mardi 31 mars 2015

Sous l’œil de Dieu: l’Assemblée nationale


 

L’humanisme laïciste aura fait bien des ravages au Québec. Aujourd’hui, pour bien comprendre le phénomène, il faut absolument faire la distinction entre deux groupes d’individus. Le premier groupe, beaucoup plus restreint, est composé des philosophes humanistes qui travaillent à répandre et à populariser l’idéologie laïciste – les initiés. L’autre groupe, issue des masses, est composé des individus moins aptes à la réflexion qui se rangent derrière les idées préconçues les plus populaires tout en prétendant être maîtres de leur conscience – les réguliers. Le premier groupe lance le second à l’assaut des cibles à abattre. D’ailleurs, ce modèle de relation penseurs/suiveurs s’applique à pratiquement toutes les doctrines sociales qui relèvent de l’intelligence humaine.

Nous verrons ici comment cette prétendue quête philosophique de la perfection humaine qui nie toute existence du surnaturel a fini par faire perdre le sens du réel à ses adeptes…


L’homme-animal à l’Assemblée

Ce qui est remarquable avec la doctrine humaniste, c’est qu’elle réussit réellement à rendre ses partisans réguliers binaires à un point tel que le laïcard québécois ne pense plus qu’à deux choses : à lui-même et à sa proie. L’esprit d’analyse, le sens de l’observation et le goût des découvertes - qui animaient son ancêtre catholique et éclairaient l’âme de ce dernier devant la moindre parcelle de la création comme devant une merveille - sont morts étouffés par les contraintes spirituelles que l’idéologie laïciste impose à son intelligence.

Voilà donc notre homme-animal dépourvu d’esprit à l’Assemblée nationale. Que voit-il?  

Les hommes et les femmes qui parlementent le destin de sa nation? Le mobilier, les murs qui ont vu se tracer l’histoire politique d’une race au fil des siècles?

Non, il ne voit qu’une chose, parce qu’il ne cherche qu’une chose. Le laïciste a une cible précise : le crucifix au dessus du trône, l’ennemi que les initiés lui ont désigné.

Le fait est que l’Hôtel du Parlement est un bâtiment catholique, dessiné par un catholique, construit par des catholiques et décoré par des catholiques pour abriter le gouvernement catholique d’un peuple catholique. Difficile à dire combien il y a de croix, réelles ou illustrées sur les murs et les plafonds de notre parlement canadien-français, mais une chose est sûre, c’est qu’il y a assez d’éléments religieux pour ridiculiser la pathétique obsession qu’éprouve le Mouvement Laïque Québécois et ses camarades para-politique envers un simple Crucifix.

 
À l’image d’un peuple apostolique

Le premier indice qui peut aider un laïcard à se situer et à prendre conscience de l’ampleur de sa tâche déchristianisatrice se trouve à peine un mètre au-dessus du Dieu crucifié. Les armes de la Grande-Bretagne, dont la présence nous rappelle une défaite, mais dont l’inscription en français nous rappelle aussi une époque glorieuse sur le vieux continent, figurent là au-dessus du trône et du crucifix: « Dieu et mon droit ».

Et nos laïcistes, dont l’œil perçant scrute le Fils de Dieu sur sa croix, sont-ils articulés? Leur philosophie leur permet-elle au moins de lever les yeux au ciel?  Vraisemblablement, la  fresque de l’artiste Charles Huot intitulée, Je me souviens, qui décore le plafond de l’Assemblée Nationale, n’est pas pour eux non plus. Qu’ils le veuillent ou non, c’est sous un magnifique chef-d’œuvre - où l’on peut voir les héros de notre race au Paradis, entourés d’anges, Jacques Cartier tenant son énorme croix tout en haut - que délibèrent leurs élus au fil des sessions parlementaires.


À chacun son architecte

Notre grand architecte à nous, Étienne-Eugène Taché, en bon artiste canadien-français et catholique, allait s’inspirer lui aussi de la Tradition chrétienne. Dans les cas où c’était géographiquement possible, les églises et autres bâtiments religieux ont toujours préconisé l’orientation de l’édifice vers l’est. Le soleil, qui se lève à l’est, est un symbole de lumière utilisé abondamment dans les Livres Saints pour désigner Notre-Seigneur Jésus-Christ. « Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme. » dit Saint Jean au tout début de son Évangile. Vers l’est aussi parce que nous attendons de l’est le retour du Fils de l’homme qui viendra comme l’éclair qui parcourt le ciel de l’orient à l’occident.

Comble du malheur pour nos humanistes laïcistes, qui sont encore dans le salon bleu du parlement à scruter le Crucifix, l’architecte Taché a choisi d’orienter l’Hôtel Parlementaire vers l’est - et cela spécialement pour la raison religieuse.

Aussi nos ennemis de la religion n’ont  pas vu, pendant leur marche entêtée vers la salle de l’Assemblée, la façade magnifique de l’œuvre de Monsieur Taché, couverte d’anges et de héros de la race, éclairée par le soleil levant. À droite de la tour sont assises deux femmes de bronze, œuvre du sculpteur Louis-Philippe Hébert. Cette œuvre qu’on appelle La patrie et la religion représente la pieuse, une main tendue au ciel, l’autre main tenant le Credo. La patrie, pour sa part, est accoudée aux côtés de la religion, un glaive en main pour protéger sa sœur.

Sur les 26 statues de bronzes des grands de notre histoire qui décorent la façade, 7 représentent des personnages religieux. Le saint martyr Jean de Brébeuf tend courageusement son crucifix et sainte Marguerite Bourgeoys  fait de même, comme pour défier les sans-Dieu. Veillent avec eux le récollet Nicolas Viel, Monseigneur de Montmorency Laval, le sulpicien Jean-Jacques Olier, Marie de l'Incarnation et  le jésuite Jacques Marquette. Même les blasons des jésuites et des récollets se retrouvent sculptés dans la façade.

