jeudi 15 février 2018

Nouvelle série de conférences sur la franc-maçonnerie

L'Institut Mater Boni Consilii vient tout juste de mettre en ligne une série de conférences très complètes sur le thème de la franc-maçonnerie.

L'abbé Francesco Ricossa donnait ces conférences à Paris au mois de novembre 2017.


1- Les origines et la fondation de la secte




2- La doctrine de la franc-maçonnerie




3- Franc-maçons, modernistes, traditionalistes


lundi 12 février 2018

Ezra Pound et la Théosophie


(Texte de l'abbé Francesco Ricossa tiré de la revue Sodalitium numéro 66) 

Un regard suffit. La noble figure du poète Ezra Pound impose le respect à quiconque en contemple les traits. Ses chaînes méritent davantage encore le respect. Le poète qui chanta la beauté de l’Italie du Moyen Âge et de la Renaissance, et qui condamna l’usure, l’homme qui resta fidèle tout en sachant que, humainement parlant, il allait au devant de la défaite, ne peut que susciter une instinctive admiration.

C’est précisément pour cela que j’ai pensé qu’il était de mon devoir de mettre en garde les catholiques fidèles à la tradition, afin que le respect pour l’homme ne se transforme pas en adhésion à la pensée d’Ezra Pound.

Le militant catholique doit être catholique : ni libéral, ni socialiste. Et si certains – en matière économique – sont tentés par les principes du libéralisme, d’autres n’évitent pas les erreurs du socialisme, même quand ils croient suivre une “troisième voie”, mais qui n’est pas celle indiquée par le magistère de l’Église (qui n’est pas la troisième, mais bien celle qui précède les deux autres). Parmi eux, très nombreux sont ceux qui se réfèrent explicitement ou implicitement, directement ou indirectement, à la pensée, ou au nom d’Ezra Pound. Ce n’est pas mon intention, ici, d’examiner cette pensée. Je me limiterai exclusivement à informer nos lecteurs sur les milieux dans lesquels cette pensée trouva son origine culturelle, de sorte que, à partir de la source on puisse mieux évaluer le cours d’eau auquel nous devrions – d’après certains – nous abreuver.

Dans ce but, me servira de guide le livre de Luca Gallese, Le origini del Fascismo di Ezra Pound (Edizioni Ares, Milano, 2005), qui peut être complété par Il Dio di Ezra Pound. Cattolicesimo & religioni del mistero (Edizioni Ares, Milano, 2011), d’Andrea Colombo. La maison d’éditions Ares est, comme l’on dit, “proche de l’Opus Dei”, et a une collection “poundienne”. Et les auteurs sont des admirateurs d’Ezra Pound, tant est si bien que l’ouvrage de Gallese s’honore d’une préface de Giano Accame, et celui de Colombo d’une introduction de Mary de Rachewiltz, la fille du poète. Concernant les deux volumes cités, particulièrement celui de Gallese, ils ne viennent donc ni de sources hostiles au catholicisme ni de sources hostiles à Pound. Pourtant, la dette culturelle que Pound a à l’égard du mouvement Théosophique du colonel Olcott et de Madame Blavatski, et donc avec le monde maçonnique et occultiste, est évidente. D’où le titre de notre article.


La religion de Pound

Ezra Pound n’a jamais été catholique. Né aux États-Unis, le 30 octobre 1885, dans une famille protestante (“une race de pionniers, puritains et quakers” COLOMBO, p. 17), mère presbytérienne, père quaker pour des motifs sociaux actif dans l’église baptiste (p. 127), Pound mourut à Venise le 1er novembre 1972 sans adhérer à aucune confession religieuse, même s’il se considérait confucéen. Sa fille témoigne : “je ne l’ai jamais vu faire le signe de croix” (COLOMBO, p. 121). Le livre de Colombo insiste beaucoup sur les points de contact entre Pound et le catholicisme, mais malgré tous ses efforts il doit conclure : “en prenant en considération l’hypothèse d’un Pound ‘catholique’ il faut préciser que le poète est plus attiré par les éléments esthétiques, philosophiques et de politique sociale du christianisme, que par le message religieux en soi” (p. 119).


Pound en Angleterre (1908-1920) 

C’est sur la période que Pound passe en Angleterre – de 1908 à 1920 – que se concentrent les recherches de Gallesi. C’est là, dans la mouvance de la revue The New Age que Pound adhère aux théories économiques du guild socialism (socialisme des guildes) du directeur A. R. Orage, et ensuite au Social Credit du major C. H. Douglas. Pound lui-même reconnut dans la pensée de Proudhon, Orage et Douglas les traditions qui ont le plus contribué à sa formation (GALLESI, p. 28). Pound arrive à Londres en 1908 avec des lettres de présentation “fournies par son amie Katherine Ruth Heyman, pianiste et passionnée d’occultisme” et désire connaître celui qu’il considère comme le plus grand poète vivant, William Butler Yeats. Demetres Tryphonopoulos (l’occulto. Le radici esoteriche dei Cantos. Mediterranee, 1998) fait remonter (pp. 83 ss) l’intérêt de Pound pour l’occulte à 1903- 1904, quand le très jeune poète rencontra sa “Béatrice” en la personne de la musicienne Katherine Ruth Heyman (1874- 1944), fille du violoniste juif Arnold Heyman et d’une mère chrétienne. K. Ruth Heyman était théosophe, astrologue, occultiste, passionnée de Zen et Yi Jing, et “grande prêtresse du culte de Scriabine”, c’est-à-dire du compositeur russe Alexandre Scriabine (1872-1915), autre adepte des théories de Madame Blavatski. Déjà aux USA, donc, Pound se passionna pour un monde qu’il fréquenta ensuite de près à Londres.


