mardi 17 janvier 2017

Formation Tradition Québec - Courte instruction sur la Révolution



Division de la conférence :
  • Genèse historique
  • Genèse intellectuelle
  • Incarnation de la Révolution
  • Moyens de combattre

Genèse historique :

« Il y a dans la Révolution française, un caractère satanique qui la distingue de tout ce qu’on a vu et peut-être de tout ce qu’on verra. » Comte Joseph de Maistre (1753-1821), 1797, soit en pleine Révolution.

La Révolution, du latin revolvo «ramener en arrière » (pour déplaire à nos bien-pensants), en français plus souvent entendu comme un renversement d’un ordre, est bel et bien d’un caractère satanique et c’est ce que je vais tenter de démontrer dans cette courte conférence.Notre-Seigneur a dit aux juifs qu’ils « sont les fils du diable et qu’ils font son œuvre ». L’œuvre du démon, étant de séparer l’homme de son Créateur, les juifs accomplissaient ce but en persécutant Notre-Seigneur.

Le premier révolutionnaire fut Lucifer lui-même. La théorie la plus admise est que les anges furent soumis à une sorte de test. On pense que cette épreuve fut celle d’accepter de se soumettre à un Dieu fait homme. Un Dieu fait homme, c’est-à-dire, le Verbe de Dieu incarné, Jésus-Christ. Le premier de tous, le plus beau, Lucifer se dressa et dit « NON SERVIAM : JE NE SERVIRAI PAS ». Lucifer vient de Lucem fero, « je porte la lumière ». On dit que le premier péché fut celui de l’orgueil, on le perçoit très clairement ici. L’ordre surnaturel et l’ordre naturel sont intimement liés. L’un reflète l’autre. Par conséquent, le péché d’orgueil de Lucifer a pris racine, sous son inspiration, dans le paradis terrestre avec le péché d’Adam. Dieu a dit « si vous mangez de ce fruit, vous mourez ». Effectivement, le péché, donc la révolution, est une voie de mort. Le serpent, symbole universel du mal, vénéré dans la totalité des sociétés païennes, explique à nos premiers parents qu’ils « seront comme des dieux » en mangeant de ce fruit. Enfin, le péché appelle le châtiment : Dieu punit nos premiers parents en les chassant du paradis terrestre. La mort est promise à l’homme. Il travaillera à la sueur de son front, il travaillera le sol. La femme enfantera dans la douleur, etc. etc. Dans tout châtiment juste, il y a une miséricorde : Dieu promet à l’humanité un Rédempteur. Depuis, si l’homme veut se sauver, il doit faire son devoir d’état, ce qui nécessite en quelque part un « travail à la sueur de son front », un effort. L’ordre naturel est maintenant scellé. Dieu relève l’humanité en entier, mais particulièrement l’homme avec Jésus-Christ, dit le Premier Né, le nouvel Adam. Pour la femme, Dieu installe une « inimitié entre sa postérité et ta postérité (celle du démon). Tu la mordras au talon et elle t’écrasera la tête ». C’est ici la première mention de la future sainte Vierge, préservée de la postérité du démon (le péché originel). On dira qu’elle est la nouvelle Ève, telle qu’elle aurait dû être si elle n’était pas tombée. C’est pourquoi on dit que la sainte Vierge est Immaculée Conception. Nous y reviendrons.

Un certain nombre d’années plus tard, la contre-révolution débute dans la plus grande humilité (caractéristique éternelle de la Vérité) dans la maison de la sainte Vierge Marie. L’ange lui apparaît et lui annonce qu’elle mettra au monde un Sauveur. Le monde retient son souffle, est en suspens. Va-t-elle s’enorgueillir? Évidemment non. Fiat mihi secundum verbum tuum! Qu’il me soit faite selon votre parole! Le Verbe de Dieu, seconde personne de la très sainte Trinité s’incarne, avec pour but de réconcilier l’homme avec son Créateur. But éminemment contre-révolutionnaire.