Aveuglés par leur haine du Christ en croix placé là depuis quelques décennies seulement, nos militants laïcards n’ont jamais rien vu de tout cela.


Ils ont des yeux et ne voient pas

L’humaniste laïciste régulier est donc un aveugle, particulièrement dans le cas qui nous intéresse. Ses maîtres à penser le guident et le dirigent contre les manifestations extérieures de la Foi catholique. Il n’a plus la faculté de distinguer l’ensemble du « problème » auquel sa philosophie le confronte. Il n’a plus la capacité d’exprimer sa pensée toute simple, il connait par cœur le lexique révolutionnaire et la cassette anticléricale des philosophes qui ont fixé sa doctrine, un point c’est tout.

L’exemple du Crucifix à l’Assemblée nationale est frappant.  La question qu’il devrait se poser est plutôt la suivante : comment laïciser un État où tout est imprégné de religion et comment faire régner la laïcité d’État dans un bâtiment où tout a été inspiré par l’amour de Dieu? Pourtant, sa solution est toute bête, sortons le Crucifix, voilà tout.
 
Saint Paul avait vu juste dans sa première Épitre aux Corinthiens :

« Et nous en parlons, non avec des discours qu'enseigne la sagesse humaine, mais avec ceux qu'enseigne l'Esprit, employant un langage spirituel pour les choses spirituelles. 
Mais l'homme animal ne reçoit pas les choses de l'Esprit de Dieu, car elles sont une folie pour lui, et il ne peut les connaître, parce que c'est spirituellement qu'on en juge. 
L'homme spirituel, au contraire, juge de tout, et il n'est lui-même jugé par personne. » 
(1  Cor II, 13-15)

 

 
 
Voir aussi :

 

samedi 28 mars 2015

Notre conduite

Dans le firmament où figurent les grands de notre race, le chanoine Lionel Groulx y tient une place d'importance. Endroit prépondérant car la résistance canadienne-française lui doit immensément. Comme il l'a lui-même déclaré, toute sa vie il voulut faire une œuvre doctrinale pour les Canadiens-français, les sortir de la mystique étroite de la langue – où tant de clowns de l'Assemblée nationale ont fait retomber notre province -, afin que nous comprenions que notre problème était, et est toujours, beaucoup plus imposant. De ce maître d'un âge qui semble être révolu, nous voudrions exhumer cet extrait de la conférence titré Confiance et espoir de l'an 1944. S'il y a une chose qui nous apparaît bien évidente dans la constante de notre histoire, c'est que comme la foi catholique a protégé nos ancêtres de l'assimilation, seule elle pourra nous éclairer et nous sortir du péril. À l'heure de la luxure, des modes efféminés, et du matérialisme américain, tâchons de conserver nos repères.



En attendant, jeunes gens, je vous laisse ce mot d'ordre : tous tant que nous sommes, travaillons dans le solide. Le patriotisme ne tient pas lieu de tout. C'est un sentiment ; c'est une idée créatrice ; c'est un principe d'action. Il faut empêcher qu'il ne reste dans l'esprit qu'à l'état spéculatif, qu'il ne soit qu'un mot sonore, bon tout au plus pour gargarisme oratoire. Il faut qu'il agisse, qu'il crée les institutions, les œuvres qui le feront durer. Un patriotisme inactif se détruit par son inertie même.

Ne passons pas notre temps à dénoncer les Anglais. Essayons plutôt d'apprendre, ce sera plus pratique, à nous aimer et à nous entr'aider. Il y a des gens pour qui la « bonne entente » semble le remède à tous les maux. Cherchons les alliances ; ne repoussons pas celles qui s'offrent avec sincérité. Mais ne mettons pas tout notre effort ni même notre principal effort à chercher des alliances. Un arbre ne vit point des étais dont on l'entoure, mais de la vigueur de sa sève. Un peuple vit par la structure physique, morale, qu'il a su se donner, et d'abord parce qu'il garde intacte sa volonté de vivre et qu'il se sert de sa vie pour organiser sa vie. Travaillons pendant que nous sommes vivants, nous rappelant qu'il faut moins de vie pour vivre que pour ressusciter.

Jeunes gens, il faut des chefs. Nul peuple ne vit sans chefs. Notre vieille classe aristocratique de l'ancien régime est morte. La bourgeoisie, le clergé portent la responsabilité de notre avenir. Si nous succombons, on ne dira pas : « Le peuple a trahi sa race, son idéal national ». On dira : « La bourgeoisie, le clergé ont trahi le peuple». Mais un chef, c'est d'abord un homme. Soyez donc des hommes, pas des fantômes d'homme, pas des moitiés d'homme, qui ne sont hommes, du reste, que la moitié de leur  vie, et qui passent l'autre moitié à faire oublier qu'ils ont pu l'être. Souvenez-vous, toutefois, qu'un homme ne se fait qu'au nom d'une ascèse. La virilité ne nait pas toute seule. Elle ne se crée pas en un moment ; elle n'est pas en vente sur le marché.

Elle se forge lentement et par nul autre forgeron que soi-même. Ayez le culte de la discipline, de la volonté, du renoncement. Soyez, par dessus tout, des chrétiens. Vous ne serez grandement hommes que si vous êtes grandement chrétiens. S'il arrive qu'un jour les pires déboires et les pires déceptions vous assaillent ; que la tentation vous vienne comme elle est venue à tant d'autres, de lâcher manche et cognée, où trouverez-vous lumière et courage, pour continuer à vivre votre vie en ligne droite, sans brisure ni reprise, si ce n'est, jeunes gens, en vous repliant sur vos positions de foi ? En ces heures de tentation, point de salut pour personne qui ne parvient à se convaincre qu'il faut toujours faire ce qui doit être fait, qu'il faut suivre les dictées de sa conscience, rester au service de la vérité, du droit, de la justice, même si cela paie moins que le reniement ou la rentrée chez soi. Faites-vous ces convictions. Forgez en vous courageusement l'homme et le chrétien. Persuadez-vous que la vie d'ici-bas se soude à l'autre comme un commencement à une fin, l'aube au couchant.

