dimanche 10 novembre 2019

Discussion sur l'infaillibilité du souverain pontife

I - DÉFINITION DE L'INFAILLIBILITÉ PONTIFICALE.

Le Laïque. - Je serais bien aise, M. le Théologien, d'obtenir de vous quelques éclaircissements au sujet de l'infaillibilité pontificale dont on fait tant de bruit aujourd'hui. J'ai lu des journaux plus ou moins mauvais, et cette lecture a jeté quelques doutes dans mon esprit: dissipez-les; vous parlez à un homme qui n'a fait que de légères études, et qui n'est ni théologien ni philosophe.

Le Théologien. - Je comprends votre pensée. Je vais m'efforcer, soyez-en sûr, de vous tenir un langage simple et précis. Je me conformerai ainsi à votre désir, ne voulant pas d'ailleurs m'étendre dans de longues explications, à moins que vous ne m'en fassiez la demande.

Le Laïque. - Eh bien, commençons. Dites-moi d'abord ce qu'il faut entendre par infaillibilité pontificale.

Le Théologien. - L'infaillibilité pontificale est un privilège accordé par Jésus-Christ au Souverain Pontife. En vertu de ce privilège, le chef de l'Eglise, parlant ex cathedra, même en dehors de l’Épiscopat, ne peut errer dans son enseignement en matière de foi et de morale.

Le Laïque. - C'est précisément ainsi que je comprends l'infaillibilité. Mais comme je travaille à m'en faire une idée claire, expliquez-moi le sens de chacune de vos phrases; et d'abord, que veut-on dire par parler ex cathedra?

Le Théologien. - Le mot chaire, cathedra, représente le magistère ou pouvoir d'enseigner avec autorité. Lors donc que le Vicaire de Jésus-Christ parle ex cathdra, il s'exprime comme maître et docteur de l'Eglise universelle. Il faut distinguer dans le Pape deux personnes tout à fait distinctes : la personne privée et la personne publique. L'infaillibilité lui est conférée en tant qu'il est homme public, c'est-à-dire en tant qu'il exerce les fonctions de Pape, en instruisant les peuples dans la foi et les conduisant comme souverain pasteur dans les pâturages de la vérité et les sentiers du salut.

Le Laïque, - Comment peut-on avoir si le Pape parle comme homme public, et non comme homme privé?

Le Théologien. - Je vous dirai à mon tour : A quelles marques reconnaissez-vous qu'un roi, par exemple, parle à ses sujets comme souverain et non comme simple particulier? Par la solennité de l'acte. S'il sanctionne une loi ou pot-te un décret, s'il édicte telle ou telle peine, vous comprenez immédiatement qu'il parle en souverain. Faites l'application. Lorsque le Souverain Pontife s'exprime par des bulles, des décrets, des lettres, des constitutions apostoliques; quand il ad reste une allocution aux cardinaux réunis en consistoire, les expressions dont il se sert, prouvent qu'il parle ex officio, en vertu de son autorité suprême. Il est évident qu'il agit alors comme homme public, c'est-à-dire comme Pape. Il en serait autrement si, par exemple, il écrivait une lettre de félicitations, composait un traité de théologie ou exprimait purement et simplement sa manière de voir sur un point quelconque. Dans ces cas, il parlerait comme homme privé, comme un simple docteur. Il agirait comme un prince qui s'entretient avec ses amis ou livre à la publicité un traité de philosophie ou de droit civil.

Le Laïque. - Je comprends le mot ex cathedra, Maintenant dites-moi ce qu'il faut entendre par ces autres paroles : en matière de foi et de morale.

Le Théologien. - Ces mots signifient que le Pape est infaillible dans tout ce qui concerne la foi, comme la proclamation du dogme de l'Immaculée Conception de Marie, et dans tout ce qui a rapport à la morale, comme la condamnation portée contre le duel et les sociétés secrètes.

Le Laïque. - En résumé, le Pape est infaillible, lorsqu'il définit que telle ou telle vérité est article de foi, que telle ou telle action est péché mortel.

Le Théologien. - N'admettre l'infaillibilité que dans ces cas, ce serait par trop en restreindre le domaine. Quand le Pape canonise un saint ou qu'il approuve la règle d'un ordre religieux, dites-moi, peut-il alors se tromper?

Le Laïque. - Je ne le pense pas.

Le Théologien. - Sans doute; car s'il se trompait, il en résulterait cette absurdité que les fidèles seraient tenus d'honorer comme ami de Dieu celui qui en serait peut-être éternellement l'ennemi, et de croire excellente une manière de vivre peut-être vicieuse et digne de réprobation.

Le Laïque. - En quoi donc le Pape est-il infaillible?

Le Théologien. - Le Pape est infaillible dans tout ce qui est du domaine du dogme et de la morale ; c'est-à-dire dans la définition de tout ce que les fidèles doivent croire et pratiquer, pour parvenir au salut éternel. Voilà ce qu'on entend par matière de foi et de mœurs. En cela, le Souverain Pontife jouit de la même infaillibilité que l'Eglise elle-même, dont il est le guide et le docteur. Dans d'autres circonstances purement particulières, et sans aucun rapport soit avec la foi soit avec la morale chrétienne (par exemple, une sentence judiciaire, une application spéciale de discipline ecclésiastique), le Pape peut se tromper et payer, comme un autre fils d'Adam, son tribut à la faiblesse humaine.

Le Laïque. - Si le Pape peut se tromper, il s'en suit qu'il peut pécher. L'infaillibilité ne le rend donc pas impeccable?

Le Théologien. - Des hommes mal intentionnés, poussés par le désir de jeter malicieusement le trouble dans l'esprit des simples, ont confondu à dessein l'infaillibilité avec l'impeccabilité, confusion dont la bizarrerie est facile à reconnaître. L'infaillibilité, avons-nous dit, suppose dans le Pape l'exemption de toute erreur dans les prescriptions qu'il adresse aux fidèles sur ce qu'ils doivent croire et pratiquer, pour arriver à la vie éternelle. Pourquoi dès lors parler ici de l'impeccabilité, qui concerne uniquement les actes personnels du pontife et ne regarde nullement ceux des fidèles. Le Pape, comme homme, a son libre arbitre, et peut, par conséquent, dans ses actions s'écarter de la loi divine ou s'y conformer. Mais, qu'il soit en état de grâce ou en état de péché, il ne peut se tromper lorsqu'il parle aux fidèles, en la qualité de chef et de docteur universel. Cette inerrance n'a pas pou~ cause l'excellence de son esprit et la bonté de son cœur, mais uniquement l'assistance divine, qui ne permet pas que le Souverain Pontife tombe en pareil cas dans une erreur quelconque.

Le Laïque. - Comment peut-on concilier l'assistance divine avec l'état de péché?

Le Théologien. - La chose est très-facile. Cette assistance divine est bien différente de la grâce sanctifiante, qui est inconciliable avec le péché et que le péché fait perdre. Suivant l'expression théologique, elle est une grâce, gratis data, un don fait gratuitement par Dieu, non pas précisément pour le bien du Vicaire de Jésus-Christ, mais pour celui de l'Eglise, et qui, encore une fois, n'est attaché qu'à l'exercice de l'autorité pontificale. Donnons un exemple pour plus de clarté. Un simple prêtre peut être un grand pécheur, et cependant, lorsqu'il célèbre le saint sacrifice de la messe et qu'il prononce les paroles de la consécration, il change le pain et le vin au corps et au sang de Notre-Seigneur. Pourquoi cela? Parce que le pouvoir de consacrer lui a été accordé par la réception du sacrement. de J'Ordre, et sa sainteté personnelle n'y est absolument pour rien. Il en est de même, proportion gardée, dans le cas dont il s'agit ici. Quelles que soient les qualités personnelles du Pape, quand il exerce ses fonctions comme chef suprême de l'Eglise, Dieu intervient pour le préserver de l'erreur, comme il intervient pour opérer la transsubstantiation par les paroles sacramentelles.

Le Laïque. - Au moins devrons-nous dire que le Pape, comme homme privé, ne peut pas se tromper en matière de foi. Autrement, s'il pense mal, comment peut-il enseigner bien?

Le Théologien. - Nous en sommes toujours à ne pas bien saisir la cause de l'infaillibilité de l'enseignement pontifical. Vous supposez que dans le Pontife cette inerrance est l'effet de sa manière juste de penser, et non de l'assistance surnaturelle de Dieu. D'après de graves théologiens, Dieu ne saurait permettre que le Pape, même comme homme privé, devienne hérétique. C'est une pieuse croyance, et j'avoue qu'elle est la mienne. Elle n'est pas nécessaire du reste dans la question qui nous occupe. Il pourrait arriver qu'un Pape eût dans son for intérieur des idées fausses en matière de foi; mais quand il s'adresse aux fidèles, il ne peut pas ne pas s'exprimer d'une manière conforme à l'orthodoxie, Cette manière de parler ne provient pas de sa manière judicieuse de penser, mais uniquement de l'Esprit-Saint qui le dirige. Revenons à l'exemple du simple prêtre. Quand il a l'approbation de son Évêque, vous pouvez être certain d'être en état de grâce, si, après une bonne confession de vos péchés, vous en recevez l'absolution. Et cependant ce même prêtre pourrait lui-même ne pas être en état de grâce. La grâce que vous recevez, n'est pas l'effet de celle du confesseur, mais de la vertu divine qui vous la confère par le moyen de l'absolution sacramentelle. Il en est absolument de même ici. L'exclusion de l'erreur dans l'enseignement pontifical est l'effet de l'assistance divine, et non de la droiture d'esprit du Pontife. Rappelez-vous ce passage de l'Evangile, où S. Jean fait mention du conseil tenu par les Pharisiens, pour délibérer au sujet de Jésus-Christ. Caïphe se lève au milieu d'eux et propose de le mettre à mort par cette sentence qu'il prononce : " Il est avantageux qu'un homme périsse seul pour le peuple, et que la nation entière ne périsse pas. " L’Évangéliste ajoute : « Caïphe ne prononça pas ces paroles d'après sa propre inspiration; il était Pontife cette année-là; il prophétisa que Jésus mourrait pour le salut du peuple (1). " Voyez donc : le grand-prêtre n'était pas seulement un pécheur, mais il péchait encore en cette occasion. De plus, Caïphe avait l'esprit rempli d'erreurs sur la personne du Christ; et néanmoins, parce qu'il était Pontife, l'Esprit-Saint lui inspira des paroles prophétiques, et il prononça contre le Christ une sentence véridique. Il en est de même ici. Qu'un Pape ait des pensées erronées, Dieu, encore une fois, ne permettrait jamais que, s'adressant à l'Eglise, il prononçât une parole contraire à l'orthodoxie.

