité ; accaparez-les pour la franc-maçonnerie ; la Haute-Vente verra plus tard ce qu’elle pourra en faire pour la cause du progrès. Un prince qui n’a pas de royaume à attendre est une bonne fortune pour nous. Il y en a beaucoup dans ce cas-là ! Faites en des francs-maçons ; ils serviront de glu aux imbéciles, aux dirigeants, aux citadins et aux besogneux. Ces pauvres princes feront notre affaire en croyant ne travailler qu’à la leur. C’est une magnifique enseigne, et il y’a toujours des sots assez disposés à se compromettre au service d’une conspiration dont un prince quelconque semble être l’arc-boutant. »


Le protestantisme 

Encore un auxiliaire puissant, dont les chefs de la Révolution exaltent le fraternel concours. Qu’est-ce en effet que le protestantisme, sinon le principe pratique de la ré- volte contre l’autorité de l’Eglise de Jésus-Christ ? Au nom d’un faux principe religieux, il bat en brèche, dans le monde entier, le seul vrai principe religieux, le seul vrai christianisme, la seule vraie Eglise ; il développe l’orgueil, l’insoumission, le désordre et l’anarchie. En faut-il davantage à la Révolution, à la grande révolte universelle, pour aimer et favoriser la propagande protestante ?

« Le meilleur moyen de déchristianiser l’Europe », écrivait Eugène Sue, « c’est de la protestantiser.»
Martin Luther, moine apostat

« Les sectes protestantes, ajoute Edgar Quinet, sont les mille portes ouvertes pour sortir du Christianisme. » Après avoir exposé la nécessité d’en finir avec toute religion, il s’exprime ainsi :

« Pour arriver à ce but, voici les deux voies qui s’ouvrent devant vous. Vous pouvez attaquer, en même temps que le catholicisme, toutes les religions de la terre, et spécialement les sectes chrétiennes ; dans ce cas, vous avez contre vous l’univers entier. Au contraire, vous pouvez vous armer de tout ce qui est opposé au catholicisme, spécialement de toutes les sectes chrétiennes qui lui font la guerre ; en y ajoutant la force d’impulsion de la révolution française, vous mettrez le catholicisme dans le plus grand danger qu’il ait jamais couru.

Voilà pourquoi je m’adresse à toutes les croyances, à toutes les religions qui ont combattu Rome ; elles sont toutes, qu’elles le veuillent ou non, dans nos rangs, puisqu’au fond leur existence est aussi inconciliable que la nôtre avec la domination de Rome. Ce n’est pas seulement Rousseau, Voltaire, Kant, qui sont avec nous contre l’éternelle oppression ; c’est aussi Luther, Zwingle, Calvin, etc., toute la légion des esprits qui combattent avec leur temps, avec leurs peuples, contre le même ennemi qui nous ferme en ce moment la route.

Qu’y a-t-il de plus logique au monde que de faire un seul faisceau des révolutions qui ont paru dans le monde depuis trois siècles, et de les réunir dans une même lutte, pour achever la victoire sur la religion du moyen âge ?

Si le seizième siècle a arraché la moitié de l’Europe aux chaînes de la papauté, est-c e trop exiger du dix-neuvième qu’il achève l’œuvre à moitié consommée ? »

Détruire le christianisme, « cette superstition caduque et malfaisante », tel est le but avoué de la ligue infernale où les protestants sont englobés, « qu’ils le veuillent ou non », et par cela seul qu’ils sont protestants. Détruire le christianisme au moyen du protestantisme, voilà la tactique qu’adopte la Révolution avec pleine espérance de succès.

Qu’en dites-vous, lecteurs ? La Révolution est-elle grande et noble chose ? mérite-t-elle nos sympathies ? son œuvre peut-elle se concilier avec la foi du chrétien ? est-ce la calomnier que de l’anathématiser comme détestable et satanique ?

Tertullien disait jadis du christianisme : « Il ne craint qu’un chose, c’est de n’être pas connu. » La Révolution dit le contraire ; elle ne craint que la lumière. La lumière lui enlève, je ne dis pas tout ce qu’il y a de religieux, mais d’honnête parmi les hommes.


-Mgr Louis-Gaston de Ségur, La Révolution expliquée aux jeunes gens.