Et vous apprendrez qu'il n'y a pas lieu de craindre pour notre avenir de Français et de catholiques parce que la vie n'a jamais trompé les hommes de foi.

-Abbé Lionel Groulx

jeudi 26 mars 2015

Nos lectures: Bréviaire du patriote Canadien-Français

Mgr Louis-Adolphe Paquet
L’opuscule intitulé Bréviaire du patriote Canadien-Français était publié par l’Action Française de Montréal en 1925. Il s’agit en fait d’une analyse commentée par le chanoine Chartier du sermon prononcé par Mgr Louis-Adolphe Paquet de l’Université Laval  le 23 Juin 1902, pour les festivités de la Saint-Jean-Baptiste. 


Les commentaires du chanoine sont intéressants, mais cette publication a probablement eut pour but principal de dépoussiérer ce sermon magistral de Mgr Paquet intitulé La vocation de la race française en Amérique. En 2015, nous croyons qu’il est bon de le remettre en valeur à nouveau, afin de rappeler à notre lectorat ce qu’est le véritable patriotisme Canadien-français.

Qui dit sermon, dit sainte Messe, et une sainte Messe le jour de la Saint-Jean-Baptiste 1902 était l’occasion idéale pour Mgr Paquet de rappeler la vocation première de notre race. Il a commencé son sermon où l’histoire de notre patrie a commencé, en rappelant aux compatriotes venus des quatre coins de l’Amérique du Nord l’histoire du baptême de notre peuple :

« Le 25 juin 1615, à quelques pas d’ici, sur cette pointe de terre qui du pied de la falaise où nous sommes s’avance dans l’eau profonde de notre grand fleuve, se déroulait une scène jusque-là inconnue. À l’ombre de la forêt séculaire, dans une chapelle hâtivement construite, en présence de quelques Français et de leur chef, Samuel de Champlain, un humble fils de saint François, tourné vers un modeste autel, faisait descendre sur cette table rustique le Fils éternel de Dieu, et lui consacrait par l’acte le plus saint de notre religion les premiers fondements d’une ville et le berceau d’un peuple. »

Le discours commence donc dans cet esprit, et cette célébration de la Saint-Jean-Baptiste devenait donc pour la patrie de l’époque, l’occasion de renouveler son acte de consécration religieuse et de tremper sa vie dans le sang de l’Agneau Divin. Monseigneur nous rappelait ensuite que chaque peuple a une vocation et que ce sont les peuples qui perdent de vue leur mission qui finissent un jour ou l’autre dans l’abîme. Un peuple doit rester soi-même.

Pour ce qui est de la race Canadienne-française, notre mission est claire et, loin de nous l’apprendre dans son sermon, Mgr Paquet tenait surtout à nous la rappeler. Ce rappel souligne la piété de nos fondateurs, puis des héros de notre nation. C’est un éloge au rayonnement de la religion catholique au Nord de l’Amérique, avec ses saints et ses martyrs.  Nos aïeux de 1902 étaient encore conscients de cette mission, mais Monseigneur Paquet tenait quand même à les prévenir de certains maux qui les guettaient et qui  ont stérilisé la patrie contemporaine :

« Mais prenons garde; n’allons pas faire de ce qui n’est qu’un moyen le but même de notre action sociale. N’allons pas descendre du piédestal où Dieu nous a placés, pour marcher au pas vulgaire des générations assoiffées d’or et de jouissances. Laissons à d’autres nations, moins éprises d’idéal, ce mercantilisme fiévreux et ce grossier naturalisme qui les rivent à la matière. Notre ambition, à nous, doit tendre et viser plus haut; plus haute doivent être nos pensées, plus hautes nos aspirations. »

Ce que nous ressentons à la lecture de ce petit livre, c’est que notre âme veut reprendre sa mission. Mgr Louis-Adolphe Paquet, dans une sagesse et une vigueur cléricale qui se fait très rare en 2015, avait trouvé les mots justes pour raviver la flamme de ses fidèles et pour nettoyer leur sentiment patriotique de toute erreur humaine.

Nous terminons ce compte-rendu de notre lecture par la conclusion de Monseigneur lui-même; c’est à la fois un mot d’ordre et un message d’espoir.

« Nous maintiendrons sur les hauteurs le drapeau des antiques croyances, de la vérité, de la justice, de cette philosophie qui ne vieillit pas parce qu’elle est éternelle; nous l’élèverons fier et ferme, au-dessus de tous les vents et de tous les orages; nous l’offrirons au regard de toute l’Amérique comme l’emblème glorieux, le symbole, l’idéal vivant de la perfection sociale et de la véritable grandeur des nations.

Alors, mieux encore qu’aujourd’hui, se réalisera cette parole prophétique qu’un écho mystérieux apporte à mes oreilles et qui, malgré la distance des siècles où elle fut prononcée, résume admirablement la signification de cette fête : Eritis mihi in populum, et ero vobis in Deum. Vous serez mon peuple et moi je serai votre Dieu. Ainsi soit-il »

lundi 23 mars 2015

Le chanoine Lionel Groulx et le combat identitaire canadien-français


                Le nom du chanoine Lionel Groulx (1878-1967) symbolise l’esprit du Canada français catholique et conservateur d’avant la Révolution tranquille des années 1960. L’expression « groulxisme » est souvent employée pour désigner le nationalisme traditionnel canadien-français, fondé sur l’union de l’Église et de la Patrie, par opposition au nationalisme québécois « moderne », qui se veut laïque et multiculturel. Aux yeux de la rectitude politique, le « groulxisme » est une étiquette péjorative que l’on associe facilement au racisme et au fascisme. Mais en réalité, le nationalisme groulxien était empreint d’humanisme chrétien et classique. Sa doctrine de l’enracinement ne visait pas à renfermer le « petit peuple » canadien-français dans un particularisme étroit, mais à l’élever jusqu’a l’universel pour en faire un « grand peuple ». Malgré son apparence vieillotte, l’œuvre du chanoine Groulx peut toujours inspirer les Québécois qui rêvent d’une renaissance nationale et spirituelle sur les rives du Saint-Laurent.