Yeats et les deux Shakespear

William Butler Yeats
Pound veut connaître William Butler Yeats (1865-1939) : mais Yeats n’était pas seulement “le plus grand poète vivant” et futur prix Nobel, chantre du nationalisme irlandais et des mythes celtiques. Yeats, qui en 1888 avait adhéré à la Société Théosophique, était aussi, au moins depuis 1890, un adepte de l’Ordre Hermétique de l’Aube Dorée (The Hermetic Order of the Golden Dawn) où le mage Aleister Crowley fut initié en 1898. En 1900, Yeats était Magister Templi de la Golden Dawn avec pour nom d’initié Frater D.E.D.I. (Dæmon est Deus Inversus) : tout un programme ! Yeats ne fut pas, pour Pound, une connaissance superficielle ou passagère. Pound est introduit auprès d’Yeats par Olivia Shakespear (1863-1938, née Tucker), qui avait été l’amante d’Yeats et qui pour Pound était “la femme la plus fascinante de Londres”. Olivia aussi est une occultiste initiée à la Golden Dawn, et deviendra la belle-mère de Pound, puisque le jeune américain épousa sa fille Dorothy (elle aussi passionnée de chiromancie et d’astrologie). Après leur rencontre en Angleterre en 1909, Yeats et Pound nouèrent toujours plus une amitié qui culmina dans les années 1913-1916, au cours desquelles les deux poètes vécurent ensemble à Stone Cottage. Nous savons que Pound ne partageait pas les pratiques théurgiques d’Yeats ; mais il est difficile de penser qu’une si étroite proximité n’ait pas eu une profonde influence sur Pound.


Les deux Bergson
Moina Bergson
Avec Moina Bergson, sœur du très célèbre philosophe Henri Bergson, nous restons dans la mouvance de la Golden Dawn. Plus encore, dans le cœur de cette société magique et ésotérique. Mina Bergson (1865-1928), dite Moina, fut en effet initiée à la Golden Dawn en 1888 et en épousa l’un des fondateurs, le franc-maçon rosecroix Samuel Liddell “McGregor” Mathers (1854-1918) en 1890, devenant Moina Mathers. Moina était une artiste et une actrice, mais aussi une magicienne, au point d’être suspectée de sortilèges ad mortem contre des collègues. Plus prosaïquement, elle se travestissait en prêtresse d’Isis pour les messes égyptiennes de son mari, auteur de l’œuvre La Cabale dévoilée. Moina et son frère philosophe appartenaient à la famille juive polonaise des Bereksohn (avant que le nom fût transformé en Bergson). Apparemment, rien de commun entre la vie de la sœur et celle du frère Henri Bergson (1859-1941), l’austère philosophe de l’“évolution créatrice” et de l’“élan vital” qui déclara sa conversion au catholicisme (en version moderniste) renonçant au baptême uniquement par solidarité avec son peuple persécuté. Pourtant Gallesi (pp. 31- 34) voit qu’il y a quelque chose en commun. Et avec Pound aussi : puisque c’est leur ami commun Thomas Ernest Hulme (1883-1917) – commun à Bergson et à Pound – qui introduit Pound à la revue The New Age, qui lui fait connaître Orage, et lui inspire le nom de son mouvement littéraire, l’Imagisme. Hulme est bergsonien, et les théories du philosophe français “étaient très en vogue en ces années-là dans les milieux intellectuels, radicaux et ésotériques. (…) Et c’est encore à la philosophie bergsonienne, d’après G.D. H. Cole, que l’on doit l’inspiration de la naissance et la diffusion du féminisme, syndicalisme, unionisme industriel et socialisme des guildes”. Pound et Hulme fréquentaient la Quest Society de G. R. S. Mead (1863-1933), autre occultiste, chercheur passionné du gnosticisme, du néoplatonisme et de l’hermétisme, membre depuis 1884 de la Société Théosophique. Mead quitta la Société Théosophique, mais non ses théories, pour fonder précisément la Quest Society, qui réunissait notamment les deux prix Nobel, Tagore et Yeats, et le célèbre cabaliste Gershom Scholem (p. 36). Faisant la recension d’une conférence de Hulme à la Quest Society, Pound écrit : “L’introduction des esprits, des divinités tribales, fétiches, etc. dans les arts est donc un heureux présage… Nous nous retournons, nous les artistes, vers les puissances de l’air, vers les esprits qui étaient nos alliés, les esprits de nos aïeux. C’est à travers eux que nous avons gouverné et gouvernerons encore (…). La civilisation moderne a élevé une race avec des cervelles de lapin et nous, qui sommes les héritiers des sorciers et du vaudou, nous les artistes qui avons été depuis longtemps méprisés, nous allons prendre le pouvoir” (pp. 36-37).