Le Laïque. - Caïphe ne comprenait pas le sens de ses paroles, lorsqu'il disait vrai, tout en voulant dire le contraire. Mais le Pape, en parlant, comprend ce qu'il dit, et ses expressions sont en parfait accord avec sa volonté; il n'agit donc pas comme un automate, mais comme un homme raisonnable.

Le Théologien. - Peu importe; la cause, c'est-à-dire l'intervention divine, n'en est pas moins la même. Lorsque le Pontife juif parla, Dieu intervint, et fit dire à Caïphe tout le contraire de sa pensée. Le Pontife Romain a-t-il à parler, Dieu intervient, et lui fait dire exactement ce qu'il doit dire; il l'empêche de tomber dans l'erreur, soit par inadvertance soit par malice. Dieu est aussi puissant que fidèle. Si le Vicaire de Jésus-Christ, appuyé sur les promesses qui lui ont été faites, soutient l'Eglise par son enseignement, ces promesses, croyez-le, recevront toujours leur entier accomplissement.



Infaillibilité pontificale - Dialogue entre un catholique laïque & un théologien romain. Librairie Adrien Le Clere et cie. 1870. Paris. P. 5-11.

mercredi 14 août 2019

Harmonie entre Foi et Raison

Une nouvelle chaîne d'apologétique : Le juste vit de la Foi. Début d'un travail, qui nous l'espérons, sera fécond. Ad multos annos!



mardi 2 juillet 2019

Sermon de la fête de saint Jean-Baptiste 2019 : Tuer saint Jean-Baptiste?



Sermon de monsieur l'abbé Damien Dutertre, prononcé à Drummondville lors de la messe de la fête de saint Jean-Baptiste (24 juin 2019), patron des Canadiens-français.



mercredi 26 juin 2019

La philosophie religieuse des modernistes : l'immanence vitale

§ II. — Immanence vitale.

Suite de la partie I

D.D'après ce que vous vêtiez de dire, « l'agnosticisme n'est que le côté négatif dans la doctrine des modernistes. » Quel en est donc le côté positif?
R. — « Le côté positif est constitué par ce qu'on appelle l'immanence vitale. »

D.Comment les modernistes passent-ils donc de l'agnosticisme à l' immanentisme?
R. — Ils passent de l'un à l'autre en la manière que voici : Naturelle ou surnaturelle, la religion, comme tout autre fait, demande une explication. Or, la théologie naturelle une fois répudiée, tout accès à la révélation fermé par le rejet des motifs de crédibilité, qui plus est, toute l’élévation extérieure entièrement abolie, il est clair que, cette explication, on ne doit pas la chercher hors de l'homme. C'est donc dans l'homme même qu'elle se trouve, et comme la religion est une forme de vie, dans la vie même de l'homme. Voilà l'immanence religieuse. »

D.Je comprends que les modernistes, partisans de l'agnosticisme, ne puissent chercher que dans l'homme et dans la vie même de l'homme l'explication de la religion. Et maintenant, pour expliquer cette immanence vitale, qu'assignent -ils comme premier stimulant et première manifestation de tout phénomène vital, en particulier de la religion?
R. — Tout phénomène vital — et, on l'a dit, telle est la religion — a, pour premier stimulant, une nécessité, un besoin ; pour première manifestation, ce mouvement du cœur appelé sentiment.

D.D'après ces principes, où est le principe de la foi et partant de la religion?
R. — « Il s'ensuit, puisque l'objet de la religion est Dieu, que la foi, principe et fondement de toute religion, réside dans un certain sentiment intime, engendré lui-même par le besoin du divin. »

D.Ce besoin du divin est-il du moins, selon les modernistes, du domaine de la conscience?
R. — « Ce besoin, ne se trahissant que dans de certaines rencontres déterminées et favorables, n'appartient pas de soi au domaine de la conscience. »

D.Où gît donc, d'après eux, ce besoin du divin?
R. — « Dans le principe, il gît au-dessous, et selon un vocable emprunté de la philosophie moderne, dans la subconscience, où il faut ajouter que sa racine reste cachée, entière- ment inaccessible à l'esprit.



-Père Jean-Baptiste Lemius, Catéchisme sur le modernisme. 1907. P. 9-10.

samedi 8 juin 2019

Neuvaine patriotique à saint Jean-Baptiste 2019

Cliquez sur l'image pour l'élargir.

Comme à tous les ans, Tradition Québec vous convie à vous joindre à cette grande neuvaine à saint Jean-Baptiste, patron des canadiens-français.

Quoi faire? 

Récitez dévotement chaque jour, du 15 au 23 juin, cette prière adressée au saint patron de notre peuple.

Pourquoi? 

Le peuple canadien-français gît dans la misère, dans la décadence et le péché. Notre patrie fut jadis grande parmi les nations catholiques. Maintenant, elle est à l'avant-garde de ce qu'on appelle la Révolution, c'est-à-dire le renversement de l'ordre naturel établi par Dieu.

Compatriotes Québécois, rappelez-vous des labeurs, des souffrances, ainsi que des gloires de nos ancêtres. Reprenez votre vrai nom de Canadien-français, chassez tout ce qui est contre-nature, pervers, blasphématoire, gauchiste, anti-civilisationnel de votre vie. Renouez avec votre identité et votre culture. Soyez des Canadiens-français, de dignes descendants des Français qui ont colonisés cette terre afin d'y apporter la Lumière de la Foi dans le Nouveau Monde.


Texte de la neuvaine


Ô Saint Jean-Baptiste,
illustre Précurseur du Messie, vous que le Sauveur a proclamé
le plus grand parmi les enfants des hommes,
et que Notre Saint Père le Pape Pie X
a donné pour patron spécial aux Canadiens Français ;
vous avez merveilleusement préparé,
par votre vie austère, pénitente et tout angélique,
les voies au Règne de l'Agneau Rédempteur.


Nous vous en supplions, daignez nous obtenir la grâce
de marcher sur vos pas glorieux,
de conserver la foi de nos pères,
de défendre avec zèle les intérêts de la Sainte Église catholique,
et de réaliser les desseins de la Divine Providence
sur chacun de nous, afin qu'après l'exil de cette vie,
nous puissions nous retrouver dans la Céleste Patrie,
pour y chanter les louanges du Roi éternel de tous les peuples,
pendant les siècles des siècles.


Ainsi soit-il.

mardi 7 mai 2019

La philosophie religieuse des modernistes : l'agnosticisme

§ I. — Agnosticisme. 

D. — « Pour commencer par le philosophe, quelle est la doctrine que les modernistes posent comme base de leur philosophie religieuse? 
R. — « Les modernistes posent comme base de leur philosophie religieuse la doctrine appelée communément agnosticisme. »

D. — Résumez la doctrine de l'agnosticisme? 
R. — « La raison humaine, enfermée rigoureusement dans le cercle des phénomènes, c'est-à-dire des choses qui apparaissent, et telles précisément qu'elles apparaissent, n'a ni la faculté ni le droit d'en franchir les limites ; elle n'est donc pas capable de s'élever jusqu'à Dieu, non, pas même pour en connaître, par le moyen des créatures, l'existence : telle est cette doctrine. »

D. — De cette doctrine, que concluent les modernistes? 
R. — « Ils infèrent deux choses : que Dieu n'est point objet direct de science ; que Dieu n'est point un personnage historique. »

D. — « Qu'advient-il, après cela, de la théologie naturelle, des motifs de crédibilité, de la révélation extérieure ? »
R. — « Il est aisé de le comprendre. Ils les suppriment purement et simplement et les renvoient à l'intellectualisme, système, disent-ils, qui fait sourire de pitié, et dès longtemps périmé. »

D. — Se laissent-ils arrêter au moins par les condamnations de l'Eglise? 
R. — « Rien ne les arrête, pas même les condamnations dont l'Eglise a frappé ces erreurs monstrueuses. »

D. — Donnez sur ce point, à l'encontre du modernisme , la doctrine du Concile du Vatican? 
R. — « Car le Concile du Vatican a décrété ce qui suit : Si quelqu'un dit que la lumière naturelle de l'humaine raison est incapable de faire connaître avec certitude, par le moyen des choses créées, le seul et vrai Dieu, notre Créateur et Maître, qu'il soit anathème (1). Et encore : Si quelqu'un dit qu'il ne se peut faire, ou qu'il n'est pas expédient que l'homme soit instruit par révélation divine du culte à rendre à Dieu, qu'il soit anathème (2). Et enfin : Si quelqu'un dit que la révélation divine ne peut être rendue croyable par des signes extérieurs, et que ce n'est donc que par l'expérience individuelle ou par l'inspiration privée que les hommes sont mus à la foi, qu'il soit anathème (3). »

D. — « Maintenant, de l'agnosticisme qui n'est après tout qu'ignorance, comment les modernistes passent-ils à l'athéisme scientifique et historique, dont la négation fait au contraire tout le caractère ; de ce qu'ils ignorent si Dieu est intervenu dans l'histoire du genre humain, par quel artifice de raisonnement en viennent-ils à expliquer cette même histoire absolument en dehors de Dieu, qui est tenu pour n'y avoir point eu effectivement de part ? » 
R. — « Le comprenne qui pourra. Une chose, pour eux, parfaitement entendue et arrêtée, c'est que la science doit être athée, pareillement l'histoire ; nulle place, dans le champ de l'une comme de l'autre, sinon pour les phénomènes : Dieu et le divin en sont bannis. »

D. — « Quelles conséquences découlent de cette doctrine absurde, au regard de la personne sacrée du Sauveur, des mystères de sa vie et de sa mort, de sa résurrection et de son ascension glorieuse ? » 
R. — « C'est ce que nous verrons bientôt. »



-Père Jean-Baptiste Lemius, Catéchisme sur le modernisme. 1907. P. 7-9.


(1) De revel., can. I. 
(2) Ibid., can. II.  
(3) De Fide, can. III.

mardi 5 mars 2019

Exhortation à ceux qui sont zélés pour la foi de Jésus-Christ

Exhortation

A CEUX QUI SONT ZÉLÉS POUR LA FOI DE JÉSUS-CHRIST.


