mardi 15 mars 2016

Pauvre Québec!

Article signé par M. Léo Laberge dans le dernier numéro de la revue Le Carillon.

Le Carillon - No. 7 - Haut les cœurs!

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Guerre ouverte au christianisme

Lévesque, Lesage et Guérin-Lajoie lors de la victoire de 1962
Notre province de Québec qui, jusqu’en 1960, s’enorgueillissait du titre de la catholique province aux milliers de clochers, dont le peuple vertueux répondant à l’appel de son clergé emplissait à craquer, aux heures des offices religieux, les églises innombrables parsemées sur son immense territoire; le Canada français dont l’expansion courageuse sut beaucoup mieux que par des lois cyniques répondre au danger d’assimilation qui le menaçait, ce qui nous permit de bénéficier de cet héritage culturel, religieux et linguistique d’un prix inestimable et développa chez nous une pépinière de missionnaires des plus féconds qui, tel un fleuve sacré aux sources intarissables, versèrent l’eau baptismale et répandirent la parole de Dieu aux quatre coins de l’univers; cette terre bénie, îlot de spiritualisme, est en voie de devenir une terre stérile, triste conséquence de cette Révolution qui éclata en 1960, et dont la franc-maçonnerie fut une des causes premières.

L’arrivée au pouvoir des libéraux et du triumvirat Lesage-Lévesque-Gérin-Lajoie, qui sous le nom de l’Équipe du « tonnerre » amorça la Révolution Tranquille au Québec, ne signifia certes pas que notre province allait enfin retrouver son climat de sérénité. Au contraire, car l’atmosphère anarchique vécue depuis 1960, grave conséquence de cette Révolution qui ne fut jamais tranquille, ne fit que s’accentuer.

Qui ne se souvient des enlèvements et des bombes qui firent tant de morts et de blessés, parmi lesquels d'ailleurs plusieurs des jeunes auteurs de ces forfaits, plus victimes que coupables, influencés qu’ils furent par les écrits et les discours révolutionnaires des Trudeau, Lévesque, Bourgault, Chartrand, Vallière, Gagnon, Rioux et autres ? D'autres payèrent le tribut en moisissant en prison ou en goûtant à l’exil.


Un système d’enseignement bafoué

Qui ne déplore le désordre indescriptible à tous les niveaux dans lequel se trouve depuis plus d’un demi-siècle notre système d’enseignement, dont les réformes appliquées ne le furent que dans le but avoué de le soustraire à l’influence de l’Église, de renier les chartes papales dont jouissaient nos universités et de déformer, de ridiculiser et même d’abolir l’enseignement de notre glorieuse Histoire?

Aujourd’hui, une très forte majorité de cette jeune génération sortie de nos écoles et universités réformées ou plutôt déformées a en mains les destinées de notre peuple, qui a subi un lavage de cerveau par toute une kyrielle de professeurs athées, freudiens et marxistes. Elle a abandonné la pratique religieuse et rejeté toute croyance en l’Au-delà. Elle ne connaît rien de ses origines historiques, écrit un français bien primitif, s’exprime dans un langage qui scandalise la plus élémentaire décence et dont le vocabulaire limité et boiteux l’oblige à « fleurir » son répertoire linguistique de jurons et de blasphèmes à en faire rougir les moins scrupuleux.


Le journaliste Olivar Asselin
Devant les perspectives d’un avenir sombre et incertain, cette jeunesse désemparée cherche dans la drogue et le sexe une voie, une évasion du bourbier dans lequel un système éducationnel corrompu et en faillite l’a enlisée. À la génération de son temps, le journaliste Olivar Asselin a proposé une épitaphe convenant selon lui au peuple canadien-français : « Ci-gît un peuple mort de bêtise ». - Mais il est encore possible, si nous revenons à la foi de nos ancêtres, de se débarrasser de ces « politicailleurs » qui ne veulent préserver que leurs privilèges mesquins. Une autre génération répondra positivement à l’appel de la race afin de délivrer notre pays de ses démons qui l’ont mené dans les cinquante dernières années à un génocide national : divorce, avortements massifs, stérilisation, suicide, mariage gay, euthanasie, déchristianisation accélérée.