A. R. Orage et le “Socialisme des Guildes

A. R. Orage
 La pensée économique d’Ezra Pound est redevable au “Guild Socialism” d’Orage, et au “Social Credit” de Douglas. La tribune de ces théories fut le journal The New Age. Essayons d’en savoir plus, en commençant par Alfred Richard Orage (1873- 1934). En 1894, il devient socialiste, en adhérant au Parti Travailliste Indépendant. En 1896, il épouse Jean Walzer, grâce à qui il s’affilie à la Loge de Leeds de la Société Théosophique et se rapproche de la spiritualité hindoue : le poème épique Mahabharata devient pour lui “un des textes fondamentaux – avec l’œuvre de Platon et de Nietzsche – de toute sa vie” (GALLESI, p. 117). Au cours de ces mêmes années il se noue d’amitié avec A. J. Penty († 1937) et Holbroock Jackson, eux aussi théosophes et socialistes. Ils fondent tous les trois le Leeds Art Club, qui accueille en même temps la Fabian Society et la Société Théosophique (p. 77). C’est Jackson qui introduit Orage à la pensée de Nietzsche, tandis que Penty rêve d’un retour aux Guildes et aux corporations médiévales, qui intéressent les Théosophes (et les francs-maçons, qui se disent les héritiers des anciennes corporations) (pp. 7 et 118).

En 1906, à Londres, Penty et Orage fondent la Guild Restoration League et en 1907, Orage fonde avec Jackson le Fabian Arts Group. C’est le moment où les deux nietzschéens, Jackson et Orage, reprennent le journal socialiste The New Age. Les financiers sont l’écrivain George Bernard Shaw et le banquier Lewis Fallace, lui aussi affilié à la Société Théosophique. Il n’est pas seul : d’autres théosophes collaborent comme Florence Farr (1860-1917, adepte de la Golden Dawn depuis 1890 à la suite d’Yeats), P. D. Ouspensky (correspondant de la Russie et depuis 1915 disciple de Gurdjieff), L. Haden Guest, “Beatrice Hastings” (Emily Haig 1879-1943), amante de Modigliani et de Katherine Mansfield, mais aussi d’Orage, dont il dénoncera par la suite les pratiques de magie noire (pp. 128-129) et sa dépendance d’Aleister Crowley. La même Katherine Mansfield écrivit sur The New Age que pour elle Orage est celui qui lui “enseigna à écrire et à penser” et “lui montra ce qui devait se faire et ce qui devait être évité” (p. 161). K. Mansfield, elle aussi célèbre écrivain, connut Crowley – expérimentant ses drogues – comme l’atteste John Symonds (Aleister Crowley. La Bestia 666. Ed. Mediterranee, p. 258), mais, surtout, elle suivit le Mage Gurdjieff qui mourut en 1928 au Prieuré d’Avon, près de Fontainebleau, siège de son Institut pour le développement harmonieux de l’Homme en 1928.

Orage également, après l’expérience de The New Age, devint pour longtemps disciple déclaré et enthousiaste de Gurdjieff (1872-1949), connu par le déjà cité Piotr D. Ouspensky (cf. Paul Beekman Taylor, Gurdjieff e Orage, Fratelli in Elisio, Edizioni Mediterranee), en déménageant exprès en France. “Pound avait une bonne opinion de Gurdjieff, qui deviendra le Maître spirituel d’Orage” (p. 129). Gianfranco De Turris, dans l’introduction italienne au livre de Taylor (p. 10), écrit : “Orage, à travers les théories du Crédit Social du Major Douglas, fut une espèce de charnière entre les idées économiques de Pound et l’ésotérisme de Gurdjieff. (…) Taylor démontre comment étaient très répandues dans ce milieu intellectuel la recherche d’une ‘troisième voie’ économique et la propension à l’ésotérisme…”. Ce n’est pas par hasard si, de nos jours encore, le journaliste et essayiste Maurizio Blondet, qui actualise la pensée de Pound, ne cache pas le rôle des écrits d’Ouspensky et Gurdjieff dans sa “conversion” (Gurgjieff e la luna). Ainsi, de la Théosophie à Gurdjieff, toute la vie et la pensée d’Orage passèrent sous l’étoile de l’ésotérisme et de l’occultisme. Pound collabora à la revue d’Orage, The New Age, pendant dix ans, de 1911 à 1921, y publiant près de trois-cents articles (p. 159).