O fidèles, vous qui aimez Jésus-Christ, voyez la persécution que l'Eglise souffre de la part d'un si grand nombre d'incrédules, qui, non contents de se perdre tout seuls, s'efforcent encore par leurs écrits et par leurs discours de pervertir les autres et de les entraîner dans leur perdition; pour parvenir à ce but, ils répandent partout, même dans notre Italie, leurs livres pestiférés; les jeunes gens les lisent, ou par la curiosité d'entendre quelque chose de nouveau, ou par le désir d'une plus grande liberté dans leurs désordres, et s'imbibent ainsi de leur poison, pour se livrer sans réserve à tous les vices. Vous, de grâce, qui avez du zèle pour le bien de la foi, faites tous vos efforts par vos prédications, par vos remontrances, par l'instruction et par vos plaintes, pour extirper ce fléau du monde! Vous me direz que les forces humaines ne suffisent pas, et que le bras de Dieu est nécessaire pour remplir cette tâche. Ainsi il faudra donc que nous restions dans l'oisiveté, sans faire autre chose qu'observer et verser des larmes sur ces maux déplorables de l'Église? Si nos efforts ne sont pas assez grands pour y porter remède, Dieu peut bien l'y porter. Mais Dieu veut qu'on le prie. Il a promis d'exaucer les prières des hommes. Voilà ce que nous pouvons faire; voilà ce que nous devons faire : aux prédications, aux remontrances, aux instructions et aux plaintes; joignons les prières à Dieu, en le suppliant continuellement et en l'importunant, pour ainsi dire, par nos larmes, afin que sa miséricorde mette un terme à la destruction des âmes, que l'enfer fait de nos jour par ce moyen. Prions-le donc, et disons-lui avec David : (psaume. 79.)


-Saint Alphonse de Liguori



Tradition Québec vous souhaite à tous un saint carême!

vendredi 1 mars 2019

Une leçon de catéchisme sur l'infaillibilité

Q - Qu'est-ce que l'Infaillibilité du Pape?

La chaire de saint Pierre à Rome.
R. C'est le privilège par lequel, en vertu d'une perpétuelle assistance divine, le Pape est absolument préservé de toute erreur, lorsque, dans l'exercice de sa charge de pasteur suprême et de docteur de l'Église universelle, il enseigne aux fidèles ce qu'ils doivent croire ou pratiquer.

Q - Comment se prouve l'existence de ce privilège?

R. Il se prouve par l'idée même de la primauté qui appartient au Pape. Il est de foi, en effet, que le Pontife Romain exerce la primauté, c'est-à-dire une suprême autorité doctrinale et disciplinaire sur l'Église universelle, et sur chaque Église en particulier. Or, a dit Mgr Dupanloup, une autorité ne peut être souveraine en matière de foi, sans être infaillible.  Donc, en vertu de sa primauté, le Pape est infaillible. 

De plus la foi enseigne « que Notre-Seigneur Jésus- Christ a laissé sur la terre un homme qui fût son Vicaire visible et qui gouvernât l'Église, en qualité de Chef suprême, afin que tous les fidèles eussent recours à lui dans leurs doutes, et pussent obtenir une décision certaine, au sujet de la véritable doctrine, de manière à conserver dans toute l'Église une seule et même foi. Ce résultat n'aurait pu s'obtenir, si Dieu n'avait établi un Chef et Juge unique qui décidât d'une manière infaillible toutes les controverses, et à qui tous dussent se soumettre... Et saint Cyprien a émis cette pensée profondément vraie, que toutes les hérésies et tous les schismes sont provenus de ce qu'on n'obéit pas au prêtre de Dieu, et qu'on ne considère pas qu'il n'y en a qu'un dans l'Église qui soit ici-bas prêtre et juge à la place de Jésus-Christ. (Epistol. 55. ad Cornel.) » 
Ainsi parle saint Alphonse de Liguori, qui dans plusieurs de ses doctes ouvrages a solidement établi la vérité de l'infaillibilité du Pape.

Q. Mais est-il bien certain que le Sauveur ait conféré à saint Pierre l'infaillibilité de la foi?

R. Rien de plus certain. L'Évangile l'atteste dans trois textes précis :
1° lorsqu'il rapporte le Tu es Petrus, et super hanc petram etc. (Matth. xvi, 18) ;
2° quand il mentionne la prière faite par Notre-Seigneur Jésus-Christ pour la stabilité de la foi de son Vicaire, et tout ensemble l'ordre donné par le Sauveur à saint Pierre de confirmer ses frères dans la foi : Et tu aliquando convenus confirma fratres tuos (Luc, xxn, 26);
3° enfin, lorsqu'il parle de l'investiture donnée par Notre-Seigneur à son apôtre de la charge de pasteur suprême : Pasce agnos, pasce oves (Joan. xxi, 16).

Q. Comment prouve-t-on que l'infaillibilité du Pape ressort de ce triple texte de l'Evangile?

Saint Alphonse de Liguori (1696-1787).
Docteur de l'Eglise.
R. Par l'impossibilité de comprendre
1° que Pierre étant par sa foi le fondement de l'Église, il ne possède pas la fermeté qu'il communique à tout l'édifice;
2° que la prière du Sauveur soit demeurée sans effet;
3° que Pierre puisse se tromper, tandis qu'il est, par son office, obligé de confirmer tous ceux qui chancèlent ou qui doutent;
4° et qu'il ne sache pas discerner d'une manière parfaitement sûre les pâturages sains d'avec les pâturages empoisonnés, au risque de présenter à ses brebis une nourriture qui leur donne la mort.

Écoutez l'explication de saint François de Sales qui est ici de tout point conforme à la tradition catholique : « Tous sont tentés, et on ne prie que pour lui seul... Il prie donc pour saint Pierre, comme pour le confirmateur et l'appui des autres... On ne saurait à la vérité donner ce commandement à saint Pierre de confirmer ses frères (qui sans doute représentaient toute l'Église) qu'on ne le chargeât d'avoir soin de leur croyance : car comment pourrait-on mettre ce commandement en effet, sans donner la puissance de prendre garde à la faiblesse ou à la fermeté des autres, pour les raffermir et les rassurer? N’est ce pas le dire et le redire encore une fois, fondement de l'Église? S'il appuie, s'il rassure, s'il affermit et s'il confirme les pierres même fondamentales, comment n'affermira-t-il pas tout le reste? S'il a charge de soutenir les colonnes de l'Eglise, comment ne soutiendra-t-il pas tout le reste du bâtiment? S'il a charge de repaître les pasteurs, ne sera-t-il pas souverain Pasteur lui-même? Le jardinier qui voit les ardeurs continuelles du soleil sur une jeune plante, pour la préserver de la sécheresse qui la menace, ne porte pas l'eau sur chaque branche; il se contente de bien tremper et mouiller la racine et croit que tout le reste est en assurance, parce que la racine va dispersant l'humeur à tout le reste de la plante. Ainsi Notre-Seigneur ayant planté cette sainte assemblée de ses disciples, pria pour le chef, et arrosa cette racine, afin que Veau de la Foi vive ne manquât point à celui qui devait en assaisonner tout le reste, et que par l'entremise du Chef, la Foi fût toujours conservée en l'Eglise. Il prie donc pour saint Pierre en particulier, mais au profit et utilité générale de toute l'Eglise »
« Saint Chrysostome appelle saint Pierre Os Christi, parce qu'il s'énonce pour toute l'Église et à toute l'Église en qualité de chef et de pasteur - et ce qu'il dit n'est pas tant par une parole humaine que par celle-même de Notre-Seigneur. Ainsi ce que saint Pierre disait et déterminait ne pouvait être faux : et de vrai si le confirmateur était tombé, tout le reste ne serait-il pas renversé? Si le confirmateur biaise et chancèle, qui le confirmera? Si le confirmateur n'est pas ferme et stable en lui-même, quand les autres s'affaibliront, qui les affermira? Il est écrit : Si l'aveugle conduit l'aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse; si l'instable et le faible veulent soutenir et assurer le faible, ils donneront tous deux en terre ; d'où s'ensuit que Notre-Seigneur en donnant l'autorité et le commandement à saint Pierre de confirmer les autres, il lui a quant et quant donné le pouvoir et les moyens de le faire, autrement pour néant lui eût il ordonné une chose impossible. Les moyens nécessaires pour confirmer les autres et rassurer les faibles, c'est de n'être point sujet à la faiblesse ni à Terreur, c'est d'être solide et ferme en soi-même comme une vraie pierre et comme un roi : et tel était ce saint apôtre, en tant que pasteur général et gouverneur de l'Église universelle. 

« Ainsi quand saint Pierre fut posé au fondement de l'Église chrétienne, et que l'Église fut assurée que les portes d'enfer ne prévaudraient point contre elle ; ne fut-ce pas assez nous dire que saint Pierre, comme pierre fondamentale du gouvernement et administration ecclésiastique, ne pourrait jamais se froisser ni rompre par l'infidélité, qui est la principale porte d'enfer? Car qui ne sait, que si le fondement renverse, et si l'on y peut porter la sape, tout l'édifice renversera?
Saint François de Sales (1567-1622).
Docteur de l'Eglise.
« Après tout, s'il était possible que le pasteur suprême ministérial pût mener ses brebis aux pâturages vénéneux, il est certain que tout le parc serait bientôt perdu. Si le suprême pasteur ministérial nous conduisait au mal, qui relèverait la bergerie? Si elle s'égarait, qui la ramènerait à la vérité? Nous n'avons qu'à le suivre simplement, non pas à le quitter, autrement les brebis seraient pasteurs. »

Q. L'infaillibilité de saint Pierre a-t-elle passé en héritage à tous les Pontifes romains qui lui ont succédé?

R. Sans aucun doute. Écoutons encore saint François de Sales :
« Tout ceci n'a pas eu lieu seulement en saint Pierre, mais en ses successeurs; car puisque la cause demeure, l'effet demeure. L'Église a toujours besoin d'un confirmateur qui soit permanent, auquel on puisse s'adresser pour trouver un solide fondement, que les portes d'enfer, et principalement Terreur ne puisse renverser : il faut que son pasteur ne puisse conduire à l'erreur, ni nous porter au mal. Les successeurs de saint Pierre ont seuls (hors du Concile général) ces privilèges, qui ne suivent pas la personne mais la dignité publique de la personne. »



-H. Montrouzier, S.J. Une leçon de catéchisme sur l'infaillibité du pape. 1870. P. 305-310.

mardi 19 février 2019

Son rôle est noble et grand

Pour exercer parmi les nations le rôle qui convient à sa nature et que la Providence lui a assigné, un peuple doit rester lui-même ; c’est une première et absolue condition, que rien ne saurait remplacer. Or, un peuple ne reste lui-même que par la liberté de sa vie, l’usage de sa langue, la culture de son génie. Il ne m’appartient pas de discuter ici l’avenir politique de mon pays. Mais ce que je tiens à dire, ce que je veux proclamer bien haut en présence de cette patriotique assemblée, c’est que le Canada français ne répondra aux desseins de Dieu et à sa sublime vocation que dans la mesure où il gardera sa vie propre, son caractère individuel, ses traditions vraiment nationales. 