                Issu d’une modeste famille paysanne de Vaudreuil, Lionel Groulx a étudié au Collège de Sainte-Thérèse et au Grand Séminaire de Montréal, avant d’enseigner au Collège de Valleyfield. Il se fit d’abord connaître comme aumônier de L’Association catholique de la jeunesse canadienne-française (1903-1915). C’était un partisan de la Ligue nationaliste d’Henri Bourassa, qui prônait l’indépendance du Canada par rapport à la Grande-Bretagne, le caractère bilingue et biconfessionnel de la Confédération canadienne, et le respect de l’autonomie provinciale. L’abbé Groulx obtint la première chaire d’histoire du Canada à l’Université de Montréal (1915-1949) et il fonda la prestigieuse Revue d’histoire de l’Amérique française (1947). On reconnaît encore à Groulx le mérite d’avoir été l’un des pionniers de la recherche historique au Québec, bien qu’il soit maintenant mal vu de le citer dans une étude universitaire. Sa magistrale Histoire du Canada français depuis la découverte (1950) reste, jusqu’à présent, la meilleure synthèse de notre histoire nationale. Toutefois, l’abbé Groulx marqua davantage la société québécoise par son action militante que par ses travaux scientifiques. Mais les idées politiques et sociales de « notre historien national » ne sont plus tellement appréciées de nos jours. Les Québécois auraient pourtant intérêt à les redécouvrir.

L’ACTION FRANÇAISE DE MONTRÉAL

                Dans l’entre-deux guerres, Lionel Groulx succéda à Henri Bourassa comme principal maître à penser des nationalistes canadiens-français. Il dirigea de 1918 à 1928 la revue mensuelle L’Action française. Cette publication avait adopté le nom du remarquable journal de Charles Maurras (1868-1952), le grand écrivain nationaliste et royaliste français. Le combat de L’Action française de Montréal ressemblait en partie à celui de L’Action française de Paris, que Lionel Groulx appelait affectueusement « notre grande sœur », mais il s’inscrivait dans un contexte fort différent de celui de la France. L’Action française de Montréal était plus barrésienne que maurrassienne. Elle livrait une bataille plus culturelle que politique. Elle n’adhérait pas aux thèses royalistes et positivistes de Maurras, bien qu’elle ait puisé au même terreau contre-révolutionnaire. Son but était de restaurer l’identité culturelle canadienne-française :

                « Notre doctrine, écrivait Groulx, elle peut tenir en cette brève formule : nous voulons reconstituer la plénitude de notre vie française. Nous voulons retrouver, ressaisir dans son intégrité, le type ethnique qu’avait laissé ici la France et qu’avait modelé cent-cinquante ans d’histoire. Nous voulons refaire l’inventaire des forces morales et sociales qui, en lui, se préparaient alors à l’épanouissement. Ce type, nous voulons l’émonder de ses végétations étrangères, développer en lui, avec intensité, la culture originelle, lui rattacher les vertus nouvelles qu’il a acquises depuis la conquête, le maintenir surtout en contact avec les sources vives de son passé pour ensuite le laisser aller à sa vie personnelle et régulière. » (Notre doctrine, AF, janvier 1921)

                L’Action française dénonçait tout ce qui altérait l’identité nationale, soit l’impérialisme britannique, le capitalisme américain, le laïcisme français, le démocratisme universel, le cosmopolitisme  et le matérialisme. En définitive, L’Action française combattait ce que l’on appelle maintenant le « mondialisme », une idéologie qui s’incarnait alors dans l’empire britannique, mais qui prend aujourd’hui le visage de l’ONU. Sur le plan pratique, les collaborateurs de la revue critiquaient surtout l’anglomanie qui imprégnait l’esprit de nos classes supérieures, les anglicismes qui entachaient la pureté de notre langue, les doctrines juridiques anglaises qui infiltraient notre droit civil, la nouvelle pédagogie qui rejetait les humanités classiques, l’État qui cherchait à remplacer l’Église dans le domaine de l’éducation, l’exotisme littéraire qui dénigrait nos œuvres régionalistes, le féminisme qui bouleversait la famille, et le cinéma américain qui propageait l’immoralité.


LA RECONQUÊTE ÉCONOMIQUE

                Selon Groulx, la survivance nationale passait par la reconquête économique. Les Canadiens français devaient se libérer du capitalisme anglo-américain en pratiquant « l’achat chez nous » et le « patriotisme d’affaires ». La pensée économique de L’Action française s’inspirait de la doctrine sociale de l’Église, qui rejetait à la fois le capitalisme et le socialisme, et qui prônait un modèle de développement plus décentralisé, plus juste et plus humain. Elle combattait également le préjugé courant, à l’époque comme aujourd’hui, selon lequel les Canadiens français devaient assimiler certains aspects de la culture anglo-saxonne pour relever le défi du « struggle for life ».