 C. H. Douglas et le Crédit Social

Clifford Hugh Douglas (1879-1952) est le principal représentant des théories économiques sur le “Crédit Social”, qui furent rendues publiques pour la première fois, en 1919, précisément sur la revue de A. R. Orage, The New Age. Tant Orage que Pound adhérèrent aux théories économiques du Major Douglas, que Pound rappellera à plusieurs reprises dans les Cantos. Mais dans la figure de Douglas voyaient-ils et admiraient-ils seulement l’économiste, ou plutôt le “réformateur religieux et politique” (p. 246) ? Le Major Douglas était aussi un occultiste. Demetres Tryphonopoulos écrit dans Pound e l’occulto. Le radici esoteriche dei Cantos (Ed. Mediterranee, 1998, introduction de Luca Gallesi) : “Même si Pound n’avait pas été intéressé, quelqu’un d’autre, dont le nom est étroitement lié à ceux de Pound et Orage, était attiré par la forme d’occultisme de Mitrinovic. Je me réfère au Major Douglas. Quand, au début des années Trente, Mitrinovic fonda le mouvement New Britain (“engagé pour une société fonctionnelle, guildes, crédit social, système d’assistance, une fédération européenne, le triple Commonwealth de Rudolph Steiner, et une restauration du Christianisme”), le Major Douglas était une des personnes impliquée” (p. 123, note 99). La référence concerne l’ésotériste bosniaque Demetrio Mitrinovic (1887-1953), lui aussi, entre autres, collaborateur de The New Age.


La Société Théosophique


Helena Blavatsky
Arrivés à ce point, il est nécessaire, pour qui n’a pas la moindre idée de ce qu’est la Société Théosophique que nous avons vu apparaître partout dans les milieux fréquentés par Pound, de dire deux mots sur elle. La Société Théosophique fut fondée à New York, en 1875, par dix-sept membres fondateurs, tous liés de quelque manière à la Franc-Maçonnerie et aux études ésotériques. Parmi eux, deux américains, le premier président de la Société, le colonel Henri Steel Olcott (1832-1907) et William Quan Judge (1851-1896), ainsi que la noble russe Helena Petrovna von Hahn, connue – par le nom de son mari – sous le nom de Madame Blavatsky (1831-1891). À la tête de la section ésotérique, succéda à Madame Blavatsky, en 1891, l’anglaise Annie Besant (1847- 1933) qui, à la mort d’Olcott, devint seconde présidente de la Société. La “papesse” des Théosophes, Annie Besant, avait été membre de la Fabian Society, et est l’un des principaux représentants du mouvement féministe. Le président de la section allemande, Rudolf Steiner (1861-1925), fondateur de l’Anthroposophie, se sépara de la Société Théosophique.

La Théosophie se réclame dans son nom à la philosophie néoplatonicienne et au gnosticisme, de même qu’aux antiques religions des mystères ; mais dès le début elle s’orienta vers les religions orientales, en répandant la passion pour l’Inde et le Tibet. Olcott et Blavatsky se dirent bouddhistes mais, comme le rappelle A. Besant, “Le lien d’union entre les membres de la Société Théosophique n’est pas une croyance commune, mais plutôt une commune recherche de la vérité” (on dirait le programme de la réunion ratzingérienne d’Assise ‘pèlerins de la vérité’ !). Dans la Théosophie, le rôle féminin et l’empreinte anglo-indienne sont importants. L’idée de fond est celle de l’unité ésotérique de toutes les religions, apanage des initiés. Cela, au moins, pour la façade. La réalité, on la trouve, par exemple, dans ces mots de Madame Blavatsky : “Le grand Trompeur” n’est pas le “tant calomnié Satan” mais “le Démiurge anthropomorphisé, le Créateur du Ciel et de la Terre” (cit. par Roberto Hack – le père théosophe de Margherita Hack – Le origine del movimento Teosofico, Trieste 1971, pp. 216-217).


Théosophie, Fascisme et Antifascisme

L’adhésion d’Ezra Pound au Fascisme fait suite à ses fréquentations des milieux théosophiques. À première vue, le soutien au Fascisme de la part de quelqu’un qui a fréquenté d’aussi près les milieux ésotériques pourrait sembler contradictoire. Mussolini, en effet, soutint d’abord l’incompatibilité entre l’appartenance à la Franc-Maçonnerie et l’appartenance au Parti Socialiste. Par la suite, en 1923, le Grand Conseil du Fascisme – sous l’impulsion des Nationalistes – décréta l’incompatibilité entre l’appartenance à la Franc-Maçonnerie et l’appartenance au Parti Fasciste. En 1925, la loi sur les Associations (qui interdisait les sociétés secrètes) aboutit de fait à la dissolution des deux principales obédiences maçonniques : celle de Palazzo Giustiniani, qui organisa à l’étranger, spécialement en France, l’antifascisme et celle de Piazza del Gesù (qui déclara que le Fascisme, en réalisant ses propres fins, avait rendu inutile leur société). En Italie, la Maçonnerie ne put se réorganiser qu’à la chute du Fascisme, favorisée par les vainqueurs anglais et américains. Entre 1925 et 1926, il y eut quatre attentats à la vie de Mussolini : celui de Zaniboni, dans lequel fut impliqué le général franc-maçon Capello, celui de l’anthroposophe anglaise Violet Gibson, et ceux de Lucetti et Zamboni ; dans tous il y a une trace ésotérique et, il paraît que dans celui de V. Gibson fut impliqué l’ancien ministre anthroposophe, le Duc Giovanni Antonio Colonna di Cesarò (fils d’Emmelina Sonnino De Renzis, elle aussi théosophe, sœur de Sidney Sonnino, et membre du Groupe d’Ur d’Evola et Reghini). Colonna di Cesarò fut un des protagonistes de l’Aventin. Par ailleurs, des équipes fascistes frappèrent en 1925 l’homme politique antifasciste Giovanni Amendola – théosophe et franc-maçon – qui mourut l’année suivante suite aux coups reçus.

