vendredi 11 mars 2016

Comment il faut recevoir le Sacrement de l'Eucharistie



Extrait de :
Le combat spirituel du père Laurent Scupoli
Disponible ici en format MP3 et PDF

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On peut s'approcher de ce divin Sacrement par plusieurs motifs. De-là vient que pour en recueillir le fruit, il y a plusieurs choses à observer en trois divers temps : avant que de communier, lorsqu'on est sur le point de communier, et après la communion.

Avant que de communier, quel que puisse être notre motif, nous devons toujours purifier notre âme par le Sacrement de la Pénitence, si nous nous sentons coupables de quelque péché mortel.

Nous devons ensuite nous offrir de tout notre coeur et sans réserve à Jésus-Christ et lui consacrer tout notre âme avec ses puissances; puisque dans le Sacrement il se donne toute entier à nous, son sang, sa chair, sa divinité avec le trésor infini de ses mérites. Et comme ce que nous lui offrons est peu de chose ou presque rien en comparaison de ce qu'il nous donne, il faut que nous souhaitions d'avoir tout ce que les créatures et du Ciel et de la terre ont jamais pu lui offrir, afin que nous en fassions tout d'un coup une oblation agréable à sa divine Majesté.

Que si nous voulons communier dans le dessein de remporter quelque victoire sur nos ennemis, nous commencerons dès le soir du jour précédent, ou le plus tôt que nous pourrons, à considérer combien le Sauveur désire d'entrer par ce Sacrement dans notre coeur, afin de s'unir à nous, et nous aider à vaincre nos appétits déréglés. Ce désir est si ardent, qu'il n'y a point d'esprit humain capable de le comprendre.

Pour nous en former quelque idée, tâchons de bien concevoir deux choses.

L'une est le plaisir extrême que la sagesse incarnée prend à demeurer avec nous, puisqu'elle en fait ses délices. (Prov. 8. 31.)

L'autre est la haine infinie qu'elle porte au péché mortel, tant parce que c'est un obstacle à l'union intime qu'elle veut avoir avec nous, que parce qu'il est directement opposé à ses divines perfections : car Dieu étant un bien souverain, une lumière toute pure, une beauté sans aucune tache, pourrait-il ne pas haïr le péché, qui n'est que malice, que ténèbres, qu'horreur et que corruption ? Il le hait jusqu'à un tel point, que tout ce qu'il a jamais fait, soit dans l'ancien Testament, soit dans le nouveau, et tout ce que son Fils a souffert durant tout le cours de sa Passion ne tendait qu'à le détruire. Les Saints, même les plus éclairés, assurent qu'il consentirait que ce Fils qui lui est si cher souffrît encore mille morts, s'il était besoin, pour l'expiation de nos moindres fautes.

Ayant reconnu par ces deux considérations, quoique assez imparfaitement, combien le Sauveur désire d'entrer dans nos coeurs, afin d'en exterminer pour jamais nos ennemis et les siens, nous désirerons aussi de le recevoir, et nous lui témoignerons pour cela une ardeur et une impatience extrêmes.

L'espérance de sa venue relèvera notre courage, nous déclarerons de nouveau la guerre à cette passion dominante que nous voulons vaincre, et nous ferons le plus d'actes que nous pourrons de la vertu qui lui est contraire. Ce sera là notre principale occupation, et le soir et le matin, avant que de nous approcher de la sainte Table.

Quand nous serons près de recevoir le corps du Sauveur, nous nous remettrons un moment devant les yeux toutes les fautes commises depuis la dernière Communion jusqu'à celle-ci, et afin d'en concevoir de la douleur, nous songerons que nous les avons commises avec autant de liberté, que si Dieu n’était point mort sur une croix pour notre salut; nous nous remplirons de confusion et de crainte, voyant que nous avons préféré un petit plaisir, une légère satisfaction de notre propre volonté, à l'obéissance que nous devons à notre souverain Maître; nous reconnaîtrons notre aveuglement et détesterons notre ingratitude : mais venant ensuite à considérer que quelque ingrats et infidèles que nous soyons, ce Dieu plein de charité veut bien se donner à nous, qu'il nous invite à le recevoir, nous irons à lui avec confiance, nous lui ouvrirons notre coeur, afin qu'il y entre et qu'il s'en rende le maître, et après cela nous le fermerons de crainte qu'il ne s'y glisse quelque affection impure.

Dès que nous aurons communié, nous nous recueillerons en nous-mêmes; nous adorerons humblement notre Seigneur, et nous lui dirons : Vous voyez, ô Dieu de mon âme, l'inclination violente que j'ai au péché; vous voyez l'empire que cette passion a sur moi; et que de moi-même je n'ai pas la force d'y résister. C'est donc à vous principalement à la combattre, et s'il faut que j'aie quelque part au combat, c'est de vous seul que je dois attendre la victoire; puis nous adressant au Père éternel, nous lui offrirons ce cher Fils qu'il lui a donné et que nous aurons alors au-dedans de nous; nous le lui offrirons en action de grâces de ses bienfaits, et pour obtenir avec son secours quelque grande victoire sur nous-mêmes. Nous prendrons enfin la résolution de combattre courageusement contre l'ennemi qui nous fait le plus de peine; et nous espérerons de le vaincre, parce que faisant de notre côté ce que nous pourrons, Dieu ne manquera pas tôt ou tard de nous secourir.