                « À quoi nous servirait d’être les vainqueurs de la lutte économique, disait Groulx, si nous devions être les vaincus de la richesse? Dieu nous garde d’une orientation qui subordonnerait le spirituel au matériel et commencerait par nous jeter en dehors de l’ordre latin. » (Le problème économique, AF, décembre 1920)


L’ÉTAT FRANÇAIS

           
     En 1922, L’Action française se prononça en faveur de l’indépendance du Québec. Son séparatisme était plutôt timide, voire un peu utopique, puisqu’il supposait que la Confédération canadienne disparaîtrait d’elle-même dans le sillage du déclin de l’empire britannique. Quoi qu’il en soit, Lionel Groulx liait son combat identitaire à l’édification d’un État français en Amérique du Nord. Dans son esprit, ce n’était sans doute pas un programme politique immédiatement réalisable, mais c’était un idéal mobilisateur :

                « Être nous-mêmes, absolument nous-mêmes, constituer, aussitôt que le voudra la Providence, un État français indépendant, tel doit être, dès aujourd’hui, l’aspiration où s’animeront nos labeurs, le flambeau qui ne doit plus s’éteindre. » (Notre avenir politique, AF, janvier 1922)

                Toutefois, le concept groulxien d’ « État français » ne se réduisait pas à la souveraineté du Québec. Il s’agissait aussi, et même surtout, d’une politique de nationalisme intégral qui devait imprégner tous les aspects de la vie canadienne-française. C’était un concept de politique intérieure plutôt que de politique extérieure. L’État français entend protéger l’âme canadienne-française contre « les ennemis de l’intérieur », contre les influences culturelles hétérogènes. L’État français pouvait même s’édifier dans le cadre de la Confédération canadienne, à condition que la majorité anglaise reconnaisse la dualité nationale du pays et qu’elle concède à la province de Québec une plus grande autonomie politique.

                « La Confédération, nous en sommes, mais pourvu qu’elle reste une confédération. Nous acceptons de collaborer au bien commun de ce grand pays; mais nous prétendons que notre collaboration suppose celle des autres provinces […] Nous voulons constituer en Amérique, dans la plus grande autonomie possible, cette réalité politique et spirituelle, suprême originalité de ce continent, triomphe, chef d’œuvre d’un splendide effort humain : un État catholique et français. » (L’Histoire, gardienne des traditions vivantes, 1937)

NATIONALISME ET CATHOLICISME

                La condamnation de L’Action française de Paris par l’Église catholique, en 1926, a ébranlé Lionel Groulx. L’Action française de Montréal n’avait pourtant jamais adhéré ni au royalisme, peu applicable en Amérique, ni au positivisme, plus ou moins agnostique, de Charles Maurras. Mais Groulx  craignaient que sa revue ne subisse les foudres de Rome pour son « nationalisme excessif », car certains catholiques, comme Henri Bourassa, estimaient en ce temps que le nationalisme pouvait constituer une sorte d’ « hérésie ». Pour montrer patte blanche, il écrivit un compte rendu élogieux d’un livre qui prétendait justifier la condamnation de Maurras, Primauté du spirituel par Jacques Maritain (AF, septembre 1927). De plus, il rebaptisa en 1928 sa revue L’Action canadienne-française, pour bien se démarquer du maurrassisme.

                Lionel Groulx s’est souvent demandé avec inquiétude si le caractère particulier de la nation
était compatible avec le caractère universel de l’Église catholique. Il répondait positivement, mais en rappelant la primauté de l’Église sur la Patrie. Le nationalisme groulxien ne faisait pas de la race un absolu. C’est l’Église catholique qui restait la valeur suprême. Mais l’Église doit s’incarner dans une nationalité, comme le Verbe qui s’est fait Chair. Et c’est l’enracinement national qui permet à l’homme d’atteindre l’universel. Le cosmopolitisme s’étend comme la broussaille; le nationalisme s’élève comme l’arbre. Groulx reprochait d’ailleurs à l’action catholique des années 1930 de dissocier le catholicisme du nationalisme :

                « Au nom de l’Église universelle, on vide les jeunes générations de tout sentiment national, on jette dans la vie des catholiques déracinés, autant dire un catholicisme irréel, magnifiquement préparé à se transformer, dès les premiers contacts avec la vie, en petits esprits forts, prêts à se révolter contre les mauvais maîtres qui les ont désadaptés de leur milieu. » (Mes mémoires, 1974)


UN CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE TRANQUILLE

                Dans les dernières années de sa vie, Lionel Groulx était honoré par tous, mais il n’était plus écouté par personne. Son vieux nationalisme intégral paraissait dépassé aux yeux d’une société québécoise qui prenait le virage de la « modernité » en s’alignant sur le libéralisme nord-américain. Groulx fit une sévère critique du Rapport Parent (1965), qui proposait de remplacer l’éducation classique par une pédagogie « moderne », axée sur les disciplines scientifiques plutôt que sur les disciplines littéraires. Il estimait que cette révolution scolaire menaçait la survie nationale des Canadiens français.

                « Au surplus, tant de nouveaux docteurs de la nouvelle et vague philosophie scolaire avouaient leur dessein de faire du jeune Canadien français un Nord-Américain. D’un mot : à mesure que le gouvernement du Québec se nationalise, il a trop paru que son système d’enseignement se dénationalise. […] Jusqu’ici, les vieilles civilisations méditerranéennes étaient restées l’axe vivant de la culture et de l’esprit canadiens-français. Soudain, l’on invitait les Québécois à changer l’axe de leur culture natale pour l’aligner en somme sur la civilisation anglo-américaine. En d’autres termes, on proposait à un peuple un geste exceptionnel en histoire : un retournement d’âme, et la plus grave et la plus profonde des révolutions : celle de l’esprit. […] L’on a déjà nourri et l’on nourrit encore l’illusion de sauver, au Québec, la vieille langue française, en dépit de l’économie anglo-américaine où l’ouvrier gagne sa vie en anglais. L’illusion devient gigantesque, s’il faut, par surcroît, américaniser l’enseignement québécois, à moins que, pour survivre comme nation distincte, la formule par excellence soit devenue de ressembler le plus possible à son grand voisin. » (Revue d’histoire de l’Amérique française, 1966)

                Lionel Groulx avait compris que la réforme scolaire conduirait à la déchristianisation de la société canadienne-française et il appréhendait la trahison des clercs.