Le gouvernement italien n’eut aucun respect pour le Mage Crowley quand, en 1923, il l’expulsa de Cefalù et le renvoya dans sa patrie, l’Angleterre, d’où la ‘papesse’ de la Théosophie, Annie Besant, attaquait le régime mussolinien ennemi de la démocratie. Pourtant, il existe aussi l’autre aspect, pour lequel je renvoie le lecteur à deux ouvrages significatifs : Massoneria, Fascismo e Chiesa Cattolica de Gianni Vannoni (Ed. Laterza, 1980) et Esoterismo e Fascismo, publié par Gianfranco de Turris (Ed. Mediterranee, 2006). L’historien de la Franc-Maçonnerie, Aldo Alessandro Mola, y énumère les noms de frères maçons qui furent aussi des partisans fascistes : Giacomo Acerbo, Michele Bianchi, Alessandro Dudan, Italo Balbo, Achille Starace, Giovanni Marinelli et probablement Emilio De Bono (qui se servit du maçon Dùmini pour le crime Matteotti), Cesare Rossi, Edmondo Rossoni, Roberto Farinacci, peut-être Dino Grandi (Vannoni en est certain, comme pour De Bono, Cesare Maria De Vecchi et Giuseppe Bottai), Massimo Rocca, Alberto Beneduce et alibi aliorum plurimorum. Tous ceux-ci restèrent – en sommeil – aux sommets du nouveau régime, pour ensuite choisir qui la chute du Duce, en 1943 (comme Grandi, De Bono, Marinelli, De Vecchi), qui l’aventure de la RSI, comme Farinacci. Et ne parlons pas des militaires… Parmi les syndicalistes révolutionnaires et les fiumani de D’Annunzio (y compris le Vate), les francs-maçons qui préparèrent soit le Fascisme soit l’antifascisme (tel Alceste De Ambris) furent très nombreux, ainsi que parmi les futuristes (dont le maçon théosophe pythagoricien Arturo Reghini, appartenant à l’O.T.O., ne fut pas le dernier).

L’autodissolution des Loges maçonniques n’impliqua pas les clubs services, comme le Rotary, ni les Sociétés Théosophiques (jusqu’en 1939), ni l’Anthroposophie (jusqu’en 1941). La lutte contre la Maçonnerie fut donc superficielle, sans remonter aux principes, et ce, même dans le cas de l’ex-prêtre Giovanni Preziosi – le plus hostile à la Maçonnerie – qui faisait cependant collaborer à sa revue Vita italiana les ésotéristes René Guénon, Julius Evola, Massimo Scaligero (alias Antonio Massimo Sgabelloni, anthroposophe, disciple de Giovanni Colazza, qui fréquentait la même Loge théosophique qu’Amendola et Colonna di Cesarò) et Guido De Giorgio. L’antimaçonnisme de Preziosi ne peut donc être confondu avec celui des catholiques intégraux, comme Mgr Benigni, qui s’opposa toujours à tout type de secte et d’ésotérisme.


En guise de conclusion

Avec ce petit article, je n’entends certes pas rejoindre les geôliers d’Ezra Pound… Je considère cependant – comme il est dit au début – que le catholique militant ne doit pas se laisser entraîner par de dangereux syncrétismes doctrinaux. Il y en a qui pensent que les “libres penseurs” de Casa Pound (auxquels peut-être, comme disait le franc-maçon Reghini des autres maçons, il manque d’être libres et d’être penseurs) se glorifient abusivement du nom de Pound ; peut-être, au contraire, ne sont-ce pas eux qui se trompent sur ce point, mais les catholiques poundiens ! En matière sociale (et Pound n’aurait pas émis d’objection) une bonne formation de base peut se trouver dans les encycliques pontificales, comme – entre autres – Rerum novarum de Léon XIII et Quadragesimo anno de Pie XI ; pour qui en a les capacités et veut Benito Mussolini avec des dignitaires fascistes parmi lesquels : Emilio De Bono, Italo Balbo, Michele Bianchi, Cesare Maria De Vecchi et Achille Starace avoir une formation plus approfondie, l’Église indique la voie de saint Thomas : Ite ad Thomam. Gardons-nous au contraire des maîtres à penser qui se sont abreuvés aux sources enchanteresses du monde trouble des sectes initiatiques (qu’elles soient anglo-saxonnes – comme dans le cas pré- sent – ou indigènes).

lundi 5 février 2018

Démolition en règle de Nietzsche

Friedrich NIETZSCHE (1844 – 1900) 
Philosophe allemand antichrétien mais philosémite.
Dans la lignée des Frédéric II du saint Empire romain germanique,
de Luther, de Voltaire, de Frédéric II de Prusse.
La pensée allemande dans tout ce qu'il y a de plus mauvais.
Certains idéologues des théories cycliques et de “l’éternel retour” expriment une haine viscérale de l’Église catholique.