Mgr Louis-Adolphe Paquet (1859-1942).
Et qu’est-ce donc que la vie d’un peuple ? Vivre, c’est exister, c’est respirer, c’est se mouvoir, c’est se posséder soi-même dans une juste liberté ! La vie d’un peuple, c’est le tempérament qu’il tient de ses pères, l’héritage qu’il en a reçu, l’histoire dont il nourrit son esprit, l’autonomie dont il jouit et qui le protège contre toute force absorbante et tout mélange corrupteur.

Qu’on ne s’y trompe pas : la grandeur, l’importance véritable d’un pays dépend moins du nombre de ses habitants ou de la force de ses armées, que du rayonnement social de ses œuvres et de la libre expansion de sa vie. Qu’était la Grèce dans ses plus beaux jours ? un simple lambeau de terre, comme aujourd’hui, tout déchiqueté, pendant aux bords de la Méditerranée, et peuplé à peine de quelques millions de citoyens. Et cependant qui l’ignore ? de tous les peuples de l’Antiquité, nul ne s’est élevé si haut dans l’échelle de la gloire ; nul aussi n’a porté si loin l’empire de son génie et n’a marqué d’une plus forte empreinte l’antique civilisation. J’oserai le déclarer ; il importe plus à notre race, au prestige de son nom et à la puissance de son action, de garder dans une humble sphère le libre jeu de son organisme et de sa vie que de graviter dans l’orbite de vastes systèmes planétaires.

Du reste, la vie propre ne va guère sans la langue ; et l’idiome béni que parlaient nos pères, qui nous a transmis leur foi, leurs exemples, leurs vertus, leurs luttes, leurs espérances, touche de si près à notre mission qu’on ne saurait l’en séparer. La langue d’un peuple est toujours un bien sacré ; mais quand cette langue s’appelle la langue française, quand elle a l’honneur de porter comme dans un écrin le trésor de la pensée humaine enrichi de toutes les traditions des grands siècles catholiques, la mutiler serait un crime, la mépriser, la négliger même, une apostasie. C’est par cet idiome en quelque sorte si chrétien, c’est par cet instrument si bien fait pour répandre dans tous les esprits les clartés du vrai et les splendeurs du beau, pour mettre en lumière tout ce qui ennoblit, tout ce qui éclaire, tout ce qui orne et perfectionne l’humanité, que nous pourrons jouer un rôle de plus en plus utile à l’Église, de plus en plus honorable pour nous-mêmes.

Et ce rôle grandira, croîtra en influence, à mesure que s’élèvera le niveau de notre savoir et que la haute culture intellectuelle prendra chez nous un essor plus ample et plus assuré. Car, on a beau dire, mes Frères, c’est la science qui mène le monde. Cachées sous le voile des sens ou derrière l’épais rideau de la matière, les idées abstraites demeurent, il est vrai, invisibles ; mais semblables à cette force motrice que personne ne voit et qui distribue partout avec une si merveilleuse précision la lumière et le mouvement, ce sont elles qui inspirent tous les conseils, qui déterminent toutes les résolutions, qui mettent en branle toutes les énergies. Voilà pourquoi l’importance des universités est si considérable, et pourquoi encore les réjouissances qui auront lieu demain sont si étroitement liées à notre grande fête nationale et en forment, pour ainsi dire, le complément nécessaire.

Ah ! l’on me dira sans doute qu’il faut être pratique, que pour soutenir la concurrence des peuples modernes il importe souverainement d’accroître la richesse publique et de concentrer sur ce point tous nos efforts. De fait, tous en conviennent, nous entrons dans une ère de progrès : l’industrie s’éveille ; une vague montante de bien-être, d’activité, de prospérité, envahit nos campagnes ; sur les quais de nos villes, la fortune souriante étage ses greniers d’abondance et le commerce, devenu chaque jour plus hardi, pousse vers nos ports la flotte pacifique de ses navires géants.

À Dieu ne plaise, mes Frères, que je méprise ces bienfaits naturels de la Providence, et que j’aille jusqu’à prêcher à mes concitoyens un renoncement fatal aux intérêts économiques dont ils ont un si vif souci. La richesse n’est interdite à aucun peuple ni à aucune race ; elle est même la récompense d’initiatives fécondes, d’efforts intelligents et de travaux persévérants.

La langue d’un peuple est toujours un bien sacré ; mais quand cette langue s’appelle la langue française, quand elle a l’honneur de porter comme dans un écrin le trésor de la pensée humaine enrichi de toutes les traditions des grands siècles catholiques, la mutiler serait un crime, la mépriser, la négliger même, une apostasie.


« Le matérialisme n'a jamais rien fondé de grand ni de durable ».
Une famille canadienne-française, vers 1910.
Mais prenons garde ; n’allons pas faire de ce qui n’est qu’un moyen, le but même de notre action sociale. N’allons pas descendre du piédestal où Dieu nous a placés, pour marcher au pas vulgaire des générations assoiffées d’or et de jouissances. Laissons à d’autres nations, moins éprises d’idéal, ce mercantilisme fiévreux et ce grossier naturalisme qui les rivent à la matière. Notre ambition, à nous, doit tendre et viser plus haut ; plus hautes doivent être nos pensées, plus hautes nos aspirations. Un publiciste distingué a écrit : « Le matérialisme n’a jamais rien fondé de grand ni de durable. » Cette parole vaut un axiome. Voulons-nous, mes Frères, demeurer fidèles à nous-mêmes, et à la mission supérieure et civilisatrice qui se dégage de toute notre histoire, et qui a fait jusqu’ici l’honneur de notre race ? Usons des biens matériels, non pour eux-mêmes, mais pour les biens plus précieux qu’ils peuvent nous assurer ; usons de la richesse, non pour multiplier les vils plaisirs des sens, mais pour favoriser les plaisirs plus nobles, plus élevés de l’âme ; usons du progrès, non pour nous étioler dans le béotisme qu’engendre trop souvent l’opulence, mais pour donner à nos esprits des ailes plus larges et à nos cœurs un plus vigoureux élan.

Notre vocation l’exige. Et plus nous nous convaincrons de cette vocation elle-même, plus nous en saisirons le caractère vrai et la puissante portée moralisatrice et religieuse, plus aussi nous saurons trouver dans notre patriotisme ce zèle ardent et jaloux, ce courage éclairé et généreux qui, pour faire triompher un principe, ne recule devant aucun sacrifice. L’intelligence de nos destinées nous interdira les molles complaisances, les lâches abandons, les résignations faciles.

Soyons patriotes, mes Frères ; soyons-le en désirs et en paroles sans doute, mais aussi et surtout en action. C’est l’action commune, le groupement des forces, le ralliement des pensées et des volontés autour d’un même drapeau qui gagne les batailles. Et quand faut-il que cette action s’exerce ? quand est-il nécessaire de serrer les rangs ? Ah ! chaque fois que la liberté souffre, que le droit est opprimé, que ce qui est inviolable a subi une atteinte sacrilège ; chaque fois que la nation voit monter à l’horizon quelque nuage menaçant, ou que son cœur saigne de quelque blessure faite à ses sentiments les plus chers.

N’oublions pas non plus que tous les groupes, où circule une même sève nationale, sont solidaires. Il est juste, il est opportun que cette solidarité s’affirme ; que tous ceux à qui la Providence a départi le même sang, la même langue, les mêmes croyances, le même souci des choses spirituelles et immortelles, resserrent entre eux ces liens sacrés, et poussent l’esprit d’union, de confraternité sociale, aussi loin que le permettent leurs devoirs de loyauté politique. Les sympathies de race sont comme les notions de justice et d’honneur : elles ne connaissent pas de frontières.


Enfin, mes Frères, pour conserver et consolider cette unité morale dont l’absence stérilisaient tous nos efforts, rien n’est plus essentiel qu’une soumission filiale aux enseignements de l’Église et une docilité parfaite envers les chefs autorisés qui représentent parmi nous son pouvoir. Cette docilité et cette soumission sont assurément nécessaires à toutes les nations chrétiennes ; elles le sont bien davantage à un peuple qui, comme le nôtre, nourri tout d’abord et, pour ainsi dire, bercé sur les genoux de l’Église, n’a vécu que sous son égide, n’a grandi que par ses soins pieux, et poursuit une mission inséparable des progrès de la religion sur ce continent. Plus une société témoigne de respect, plus elle accorde d’estime, de confiance et de déférence au pouvoir religieux, plus aussi elle acquiert de titres à cette protection, parfois secrète, mais toujours efficace, dont Dieu couvre, comme d’un bouclier, les peuples fidèles. Quelle garantie pour notre avenir ! et combien le spectacle de ce jour est propre à affermir notre foi et à soutenir nos meilleures espérances ! L’Église et l’État, le clergé et les citoyens, toutes les sociétés, toutes les classes, tous les ordres, toutes les professions, se sont donné la main pour venir au pied de l’autel, en face de Celui qui fait et défait les empires, renouveler l’alliance étroite conclue non loin d’ici, à la naissance même de cette ville, entre la patrie et Dieu. Et pour que rien ne manquât à la solennité de cet acte public, la Providence a voulu qu’un représentant direct de Sa Sainteté Léon XIII, que d’illustres visiteurs, des fils distingués de notre ancienne mère-patrie, rehaussent par leur présence l’éclat et la beauté de cette cérémonie.

Un publiciste distingué a écrit : « Le matérialisme n’a jamais rien fondé de grand ni de durable. » Cette parole vaut un axiome.

Eh ! bien, mes Frères, ce pacte social dont vous êtes les témoins émus, cet engagement national auquel chacun, ce semble, est heureux de souscrire par la pensée et par le cœur, qu’il soit et qu’il demeure à jamais sacré ! Qu’il s’attache comme un signe divin au front de notre race ! C’est la grande charte qui doit désormais nous régir. Cette charte, où sont inscrits tous les droits, où sont reconnues toutes les saintes libertés, qu’elle soit promulguée partout, sur les portes de nos cités, sur les murs de nos temples, dans l’enceinte de nos parlements et de nos édifices publics ! Qu’elle dirige nos législateurs, qu’elle éclaire nos magistrats, qu’elle inspire tous nos écrivains ! Qu’elle soit la loi de la famille, la loi de l’école, la loi de l’atelier, la loi de l’hôpital ! Qu’elle gouverne, en un mot, la société canadienne tout entière !