                « Le plus grave, c’est qu’on prétendait imposer à un peuple en grande majorité catholique une école superficiellement confessionnelle. […] Que penser de notre épiscopat muet, plutôt pauvre en grandes personnalités, au surplus en triste déperdition d’influence, qui n’a pu se mettre d’accord pour défendre efficacement la confessionnalité scolaire, freiner la débâcle morale, et qui, sans protester, s’est laissé prendre ses séminaires ou collèges, seuls foyers de recrutement du clergé? […] Nous descendons petit à petit, mais irrévocablement, vers la médiocrité intellectuelle. […] À force de vouloir faire ‘’peuple’’, le prêtre ne sait plus ce qu’il est. » (Mes mémoires, 1974)


LA RENAISSANCE NATIONALE

                Aujourd’hui, à l’ère du mondialisme, toutes les nations occidentales se retrouvent dans un état d’acculturation comparable à celui du Québec. L’Union européenne ressemble à la Fédération canadienne : un État souverain comme la France est pratiquement réduit au rang d’État provincial, comme le Québec. Et le modèle européen sera bientôt étendu au monde entier, lorsque l’ONU se transformera en République fédérale universelle. Quant au Québec, il est plus dénationalisé que jamais sous l’influence du libre-échange économique, de l’immigration massive, du multiculturalisme et du laïcisme.

                Redécouvrons les principes du nationalisme intégral : l’union de la langue et de la foi, le respect de la tradition, l’autonomie économique et politique,  l’ordre latin et l’esprit français, la primauté du collectif sur l’individuel, et, surtout, le culte de l’histoire,  de « notre maître le passé ». Une nation peut se relever de tout, sauf de la perte des principes et de la mémoire. Si nous ne pouvons restaurer présentement le Canada français idéal dans la société, commençons par le restaurer en nous-mêmes, comme Jules de Lantagnac, le héros du roman identitaire de Lionel Groulx, L’appel de la race (1922).


-Jean-Claude Dupuis, Ph. D.

lundi 9 mars 2015

Enquête sur le modernisme au Québec


 

Le mouvement Tradition Québec vient de naître. Nous en sommes aux premiers balbutiements de notre grand projet. Notre objectif est clairement défini; le retour de la Tradition catholique au Québec. Il faut que ce soit clair, nous ne nous laisserons pas paralyser par une guerre à l’Église conciliaire. Sa situation est de plus en plus critique, alors que celle de la Tradition catholique semble florissante. À quoi bon perdre de notre précieux temps dans un débat doctrinal avec un mouvement au crépuscule de sa vie religieuse. Cela, nous ne le ferons pas, mais il nous faudra pour le moins comprendre le fonctionnement d’une machine qui nous a longtemps bloqué et qui tentera bientôt le tout pour le tout pour empêcher le rétablissement de l’ordre Divin, de la véritable religion catholique.

« C’est notre devoir pastoral de les avertir du péril redoutable qui les menace : qu’ils se souviennent tous que ce socialisme éducateur a pour père le libéralisme, et pour héritier le bolchevisme. » -Pie XI, Quadragesimo anno

Le réseau moderniste

L’enquête commence à la base du réseau moderniste. S’il est très difficile de traquer les idées modernes et libérales, tant elles sont répandues dans le clergé conciliaire, nous pouvons cependant cerner les organismes qui les propagent. Au Québec, il existe plusieurs organes bénéficiant d’un pouvoir économique considérable qui œuvrent à alimenter en propagande humaniste et œcuméniste les organisations pastorales qui ont maintenant un pouvoir d'influence certain sur les autorités diocésaines. Les grandes révolutions qui ont renversé les trônes n’ont toujours été qu’une illusion de mouvements populaires ou démocratiques, dirigés au fond par des puissances idéologiques, armés de moyens financiers impressionnants, et qui tendaient vers un but spécifique bien loin de l’objectif officiel des révolutionnaires.

Au Québec et au Canada, l’œuvre sociale de l’Église engendrée par l’encyclique Rerum Novarum de Léon XIII allait mener, au 20e siècle, à la création d’organismes sociaux catholiques visant à contrer l’expansion du socialisme international en offrant une alternative vraiment chrétienne aux mouvements ouvriers.

Ce sont ces organisations qui, après le relâchement et la réorientation doctrinale de Vatican II, allaient elles aussi se détourner du Christ  et se tourner vers l’homme, ouvrant les portes de leurs institutions à l’ennemi socialiste et humaniste au côté duquel elles avaient évolué parallèlement. D’autres mouvements œcuménistes vinrent complémenter cette orientation humaniste du mouvement pastoral québécois dans les années qui suivirent le concile.

Encore aujourd’hui en 2015, ce sont quelques mouvements et leurs publications, appuyés par un important financement occulte et philanthropique, qui répandent massivement la subversion parmi le clergé québécois démocratisé où les agents pastoraux issus de mouvements sociaux règnent en maîtres.