Nietzsche s’en était donné à cœur joie dans ses livres, associant inconsidérément le juif et le chrétien. Dans La généalogie de la morale (1887), il écrit : « Ce sont les Juifs qui, avec une effrayante logique, osèrent retourner l’équation des valeurs aristocratiques (bon = noble = beau = heureux = aimé des dieux) et qui ont maintenu ce retournement avec la ténacité d’une haine sans fond (la haine de l’impuissance), affirmant “les misérables seuls sont les bons ; les pauvres, les impuissants, les hommes bas seuls sont les bons ; les souffrants, les nécessiteux, les malades, les difformes sont aussi les seuls pieux, les seuls bénis des dieux, pour eux seuls il y a une félicité, tandis que vous, les nobles et les puissants, vous êtes de toute éternité les méchants, les cruels, les lubriques, les insatiables, les impies…»

Mais Nietzsche semble surtout parler ici des chrétiens, puisqu’il ajoute : « Avec les Juifs avait commencé la révolte des esclaves dans la morale : révolte qui a une histoire de deux mille ans derrière elle… » (Bon et méchant, § 7).

Dans La Volonté de puissance (§125), c’est encore le chrétien qu’il vise, quand il parle du juif : « Lorsque des Juifs se présentent comme s’ils étaient l’innocence même, c’est qu’un grand danger les menace : il faut avoir toujours sous la main son petit fond de raison, de méfiance et de méchanceté lorsqu’on lit le Nouveau Testament. »

Dans Par delà le bien et le mal (1886), il parle ouvertement d’“infection chrétienne” (§ 48). Dans Ainsi parlait Zarathoustra (1883-1885), il écrit, dans la troisième partie (les sept sceaux) : « J’aime à m’asseoir sur des églises en ruine. »

Déjà dans Aurore (1879-1881, § 204), il tente de culpabiliser les Européens : « On pouvait oser être inhumain avec bonne conscience (brûler les Juifs, les hérétiques et les bons livres, et exterminer tout entières des civilisations supérieures comme celles du Pérou et du Mexique). » [NDLR : est-ce que Nietzsche a étudié à l'UQAM pour écrire de pareilles niaiseries ?]

Et il continue, dans L’Antéchrist (1888) : « Une certaine disposition à la cruauté, envers soi-même et envers les autres, est essentiellement chrétienne ; de même la haine des incrédules, des dissidents, la volonté de persécuter.” Il ajoute, sans crainte du ridicule : “Chrétienne est la haine de l’esprit, de la fierté, du courage, de la liberté, du libertinage de l’esprit ; chrétienne est la haine envers les sens, envers la joie des sens, envers la joie en général. » (§ 21).

L’homme devait être très malheureux, et le fait est que l’on ne sourit pas beaucoup en lisant Nietzsche.

Il poursuit, son marteau à la main : Le Dieu des chrétiens a  « déclaré la guerre, au nom de Dieu, à la vie, à la nature, à la volonté de vivre ! » (§ 18).

Écoutons rugir le lionceau : « Je condamne le christianisme, j’élève contre l’Église chrétienne la plus terrible des accusations, que jamais accusateur ait prononcée. Elle est la plus grande corruption que l’on puisse imaginer, elle a eu la volonté de la dernière corruption imaginable. L’Église chrétienne n’épargna nulle part sa corruption, elle a fait de toute valeur une non-valeur, de chaque vérité un mensonge, de toute probité une bassesse d’âme.” La croix serait ainsi une “conspiration contre la santé, la beauté, la vigueur, la bravoure, l’esprit, la qualité de l’âme, contre la vie elle-même. » (§ 62). Pas moins !

Manifestement, les juifs et les rabbins, nombreux en Allemagne à cette époque, ne le dérangeaient pas. Nietzsche préférait déverser sa bile sur les prêtres : « Le prêtre lui-même est reconnu pour ce qu’il est, la plus dangereuse espèce de parasite, la véritable araignée venimeuse de la vie. » (§ 38). Pour lui, donc, tout était très clair : « Le christianisme fut jusqu’à présent le plus grand malheur de l’humanité. » (§ 51).