[3]  Ces citations sont littérales et authentiques. Elles ont été, à diverses reprises, publiées en Italie, en Belgique et en France, sans que la Révolution ait osé les démentir. Voyez-les in extenso dans l’intéressant ouvrage de Monsieur Crétineau-Joly, L’Eglise romaine en face de la Révolution.
[4]  Lettre du correspondant de Londres. 
[5]  Lettre écrite de Rome, par un chef de la Haute-Vente au correspondant d’Allemagne, Nubius à Volpe. Ce sont des noms de guerre. L’un de ces chefs était attaché au cabinet du prince de Metternich. 
[6]  Lettre du correspondant d’Ancône à la Haute-Vente. 
[7]  Instruction secrète et générale de la Vente suprême. 
[8]  Instruction secrète. 
[9]  Instruction de la Vente suprême. 
[10] Lettre d’un chef aux agents supérieurs de la Vente piémontaise. 
[11] Lettre d’un correspondant d’Ancône. 
[12] Nubius au correspondant d’Allemagne. 
[13] Lettre à la Vente piémontaise. 
[14] Lettre du correspondant de Vienne à Nubius. 
[15] Lettre du correspondant de Livourne à Nubius. 
[16] Instruction de la Vente suprême. 
[17] Théorie de la Haute Vente ; lettre de Vindice à Nubius. 
[18] Le chef de la Haute Vente à Vindice. 
[19] Correspondance de la Vente piémontaise. 
[20] Proudhon. 
[21] Instruction secrète. 
[22] Nubius à Volpe. 
[23] Instruction secrète. 
[24] Instruction secrète de la Vente suprême. 
[25] Le correspondant de Livourne ; Beppo à Nubius. 
[26] Le correspondant d’Ancône à la Haute Vente. 
[27] Instruction secrète de la Haute Vente. 
[28] Correspondance de la Vente piémontaise.

mardi 12 janvier 2016

Salaberry fait respecter notre nationalité

Dès l'âge de 14 ans, notre grand héros, de Salaberry, prit du service dans l'armée anglaise. A 16 ans il partait déjà pour les Indes Occidentales. Il fit rapidement son chemin, devint lieutenant, puis capitaine. Pendant sa lieutenance il lui arriva une aventure qui démontre sa bravoure. Voici comment M. de Gaspé raconte ce fait:

« Les officiers du soixantième régiment, dans lequel Salaberry était lieutenant, appartenaient à différentes nationalités. Il y avait des Anglais, des Prussiens, des Suisses, des Hanovriens et deux Canadiens-français, les lieutenants de Salaberry et Des Rivières. C'était chose assez difficile de maintenir la paix parmi eux; les Allemands surtout étaient portés à la querelle; excellents duellistes, ils étaient de dangereux antagonistes.

« Un matin, Salaberry était à déjeuner avec quelques-uns de ses frères d'armes, quand entre l'un des Allemands qui le regarde et lui dit d'un air de mépris: - « Je viens justement d'expédier un Canadien-français dans l'autre monde », faisant par là allusion à Des Rivières qu'il venait de tuer en duel.

« Salaberry bondit sur son siège; mais, reprenant son sang-froid, il dit: « Nous allons finir le déjeûner et alors vous aurez le plaisir d'en expédier un autre ».

« Ils se battirent, comme c'était alors la coutume, à l'arme blanche. Tous deux firent preuve d'une grande adresse, et le combat fut long et obstiné. Salaberry était très jeune; son adversaire, plus âgé, était un rude champion. Le premier reçut une blessure au front dont la cicatrice ne s'est jamais effacée. Comme il saignait abondamment et que le sang lui interceptait la vue, ses amis voulurent faire cesser le combat; mais il refusa. S'étant attaché un mouchoir autour de la tete, le combat recommença avec encore plus d'acharnement. A la fin, son adversaire tomba mortellement blessé, et la plupart dirent qu'il n'avait eu que ce qu'il méritait ».

Ce duel mit pour toujours de Salaberry à l'abri des insultes.