Genèse intellectuelle

Vous connaissez les grandes lignes de l’histoire sainte, passons. Les siècles avancent, c’est le début des hérésies. La première, l’hérésie gnostique, inspirée par certains initiés. Passe l’arianisme, le nestorianisme, le catharisme. Les hérésies ont été combattues efficacement par l’Église. L’hérésie, en ce qu’elle change les dogmes, modifie les rapports avec la société civile. Prenez les cathares : imprégnés de gnose, la chair est mauvaise, et conséquemment, ils mènent une vie complètement dissolue. Hautement nocif pour une société. On comprend la nécessité de combattre.
Tôt ou tard, la pensée subversive pénètre chez les ecclésiastiques. Le démon déteste Dieu, son Eglise ainsi que l’homme. L’Église doit être renversée pour que la Révolution s’accomplisse pleinement. Évidemment, pour que la Révolution soit possible, tant dans la société civile que dans l’Église, il a été nécessaire de renverser, de révolutionner la pensée traditionnelle, c’est-à-dire la scolastique. 

Ici je n’expliquerai pas pourquoi mais disons simplement qu’au XIVeme siècle la scolastique était décadente, coupant les cheveux en 4.

Jean Duns Scot (1266-1308), théologien franciscain, natif de l’Ecosse comme l’indique son
Jean Duns Scot
patronyme. C’est un esprit critique : venu à la fin du XIIIeme siècle et trouvant achevés les œuvres des scolastiques, son premier but est d’en éprouver la valeur. Sur chaque question, il examine les opinions diverses de ses devanciers. Ce qu’il met en lumière, ce n’est pas, comme saint Thomas, la part de vérité qui concerne sa thèse, mais plutôt les divergences, qu’il examine afin de conclure en quel sens il convient de chercher la vérité. D’où la place très grande de l’analyse dans ses œuvres et d’innombrables subdivisions dans son raisonnement. Quant à la réalité, pour Duns Scot, elle est formée d’individus défendant uniquement la liberté divine, ce qui entraîne chez lui le primat de la volonté sur l’intelligence, en Dieu comme en l’homme. Ainsi il dit « Dieu aurait pu ne pas interdire le vol », la morale n’étant pas issue de la réalité perceptible mais de la simple volonté de Dieu (repris par l’hérésiarque Alfred Loisy (1857-1940), moderniste excommunié par saint Pie X).


Scot a déjà rencontré Eckhart (1260-1328), appelé maître par ses fidèles. Pour ceux qui le connaissent, ce dernier était plus ou moins gnostique. En tout cas, certaines propositions ont été condamné de son vivant par le pape. Scot rapporte que la disputatio (débat théologique) entre son propre maître et Eckhart l’a grandement impressionné. Entre parenthèses, on voit que les idées étranges viennent soit d’Allemagne, soit d’Angleterre.

Vient ensuite son élève, un autre bon Anglais, Guillaume d’Occam (1280-1347). Franciscain, surnommé par ses partisans le Doctor invincibilis. Soupçonné d’hérésie de son vivant, il s’attaque à l’autorité pontificale. Il soutient le nominalisme. Disons qu’il inaugure le « avant moi tout le monde était imbécile », formule qui sera reprise très souvent jusqu’à aujourd’hui. L’excès de Scot en appelant un autre, Occam prive de réalité tout ce qui n’est pas individué, il retira à la foi tout soutien rationnel. Il aura permis à la raison de vagabonder toute seule. Conservant de l’enseignement de Duns Scot la primauté de la volonté sur l’intelligence, il passa sa vie à affirmer obstinément l’indépendance totale du pouvoir séculier à l’égard du pouvoir spirituel et l’indépendance de la foi à l’égard de la connaissance. Grosso modo il fait surgir à nouveau un faux débat, réglé par saint Thomas, en séparant science et foi. Divisant l’un et l’autre, il balbutie pour la première fois la laïcité. Le pape Jean XXII lui intente un procès pour hérésie. Enfermé en Avignon, il s’enfuit à Munich – encore les Allemands – chez Louis de Bavière. Tout le reste de sa vie il écrira contre le pape, le pouvoir spirituel, en affirmant que le pouvoir laïc est absolu. Il contesta même le pouvoir de l’autorité religieuse pour interdire les mariages consanguins. Son influence est déterminante : Hobbes, Locke, Luther, la franc-maçonnerie, etc. etc.

Sautons les époques. Occam influence Luther. Luther (1483-1546) sort de son chapeau la « sola Scriptura », l’Ecriture seule à la lumière de la raison personnelle, du jugement propre de l’homme. Il dit « exit l’autorité de l’Église et le magistère, je déciderai moi-même » et en fait son cheval de bataille. Luther exalte la raison de l’homme. Moi, Martin Luther, je retranche plusieurs livres de la Bible et je décrète que tels et tels sont saints. Il ne fait pas que supprimer des livres entiers, il retranche plusieurs passages de ceux qu’il conserve. Évidemment dans le protestantisme, seule la foi sauve. Et bon la foi c’est vous seul qui jugez ou non si vous l’avez. La sentence de Luther est sans appel : « Pèche, pèche mais crois encore plus ».