Nietzsche exalte en revanche la grandeur et la beauté des civilisations étrangères ou pré-chrétiennes : « Le christianisme nous a frustrés de l’héritage du génie antique, il nous a frustrés plus tard de l’héritage de l’islam », écrit-il. « La merveilleuse civilisation maure de l’Espagne, plus voisine en somme de nos sens et de nos goûts que Rome et la Grèce, cette civilisation fut foulée aux pieds… » Les croisades ? « De la haute piraterie, rien de plus. » (§ 60). « C’est avec l’aide de l’épée allemande, du sang et du courage allemand, que l’Église a mené sa guerre à mort contre tout ce qui est noble sur la terre ! » (§ 60). On ne peut s’empêcher de penser ici au mot de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant » . (…)

Chez Nietzsche, la haine de l’Eglise va de pair avec une admiration non dissimulée pour les juifs. Dans La généalogie de la morale (1887), il écrit ainsi  « Chapeau bas devant l’Ancien Testament ! Ici, je trouve de grands hommes, un paysage héroïque et une chose parmi les plus rares du monde, la naïveté incomparable du cœur robuste ; bien plus, j’y trouve un peuple. Dans le Nouveau au contraire, rien d’autre que le remue-ménage des petites sectes, rien que le rococo de l’âme, rien que du tarabiscoté, du contourné, du bizarre… » (Que signifient les idéaux ascétiques, § 22).

Dans Le gai Savoir, il tient des propos hallucinants de bêtise, pour toute personne qui connaît un tant soi peu la dialectique talmudique : « L’Europe, dit-il, doit avoir de la reconnaissance à l’égard des juifs, pour ce qu’il en est de la logique et des habitudes de propreté intellectuelle… Partout où les juifs ont eu de l’influence, ils ont enseigné à distinguer avec plus de sensibilité, à conclure avec plus de sagacité, à écrire avec plus de clarté et de netteté : cela a toujours été leur tâche d’amener un peuple “à la raison”. » (§ 348).

Quel balourd ! On a rarement entendu des inepties de pareille ampleur. Dans Par delà le bien et le mal (1886), il en remet encore une louche : « Nous autres artistes parmi les spectateurs et les philosophes, nous éprouvons à l’égard des Juifs de la reconnaissance. » (§ 250).

Nietzsche, qui hait la notion de pitié (surtout pour les goys, manifestement), se laisse apitoyer par les jérémiades fallacieuses des talmudistes. Dans Aurore (paragraphe 205), il dit des juifs : « On a voulu les rendre méprisables en les traitant avec mépris pendant deux millénaires, en leur interdisant l’accès à tous les honneurs, à tout ce qu’il y a d’honorable, et en les repoussant au contraire d’autant plus bas dans les métiers les plus sordides. »

Dans Humain trop humain (§ 475), il s’insurge comme une adolescente, contre « cette odieuse littérature qui entend mener les Juifs à l’abattoir, en boucs émissaires de tout ce qui peut aller mal dans les affaires publiques et intérieures. » Écoutez-le encore exprimer sa commisération pour le petit peuple, toujours persécuté et toujours innocent : un peuple, dit-il, « qui, de tous, a eu l’histoire la plus chargée de misères, non sans notre faute à tous. »

Les juifs étaient la crème de l’Europe, il fallait le croire : « En outre, dit-il, au temps les plus sombres du moyen âge, alors que les nuées asiatiques avaient étendu leur épaisseur de plomb sur l’Europe, ce furent les Juifs, libres penseurs, savants, médecins, qui, malgré la pire violence faite à leur personne, continuèrent à tenir l’étendard des lumières et de l’indépendance de l’esprit, défendirent l’Europe contre l’Asie ; c’est en grande partie à leurs efforts que l’on doit la victoire finalement revenue à une explication du monde plus naturelle, plus conforme à la raison [NDLR : plus païenne], et en tout cas affranchie des mythes. »

Voyez encore ce qu’il est capable d’écrire dans La Volonté de puissance (§ 389) : « Les juifs sont pour le moment la puissance la plus conservatrice dans notre Europe si menacée et si incertaine. Ils ne leur faut ni révolutions, ni socialisme, ni militarisme… Leur instinct lui-même est invariablement conservateur. »

On aura rarement lu pareilles foutaises. Dans aucun de ses ouvrages, Nietzsche ne laisse entrevoir la moindre compréhension du judaïsme, et son ignorance crasse, pour ne pas dire sa bêtise, est d’autant moins excusable que l’Allemagne de son époque était déjà la proie des financiers, des propagandistes et des agitateurs du peuple élu, ainsi qu’en témoigne les nombreux écrits des résistants antisémites.

De surcroît, en maintes occasions, Nietzsche critique les Allemands, ses propres compatriotes: “Une race fâcheusement déraisonnable, à qui, aujourd’hui encore, il faut toujours commencer par “laver la tête”. (Le gai Savoir, § 348).

Quant aux antisémites, ils ne méritent à ses yeux aucune estime. Dans La Généalogie de la morale, il écrit : « Je n’aime pas ces nouveaux spéculateurs en idéalisme, les antisémites, qui se font l’œil chrétien, aryen, brave homme, et qui cherchent à exciter tout ce qu’il y a de bêtes à cornes dans le peuple, par un abus exaspérant du procédé d’agitation le plus grossier. »

Il expose ici une analyse pour le moins superficielle du “dépérissement de l’esprit allemand”:  « L’incontestable et déjà manifeste dépérissement de l’esprit allemand… Je cherche la cause dans une nourriture trop exclusivement faite de journaux, de politique, de bière et de musique wagnérienne, sans omettre ce qui explique ce régime alimentaire : l’étroitesse et la vanité nationales. » (Que signifient… § 26). Che Coglione !