-Edouard-Zotique Massicotte, Anecdotes canadiennes illustrées, Montréal, Librairie Beauchemin Limitée. 1928, p.59.

lundi 11 janvier 2016

Dix années d’acharnement contre la croix de Sainte-Adèle


« Stat Crux dum volvitur orbis - La croix demeure tandis que le monde tourne »

-Devise de l’ordre des Chartreux


Brève histoire du litige

La croix de Sainte-Adèle fut érigée en 1927 à l’occasion du 75ème anniversaire de la fondation de la paroisse. Installée sur la plus haute montagne du village, le Sommet bleu, sur un terrain donné à l’époque par la famille Lamoureux.

Après avoir attiré l’attention des regards pieux pendant 80 ans, le site de la croix de Sainte-Adèle allait devenir le théâtre d’une étrange lutte territoriale entre la municipalité  et la famille Lupien. Les hostilités commençaient dès la construction du château de cette dernière à partir de 2004.

Monsieur Marc Lupien et madame Lise Proulx, après avoir fait ériger leur immense demeure  si près de la croix que cela en est ridicule, se sont acharnés avec des moyens financiers quasi illimités à obtenir le contrôle des petits terrains appartenant encore à la ville – particulièrement celui où se dresse le monument. La croix faite d'acier, sur laquelle sont installées plusieurs antennes, mesure 60 pieds de haut.

Dans les pages du dernier jugement en date, rendu par la Cour supérieure en août 2014 et qui donne raison à la ville quant aux méthodes utilisées pour l’entretient de la Croix, nous trouvons aux paragraphes 25 et 26 un résumé assez significatif :

« [25]        Lise Proulx et Société en commandite s’opposent pour leur part à l’installation par la Ville sur la Croix d’un système de télémétrie pour contrôler l’approvisionnement en eau sur son territoire et à la poursuite de l’illumination de la Croix.

[26]        Les parties se verront, dans ce contexte, engagées dans une saga judiciaire d’une envergure incroyable. Le présent recours n’est que l’un des nombreux recours introduits devant les tribunaux tant de juridiction civile que pénale : en l’instance, la requête introductive fait environ 80 paragraphes, la défense et demande reconventionnelle plus de 325, la réponse et défense reconventionnelle plus de 240, le procès a duré 18 jours et plus de 325 pièces et 232 pages de plans de plaidoirie ont été produites. »
 
Vue par satellite (Google maps) du sommet bleu.

Pour l’instant, le tribunal donne raison à la ville de Sainte-Adèle, qui garde le contrôle de ses terrains et qui pourra continuer d’assumer l’éclairage de la croix. L’affaire n’est toutefois pas terminée puisque les Lupien se feront entendre en appel.

Pour l'instant, la Cour supérieure « [222]     ORDONNE aux défenderesses de ne rien faire pour empêcher la demanderesse et ses représentants d’avoir en tout temps accès à la Croix; »


Un élément ignoré du grand public

Le comportement de la famille Lupien demeure intrigant et leurs motivations sont pour l’instant insaisissables. Ils ont eux-mêmes dépensé plusieurs millions en frais juridiques dans cette affaire, sans compter les frais de main d’œuvres déboursés pour toutes leurs tentatives de réaménagement paysager. De l’installation d’un portail de sécurité électronique aux plaintes sur la couleur des ampoules utilisées sur la croix, en passant par le remblai du sentier utilisé par la ville – pratiquement tout a été essayé pour nuire à l’entretien (par la ville) de notre symbole chrétien depuis 10 ans.

Un élément surprenant a toutefois été ignoré autant par les médias que par les tribunaux.

Le Registre des entreprises du Québec révèle la création en 2006, par la famille Lupien, d’un organisme à but non lucratif voué à la : « PROTECTION ET MAINTIEN (des) TERRAINS SUR LESQUELS SONT LA CROIX (et à la) PROTECTION DU PATRIMOINE DE LA CROIX DE STE-ADELE, QC »

L’organisme nommé « REGROUPEMENT CATHOLIQUE POUR LA PROTECTION DU PATRIMOINE RELIGIEUX, HISTORIQUE, CULTUREL ET ENVIRONNEMENTAL DU SOMMET ET DE LA CROIX DE SAINTE-ADÈLE » n’a jamais accompli ses fonctions de manière légitime depuis 2006 - quoi que toujours actif selon le registre – puisque la ville s’est efforcée d’entretenir ses installations malgré les entraves des propriétaires du château.