De cette sorte, notre nationalité, jeune encore, mais riche des dons du ciel, entrera d’un pas assuré dans la plénitude de sa force et de sa gloire. Pendant qu’autour de nous d’autres peuples imprimeront dans la matière le sceau de leur génie, notre esprit tracera plus haut, dans les lettres et les sciences chrétiennes, son sillon lumineux. Pendant que d’autres races, catholiques elles aussi, s’emploieront à développer la charpente extérieure de l’Église, la nôtre par un travail plus intime et par des soins plus délicats préparera ce qui en est la vie, ce qui en est le cœur, ce qui en est l’âme. Pendant que nos rivaux revendiqueront, sans doute dans des luttes courtoises, l’hégémonie de l’industrie et de la finance, nous, fidèles à notre vocation première, nous ambitionnerons avant tout l’honneur de la doctrine et les palmes de l’apostolat.

Nous maintiendrons sur les hauteurs le drapeau des antiques croyances, de la vérité, de la justice, de cette philosophie qui ne vieillit pas parce qu’elle est éternelle ; nous l’élèverons fier et ferme, au-dessus de tous les vents et de tous les orages ; nous l’offrirons aux regards de toute l’Amérique comme l’emblème glorieux, le symbole, l’idéal vivant de la perfection sociale et de la véritable grandeur des nations. 

Alors, mieux encore qu’aujourd’hui, se réalisera cette parole prophétique qu’un écho mystérieux apporte à mes oreilles et qui, malgré la distance des siècles où elle fut prononcée, résume admirablement la signification de cette fête : Eritis mihi in populum, et ego ero vobis in Deum. Vous serez mon peuple, et moi je serai votre Dieu.

Ainsi soit-il, avec la bénédiction de Mgr l’Archevêque !



-Mgr Louis-Adolphe Paquet - extrait du sermon La vocation de la race française en Amérique. Québec. 23 juin 1902

mardi 12 février 2019

Comparaison des rites de consécration épiscopal

Le rite de Paul VI est en rupture totale avec le rite traditionnel :

  • La forme du sacrement désignée infailliblement par Pie XII a été remplacée par les « paroles essentielles » de Paul VI.
  • Aucune ressemblance entre la forme traditionnelle et les « paroles essentielles » de Paul VI.
  • Les « paroles essentielles » de Paul VI sont une copie quasi conforme des paroles du rite anglican.
  • Paul VI a promulgué un rite connu, un rite « absolument vain et entièrement nul », comme l’a déclaré solennellement et infailliblement Léon XIII (cf. Lettre Apostolique du pape Léon XIII sur les ordinations anglicanes).
  • Paul VI est un hérésiarque anti-liturgique qui a éliminé le Sacerdoce et l’Épiscopat catholique au sein de la secte conciliaire !






Source

jeudi 1 novembre 2018

L'Eglise gardienne de la morale et du droit

L'une des premières notions de la théologie catholique est celle de la distinction essentielle et fondamentale de l'ordre naturel et de l'ordre surnaturel.

Cette distinction se tire, radicalement, de la fin de l'homme envisagée sous le double aspect qu'elle revêt: fin proportionnée aux forces purement humaines, et que l'on nomme pour cela naturelle; fin supérieure à ce que la nature créée exige, et qu'il faut pour cette raison appeler surnaturelle.

Les deux ordres ainsi distingués et différenciés entraînent, pour la créature, deux modes d'activité superposés l'un à l'autre. La grâce couronne et perfectionne la nature, sans la détruire. Il y a une théorie des actes humains fondée sur la raison, et qui constitue la morale naturelle. Mais en conséquence de L'état divin auquel l'homme a été élevé, sur cette morale établie par la philosophie prennent place, comme une structure d'un ordre plus haut et plus noble, des manières spéciales de penser et d'agir réclamées par la révélation, un concept de la fin dernière, des vertus et des actions, dont la nature seule est incapable.

Et c'est ainsi que la morale naturelle entre, avec les éléments qui en font partie, dans un plan supérieur auquel elle sert de base, et dont il n'est pas permis de la dissocier.

Or, ce plan providentiel et surnaturel appartient au programme d'action de l'Eglise.

Sans doute, la raison humaine où siège la loi morale, et dont celle-ci n'est que l'expression et la mise en formules, demeure pour nous la règle prochaine, immédiate, du droit naturel, de ce qui est naturellement juste ou injuste. La philosophie, par ses notions éthiques, joue un rôle parfaitement légitime et souverainement fécond. Féconde et opportune sera toujours l'étude approfondie des problèmes et des préceptes de la loi naturelle considérée, soit dans ses principes, soit dans ses applications. Et c'est pourquoi les plus illustres philosophes, anciens et modernes, ont tenu à honneur d'écrire, sur la science des mœurs, des traités très élaborés, et que nous jugeons immortels.

Néanmoins, la raison de l'homme est faillible, facilement aberrante. Dans les matières même d'ordre naturel, que de fois il lui arrive de mal comprendre ce qui est vrai, de mal définir ce qui est honnête! A fortiori, dès que l'homme pose le pied sur le terrain de la morale surnaturelle, il ne saurait s'y tenir, et encore moins y marcher d'un pas assuré, sans le secours des lumières et des directions de la puissance religieuse.

Ces prémisses nous permettent de conclure que l'Eglise, chargée de conduire les âmes à leur éternelle destinée, peut, de plein droit, promener dans tous les replis de la conscience humaine le flambeau de la foi; que ce flambeau, d'une force rayonnante vraiment divine, est fait pour éclairer tous les domaines où la conscience se meut; que. par suite des rapports de concordance et de pénétration qui règnent entre l'état naturel et le caractère surnaturel des actes humains, l'Eglise use de son droit en redressant les erreurs de la science morale, et que c'est à elle qu'il incombe de trancher définitivement toutes les questions où le devoir, la justice et la probité sont en jeu.

La philosophie ne saurait se dire indépendante de la foi. Sur tous les points où elle touche, de près ou de loin, aux intérêts religieux, elle a le devoir d'accepter le contrôle, les avis, les condamnations de l'autorité ecclésiastique. Cette obligation pèse sur la raison spéculative et sur la raison pratique. Le rationalisme la repousse. Le christianisme l'impose comme une conséquence inéluctable de la nécessité où est l'homme de se soumettre tout entier à la souveraineté du Christ.

Il n'y a pas de vérité qui n'émane en quelque manière de la raison divine et ne lui soit sujette. Il n'y a pas, il ne peut y avoir de morale qui ne tienne compte de Dieu, l'auteur de la loi naturelle, de l'Eglise investie par Dieu du gouvernement des âmes.



-Mgr Louis-Adolphe Paquet, Etudes et appréciations : volume VI, Nouveaux thèmes sociaux. Québec. Imprimerie franciscaine missionnaire. 1932.

jeudi 9 août 2018

Concordance entre la réforme protestante de 1549 et Vatican II - 2ème partie

Photographie prise le 10 Avril 1970 au Vatican. Six protestants, de gauche à droite :
Dr. George, Canon Jasper, Dr. Shephard, Dr. Konneth, Dr. Smith, et
Frère Max Thurian (en blanc), juste à côté de mgr Montini/Paul VI (en blanc)
Nous nous sommes servis de l'Histoire de l'Eglise du Chanoine Boulenger, de celle de Dom Poulet, du «Bref Historique de l'Introduction du Protestantisme en Angleterre» par H.R. Williamson et de l'article du R.P. Francis Clark «Les ordinations anglicanes, problème œcuménique».

-Père Noël Barbara
(1910-2002).




CONCORDANCE ENTRE LA REFORME PROTESTANTE DE 1549 ET LA REFORME DE LA SECTE VATICAN II (2ème partie)

Plus de 50 concordances stupéfiantes entre la réforme protestante de 1549 et la réforme liturgique de Vatican II !


Couleur rouge Prayer Book de 1549.
Couleur verte Réforme de Paul VI.