Le nationalisme est de droite

Depuis l’instauration de la Confédération, jusqu’aux portes de la Révolution Tranquille, la droite intellectuelle a presque unanimement embrassé le nationalisme. Des évêques Bourget et Laflèche à l’Union nationale fondée par Maurice Duplessis en 1936, il y a une filiation. Elle englobe par exemple l’ultramontain Jules-Paul Tardivel et l’érudit Adrien Arcand, les nationalistes du début du XXe siècle comme Henri Bourassa, Omer Héroux, Armand Lavergne, l’abbé Pierre Gravel, l’Action française de Montréal, plus tard Jeune Canada, La Nation, Le Patriote, et l’Illustration Nouvelle; enfin les groulxistes tels François-Albert Angers et Esdras Minville ou encore les têtes dirigeantes de l’Ordre de Jacques-Cartier, le juge Ferland, Gérald Martineau et Fortunat Bleau.
En revanche, la « gogauche » intellectuelle dans son ensemble, celle des francs-maçons Honoré Beaugrand, T. Damien Bouchard, Godfroy Langlois, Jean-Charles Harvey ou Cité Libre, n’a que mépris pour le nationalisme, vu comme un tribalisme réactionnaire.

Duplessis
L'abbé Pierre Gravel
Au Québec durant le règne de l’Union nationale, jamais au cours du siècle dernier le Trône et l’Autel ne furent si près l’un de l’autre. En effet, c’était l’entente absolue entre le chef incontestable de l’Union nationale Maurice Duplessis et les évêques du Québec, ce qui lui attira la haine féroce et l’aversion des Loges maçonniques. Ce célibataire endurci, portant la canne et le faux col, n’en finissait plus de s’accrocher au firmament politique du Québec. Cela faisait plus de trente-deux ans qu’il était député de Trois-Rivières, où il avait été élu pour la première fois le 16 mai 1927.


Très intelligent, l’esprit vif et la répartie cinglante, le nouveau député s’était affirmé rapidement sur le parquet de l’assemblée. Le premier ministre libéral de l’époque, Louis-Alexandre Taschereau, aurait dit à ses intimes : « Surveillez bien ce jeune homme, il ira loin ». Les premières années du régime Duplessis furent marquées, il faut bien le reconnaître, d’un véritable dynamisme : électrification rurale, établissement du crédit agricole, renouvellement de la législation ouvrière, - construction d’équipements hospitaliers et scolaires, aménagements d’infrastructures et exploitation des richesses naturelles du Nouveau-Québec, etc. Champion de l’autonomie provinciale, sa réplique à Ottawa avec son célèbre « Rendez-nous notre butin » fit fortune. Formé dans les cercles ultramontains des amis de Monseigneur Laflèche (son père avait été conseiller juridique et confident de l’évêque de Trois-Rivières), grand ami du Frère André et de l’abbé Pierre Gravel de Boischatel, il était farouchement conservateur, dans le vrai sens du mot. Lors de sa dernière victoire comme chef de l’Union nationale, le 20 juin 1956, il eut facilement raison d’une curieuse opposition de circonstance, coalition invraisemblable des libéraux de Georges-Émile Lapalme et des créditistes de la « prêtresse » Gilberte Côté-Mercier.

Victoire impressionnante : 72 députés sur 93 et 52% des voix. Rassuré par ses succès électoraux, Duplessis se souciait peu des critiques. En fait, il était d’une autre époque. Invariablement, Duplessis se rabattait sur les thèmes qui l’avaient si bien servi en d’autres temps : la lutte contre communisme, l’enseignement catholique, l’entreprise privée, la vocation agricole, la guerre aux journaux gauchistes et aux syndicats subversifs. À ceux qui le pressaient de réformer les institutions scolaires, il répondait inlassablement avec son humour cinglant :

« Nous avons le meilleur système d’enseignement au monde avec des professeurs qualifiés autant religieux que laïcs et des collèges classiques qui font l’envie des autres provinces. »

L’avenir allait lui donner entièrement raison.