La création de cet organisme est malheureusement passée inaperçue, mais elle indique clairement que les Lupien ont l’ambition d’assumer eux même l’entretien de la croix et des terrains qui appartiennent toujours à la ville depuis le début de l’affaire. De quoi nous laisser perplexes quand on sait que le même groupe de personnes, sous le nom d’autres compagnies, exige avec beaucoup d’acharnement l’extinction de la croix.


Le curé démocrate de la paroisse

Le curé de la paroisse, l’abbé André Daoust, n’a jamais parlé du « regroupement catholique » des Lupien dans les médias. Il ne semble pas connaitre cette « initiative » de la famille en 2006. Il raconte dans les pages du journal local Accès du 17 septembre 2014 qu’il a espoir d’un règlement à l’amiable sans prendre parti ni pour l’un ni pour l’autre des belligérants.

Il rappelle ensuite aux lecteurs qu’il a tenté de mettre sur pied un « Comité de la croix » et que le diocèse s’est vite chargé de le ramener à l’ordre en avortant le projet. En effet, l’erreur moderniste de « liberté religieuse » que les évêques canadiens professent depuis Vatican II les garde bien de défendre de près ou de loin tout ce qui s’approche d’un culte public et traditionnel à Notre-Seigneur Jésus-Christ.

L'abbé Daoust devant les limites du terrain des Lupien
Le 15 décembre 2015, le curé récidive dans les pages du Journal de Montréal. Cette fois, le ton a changé : la ville a gagné sa cause, mais puisque Marc Lupien redouble d’ardeur en déposant une dizaine de nouvelles requêtes,  il est temps de baisser les bras. Loin d’exiger l’entretien de la croix par des autorités compétentes à tout prix, il s’inquiète plutôt du portefeuille des citoyens.

«Plus ça dure, plus ça coûte cher aux citoyens, dénonce le curé Daoust. Marc Lupien est rendu à sa quatrième offre (7 000 000$) pour régler, mais la Ville s’acharne à ne pas négocier. Il faut jeter les armes de la rancœur. Après tout, c’est juste une croix!»

Cet argument est celui d’un laïciste – pour nous autres catholiques, mieux vaut avoir une croix au dessus de la tête que de l’argent dans les poches. C’est le symbole de toute une population, de son culte au Bon Dieu, et il ne doit pas être détérioré après 90 ans d’entretien pour l’accommodement de deux ou trois personnes aux ambitions nébuleuses. Ces offres de Marc Lupien ressemblent à des demandes de rançons pour la croix qu'il tient en otage.

S’ils réussissent à plonger cette immense croix illuminée dans l’anonymat de la noirceur, c’est nous catholiques qui en premier allons la rallumer! Que votre règne arrive, dit-on chaque fois dans le Pater. N’est-ce pas la une des meilleures façons de montrer au monde qu’ici c’est Dieu qui règne, que d’entretenir cette immense croix qui brille à Saint-Adèle?

L’abbé Daoust, au lieu de dire que « c’est juste une croix », aurait plutôt intérêt à rappeler aux catholiques la vraie valeur de la Croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ et l’importance de veiller à ce qu’elle soit bien entretenue malgré le litige et peu importe le règlement de l’affaire.

Si un prêtre ne peut régler un litige juridique, qu’il s’efforce au moins d’entretenir l’amour et le respect de la croix chez ses fidèles.

 
Face à l’offensive à venir

Les dépenses de la ville de Sainte-Adèle, liées aux problèmes juridiques et à l’entretien du site de la croix compliquées par la présence du château des Lupien, sont un argument de plus en plus pesant dans la bouche des laïcistes. Il est dommage que même le curé du village en soit réduit à des arguments économiques.
Il semble clair que le clan du château sur le sommet bleu, de son côté, ne s’en fait pas trop avec les millions d’investissement, la cause leur tient à cœur.

Si des mouvements militants pour la « laïcité de l’état » ne se sont pas encore manifestés ouvertement, il faut admettre que le climat de tension à Sainte-Adèle leur est de plus en plus favorable: une ville dépense de plus en plus d’argent public pour « juste une croix » sur une montagne.

Les catholiques ne doivent pas attendre après les initiatives officielles de la paroisse où du diocèse, elles ne viendront jamais. Ils doivent faire sentir dès maintenant qu’ils sont des soldats du Christ, des militants, par le Baptême et la Confirmation, et exiger qu’on n’insulte pas la croix par une si ridicule chicane de « voisins ».