26 - [Prayer Book de 1549.] 
L'évêque Ridley, à Londres, fut un des premiers à introduire cette innovation dans son diocèse. A peine installé, il envoya à ses curés une ordonnance dans laquelle il les exhortait à «dresser la table du Seigneur sous la forme d'une table commune». Et lui-même, donnant l'exemple, faisait détruire dans la nuit du 11 juin 1550 l'autel de la cathédrale Saint-Paul et le remplaçait par une table au pied des marches conduisant au chœur. Quelques mois après, un décret royal enjoignait aux évêques de détruire les autels qui subsistaient et de les remplacer par des tables. «Tant que resteront les autels, prêchait Hooper, le peuple ignorant et les prêtres ignares rêveront toujours de sacrifice». 
Ici il nous paraît important de rappeler une précision que donnait Cranmer. Elle aidera à comprendre que les expressions orthodoxes conservées par les réformateurs n'ont pas nécessairement un sens catholique. Dans son nouveau Prayer Book, Crammer avait conservé quelques fois le mot «autel». Voici comment il s'en expliquait : «La table où la sainte communion est distribuée peut être appelée un AUTEL parce que là s'offre NOTRE sacrifice de louange et d'action de grâces». 
26 - [Réforme de Paul VI.]
Un autel du Novus ordo missae.
Avec la même frénésie hérétique, les autels ont été supprimés, détruits ou recouverts d'une tenture lorsque les Beaux Arts s'opposaient à leur destruction. Pas une seule cathédrale n'a conservé l'usage du sien et la plupart des églises paroissiales et des chapelles de maisons religieuses ont détruit ou relégué le leur. Partout, à l'entrée du chœur comme chez les protestants, une simple table fait oublier l'idée du Sacrifice. 
27 - [Prayer Book de 1549.]
Les évêques et les ecclésiastiques de mentalité catholique, qui prirent la défense de la Messe et de l'ancienne foi, furent déposés et remplacés par de zélés partisans de la nouvelle croyance. Les Capucins de Wurtemberg continuant à célébrer la Messe, Luther obtint du Grand Electeur de Saxe un édit leur défendant de célébrer en public. S'ils conservaient la Messe, ils la devaient dire seuls, sans aucun assistant. 
27 - [Réforme de Paul VI.]
Même acharnement pour la destruction de la Messe traditionnelle chez les néo-réformateurs qui ne peuvent supporter que même les vieux prêtres qui ont obtenu le droit de la dire puissent la dire en public et avec des assistants. De même : qu'un prêtre en fonction (curé, vicaire, aumônier, prédicateur) se permette de conserver le rite traditionnel, que les Pères de Vatican II avaient promis solennellement «de conserver et de favoriser de toutes manières» (De Sacra Liturgia, n° 4), ou qu'il enseigne le catéchisme traditionnel, il est jugé «un obstacle pour la pastorale d'ensemble» et nécessairement «remplacé par un zélé partisan de la nouvelle religion» et réduit à la misère. 
28 - [Prayer Book de 1549.]
Le Prayer Book de 1552 apporte encore des modifications. 
28 - [Réforme de Paul VI.]
Paul VI a, lui aussi, réformé TOUS les autres Sacrements. 
29 - [Prayer Book de 1549.]
Au baptême disparaissent l'exorcisme, l'onction et le chrémeau. 
29 - [Réforme de Paul VI.]
Comme on l'a vu, le nouveau rite du baptême de Paul VI a supprimé d'emblée tous les exorcismes ; l'onction est gardée ou non : c'est au choix du célébrant ! Si l'onction est faite, ce sera «sans rien dire» (!), de même que pour l'unique signe de Croix qui est fait sur le front en dehors du rite lui-même, toujours «sans rien dire».
Cette rubrique «sans rien dire» répétée à plusieurs reprises est révélatrice : ce sont des signes qui ne signifient plus rien du fait de la suppression de la formule qui leur donnait tout leur sens. C'est une astuce typiquement moderniste : conserver l'apparence extérieure des signes, faire disparaître la forme catholique et les vider ainsi de leur contenu. Lénine, dont ils rappellent la mémoire dans leur nouveau calendrier, n'a-t-il pas donné, comme moyen efficace de lutter contre la religion : «Conserver la coque (l'apparence), mais la vider de sa substance». 
30 - [Prayer Book de 1549.]
Disparaissent également, à la «visite des malades» (nouveau nom par lequel les protestants désignaient d'Extrême Onction), les onctions et par conséquents le sacrement même. 
30 - [Réforme de Paul VI.]
Bien entendu l'a nouvelle Réforme n'a pas épargné l'Extrême Onction qui est devenue «l'Onction des malades» ; cette appellation s'étant donnée aux premiers siècles, le changement paraît anodin. Cependant, nous devons souligner que cette appellation est préférée par les Novateurs car elle leur permet de faire prévaloir, à la doctrine catholique, qui ne confère ce sacrement qu'à ceux «que la maladie ou le grand âge mettent en danger de mort» (d'où le nom d'Extrême Onction), l'hérésie protestante qui prétend que ce rite est pour tous les malades «en danger de mort ou non». Et c'est bien ce que nous voyons se pratiquer partout, dans les lieux de pèlerinage surtout, avec les cérémonies d'administration collective de l'Onction des malades. 
Là encore, la forme et surtout la matière ont été changées. Sous prétexte que «l'huile d'olive fait défaut ou est fort difficile à trouver en certaines régions» (le Pape aurait-il oublié que nous sommes à l'époque du Concorde ?) on peut désormais utiliser n'importe quelle huile, bénite par n'importe quel prêtre, n'importe quel jour, «en cas de vraie nécessité», bien sûr (il faut bien sauver les apparences). 
31 - [Prayer Book de 1549.]
Les restes du vieux Canon de la Messe du rite catholique avaient subi d'importantes mutations ; Cranmer avait supprimé la commémoraison de la Vierge et des saints. 
31 - [Réforme de Paul VI.]
Il faut remarquer que le nouvel ordo nomme encore la Vierge et les Saints, d'une façon beaucoup moins catholique et pleine de réticences verbales, mais apparemment on en fait toujours mémoire. 
32 - [Prayer Book de 1549.]
Il avait supprimé aussi les prières qui précédaient la Consécration et par lesquelles le prêtre demandait à Dieu de «bénir et de sanctifier ces dons et créatures de pain et de vin, afin qu'ils deviennent pour nous le Corps et le Sang de son Fils Jésus-Christ», suppression qui revenait à écarter la doctrine de la Transsubstantiation, et du caractère sacrificiel de la Messe que les, protestants ont toujours rejetée. 
32 - [Réforme de Paul VI.]
Nous découvrons la même volonté de supprimer tout ce qui pouvait exprimer sans équivoque la doctrine concernant le caractère sacrificiel et propitiatoire de la Messe, l'efficacité des paroles de la Consécration et la Présence réelle, corporelle du Christ. Ici une remarque importante s'impose. Tous ces changements, ne l'oubliions pas, sont réalisés par des néomodernistes lesquels, suivant la juste définition du R.P. Calmel O.P., sont des hérétiques doublés de traîtres. Tout en étant aussi profonds que ceux des protestants, les changements opérés par les néo-réformateurs sont beaucoup plus camouflés. Appliquant la consigne de Lénine, ils conservent la coque mais vidée de sa substance. Ainsi, nous les voyons : parfois changeant le contenu ou le sens des expressions traditionnelles qu'ils conservent; parfois, supprimant des gestes dans le but de supprimer la doctrine que ces gestes exprimaient. L'expression «qu'ils deviennent pour nous le Corps et le Sang de Jésus-Christ» exprimait dans la Tradition catholique l'efficacité des paroles de la Consécration prononcée par le prêtre ; elle exprimait le mystère de la Transsubstantiation et la réalité de la Présence substantielle du Christ qui va être là, sur l'autel, en l'état de Victime immolée et offerte sous la forme sacramentelle, avec son Corps, son Sang, son Ame et sa Divinité. 
Pour les fabricants du nouvel ordo missæ, cette expression peut avoir un autre sens. «Qu'ils deviennent pour nous», sous-entendez : par la foi et non par le ministère du prêtre, «le Corps et le Sang de Jésus-Christ...» d'une façon virtuelle, spirituelle car, pour les nouveaux réformateurs, comme pour leurs devanciers, il semble bien qu'il n'y a aucun changement de substance, aucun miracle. Le pain reste du pain, le vin, du vin. Il ne s'y ajoute qu'une présence virtuelle, spirituelle, réalisée par la seule foi des fidèles réunis au nom de Jésus-Christ, suivant sa promesse : «Là où deux ou trois sont réunis en Mon Nom, Je suis au milieu d'eux». C'est dans ce même souci de ne pas professer la doctrine traditionnelle que les auteurs du nouvel ordo ont supprimé la génuflexion que faisait le prêtre aussitôt après avoir prononcé les paroles de la Consécration. Cette adoration, commandée par la Foi en la Présence réelle corporelle réalisée par les paroles de la Consécration, manifestait l'efficacité du rite catholique ; sa suppression exprime à sa façon (camouflée mais efficace) que les paroles de la Consécration n'ont opéré aucun changement. Le pain que le Président présente semble n'être que du pain et dans le calice qu'il élève, il semble qu'il n'y ait toujours que du vin. Ce nouveau rite est donc bien hérétique, mais il l'est à la façon moderniste, hypocritement, par omission calculée. Aux catholiques de s'en rendre compte et de ne pas nier l'évidence. Nous rappelons à ces catholiques timorés, paralysés à la seule pensée que tous ces changements sont promulgués par le Pape, qu'avant de chercher à sauvegarder la réputation d'un homme, fût-il Pape, il faut sauvegarder l'honneur de Jésus-Christ et le dépôt de la Foi. Et de cela, chacun à sa place, aura à rendre compte au jour du Jugement. 
33 - [Prayer Book de 1549.]
Il supprima également l'invocation au Saint-Esprit avant la Consécration (Veni Sanctificator...) 
33 - [Réforme de Paul VI.]
En supprimant l'Offertoire Romain, Paul VI a, lui aussi, fait disparaître cette prière qui ne se prête à aucune équivoque. S'adressant directement et clairement au Saint-Esprit, elle lui demandait de réaliser le miracle de la Transsubstantiation qui, à chaque fois, fait de la Messe un vrai et propre sacrifice propitiatoire puisqu'elle rend présent le Christ dans son état de Victime (Hostia) immolée et offerte sous la forme sacramentelle. Cette suppression est une manifestation supplémentaire de l'intention suspecte des auteurs du nouveau rite, qui se comportent comme s'ils ne croyaient pas que la Messe soit un vrai Sacrifice propitiatoire. Lire, pour s'en convaincre, la définition de la Messe qu'ils ont donnée dans le fameux article 7 : «qui s'éloigne de façon impressionnante, dans l'ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe, telle qu'elle a été formulée à la XXe session du Concile de Trente». (Cardinaux Bacci et Ottaviani. 
34 - [Prayer Book de 1549.]
En un mot, tout ce qui pouvait donner à croire que la Cène comportait une Présence Réelle et Corporelle de Notre-Seigneur dans son état de Victime immolée et offerte avait été impitoyablement éliminé. 
34 - [Réforme de Paul VI.]
Même caractéristique pour le nouveau rite : l'analyse des traductions nouvelles et des rubriques ainsi que des nouveaux textes montre cette obstination à éliminer les dogmes catholiques de la Messe-Sacrifice. C'est pour expliquer ce même esprit hérétique, niant le caractère sacrificiel de la Messe, que les auteurs du nouveau rite ont apporté deux autres changements : 