Le dernier est Descartes (1596-1650). Influencé par les précédents mous du genou, Descartes
René Descartes
formule le « tabula rasa », table rase. Influencé par la gnose et les Rose-Croix, rosicrucien lui-même, il formule le « Je pense donc je suis » : résumons par la pensée précède la réalité. Digne de la kabbale juive et des plus profondes élucubrations gnostiques, il met sur papier la doctrine de la gnose. Certains disent qu’il avait pour simple but de recenser le dit savoir initiatique/ésotérique de son époque. Toujours est-il, avec Descartes vous avez tout : Kant, Hegel, Marx, l’école de Francfort, etc. En poussant plus loin, il est le père de la théorie du genre. Héritier de tous ceux mentionnés ci-dessus, il débute son « Discours de la Méthode » en déclarant la scolastique décadente. Descartes, lui aussi, reprend le « avant moi tous des imbéciles » en insinuant que rien n’est certitude donc je me ferai moi-même mes propres certitudes. Quoi que, dans son système de doute méthodique, peut-on arriver à une vraie certitude? Voilà en quoi il a une grande influence sur tous ceux qui suivront.

Descartes aura pour opposant le célèbre Bossuet (1627-1704), évêque de Meaux et précepteur royal. Reste qu’en dehors de l’Aigle de Meaux, Descartes n’aura pas d’opposants avant le XIXeme siècle. Il sera enseigné dans les collèges jésuites et dans les grandes écoles. Nommez tous les révolutionnaires, ils ont tous passé chez les jésuites. C’était tel en France. Est-ce que les collèges jésuites canadiens en furent exceptés? On sait que Papineau (1786-1871), qui a fréquenté le collège jésuite de Montréal, a perdu la foi quand il était enfant et qu’il était un lecteur assidu de Voltaire et consorts.

Incarnation de la Révolution

Vous avez tout le ramassis d’idées folles nécessaires pour former un « nouvel ordre ». La Révolution française est l’incarnation (au terme étymologique, prendre chair) de toutes ces idées. Depuis, la Révolution avance et doit tout renverser. Mgr Gaume (1802-1879) dit :

« Si, arrachant son masque, vous lui demandez : qui es-tu ? Elle vous dira :Je ne suis pas ce que l’on croit. Beaucoup parlent de moi et bien peu me connaissent. Je ne suis ni le carbonarisme... ni l’émeute... ni le changement de la monarchie en république, ni la substitution d’une dynastie à une autre, ni le trouble momentané de l’ordre public. Je ne suis ni les hurlements des Jacobins, ni les fureurs de la Montagne, ni le combat des barricades, ni le pillage, ni l’incendie, ni la loi agraire, ni la guillotine, ni les noyades. Je ne suis ni Marat, ni Robespierre, ni Babeuf, ni Mazzini, ni Kossuth. Ces hommes sont mes fils, ils ne sont pas moi. Ces choses sont mes œuvres, elles ne sont pas moi. Ces hommes et ces choses sont des faits passagers et moi je suis un état permanent.Je suis la haine de tout ordre que l’homme n’a pas établi et dans lequel il n’est pas roi et Dieu tout ensemble. Je suis la proclamation des droits de l’homme sans souci des droits de Dieu. Je suis la fondation de l’état religieux et social sur la volonté de l’homme au lieu de la volonté de Dieu. Je suis Dieu détrôné et l’homme à sa place (l’homme devenant à lui-même sa fin). Voilà pourquoi je m’appelle Révolution, c’est-à-dire renversement… » 
Mgr Gaume - La Révolution, Recherches historiques

La Révolution doit tout renverser. Vous le percevez bien, elle ne s’est pas contentée du mariage homosexuel en 2005, non, elle veut toujours plus. Elle n’aura de cesse lorsque la société entière sera déchristianisée, dénaturée de fond en comble. Maintenant c’est les « 21 identités sexuelles », enlever le genre masculin comme prédominant dans le langage, les OGM (jouer aux sorciers avec la Création), abolir les restes de la famille traditionnelle, déculturer ce qu'il demeure de culture (il n'y a pas de culture sans culte) chez les peuples, etc.