Les profils financiers de ces organismes rendus publics par les politiques de transparences du gouvernement fédéral, nous pouvons aujourd’hui cerner les principaux acteurs de la subversion humaniste au sein des diocèses du Québec.

jeudi 5 mars 2015

De la sainteté du père Victor Lelievre

Parmi les orateurs de talents du XXe siècle en Canada français, il est un véritable apôtre qui se démarque du lot. La ville de Québec eu la grâce de recevoir en son sein un pareil homme qu'est le père Victor Lelièvre (1876-1956), Oblat de Marie Immaculée. Cet homme de Dieu prêcha l'amour du Sacré Cœur de Jésus-Christ toute sa vie en notre pays. Un amour infini qui fut pour toujours uni - marié mystiquement - il y a près de 2000 ans, à la douleur et au sacrifice, lorsque l'Amour elle-même mourut sur la croix pour la Rédemption du monde. Ce mystère est un abime insondable. Sagesse divine, folie pour les hommes!

Encore aujourd'hui on peut apercevoir des traces de son passage à Québec: commerces avec images du Sacré-Coeur au dessus de la porte, maisons, etc. Il organisa des processions gigantesques dans la ville de Québec pour la fête du Sacré-Coeur. Il s'est aussi beaucoup impliqué pour les ouvriers et leurs conditions. Nous reviendrons sur la vie de cet homme de talent.

La rédaction du mouvement Tradition Québec propose aux lecteurs deux articles datant de 2004, lorsque le père Lelièvre fut exhumé de terre. On peine a comprendre pourquoi l'Eglise du Canada n'utilisa pas cet événement extraordinaire pour faire la manchette des journaux. Il y aura-t-il un risque de toucher les âmes? Mais c'est du prosélytisme! Tenter de démontrer des preuves de la Religion est aujourd'hui proscrit: cela est contre l’œcuménisme et les "parcelles de vérités" des sectes.

20 AOÛT 2004, EXHUMATION DU PÈRE LELIÈVRE :
LE CORPS TROUVÉ INTACT

Des ouvriers ont tout d’abord creusé la terre très délicatement avec une pelle mécanique. Après quelques mètres de profondeur, on nous a annoncé qu’il y avait de l’eau et que probablement elle pouvait s’être infiltrée à l’intérieur du premier cercueil fait en plomb dans lequel se trouvait le second cercueil fait en bois. D’emblée chacun de nous a fait la réflexion suivante : « le corps doit être complètement désintégré ». Les ouvriers ont alors placé des câbles pour soulever cette immense structure d’acier, hors de la fosse boueuse, pour la déposer délicatement sur la terre ferme. Les gens étaient perplexes ! Les ouvriers ont entamé le cercueil de plomb, à la scie électrique.

Dès qu’une des extrémités fut dégagée, on aperçut le cercueil de bois : il semblait brûlé par le temps passé sous terre et sous les effets produits par les écarts de température propres au Canada ; il était noir comme de l’ébène. À première vue, la partie supé­rieure était partiellement écrasée. Visiblement les ouvriers n’avaient pas la tâche facile. Ils devaient continuer de scier le cercueil de plomb totalement rouillé. Aupara­vant, ils avaient dû le pencher pour laisser s’échapper l’eau infiltrée. Nous nous sommes tous regardés encore une fois et, devant une telle évidence, avons fait un remarque collective : « Il n’y a rien à faire, il ne doit plus rien du corps ! »

Ne pouvant retirer le second cercueil de son antre de plomb, les ouvriers ont continué de découper, cette fois le couvercle de plomb. Ensuite, les deux contenants ont été transportés sur un chariot non loin de tente qui avait été érigée pour l’occasion, à l’abri des regards et des caméras indiscrètes. II y avait un seul pho­tographe officiel, mon­sieur Jean Normandin. Lorsque les ouvriers eurent mis la touche finale à leur travail, un phénomène exceptionnel s’est alors produit sous nos yeux grands ouverts et baignés d’étonnement : le couvercle de plomb soulevé a découvert la tombe de bois en ruine dont les quatre côtés déjà, en piteux états, se sont immédiatement effondrés pour laisser émerger dans son sommeil éternel, incroyablement, le corps INTACT du père Lelièvre : tout le monde s’est écrié : « C’est lui, c’est lui ». Aucune odeur nau­séabonde ne s’échappait de là. Ce n’était pas un squelette, mais bien le père Lelièvre tel qu’il avait été enterré quarante-huit ans auparavant. « Regarde ses chaus­sures », me souligne le père Gaudreau. En effet, on aurait dit que le père Lelièvre venait de les chausser ; elles étaient comme fraîchement cirées et très bien lacées. De plus, on distinguait très bien son visage, ses mains prian­tes, son chapelet, son volume des quatre Évangiles intact lui aussi, une croix de bois et des vêtements sacerdotaux violets. La chair était là. Le père Lelièvre était aussi corpulent que sur les photogra­phies que j’avais vues de lui dans un album, à peine quelques heures auparavant, sur une table de la communauté oblate de Jésus-Ouvrier. Incroyable, mais vrai.

Il y avait à côté de moi, un prêtre totalement figé par ce qu’il voyait ; aucune syllabe ne pouvait sortir de sa bouche ; son regard ne pouvait quitter la scène. Plusieurs minutes après, je l’ai entendu dire à quelqu’un qui passait près de lui : « Si je n’avais pas assisté à cet événe­ment, et vu de mes yeux vus ce que je viens de voir, je ne l’aurais pas cru si même on me l’avait raconté ». (…)
Danièle Miny
Apostolat International, nov.-déc. 2004, p. 5-6