Le REGROUPEMENT CATHOLIQUE POUR LA PROTECTION DU PATRIMOINE RELIGIEUX, HISTORIQUE, CULTUREL ET ENVIRONNEMENTAL DU SOMMET ET DE LA CROIX DE SAINTE-ADÈLE, discrètement fondé par la famille Lupien dans les premières années de l’affaire, n’a jamais rien fait pour prouver qu’il était vraiment catholique. Le comportement des administrateurs de l’entreprise nous permet d’en douter.

Peu importe l’issue de cette lutte juridique, les catholiques des Laurentides doivent persister dans leur dévotion à la Sainte Croix et lutter pour la préservation du prestigieux monument.

Qu’elle brille, qu’elle brille plus encore, la croix du sommet bleu, et que les catholiques se dressent pour la défendre chaque fois qu’elle est menacée.


*** SOURCES ***


Qui est l’abbé Daoust:
Histoire de la croix de Sainte-Adèle:
Le « Regroupement catholique » de Lupien dans le Registre des entreprises du Québec:

lundi 4 janvier 2016

Le joual, les sacres et la Révolution tranquille


« Le langage de l’homme permet de conclure de sa nationalité; ainsi peut-on savoir d’un homme s’il est de l’enfer quand il parle la langue du démon. »

-François Spirago

Du « purisme »  à l’affirmation du « canadianisme »

Jusqu’au début du 20ième siècle, les intellectuels canadiens-français ont prôné en matière de langue ce que l’on appelle le « purisme ». Face à la menace de l’anglicisation, toute déviation du français classique était considérée comme le cheval de Troie qui allait saper l’identité. La position du clergé et des intellectuels était légitime, considérant la situation précaire de notre peuple en Amérique du Nord. Le chanoine Lionel Groulx défendait cependant les « canadianismes ». Il affirmait déjà, en 1906, l’existence de la nation canadienne-française, de son langage et de ses particularités - sous le pseudonyme de « Lionel Montal »:

« Si nous sommes restés Français, nous le devons à nous même. Nous ne le devons nullement à la France. Et il est bon de s’en souvenir quand les francisateurs fanatisés voudraient arracher à notre vocabulaire ses archaïsmes et ses canadianismes. Nous devons avoir le droit de réglementer dans l’ordre, mais comme il nous plaira, le patrimoine que nous avons défendu et conservé, sans le secours étranger, par notre seul courage et notre seul effort. » (L’Album universel, Montréal, 28 juill. 1906, p.396)

Dans le camp du français classique, comme dans le camp du canadianisme, il n’était pas question des blasphèmes, des « sacres ». Peu importe l’école de pensée, le respect du deuxième commandement de Dieu allait de soi. Ce vice était répandu dans toutes les langues des pays chrétiens, mais le péché d’imprécation (sacres) n’était pas encore notre vice national, le « sacreur » était mal vu.

Monseigneur Ignace Bourget
Pour combattre ce vice, Monseigneur Bourget recommandait la récitation des trois Gloria Patri  en réparation des blasphèmes, en 1853.

La  Ligue catholique des voyageurs de commerce entreprenait, en 1920, une campagne provinciale contre le blasphème.  Dans une brochure, publiée à cette occasion, le père Dugré fait remarquer :

« D'abord les bons, l'immense majorité de ceux qui, Dieu merci!, ne sont pas affligés de ce vice, tous les bons, hommes et femmes, devront cesser leur indulgence bonasse qui fait qu'un vaurien qui jure est redouté précisément parce qu'il jure. »

Il en a été ainsi jusqu’à la fin des années 1960, où le joual a été transformé en fusil à deux canons par le mouvement révolutionnaire de la « contre-culture ».


Le joual comme outil révolutionnaire

Les pères de la Révolution tranquille, cette petite clique gauchiste que l’on retrouve derrière toutes les magouilles anticléricales à partir des années 1950, allaient faire un double usage de la question du joual.

Jean-Paul Desbiens et Jacques Hébert, en mai 1965.
André Laurendeau reprit le vieil idéal « puriste »  dans les pages du Devoir, en critiquant vivement l’état de la langue française en 1960. Le système d’éducation catholique était, bien sûr, blâmé pour avoir laissé le joual s’enraciner si profondément. Un frère mariste de Chicoutimi, Jean-Paul Desbiens, emboîta le pas dans la critique du parler canadien-français avec un pamphlet qui lui permit de se classer parmi les pères de la Révolution : Les insolences du frère Untel.

