mardi 20 juin 2017

Testament de Pierre Boucher, fondateur de Boucherville

Il fut un temps (et non pas éloigné encore) dit M. Jacques Viger, dans une lettre au R. M. Maguire, que cet écrit était lu en entier, annuellement, en famille et à genoux.


« Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Pierre Boucher, sieur de Grosbois,
Gouverneur des Trois-Rivières,
Seigneur de Boucherville,
1622-1717.
Je donne mon âme à Dieu, mon corps à la terre. Je veux mourir dans la foi et la religion Catholique, Apostolique et Romaine. Je laisse le peu de bien que j'ai à mes pauvres enfants, auxquels je recommande :1° je prier Dieu pour le repos de mon âme; 2° d'avoir soin de payer ce qui se trouvera être dû lorsque je mourrai; 3° d'aimer et honorer leur bonne mère, de ne la chagriner en rien, la supporter et défendre contre tous ceux qui voudraient lui faire de la peine. Enfin, rendez-lui les devoirs de bons enfants et assurez-vous que Dieu vous récompensera. 4° Je vous recommande la paix, l'union et la concorde entre vous, et que l'intérêt ne soit jamais capable de mettre la moindre division entre vous. Ne vous amusez pas à écouter les rapports qui vous seront faits de vos frères et sœurs. Aimez-vous les uns et les autres, le tout dans la vue de Dieu, vous souvenant qu'il faudra tous faire ce que je fais, c'est-à-dire mourir et paraître devant Dieu pour y rendre compte de vos actions; ne faites donc rien dont vous ayez sujet de vous repentir.

Je ne vous laisse pas grand bien, mais le peu que je vous laisse est très bien acquis. J'ai fait ce que j'ai pu pour vous en laisser davantage, je n'ai rien négligé pour cela, n'ayant fait aucune folle dépense, vous le savez tous; mais Dieu, qui est le maître, ne m'en a pas voulu donner davantage. Je vous laisse bien des personnes de rang, de distinction et d’honnêtes gens pour amis; je ne vous laisse aucun ennemi de ma part, que je sache. J'ai fait ce que j'ai pu pour vivre sans reproche, tâchez de faire de même. Obligez autant que vous pourrez tout le monde et ne désobligez personne, pourvu que Dieu n'y soit point offensé. Ayez toujours, mes chers enfants, la crainte du Seigneur devant les yeux et l'aimez de tout votre cœur.

C'est à vous, ma chère femme, que je parle à présent:

Continuez d'aimer vos enfants, mais aimez-les également, comme j'ai fait, pour entretenir la paix et la concorde entre eux. Ce n'est pas que ceux qui nous témoignent le plus d'amour et qui ont le plus de respect, sans intérêt, ne méritent que nous les aimions davantage, mais il ne faut pas que cela paraisse aux yeux des autres; parce que ceux qui font moins leur devoir envers nous sont les moins vertueux et par conséquent plus capables de troubler la paix.

Demandez en particulier à Dieu qu'Il récompense ceux qui vous portent le plus de respect, et faites ce que vous pourrez en secret pour le reconnaître. Priez et faites prier pour ma pauvre âme. Vous savez combien je vous ai aimée et tous vos parents pour l'amour de vous. En écrivant ceci je m'examine sur le temps que nous avons vécu ensemble, mais mais conscience ne me reproche rien, si ce n'est de vous avoir trop aimée; mais en cela je n'y vois pas de mal, grâce au Seigneur.


-Pierre Boucher de Boucherville