Moyen de combattre

Le seul moyen de combattre efficacement ce flot incessant de boue est d’être profondément contre-révolutionnaire, c’est-à-dire catholique. Renouer avec les principes qui firent notre civilisation grande. On dit que l’esprit français est absolu : s’il est bon, il sera le meilleur; s’il est mauvais, il sera le pire. La corruption du meilleur est la pire, dit le proverbe. La civilisation latine, catholique, a rayonné dans l’univers, civilisé le monde. La Pax Christi a succédé à la Pax Romana, et ce de façon hautement plus efficace. La Pax Romana impose la paix par les armes, la Pax Christi crée la paix dans les cœurs.

Marie Immaculée
Le révolutionnaire crie « NON SERVIAM » et court à la l’abattoir bouffi d’orgueil. Le chrétien, lui, se met à genoux devant le Dieu Éternel et Créateur et récite son Confiteor.

Dans ce combat, faisons appel à la sainte Vierge, Marie Immaculée, première des créatures de Dieu. Marie sans tache. Aimons à prononcer : « O Marie conçue sans péché, priez pour nous qui avons recours à vous ». Par son Fiat, elle est la patronne de la contre-révolution.

« Ayez confiance, j’ai vaincu le monde », nous a dit le Verbe Incarné. Notre-Dame nous a promis qu’à la fin, son Cœur Immaculé triomphera. Et s’il faut verser son sang, comme le firent les illustres martyrs de la sainte Eglise, bien faisons-le joyeusement, car « le sang des martyrs est source de chrétiens ». La Révolution a déjà perdu, ce n’est qu’une question de temps. En nom Dieu les hommes de bien combattront et Messire Dieu donnera la victoire.


-Etienne Dumas
Mouvement Tradition Québec 

lundi 9 janvier 2017

Révélation versus Révolution

Deux puissances vivent et sont en lutte dans le monde moderne: la Révélation et la Révolution. Ces deux
puissances se nient réciproquement, voilà le fond des choses.

La lutte a donné naissance à trois partis:

1. Le parti de la Révélation, ou parti du Christianisme. Le parti Catholique en est la tête si élevée au-dessus des ignorances et des bassesses contemporaines, qu'elle semble n'avoir pas de corps ; mais cependant ce corps, souvent presque invisible, existe, et il est même le plus réellement puissant qui soit sur la terre, parce que, indépendamment du nombre, il est le seul qui possède véritablement cette force incomparable et surhumaine qu'on appelle la Foi.

2. Le parti Révolutionnaire, dont les écoles dites libérales ne sont que les masques indécis et la parole changeante et hypocrite.

3. Le Tiers-Parti, qui prétend tenir des deux autres et qui se croit de force à les concilier. Le Tiers-Parti se nomme l'Éclectisme et il est la Confusion, c'est-à-dire l'Impuissance.


Par cela même que le Tiers-Parti adopte la Révolution, il nie le Christianisme, dont la Révolution est la contradiction absolue et la négation formelle. Par cela même que le parti Catholique est l'affirmation de la vérité chrétienne, il nie la Révolution qui est le mensonge anti-chrétien ; il nie le Libéralisme et l'Éclectisme, qui ne sont, chez la plupart, que l'hypocrisie de ce mensonge, et chez un certain nombre que le résultat de ses séductions. Le parti Catholique les nie. Nous les nions comme nos pères ont nié l'idolâtrie, l'hérésie et le schisme ; nous les nions dussions-nous périr ; et  nous savons que si nous périssons en ce combat nous ne serons pas vaincus.

C'est sous le drapeau du Tiers-Parti, dans la Confusion, dans l'Impuissance que le Libéralisme catholique expose ses combinaisons prétendues conciliatrices, partout mal accueillies, fréquemment repoussées avec dérisions. Les chrétiens, qui ont leur conception dogmatique et leur pratique historique de la liberté, ne veulent pas de ses systèmes compliqués et louches à tant d'égards ; les révolutionnaires, les libéraux et les éclectiques, qui prétendent avoir leur christianisme, le renvoient à son église, dont il n'a pas secoué le joug. Ils lui rappellent que son église ne l'avoue pas, que même elle l'avertit de prendre garde. Ils lui signifient que son église n'est pas la leur : dans leur église à eux, les chrétiens ne peuvent entrer que par la porte de l'apostasie.


-Louis Veuillot, L'illusion libérale. Editions Dismas. 1986. Pp. 55-56.