1° Après l'offrande du pain et du vin, le prêtre, avec la patène et avec le calice, traçait un large signe de croix. Ce rite, cette croix, qui rappelait si clairement l'immolation de la Victime, a été supprimé. 
2° Après avoir tracé le signe de la Croix avec la patène, le prêtre ne laissait pas le pain sur la patène, il le déposait sur le corporal qui symbolisait le linceul dans lequel fut mis le Corps de Jésus. Désormais, le Président doit laisser l'hostie sur la patène et ne pas la déposer sur le corporal, ce dernier pouvant maintenir dans son esprit ce dont on veut qu'il se défasse : la réalité du Corps du Seigneur. (Corporal = qui reçoit le corps). Cette pratique de l'équivoque et du camouflage, qui tranquillise les catholiques et paralyse la résistance, rend la nouvelle réforme plus perverse que celle de 1549.
35 - [Prayer Book de 1549.]
Que l'intention de Cranmer ait été de nier la Présence Réelle, la chose apparaît non seulement dans les profondes modifications du texte du Canon en 1549, mais encore dans le caractère des nouvelles rubriques. 
35 - [Réforme de Paul VI.]
Les réformateurs actuels ont opéré leurs modifications du Canon aussi à l'aide de traductions falsifiées. De cette façon, comme nous l'avons expliqué plus haut, la plupart des ruses et astuces échappent aux trop confiants catholiques qui peuvent toujours, pour esquiver l'obligation de réagir, rejeter la responsabilité des erreurs qu'ils constatent sur les traductions infidèles, alors que, dans la réalité, l'Autorité qui laisse circuler et utiliser ces mauvaises traductions se fait complice de leur diffusion. Qui tacet, consentire videtur - l'autorité qui se tait est censée consentir. 
36 - [Prayer Book de 1549.]
Les ornements du prêtre disparaissent pour faire place à un simple surplis ; la Table était couverte d'une seule nappe blanche ; le pain n'était plus le pain sans levain de forme arrondie et il était déposé dans la main du communiant au lieu de l'être dans la bouche. 
36 - [Réforme de Paul VI.]
Dans la nouvelle réforme également, il n'y a plus qu'une seule nappe blanche sur l'autel au lieu de trois. La Communion est aussi reçue dans la main et non plus dans la bouche. Les ornements du prêtre n'ont pas encore tout à fait disparu, mais la chose est à l'étude. (Lettre du Culte Divin du 21 mai 1972.) Toutefois, il ne faut pas oublier que l'hérésie peut s'accommoder des ornements sacerdotaux. Elisabeth Ire d'Angleterre, pour rallier les catholiques à la Réforme protestante, les avait à nouveau prescrits. 
37 - [Prayer Book de 1549.]
Enfin, une rubrique avertissait que «l'agenouillement des fidèles devait être regardé comme une marque d'humble reconnaissance à Dieu pour le bienfait de la communion (spirituelle) et nullement comme un acte d'adoration à l'égard du pain et du vin sacramentels»... «Le maintien extérieur, déclarait Hooper, les gestes du communiant doivent exclure tout soupçon, toute apparence d'idolâtrie, tout penchant vers elle. Or s'agenouiller est une marque, un signe extérieur d'honneur et de culte, et jusqu'ici l'adoration du Sacrement a constitué une grave et damnable idolâtrie. Je désirerais donc que les Autorités ordonnassent aux communiants de se tenir debout ou assis. Rester assis, à mon avis, serait le mieu .» La lutte contre la réception de la communion à genoux était, au dire de Philip Hughes, «la dernière pierre à empiler sur le tumulus sous lequel gisait l'ancienne croyance en la Sainte Eucharistie». 
37 - [Réforme de Paul VI.]
L'agenouillement a été radicalement supprimé, au point de refuser la Communion aux fidèles qui osent encore s'agenouiller. Tout ceci est bien la manifestation irrécusable que les auteurs du nouvel ordo sont animés du même esprit que leurs ancêtres qui entendaient supprimer par leur réforme la croyance en la Présence réelle substantielle du Christ durant la Messe. Un archevêque du Midi de la France, distribuant la Communion, donc tenant dans ses mains le ciboire contenant le Corps du Seigneur, donna des coups de pied aux genoux d'une vieille dame agenouillée, l'invitant ainsi à se relever. Évidemment, il est plus que probable que cet archevêque ne croyait plus à la transsubstantiation et que sa «communion», simple symbole commémoratif, n'était plus notre Communion sacrée. Une fois de plus, en travestissant le sens d'un mot on dissimule l'hérésie. 
Catéchisme hérétique.
38 - [Prayer Book de 1549.]
En même temps que ces réformes liturgiques paraissait un nouveau catéchisme composé par l'évêque de Winchester. 
38 - [Réforme de Paul VI.]
Un nouveau catéchisme pour adulte, rédigé par des théologiens hollandais, est également paru avant la nouvelle «messe». Condamné par Rome, il a fini par s'imposer. Il est traduit dans toutes les langues et l'édition italienne a été adoptée jusque dans le diocèse de Rome. Sous la responsabilité des évêques, de nouveaux catéchismes pour enfants ont également été imposés partout, souvent à l’encontre de la volonté des curés, des catéchistes et des parents d'enfants. 
39 - [Prayer Book de 1549.]
Ces réformes rencontrèrent une vive résistance chez plusieurs évêques qui luttèrent contre elles et furent mis en prison. Au commencement du règne d'Elisabeth Ière, un seul évêque apostasia. 
39 - [Réforme de Paul VI.]
On ne voit, hélas ! aucune résistance de ce genre actuellement chez les évêques. Le Concile de Vatican II semble avoir engendré des évêques nouveau style, du genre «lièvres mitrés». Il est vrai que c'est un des châtiments annoncés par le Prophète : «Je leur donnerai pour chefs des enfants, des efféminés domineront sur eux». Convertissons-nous donc et prions afin que se lèvent au plus tôt de nouveaux saint Bruno, saint Hugues, saint Godefroy qui, en se dressant contre le Pape Pascal II et sous la menace de ne plus le reconnaître comme Pape légitime, l'obligèrent à condamner la doctrine hérétique qu'il avait concédée à l'Empereur au sujet de l'investiture des évêques. 
40 - [Prayer Book de 1549.]
L'évêque Scott, dans une critique serrée de la nouvelle liturgie, montra que le formulaire proposé pour la Cène faisait disparaître la Consécration, le Sacrifice et la Communion. Il n'y avait plus de consécration, car, lorsque le ministre prononçait les paroles de l'Institution : «Ceci est mon Corps...», il les disait sans l'intention voulue comme s'il racontait une histoire. Ne croyant plus en la Transsubstantiation, ils n'avaient plus l'intention de la réaliser et ne la réalisaient pas. Ils ne faisaient qu'un récit, un mémorial. 
40 - [Réforme de Paul VI.]
Depuis la mise en place du nouvel ordo, aucun Prélat n'a eu le courage de l'analyser strictement pour démontrer sa perversité. Seuls, les Cardinaux Ottaviani et Bacci ont représenté à Paul VI que le nouveau rite «s'éloignait d'une façon impressionnante de la théologie catholique de la Messe». Leurs voix ont été étouffées et ils n'ont pas insisté. Et pourtant, comme pour le formulaire de la Réforme protestante, le rite de Paul VI tend à faire disparaître la Consécration. Il fait dire les paroles de l'Institution : «Ceci est mon Corps... ceci est le calice de mon Sang...» sur le ton récitatif comme s'il voulait que le prêtre ne fasse qu'un récit, qu'un mémorial. Ce changement, malgré son apparence anodine, est de la plus haute gravité. En remplaçant la manière impérative qui manifestait l'intention de consacrer, par une manière récitative qui, non seulement, ne manifeste plus cette intention, mais qui encore en exprime une opposée, celle de rappeler seulement un fait, ce changement trahit la volonté des néo-réformateurs de changer l'intention de l'Eglise et de lui substituer une intention hérétique, l'intention protestante. Cette volonté hérétique des réformateurs est manifeste dans les « nouveaux missels » qui étalent impunément la doctrine protestante aux pages 187, 192, 195, 201, où, au lieu de Consécration il est nettement déclaré : Récit de l'Institution. 
Pareille déclaration devrait être assez claire pour dessiller les yeux de tous, d'autant plus qu'elle est encore renforcée par cette autre affirmation de la page 383 qui est un aveu (ci-dessus n° 16) et qui ne devrait laisser aucun doute aux catholiques. Désormais ils ne peuvent plus l'ignorer puisque ses inventeurs ont pris soin de le leur dire : la célébration qu'on appelle nouvelle messe n'est aucunement la «Messe» puisqu'elle n'est pas le renouvellement du Sacrifice du Calvaire, mais son simple Mémorial. Dans l'intention de ses fabricants, elle n'est rien de plus que la Cène protestante. Redisons-le : les novateurs ne s'en cachent plus, ils nous l'ont dit : il ne s'agit pas d'une consécration mais d'un «récit
de l'Institution». Comme ils ont eu soin de nous le déclarer, il s'agit simplement de faire mémoire de l'unique Sacrifice déjà accompli et non pas, comme l'enseigne la doctrine catholique, d'un renouvellement véritable du Sacrifice. Ceux des catholiques qui s'obstinent à ignorer ces déclarations, qui, refusant d'en tenir compte, osent prétendre que le Nouvel Ordo Missae est toujours une Messe catholique, s'aveuglent pitoyablement. C'est leur affaire. Mais leurs déclarations sentimentales ne changeront pas la réalité : dans le fait comme dans l'intention de ses auteurs, le rite nouveau n'est plus la Messe, mais un simple mémorial qui n'effectue plus notre Sacrifice adorable. 
41. [Prayer Book de 1549.]
Enfin, il n’y avait pas de communion, car, s’il n’y a ni Consécration ni Sacrifice, il n’y a pas davantage de Présence réelle du Corps et du Sang du Christ. 
41 - [Réforme de Paul VI.]
Mêmes conséquences découlent du nouveau rite. Puisque dans l'intention de ses fabricants il «s'agit seulement de faire mémoire»,le nouveau rite a été agencé non seulement pour ne pas manifester clairement l'intention de consacrer, mais encore pour faire entendre qu'on ne fait qu'un récit. Mais alors, si le «président» se conforme au nouveau rite et au dessein de ses auteurs, il n'a pas l'intention de consacrer. Donc le pain et le vin demeurent ; il n'y a pas de présence corporelle. Sans présence corporelle, pas de sacrifice ; et sans sacrifice, pas de communion sacramentelle. De lui-même, le nouveau rite tend donc bien à n'être qu'un rite absolument vain et nul. Ici une remarque s'impose pour prévenir toute objection : à la différence des hérétiques de 1549 qui sortirent de l'Église, ceux d'aujourd'hui entendent rester à l'intérieur. Ils y occupent des postes-clés jusqu'aux plus hauts sommets de la hiérarchie, ayant ainsi les apparences de l'autorité régulière : les loups gardent les dehors des brebis. 