Nietzsche a d’autant moins d’excuses qu’il avait bien perçu la puissance du judaïsme dans l’Allemagne de son temps. Dans Par delà le bien et le mal (1886), on lit ainsi : « C’est un fait que les Juifs, s’ils voulaient — ou si on les y forçait, comme semblent le vouloir les antisémites — pourraient dès maintenant exercer leur prépondérance et même littéralement leur domination sur l’Europe. »

Mais ce philosophe à front de taureau refuse de voir ce qui semblait évident à la plupart de ses compatriotes : « … C’est un fait également qu’ils n’y travaillent pas et ne font pas de projets dans ce sens. » Sa conclusion est donc la suivante : « Il serait peut-être utile et juste d’expulser du pays les braillards antisémites. » (§ 251).

Dans chacun de ses livres, Nietzsche balance ses aphorismes dans le désordre, en vrac, sans donner l’impression d’aucune suite dans sa pensée, et, la plupart du temps, sans rien expliquer au lecteur. Voilà pourquoi vous baillez aux corneilles en lisant sa prose. « Descartes est superficiel », écrit-il par exemple, sans aucune explication (Par delà le bien et le mal, §191). Ses lecteurs penseront ainsi avoir affaire à un génie.

Voyez ce qu’il écrit encore : « L’esprit est le propre des races tardives : les juifs, les Français, les Chinois. » (La Volonté de puissance, § 389). Inutile de développer davantage. Et il ajoute : « Les antisémites ne peuvent pas pardonner aux juifs d’avoir de l’esprit — de l’argent. Les antisémites — c’est un nom que se donnent les “déshérités”. »

Dans plusieurs ouvrages, Nietzsche se fait le contempteur de toute espèce de pitié pour les humbles. C’est sans doute une des raisons qui l’anime dans sa haine du christianisme : « Le christianisme est une insurrection de tout ce qui rampe, contre ce qui a de la hauteur : l’évangile des “humbles” rend humble et vil. » (L’Antéchrist, § 43). Et il écrit par ailleurs, prenant son cas pour une généralité : « Voir souffrir fait du bien, faire souffrir fait plus de bien encore — c’est une dure vérité, mais une vieille, puissante, capitale vérité humaine — trop humain. » (La Généalogie de la morale, La Faute, § 6).

Dans Le gai Savoir, il enseigne une philosophie de mafieux. L’aphorisme 17 est intitulé la “sentence de l’homme fort” : « Ne demande jamais ! A quoi bon gémir ! Prends, je t’en prie, prends toujours. »

Son Zarathoustra est indéniablement un livre plein de grandeur et de poésie, mais à notre sens, le reste de son œuvre ne mérite que fort peu d’intérêt. Le succès de Nietzsche tient évidemment à la complaisance des autorités morales dominantes, qui voient en lui surtout un moyen d’affaiblir l’Église.



-Hervé Ryssen – La guerre eschatologique (2013) Source.

samedi 3 février 2018

Supportons l’épreuve avec joie !

Seuls les chrétiens estiment les choses à leur vraie valeur, et ils n’ont pas les mêmes motifs de se réjouir et de s’attrister que le reste des hommes.

La croix de l'église des franciscains (Saint-Charles de Limoilou)
à Québec, adjacent au couvent des capucins.
A la vue d’un athlète blessé, portant sur la tête la couronne du vainqueur, celui qui n’a jamais pratiqué aucun sport considère seulement les blessures qui font souffrir cet homme ; il n’imagine pas le bonheur que lui procure sa récompense.

Ainsi font les gens dont nous parlons. Ils savent que nous subissons des épreuves, mais ignorent pourquoi nous les supportons. Ils ne considèrent que nos souffrances. Ils voient les luttes dans lesquelles nous sommes engagés et les dangers qui nous menacent. Mais les récompenses et les couronnes leur restent cachées, non moins que la raison de nos combats.

Comme l’affirme saint Paul : « On nous croit démunis de tout, et nous possédons tout » (2 Co 6,10).

Pour ce qui nous regarde, quand nous sommes soumis à l’épreuve à cause du Christ, supportons-la vaillamment, bien plus, avec joie.

Si nous jeûnons, bondissons de joie comme si nous étions dans les délices.

Si l’on nous outrage, dansons allègrement comme si nous étions comblés d’éloges.

Si nous subissons un dommage, considérons-le comme un gain.

Si nous donnons au pauvre, persuadons-nous que nous recevons.

Avant tout, rappelle-toi que tu combats pour le Seigneur Jésus. Alors tu entreras de bon cœur dans la lutte et tu vivras toujours dans la joie, car rien ne nous rend si heureux qu’une bonne conscience.



-Saint Jean Chrysostome, Homélie sur la Deuxième lettre aux Corinthiens.