L’éditeur anticlérical Jacques Hébert allait jouer un rôle clé dans la fusion du joual et des jurons, comme nous le verrons plus loin. Pour l’instant il se contenta d’imprimer des dizaines de milliers de copies des Insolences. Ce débat, initié par le duo Laurendeau – Desbiens, allait favoriser le travail de la Commission Parent de 1961-1966, ou le frère Desbiens fût consulté comme expert, puis de la déconfessionnalisation du système d’éducation du Québec.

Jacques Hébert, qui venait de faire un coup de maître contre le Canada français catholique en épaulant le frère Untel, passa rapidement à l’étape suivante. Le clergé était mis en échec et la culture était entre les mains des pères de la Révolution dès l’aboutissement de la commission Parent. Après avoir ressuscité la vielle cause « puriste » pour un premier coup de fusil, il allait maintenant publier les auteurs d’un nouveau joual « littéraire » parsemé de sacres. Ce vice existait depuis toujours et on l’avait combattu, mais il allait finalement être officialisé sur papier.

Michel Tremblay et la troupe des "belles sœurs".

Avec l’aide des infiltrés socialistes à Radio-Canada, c’est lui qui allait nous dénicher le célèbre Michel Tremblay, dont les « œuvres » étaient une sorte de psychanalyse freudienne de la société canadienne-française, désormais « québécoise », traumatisée par l’ancien régime. Jacques Hébert, après avoir soutenu la campagne des puristes contre l’enseignement des religieux, devenait le principal éditeur des auteurs qui osaient faire sacrer leurs personnages dans un joual qui défiait toutes les normes littéraires.

À peine 10 ans plus tard, les auteurs comme Michel Tremblay et Roch Carrier, propulsés par Jacques Hébert et le réseau gauchiste avaient déjà publié des dizaines de romans ou pièces de théâtre dont les textes étaient parsemés de sacres et autres obscénités. Les belles-sœurs de Tremblay et La guerre, yes sir! de Roch Carrier sont des exemples parmi tant d’autres.

Le premier coup de fusil – la campagne puriste de Laurendeau et du frère Untel - couchait le clergé canadien-français, qui allait de toute façon renoncer à son rôle de berger à cause de l’esprit de Vatican II.

Le deuxième coup – la promotion d’un joual immonde et dénaturé - était pour le troupeau, le peuple canadien-français, qui allait s’en sortir avec une plaie infectée qui suinte encore aujourd’hui.


Une culture de sacres

Justin et Alexandre Trudeau aux funérailles
de Jacques Hébert en décembre 2007
Aujourd’hui, en 2015, selon la nouvelle culture instaurée par les révolutionnaires, on n’offense pas Dieu quand on sacre dans notre joual – on exprime notre « identité québécoise ».

À force de réécrire l’histoire, André Laurendeau et le frère Desbiens se sont eux-mêmes convaincus qu’ils avaient inventé le terme « joual » en 1960. En vérité, cette expression, dérivée du mot « cheval » en patois canadien, apparaissait déjà dans certains journaux vers 1930.

Les auteurs propulsés par Hébert, Michel Tremblay en tête, sont aujourd’hui présentés comme les pères du joual et les pionniers de la nouvelle culture littéraire du Québec dans tous les cours de français, de l’école  primaire à l’Université. Ce n’est pas à la gloire du Québec « moderne et ouvert ».


Sources:

Linguistique : sacrées affaires de jurons!, Gilles Bibeau, Québec français, n° 43, 1981, p. 19.

Le "sacre" dans les oeuvres de Michel Tremblay et Roch Carrier, Carmen Helen Garon B.A., Mcmaster University, Oct. 1973

Les insolences du Frère Untel, Jean-Paul Desbiens, 1960

Trésor de la langue française au Québec (XXII), Paul Laurendeau, Québec français, n° 67, 1987, p. 40-41.

Les prêtres et religieux du Canada français - observateurs de la langue et collecteurs de mots, Wim Remysen et Louis Mercier, Université de Sherbrooke