De là l'illusion facile chez les prêtres et les fidèles, par rapport à la Messe. Ne pouvant croire aux intentions perfides des destructeurs, ils se disent que du moment qu'on utilise le Nouvel Ordo Missæ avec l'intention de faire ce que l'Église traditionnelle veut faire, c'est-à-dire une vraie transsubstantiation, un vrai sacrifice propitiatoire, la Messe est valide malgré le rite. C'est vrai, leur Messe peut être valide car l'équivoque de la subversion actuelle détruit la Messe en donnant aux non-avertis l'impression de ne pas la détruire. Réalisons que l'hérésie moderniste n'est pas une hérésie classique, franche, clairement exprimée ; c'est une hérésie qui se dissimule sous des formules qui peuvent être entendues dans le sens hérétique et dans le sens catholique. Cette méthode hypocrite comporte pour l'hérésie un avantage (transformer la Messe en cène protestante sans donner l'éveil aux fidèles, sans provoquer trop de résistance) et un risque (celui de maintenir encore la validité de la Messe par ceux qui la disent avec l'intention catholique). Ce risque fait partie de la méthode employée, l'équivoque ; mais les modernistes le courent car pour eux, qui ne croient aucunement en la transsubstantiation, la question de la validité ne se pose pas ; et de plus, ils savent très bien que la doctrine traditionnelle n'étant plus enseignée (nouveaux catéchismes, nouvelle théologie), avec le temps la Messe sera détruite. Qui ne comprend, dès lors, quelle terrible responsabilité endossent ceux qui utilisent le N.O.M., même avec l'intention de célébrer validement, puisque par leur utilisation ils contribuent pour leur part à l'installation de cerite qui, de lui-même, tend à substituer la cène protestante à la Messe catholique. 
42 - [Prayer Book de 1549.]
Ces lois, votées par le Parlement contre le gré des évêques, étaient des actes révolutionnaires qui prétendaient imposer un nouveau culte. 
42 - [Réforme de Paul VI.]
Au synode de 1967, Paul VI présenta la «nouvelle messe» aux évêques sous le nom de «messe normative»... Les évêques, par leur vote (puisque Paul VI en est à mettre la Messe au vote !), l'ont nettement repoussée. La nouvelle réforme de la Messe s'inscrit donc, par ses procédés, dans la droite ligne de la Réforme de 1549. 
43 - [Prayer Book de 1549.]
Saint Thomas More
Des prélats catholiques en fonction au commencement du règne d'Elisabeth Ière, UN SEUL accepta la réforme, tous les autres la refusèrent et furent déposés. Voici, pour cette période, la liste officielle des Bienheureux et des Vénérables de l'Eglise d'Angleterre. Entre 1535 et 1544 : cinquante-martyrs ; calme entre 1545 et 1558 ; de 1559 à 1603 : cent quatre-vingt-huit martyrs ; de 1604 à 1680 : soixante-quinze martyrs. Il y eut aussi quarante-trois différés, ceux dont le martyre n'a pas été proclamé par manque d'évidence.
De tous ces martyrs, deux furent canonisés en 1935 : Saint Thomas More (laïc) et Saint John Fisher (évêque). Quarante autres le furent en 1970 (?) La plupart de ceux-ci étaient prêtres, mais il y avait aussi des laïcs, hommes et femmes. En plus des martyrs officiellement reconnus et des quarante-trois différés, il y en eut beaucoup d'autres et un grand nombre moururent en prison. Parmi ces centaines et centaines de prisonniers, il faut compter la plupart des évêques catholiques qui étaient en place au moment où Elisabeth Ière est montée sur le trône ; ils restèrent en prison dans des conditions plus ou moins dures jusqu’à leur mort. Le dernier de ces évêques mourut en 1584, après vingt-cinq ans de détention. Ce fut seulement sous Henri VIII que les évêques, saint John Fisher excepté, furent lâchés ; sous Elisabeth Ière, ils se ressaisirent et un seul d'entre eux apostasia. Pendant le règne d'Elisabeth Ière, les prisons étaient toujours remplies et
on en construisit beaucoup de nouvelles pour y enfermer ceux qui refusaient la Réforme. Les catholiques anglais ont de quoi être fiers de la résistance de leurs ancêtres à la réforme et de leur courage pour défendre la Foi ! 
43 - [Réforme de Paul VI.]
La réforme de Paul VI donne un résultat contraire à celle de 1549 : il n'y a que très peu de prélats qui restent attachés à la Sainte Messe traditionnelle et encore, combien parmi eux qui acceptent de confesser cet attachement ouvertement et publiquement ? Nous n'en connaissons que deux : Mgr Marcel Lefebvre, Archevêque de Synnada en Phrygie et fondateur de la Fraternité Saint Pie X (Ecône en Suisse), et Mgr Antonio de Castro Mayer, Evêque de Campos (Brésil). Que Dieu les bénisse et les soutienne ! Par contre, il y a beaucoup de prêtres qui refusent la nouvelle messe et conservent l'ancienne, et certains d'entre eux - il s'en trouve dans tous les pays - combattent la nouvelle messe et dénoncent la malice hérétique des faux réformateurs. C'est également de résignation qu'il faut parler pour la plupart des catholiques au sujet de toute la réforme entreprise par Paul VI. Au fond, beaucoup regrettent la liturgie séculaire qui nous vient des Apôtres, mais la très grande majorité, pour des raisons multiples (ignorance coupable, fausse obéissance, veulerie, tiédeur, amour de la tranquillité), n'a pas le courage de s'opposer à la ruine du catholicisme qui s'opère sous ses yeux. 
44 - [Prayer Book de 1549.]
La Reine Elisabeth Ière, pour établir définitivement la religion anglicane, avait procédé par étapes avec une habileté consommée. En prenant le pouvoir, elle avait, sous le prétexte de ménager toutes les opinions, introduit dans son Conseil les hommes gagnés aux idées nouvelles, tout en maintenant certains membres catholiques du temps de Marie Tudor. 
44 - [Réforme de Paul VI.]
Paul VI a dû étudier la stratégie de la Reine Elisabeth et s'en inspirer pour Sa Réforme car nous retrouvons la même habileté consommée, la progression par étapes et le mélange, dans ses innombrables comités, commissions, conférences, secrétariats, etc., qu'il met en place dans le monde entier (comme une araignée sa toile), d'éléments qui passent comme conservateurs avec d'autres qui ont pour mission de propager la Réforme. 
45 - [Prayer Book de 1549.]
D'autre part, elle avait fait disparaître de la Messe catholique quelques rites qui déplaisaient aux Réformés : ce fut la première étape. 
45 - [Réforme de Paul VI.]
La nouvelle réforme de la Messe commença par la suppression des prières au bas de l'autel et du dernier Evangile. Puis nous avons vu successivement l'autel retourné ou remplacé par des tables, la Messe à haute voix, puis le Canon à haute voix. On fit disparaître le latin en même temps que sortirent des «traductions nouvelles» des prières de la Messe (nouvelles, c'est-à-dire falsifiées). Les fidèles déjà mécontents par ce massacre de leur Messe, le furent encore bien davantage quand une innovation supplémentaire fit son apparition et se répandit partout : la Communion debout. Cette façon de communier si contraire à l'esprit catholique rencontra de la résistance chez nombre de fidèles choqués dans leurs convictions. Pour arriver à faire disparaître cet hommage rendu à la Présence Réelle et substantielle de Notre-Seigneur, le clergé recyclé ne craignit pas d'exalter les vertus d'obéissance et de sacrifice, s'ingéniant par là à donner mauvaise conscience aux obstinés de l'Adoration due à Dieu. Le troupeau ignorant et désemparé finit par se rendre à la voix du prêtre. Un très petit nombre ne voulut rien entendre : les brimades publiques leur furent réservées. Au cours des mois, même d'une semaine à l'autre, les «nouveautés» se multipliaient ; tel prêtre escamotait les prières au bas de l'autel, tel autre supprimait les signes de Croix du Canon, un autre n'adorait plus l'hostie après les paroles consécratoires, etc., etc. On se scandalisait, les conversations stigmatisaient tous ces prêtres «désobéissants», alors qu'en fait ils obéissaient aux ordres occultes destinés à habituer les fidèles aux mutations à venir : ce fut la «nouvelle messe», où se retrouvaient en bloc et en détail toutes les «désobéissances» des prêtres qui savaient. La duperie avait été complète ! 
46 - [Prayer Book de 1549.]
Puis en 1559, maîtresse absolue de la religion en Angleterre, elle avait supprimé les lois contre les hérétiques, ce qui pouvait passer pour une mesure de tolérance. Elle réintroduisit le Prayer Book de 1552, qui était nettement protestant, et en 1563 elle fit légaliser de nouveau l'Ordinal de 1550 (bien qu'on s'en servait dès le commencement de son règne). 
46 - [Réforme de Paul VI.]
Depuis Vatican II, libre carrière a été donnée à tous les hérétiques : tout est permis, sauf de penser et de pratiquer comme la Sainte Église a toujours cru et pratiqué. Comme Elisabeth Ière d'Angleterre, Paul VI a veillé à la non-condamnation des hérétiques en faisant disparaître le Saint-Office qui était spécialement chargé de les empêcher de nuire. Et lui-même a tenu à déclarer qu'il n'y aurait plus de sanctions : «Nous allons avoir une période de plus grande liberté dans la vie de l'Église et par suite pour chacun de ses fils... La discipline formelle sera réduite, tout arbitraire sera aboli... seront également abolis toute intolérance et tout absolutisme». (9 juillet 1969.) 
47 - [Prayer Book de 1549.]
Enfin, en 1563, quand elle eut jugé que, peu à peu, le peuple s'était suffisamment détaché de ses anciens usages, elle franchit la dernière étape, en obtenant le vote d'une confession de foi. 
47 - [Réforme de Paul VI.]
Les novateurs actuels s'emploient ainsi à détacher l'es catholiques de ce qu'ils ont toujours cru et pratiqué pendant près de deux millénaires. Il semble bien que la grande apostasie prédite par Saint Paul (II Thes., I, 3-13 ; et I Tim. IV, 1-2) s'accomplisse actuellement.
48 - [Prayer Book de 1549.]
Au surplus, la religion établie par la Reine comportait un alliage bizarre des trois religions, catholique, luthérienne et calviniste : c'est ainsi que, tout en se ralliant à la nouvelle liturgie, elle avait gardé quelques rites et usages catholiques tels que l'emploi de la chape dans des grandes églises et, pour les autres, du surplis, des cierges à l'autel, etc., et elle avait gardé la constitution hiérarchique. Dans la pensée d'Elisabeth Ière, la religion anglicane ainsi établie sur la base d'un compromis devait être facilement acceptée de tous ses sujets. Elle se trompait. L'anglicanisme était loin de contenter tout le monde ; il ne contentait ni les catholiques qui entendaient rester attachés au dogme de la sainte Église, ni les calvinistes radicaux qui ne trouvaient pas suffisantes les réformes opérées. 
48 - [Réforme de Paul VI.]
LE RÊVE DE PAUL VI EST DE RÉUNIR TOUS LES HOMMES DANS UNE SORTE DE RELIGION HUMANITAIRE OÙ IL N'Y AURA NI CATHOLIQUES, NI PROTESTANTS, NI MUSULMANS, ETC. Dans une première étape, abusant de la prière du Seigneur «qu'ils soient un», on poussa, au nom d'une fausse unité, catholiques et protestants à fusionner. Dans ce but, on ne parla plus de catholiques mais de «chrétiens».

Au terme de cette concordance patente entre la Réforme protestante de 1549 et la Réforme actuelle de Paul VI, il nous semble que quiconque veut conserver sa foi doit rejeter toutes les nouveautés.
Ce devoir concerne tous les catholiques et tous seront comptables devant Dieu de ce qu'ils auront fait pour défendre leur Foi.

Ce devoir, grave pour tout catholique, est bien plus grave encore pour ceux que Dieu a préférés, qu'Il a choisis, qu'Il a appelés et dont Il a fait Ses prêtres. Qu'ils se souviennent de leur ordination sacerdotale et qu'ils se gardent d'oublier le double serment qu'ils ont prêté, la main sur les Saints Évangiles : serment antimoderniste et serment sacerdotal (du Concile de Trente).
L'acceptation du nouvel ordo missæ à l'hérésie dissimulée les rend parjures à ce double serment.
Le devoir de défendre la Messe est un honneur et c'est une Grâce. Courage !
Adjutorium nostrum in Nomine Domini !

-Père Noël Barbara, 1973.