Et un article du 31 août 2004 du Journal de Chambly

Assister à l'exhumation d'un corps, après 48 ans, est quelque chose d'impressionnant. C'est une vision d'outre-tombe, qui vaut plusieurs méditations sur la mort et la résurrection. Le corps du père Lelièvre, déposé sur une dalle, au soleil, était dans un état de conservation "exceptionnelle", au dire du Dr Éva Latulipe, médecin légiste. Son visage était rose, comme de son vivant, mais ciré, luisant. Ses vêtements, dans leur état primitif. Le tout ne dégageait aucune odeur.
Dans les heures qui ont suivi, le visage a changé de couleur, au contact de l'air et de la lumière. Dans ce phénomène de conservation du corps du père Lelièvre, les témoins ont vu un signe de la sainteté du père Lelièvre. Avant de déposer le corps dans un cercueil en bois, on a prélevé un pied... en vue de relique? Peut-être!
Après tous les gestes religieux et légaux, les gens ont pu défiler et voir de près ce prêtre au cœur de feu, qui a prêché, durant 50 ans, la miséricorde infinie du Sacré-Cœur et converti des milliers de personnes. Il avait le don de toucher les cœurs les plus endurcis.
Né en Bretagne en 1876, il arrivait à Québec en 1903, comme vicaire à la paroisse Saint-Sauveur. En 1925, il fondait la maison Jésus-Ouvrier. L'œuvre survit toujours et est devenue un centre de ressource spirituel très fréquenté.
L'événement de cette exhumation n'avait pas été annoncé dans les journaux. Jésus-Ouvrier aurait été complètement débordé, vu le souvenir encore bien vivant du père Lelièvre surtout à Québec. On s'est limité à des invitations restreintes aux amis de l'œuvre et du père Lelièvre. Il est quand même venu 200 personnes qui, en procession, ont accompagné le corps vers le mausolée qu'on lui a préparé, au rez-de-chaussée de Jésus-Ouvrier, où les gens pourront venir se recueillir et demander des grâces. Les journaux du 21 août, de Québec (et même de Montréal) en ont parlé. Le Journal de Québec titrait : "Le père Lelièvre est sorti de la terre."

Alphonse Nadeau 

Oblat de Marie-Immaculée





-Mouvement Tradition Québec

mercredi 4 mars 2015

Les croix de chemin



Les croix de chemin sont très nombreuses au cours de la première moitié du XIXe siècle. Celle-ci s'élève sur le chemin de la Pointe-Lévis. Plessis, en 1818, consent à ce que l'on construise des calvaires «pourvu que le crucifix soit bien fait et non avec une figure ridicule comme il en sort quelques fois des adeptes de l'école de Saint-Vincent» Il ajoute qu'il «faudra exclure tous ces attributs dont on charge quelquefois la croix des grands chemins en campagne; tels que la lune, le soleil, la main, l'éponge, le roseau, etc.»
Nos racines, numéro 78, p.1555, les éditions T.L.M. 1979

lundi 2 mars 2015

Victoire canadienne ou française?


Carillon, victoire canadienne ou française? C'est une question qui semble indiscrète ou tout au moins curieuse pour ceux qui ne vont pas au tréfonds des choses. Mais quand on sait que MM. de Vaudreuil et de Montcalm ne s'entendaient pas du tout et qu'il y avait rivalité entre les officiers des régiments réguliers et les officiers des troupes de la colonie, presque tous Canadiens, la question est naturelle.

Crémazie, dans son immortel poème Le drapeau de Carillon, semble donner toute la gloire de la journée de Carillon aux troupes canadiennes:

Songez-vous quelquefois à ces temps glorieux
Où, seuls, abandonnées par la France, leur mère,
Nos aïeux défendaient son nom victorieux
Et voyaient devant eux fuir l'armée étrangère?
Regrettez-vous encore ces jours de Carillon
Où, sous le drapeau blanc enchaînant la victoire
Nos pères se couvraient d'un immortel renom
Et traçaient de leur glaive une héroïque histoire?

Mais les poètes ne sont pas tenus à la vérité, toute la vérité, comme les historiens. Ceux-ci doivent mettre de côté leurs préférences, presque leur patriotisme, pour s'en tenir aux faits vrais, prouvés par des pièces irréfutables. Les poètes, eux, s'élancent dans les nues, un peu comme les oiseaux qui nous font entendre leur plus beaux chants même quand le cruel chasseur les tient au bout de son fusil.

A Carillon, les régiments de La Sarre, Royal-Roussillon, Guyenne, Berry, Béarn, tout comme les Canadiens, combattaient pour le roi de France, mais la question est de savoir si la victoire fut remportée par les Français, c'est-à-dire par les soldats des régiments de Montcalm, ou par les troupes de la marine, composées en presque totalité par des Canadiens.

La vérité nous force à dire que la bataille de Carillon fut une victoire française.

L'historien de Montcalm, sir Thomas Chapais, nous donne la composition des troupes dans les environs de Carillon, le 8 juillet 1758: brigade de la Reine: la Reine, 345 hommes; Béarn, 410 hommes; Guyenne, 470 hommes - brigade de La Sarre: La Sarre, 460 hommes; Languedoc, 426 hommes - brigade de Royal-Roussillon: Royal-Roussillon, 480 hommes; 1er bataillon de Berry, 450 hommes; 2eme bataillon de Berry, ... hommes - Troupes de la marine, 150 hommes - Canadiens (milices), 250 hommes - Sauvages, 15 hommes. Ce qui faisait un total de 3506 hommes. De sorte qu'on peut estimer l'armée de Montcalm le jour de Carillon à moins de 4000 hommes. Là-dessus, le nombre des Canadiens tant des troupes de la marine que des milices devait être au-dessous de 500 officiers et soldats.

Il faut donc avouer que la bataille de Carillon fut plutôt une victoire française. Assez d'officiers et soldats des régiments de La Sarre, Royal-Roussillon, Guyenne, Berry et Béarn versèrent leur sang à Carillon pour qu'on ne leur enlève pas une parcelle de la gloire qui leur appartient.

Ceci ne veut pas dire toutefois que les Canadiens n'eurent pas leur part de gloire à Carillon. Dans son rapport officiel au gouverneur de Vaudreuil, le marquis de Montcalm prend la peine de mentionner leur vaillance. Etait-il sincère? Espérons-le.



-Pierre-Georges Roy, Toutes petites choses du régime français, 1944.