Duplessis lors de sa victoire en 1956
Lors de l’arrivée des libéraux en 1960, leur néfaste mandat a abouti à la Révolution Tranquille et surtout à la réforme scolaire. La confessionnalité scolaire constituait l’un des thèmes majeurs de la droite intellectuelle durant les années 1936 à 1970. L’école confessionnelle était vue comme le rempart culturel du Canadien français. C’est une question sacrée, et Léopold Richer du journal Le Temps en prévient les parties et la population, à la veille des élections de 1960. À l’époque, la Faculté des Sciences Sociales de l’Université Laval, sous l’égide du dominicain Georges-Henri Lévesque o. p., formait une profusion de diplômés, qui s’illustreront dans la politique libérale, le journalisme ou la recherche. Le libéral est un homme qui révère Dieu, mais qui respecte le diable. Il aspire à l’ordre et il flatte l’anarchie. C’est l’acceptation d’une moyenne entre le meilleur et le pire, entre l’excellent et l’exécrable, entre le vrai et le faux, entre le raisonnable et l’absurde. Il y a là, à la fois, l’indice d’une faiblesse mentale et le signe d’un tempérament craintif. Le Ministère de l’Éducation entre en activité en mai 1964, et Paul Gérin-Lajoie en devient le premier titulaire et le franc-maçon et admirateur du dominicain G.-H. Lévesque, Arthur Tremblay, le sous-ministre.


Les débuts de la Révolution Tranquille

C’est en 1935 que, pour la première fois peut-être, une voix autorisée va faire entendre dans l’Église du Québec des propos bouleversant l’ordre établi. Leur auteur : le Père Georges-Henri Lévesque dominicain. À trente-trois ans, il fondera l’École puis la Faculté des Sciences Sociales et Politiques de l’Université Laval. Depuis, ces propos n’ont fait que se répandre, surtout après que le cardinal Léger les a fait siens en 1958, au retour d’un séjour à Milan auprès de Monseigneur Montini, le futur Paul VI.

Le père Georges-Henri Lévesque
Quels furent les maîtres de ce dominicain troublé? Le « culte de la liberté », il l’a reçu de Lacordaire et de Lamennais. Avec eux, il se sent « une parenté d’âme et de coeur à travers leur idéal social, leur amour du peuple et leur esprit de liberté » selon Lévesque. - Le Père Lévesque doit ses premières orientations sociales aux romanciers : Mauriac, Balzac, Duhamel, Bloy, Giono. Et l’une de ses dernières phrases de ses Mémoires publiées en 1983, aux Éditions La Presse Ltée : « Je vais jusqu’à soutenir, ce dont je suis toujours convaincu, que la liberté vient de Dieu, avant même l’autorité, comme cadeau à la personne humaine, qui précède la société ». Quelques années après avoir dissocié le combat pour la foi et le nationalisme par le ralliement aux idées démocrates chrétiennes, le Père Lévesque ouvrait cette fois la société québécoise à toutes les influences étrangères à sa tradition, à sa culture catholique et française. Les oppositions à son action et les batailles qu’il dut mener ne vinrent qu’après 1945, face à un Maurice Duplessis qui campait le rôle de gardien de la foi et de la langue. Parmi les rejetons les plus répugnants et tonitruants de cette époque, ce fut sans contredit le comédien Pierre Bourgault. Il fut surtout comme Lévesque un instrument, l’exécuteur du programme de la Maçonnerie. Le nom de ce pleutre malfaisant n’évoque que des visions sinistres.


La vraie réaction nationale

Il n’y aura pas de réaction nationale sans l’Église revenue de son modernisme et de sa démocratie libérale. Car elle seule aura le pouvoir de dénoncer le crime de ces fausses philosophies et d’y opposer la vraie doctrine, tout en donnant la grâce qui disposera les coeurs aux efforts nécessaires pour le redressement national. Elle ne pourra se faire qu’au nom de la seule doctrine de fraternité qui nous était traditionnelle et familière : la religion catholique et romaine.


Léo Laberge

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